Présentée en juillet 2021, la Lotus Emira marque un tournant dans l’histoire du constructeur britannique. Connue pendant son développement sous le nom de Type 131, cette sportive à moteur central doit réunir dans un seul modèle plusieurs facettes de Lotus : légèreté, précision du châssis, performances élevées, mais aussi un niveau de confort et de finition nettement supérieur à celui des modèles les plus radicaux de la marque. Elle est également présentée comme la dernière nouvelle sportive Lotus conçue autour d’une motorisation exclusivement thermique.
L’Emira succède à une génération particulièrement importante de voitures produites à Hethel. La Lotus Elise avait imposé dès les années 1990 une interprétation minimaliste de la sportive légère, tandis que l’Exige et l’Evora avaient progressivement apporté davantage de puissance et de polyvalence. Avec l’Emira, Lotus ne remplace donc pas simplement un modèle : la marque rassemble plusieurs lignées dans un unique coupé deux places.
Une nouvelle sportive pour transformer Lotus
Le développement de l’Emira intervient dans le cadre du programme Vision80, destiné à transformer profondément Lotus. Son nom est révélé au printemps 2021 avant une première mondiale organisée à Hethel le 6 juillet. Quelques jours plus tard, la voiture effectue ses débuts dynamiques au Festival of Speed de Goodwood. La production destinée aux clients débute ensuite avec les versions V6 First Edition.
La filiation la plus directe se trouve du côté de la Lotus Evora. Les deux voitures sont des sportives à moteur central conçues pour offrir davantage de polyvalence que les Lotus les plus dépouillées, et l’Emira V6 conserve le moteur Toyota 2GR-FE qui avait déjà servi dans l’Evora. La nouvelle venue repose toutefois sur une architecture différente et adopte une carrosserie, un habitacle ainsi qu’une définition technique entièrement renouvelés.
L’autre référence essentielle est la Lotus Exige, notamment pour la continuité du V6 3,5 litres compressé. L’Emira abandonne cependant l’approche presque exclusivement tournée vers la performance de certaines Exige pour devenir une sportive utilisable au quotidien. L’accès à bord, l’ergonomie, les rangements, l’insonorisation et les équipements multimédias ont ainsi reçu une attention inhabituelle pour une Lotus traditionnelle.
Un design inspiré par l’Evija
Le dessin est développé en interne sous la direction de Russell Carr, avec Daniel Durrant pour l’extérieur et Jon Statham pour l’habitacle. Malgré son architecture thermique, l’Emira reprend une partie du langage formel introduit par la spectaculaire Lotus Evija. Cette influence apparaît dans les volumes très sculptés, les passages d’air travaillés et la manière dont les surfaces semblent envelopper étroitement la mécanique.
Avec 4 412 mm de longueur, 1 895 mm de largeur et seulement 1 225 mm de hauteur dans sa définition de lancement, l’Emira possède des proportions plus proches d’une petite supercar que de celles de l’ancienne Elise. L’empattement atteint 2 575 mm. La cabine avancée, les ailes arrière puissantes, les grandes prises d’air latérales et les optiques avant très fines renforcent visuellement l’implantation centrale du moteur.
L’habitacle illustre encore davantage la rupture. Lotus conserve une position de conduite basse et un environnement centré sur le conducteur, mais ajoute une instrumentation numérique de 12,3 pouces et un écran central tactile de 10,25 pouces. Apple CarPlay et Android Auto font partie de cet effort de modernisation, tandis qu’un système audio KEF de 560 W équipe notamment les First Edition. L’Emira reste strictement biplace, contrairement à certaines configurations 2+2 proposées auparavant sur l’Evora.
Deux moteurs et deux caractères
Lotus développe l’Emira autour de deux familles mécaniques très différentes. La première utilise le V6 Toyota 2GR-FE de 3 456 cm3, suralimenté par un compresseur Edelbrock. Dans la First Edition, il délivre 400 hp, soit environ 406 ch, avec 420 Nm lorsqu’il est associé à la boîte manuelle. Une boîte automatique à six rapports est également proposée. Cette configuration constitue la continuité mécanique la plus évidente avec les dernières sportives thermiques de Hethel et fait l’objet d’une page consacrée à la Lotus Emira V6.
La seconde solution est totalement nouvelle pour une Lotus de série : un quatre-cylindres 2,0 litres turbocompressé fourni par Mercedes-AMG. Installé transversalement derrière l’habitacle, il est associé à une boîte à double embrayage. Sa puissance n’est pas identique sur toutes les Emira : elle évolue selon la version, le marché et le millésime. Les développements ultérieurs de la gamme ont notamment donné naissance aux Turbo et Turbo SE, cette dernière atteignant 406 ch dans sa définition européenne.
Les performances varient donc sensiblement d’une Emira à l’autre. La V6 First Edition à boîte manuelle annonce 0 à 100 km/h en 4,3 secondes et 290 km/h. Les évolutions quatre-cylindres les plus performantes passent sous les quatre secondes sur l’exercice du 0 à 100 km/h. Il serait ainsi trompeur d’attribuer à toute la gamme une puissance, un poids ou une accélération uniques.
