La Datsun Sunny apparaît au Japon en avril 1966 avec la génération B10. Petite berline légère à moteur avant et propulsion, elle répond à une ambition précise de Nissan : proposer une automobile familiale plus accessible que la Datsun Bluebird, à une époque où la motorisation individuelle progresse rapidement au Japon. Avec son moteur de moins d’un litre et son gabarit contenu, la Sunny devient l’un des modèles emblématiques de cette nouvelle automobile populaire.
Le nom Sunny désignera ensuite une famille particulièrement longue. Cette filiation explique une partie des confusions actuelles : selon la génération et le marché, une Sunny peut également apparaître sous des appellations Datsun 1000, 1200, 120Y ou 210. La Sunny originelle est bien la B10 de 1966, et ses caractéristiques ne doivent pas être mélangées avec celles des générations ultérieures.
La naissance de la Sunny B10 en 1966
Nissan développe la Sunny dans un Japon où l’automobile particulière cesse progressivement d’être un produit réservé à une minorité. Le constructeur veut occuper un segment inférieur à celui de ses berlines traditionnelles, avec une voiture économique à acheter et à utiliser. Le projet est principalement confié à une jeune équipe d’ingénieurs supervisée notamment par Zenzo Sonoda.
Le choix du nom constitue lui-même un épisode important de son histoire. Nissan sollicite le public et reçoit environ 8,5 millions de propositions. Le constructeur retient finalement Sunny, un nom associé à une image lumineuse, jeune et optimiste. La voiture est lancée en avril 1966, quelques mois avant que la concurrence entre petites familiales japonaises ne s’intensifie fortement.
La première Sunny est équipée du nouveau quatre cylindres A10 de 988 cm3. À l’exportation, cette cylindrée fournit une désignation particulièrement simple : la voiture est notamment connue comme Datsun 1000. Il s’agit donc moins de deux automobiles différentes que de noms commerciaux pouvant désigner la même famille B10 suivant les marchés.
Le positionnement est volontairement pragmatique. La Sunny ne recherche ni le prestige ni la sophistication mécanique : sa force réside dans un ensemble compact et léger, adapté à un usage quotidien. Nissan annonce alors au Japon 410 000 yens pour la Standard et 460 000 yens pour la Deluxe. Le démarrage commercial est rapide, avec 30 000 exemplaires vendus durant les cinq premiers mois.
Une petite propulsion simple et légère
La B10 adopte une architecture conventionnelle pour son époque : moteur longitudinal à l’avant et roues arrière motrices. Son quatre cylindres A10 à soupapes en tête développe 56 PS à 6 000 tr/min dans la configuration de la Sunny 1000 Deluxe documentée par Nissan. Avec seulement 645 kg pour cette version, la cylindrée modeste suffit à procurer une vitesse maximale annoncée de 135 km/h.
La transmission des premières voitures illustre également la recherche de simplicité. La Sunny 1000 Deluxe de 1966 dispose d’une boîte manuelle à trois rapports commandée depuis la colonne de direction. La gamme évolue toutefois rapidement : des variantes Sports adoptent une boîte manuelle à quatre rapports avec levier au plancher, tandis qu’une transmission automatique à trois rapports rejoint ensuite l’offre.
Le train avant indépendant utilise un ressort à lame transversal, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide suspendu par des ressorts à lames semi-elliptiques. Les berlines documentées de cette première période possèdent quatre freins à tambour. Cette conception sans sophistication excessive correspond au cahier des charges d’une automobile populaire devant rester légère, robuste et abordable.
Fiche technique de la Datsun Sunny
| Caractéristique | Datsun Sunny 1000 Deluxe B10 |
|---|---|
| Année de lancement | 1966 |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, OHV |
| Code moteur | A10 |
| Cylindrée | 988 cm3 |
| Puissance | 56 PS à 6 000 tr/min |
| Couple | 76 Nm à 3 600 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle 3 rapports, commande à la colonne |
| Suspension avant | Indépendante, ressort à lame transversal |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Tambours avant et arrière |
| Pneus | 5.50-12-4PR |
| Longueur | 3 820 mm |
| Largeur | 1 445 mm |
| Hauteur | 1 345 mm |
| Empattement | 2 280 mm |
| Voie avant | 1 190 mm |
| Voie arrière | 1 180 mm |
| Poids | 645 kg |
| Vitesse maximale | 135 km/h |
Berline, coupé, Van et Sunny Truck
La B10 ne reste pas limitée à une seule carrosserie. La famille débute avec la berline deux portes et le Van, puis s’élargit notamment à une berline quatre portes en 1967. Cette diversification permet à Nissan de couvrir aussi bien les besoins d’une petite famille que ceux d’utilisateurs professionnels avec une base mécanique largement commune.
La déclinaison la plus dynamique est le Datsun Sunny Coupé, identifié par le code KB10. Sa carrosserie fastback, plus basse que celle de la berline, lui confère une silhouette nettement plus sportive. L’exemplaire documenté par Nissan reçoit une évolution du moteur A10 développant 60 PS à 6 000 tr/min, ainsi que des freins à disque à l’avant. Avec 3 770 mm de longueur, 1 310 mm de hauteur et 675 kg, le coupé conserve les dimensions très compactes de la famille.
Nissan exploite aussi cette base pour créer le Datsun Sunny Truck B20. Ce petit pick-up reprend l’idée d’une mécanique économique associée à un véhicule utilitaire léger. Sa carrière contribue à faire du nom Sunny une véritable famille de véhicules plutôt qu’une simple berline.
Visuellement, la première Sunny reste caractéristique du milieu des années 1960. Ses surfaces simples, ses dimensions étroites, son capot presque horizontal et ses petites roues de 12 pouces privilégient l’espace utile et la facilité d’utilisation. Le dessin de la B10 est nettement plus sobre que celui de certaines Sunny ultérieures, qui adopteront des volumes et des détails stylistiques plus marqués durant les années 1970.
De la Sunny B10 aux Datsun 1200, 120Y et 210
La première génération laisse sa place en 1970 à la B110. Plus moderne et dotée notamment d’une mécanique de 1,2 litre dans ses versions principales, cette deuxième génération est largement associée au nom Datsun 1200. Elle conserve néanmoins le principe fondamental établi par la B10 : moteur avant, propulsion, masse réduite et large choix de carrosseries.
La B210 apparaît ensuite en 1973. Sur plusieurs marchés d’exportation, cette génération devient familière sous l’appellation Datsun 120Y. Cette différence entre nom japonais, désignation de génération et appellation commerciale explique pourquoi deux documents consacrés à une Sunny peuvent sembler parler de modèles distincts alors qu’ils appartiennent à la même lignée.
La génération B310, apparue à la fin des années 1970, constitue la dernière grande étape de la Sunny à propulsion. Elle est notamment commercialisée sous l’appellation Datsun 210 en fonction des marchés. La génération B11 qui lui succède au début des années 1980 introduit une rupture technique majeure avec le passage à la traction avant, tout en accompagnant progressivement la transition commerciale de Datsun vers Nissan.
Une voiture populaire devenue une famille mondiale
L’intérêt historique de la première Sunny tient moins à une innovation spectaculaire qu’à la cohérence de son concept. Nissan combine une mécanique de 988 cm3, une carrosserie suffisamment compacte pour les conditions japonaises et un prix destiné à rendre l’automobile particulière accessible à une clientèle beaucoup plus large. Son succès accompagne ainsi la croissance rapide du marché automobile japonais des années 1960.
La B10 inaugure également une stratégie qui sera reprise pendant plusieurs générations : une même famille technique peut donner naissance à des berlines, breaks ou Vans, coupés et utilitaires. La Sunny devient de cette manière un nom capable de couvrir des usages très différents tout en conservant une identité de voiture compacte et économique.
Cette longévité impose aujourd’hui de distinguer le modèle originel de sa descendance. Une Datsun Sunny de 1966 est une B10 à propulsion dont la motorisation de référence est le quatre cylindres A10 de 988 cm3. Les 1200, 120Y et 210 appartiennent à des générations postérieures, tandis que les Sunny à traction avant relèvent encore d’une autre période technique. La B10 demeure ainsi le point de départ précis de la lignée lancée par Nissan en avril 1966.