Fiche technique de la Lotus Emira
| Caractéristique | Lotus Emira |
|---|---|
| Type | Coupé sportif 2 places |
| Architecture | Moteur central arrière transversal, propulsion |
| Moteur V6 | Toyota 2GR-FE, V6 essence à compresseur |
| Cylindrée V6 | 3 456 cm3 |
| Puissance V6 First Edition | 400 hp, environ 406 ch |
| Couple V6 First Edition | 420 Nm avec boîte manuelle, 430 Nm avec automatique |
| Moteur 4 cylindres | Mercedes-AMG, 4 cylindres en ligne essence turbo |
| Cylindrée 4 cylindres | 1 991 cm3 |
| Puissance 4 cylindres | Variable selon version et millésime, jusqu’à 406 ch sur Turbo SE |
| Boîtes V6 | Manuelle 6 rapports ou automatique 6 rapports selon version |
| Boîte 4 cylindres | Double embrayage |
| Structure | Architecture en aluminium extrudé et collé |
| Suspension avant | Doubles triangles |
| Suspension arrière | Doubles triangles |
| Direction | Assistée hydraulique |
| Freins | Disques ventilés |
| Jantes au lancement | 20 pouces |
| Longueur | 4 412 mm |
| Largeur | 1 895 mm |
| Hauteur | 1 225 mm |
| Empattement | 2 575 mm |
| Poids | À partir d’environ 1 405 kg annoncé comme objectif initial, variable selon moteur, boîte et équipement |
| 0 à 100 km/h V6 First Edition manuelle | 4,3 s |
| Vitesse maximale V6 First Edition | 290 km/h |
| Consommation V6 First Edition | 11,3 l/100 km WLTP |
| CO2 V6 First Edition | 258 g/km WLTP |
| Coefficient aérodynamique V6 First Edition | Cd 0,349 |
| Production | Hethel, Norfolk, Royaume-Uni |
Un châssis Lotus conçu pour la route
L’Emira inaugure la Lotus Sports Car Architecture. Elle reste fidèle à une spécialité historique du constructeur : des extrusions d’aluminium assemblées par collage pour obtenir une structure rigide sans recourir à une monocoque conventionnelle en acier. Le principe rappelle celui introduit par l’Elise, mais les dimensions et la conception de cette nouvelle architecture sont propres à l’Emira. Les structures sont produites par Lotus Advanced Structures à Norwich avant l’assemblage final des voitures à Hethel.
Les trains roulants utilisent des doubles triangles à l’avant comme à l’arrière, une solution plus sophistiquée que les architectures courantes à jambes de force. Lotus conserve également une direction à assistance hydraulique alors que l’assistance électrique est devenue la norme. Ce choix vise à préserver la précision et les remontées d’information qui constituent depuis longtemps une caractéristique des sportives de la marque.
Deux orientations de suspension permettent d’adapter la voiture à son utilisation. Le réglage Tour privilégie les routes ordinaires et la polyvalence, tandis que le réglage Sport adopte une mise au point plus ferme. Les pneumatiques participent à cette différenciation : Lotus a notamment associé des Goodyear Eagle F1 Supersport aux configurations routières et proposé des Michelin Pilot Sport Cup 2 avec la définition la plus sportive.
Cette sophistication explique aussi l’écart de masse avec les anciennes Lotus minimalistes. Le chiffre de 1 405 kg communiqué au lancement correspondait à un objectif pour la configuration la plus légère, et non au poids de chaque Emira produite. Les voitures de série peuvent dépasser 1 440 kg selon leur moteur, leur transmission et leurs équipements. La philosophie Lotus ne repose donc plus uniquement sur une masse extrêmement basse, mais sur le rapport entre rigidité, contrôle du châssis, performances et facilité d’utilisation.
De la First Edition aux nouvelles Emira
La commercialisation commence par des First Edition richement équipées, notamment avec le V6 compressé. Lotus étend ensuite l’offre au quatre-cylindres AMG, puis réorganise progressivement la gamme. Les appellations Turbo, Turbo SE et V6 SE apparaissent dans les évolutions récentes, avec des réglages et des niveaux de puissance distincts. Cette chronologie explique les écarts importants que l’on rencontre entre les fiches techniques d’Emira produites à différentes dates.
L’Emira occupe parallèlement une position de plus en plus singulière dans le catalogue. Lotus développe une nouvelle famille électrique comprenant le SUV Lotus Eletre et la berline GT Emeya. La sportive de Hethel reste ainsi la représentante directe de l’architecture traditionnelle à moteur central thermique au sein d’une marque engagée dans une transformation beaucoup plus large.
L’Emira GT4 et la continuité de la compétition
L’architecture de l’Emira sert également de base à une voiture destinée aux circuits, l’Emira GT4. Présentée dynamiquement à Hethel en 2022, elle est développée pour répondre à la réglementation GT4 et ne doit pas être confondue avec les versions routières. Sa préparation spécifique, son aérodynamique de compétition et son équipement de sécurité en font une véritable voiture de course dérivée du modèle de série.
Cette déclinaison prolonge un lien ancien entre les Lotus de route et la compétition, mais l’Emira se distingue surtout par l’étendue de son registre. Elle conserve une architecture de sportive traditionnelle, un châssis en aluminium, une direction hydraulique et une mise au point centrée sur le conducteur tout en intégrant les équipements attendus d’une sportive contemporaine. C’est précisément cette combinaison qui définit le Type 131 : une Lotus thermique développée à Hethel au moment où le reste de la gamme bascule vers une nouvelle génération de véhicules électrifiés.




