Présentée en septembre 1973 au Salon de Francfort et commercialisée à partir de 1974, la Lancia Beta Coupé est une sportive italienne à traction avant produite jusqu’en 1984. Dessinée par Pietro Castagnero, elle associe une carrosserie compacte à deux portes, des moteurs quatre cylindres à double arbre à cames et un châssis doté de quatre roues indépendantes. Déclinée en plusieurs cylindrées, de la 1300 à la 2000 Volumex à compresseur, elle incarne le savoir-faire de Lancia en matière de coupés sportifs accessibles.
Issue de la famille Lancia Beta, inaugurée par une berline en 1972, elle bénéficie d’une architecture mécanique commune, mais reçoit une carrosserie spécifique et un empattement raccourci. Avec 113 623 exemplaires généralement recensés sur l’ensemble de sa carrière, elle occupe une place importante dans l’histoire de la marque, entre la tradition des coupés des années 1960 et les sportives italiennes des années 1980.
Histoire de la Lancia Beta Coupé : naissance et développement
La création de la Beta Coupé intervient dans une période de transformation profonde pour Lancia. Racheté par Fiat en 1969, le constructeur turinois doit moderniser ses automobiles tout en rationalisant leur développement et leur fabrication. La nouvelle gamme Beta, lancée en 1972, marque cette évolution avec l’adoption de moteurs issus de la famille Fiat à double arbre à cames, adaptés aux exigences techniques de Lancia.
Le coupé est destiné à prendre progressivement la relève de la Lancia Fulvia Coupé, appréciée pour son élégance, son comportement routier et ses succès en compétition. Le choix de Pietro Castagnero pour dessiner la nouvelle voiture assure une continuité stylistique : ce designer avait également signé les lignes de la Fulvia Coupé. Il conçoit une silhouette plus moderne, tout en conservant les proportions équilibrées d’un coupé italien traditionnel.
La Beta Coupé apparaît publiquement au Salon de Francfort en septembre 1973. Son arrivée commerciale, initialement envisagée plus tôt, intervient en 1974 dans un contexte marqué par le premier choc pétrolier. Malgré cette conjoncture défavorable aux automobiles sportives, Lancia propose une gamme initiale composée de deux motorisations, 1600 et 1800.
La voiture reprend la conception générale de la berline Beta, mais son empattement passe de 2 540 à 2 350 mm. Cette réduction de 190 mm favorise des proportions plus ramassées et contribue à son caractère dynamique. La carrosserie à deux portes possède un coffre séparé, une ligne de toit relativement basse et quatre places, dont deux places arrière davantage adaptées à des trajets occasionnels.
La Beta Coupé se distingue également par sa dotation technique. Alors que plusieurs concurrentes utilisent encore un essieu arrière rigide, Lancia adopte des suspensions indépendantes aux quatre roues. Associées à une direction à crémaillère et à quatre freins à disque, elles contribuent à un comportement routier particulièrement soigné pour une voiture de cette catégorie.
Au cours des années 1970, la Beta Coupé devient l’une des principales représentantes de la gamme sportive Lancia. Elle cohabite avec la berline, le Spider et la Lancia Beta HPE, variante trois portes à vocation plus polyvalente, qui privilégie l’habitabilité et la capacité de chargement.
Les différentes versions et évolutions de 1973 à 1984
La première Beta Coupé est proposée avec deux moteurs essence. Le 1600 développe 108 ch, tandis que le 1800 atteint 120 ch. Ces mécaniques à double arbre à cames offrent des performances intéressantes pour l’époque, avec une montée en régime vive et une souplesse adaptée à un usage quotidien. Les premières voitures se reconnaissent notamment à leur calandre à motif nid-d’abeilles, leurs quatre projecteurs ronds et leurs nombreux éléments décoratifs chromés.
En 1975, Lancia fait évoluer la gamme. Le moteur 1800 disparaît au profit d’un quatre cylindres de 1 995 cm³, tandis que le 1600 reçoit des modifications mécaniques. Cette évolution s’accompagne de changements dans la présentation extérieure et intérieure. Les puissances varient selon les configurations, les années et les marchés, notamment en raison des évolutions des systèmes d’alimentation et des normes antipollution.
Une version 1300 apparaît en 1976 afin de proposer un coupé plus accessible. Cette déclinaison répond notamment aux particularités du marché italien, où la fiscalité automobile favorise les petites cylindrées. Elle permet également de remplacer plus directement les dernières Fulvia Coupé. Au fil de sa carrière, la cylindrée de cette version évolue de 1 297 à environ 1 367 cm³.
En 1978, la Beta Coupé bénéficie d’une nouvelle modernisation. La présentation extérieure évolue, avec des modifications de calandre, de pare-chocs et de garnitures. L’habitacle reçoit également des changements de sellerie et de finition. Ces évolutions ne correspondent pas toujours à des ruptures identiques sur tous les marchés, ce qui explique les différences de classification entre les historiques du modèle.
La dernière grande évolution stylistique intervient en 1981. La face avant adopte une présentation plus contemporaine, tandis que les éléments noirs prennent davantage d’importance dans le traitement de la carrosserie. Le tableau de bord et plusieurs équipements sont modernisés pour maintenir la compétitivité du coupé face à une concurrence renouvelée.
Cette période voit également l’arrivée de la Beta Coupé 2000 i.e., équipée d’une injection électronique Bosch L-Jetronic. Le moteur de 1 995 cm³ développe environ 122 ch dans sa configuration européenne. Cette évolution améliore la précision de l’alimentation et accompagne la modernisation mécanique de la gamme.
En 1983 apparaît la version la plus particulière de la famille : la Lancia Beta Coupé 2000 Volumex. Son moteur de deux litres reçoit un compresseur mécanique de type Roots, qui augmente le couple disponible à bas et moyen régime. Développant 135 ch et environ 210 Nm, cette version privilégie les reprises et la disponibilité de la puissance plutôt qu’une recherche exclusive des hauts régimes.
La technologie Volumex est également utilisée sur la Lancia Trevi, berline apparentée à la famille Beta. Sur le coupé, elle constitue l’aboutissement technique de la gamme. La production prend fin en 1984, après une carrière d’environ dix ans. Lancia ne propose pas immédiatement de remplaçante directe. La Lancia Kappa Coupé marquera plus tard le retour de la marque à cette catégorie de carrosserie, dans un segment toutefois différent.
Fiche technique de la Lancia Beta Coupé
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Lancia, Italie |
| Modèle | Beta Coupé, famille type 828 |
| Présentation | Septembre 1973, Salon de Francfort |
| Commercialisation | 1974 à 1984 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 4 places, configuration 2+2 |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture | Moteur avant transversal, traction avant |
| Moteurs | 4 cylindres en ligne essence, 8 soupapes, double arbre à cames en tête |
| Distribution | Courroie crantée |
| 1300 initiale | 1 297 cm³, environ 82 ch, carburateur |
| 1300 tardive | Environ 1 367 cm³, 84 ch, carburateur |
| 1600 première série | 1 592 cm³, 108 ch |
| 1600 intermédiaire | 1 585 cm³, environ 100 ch |
| 1600 tardive | 1 592 cm³, 108 ch |
| 1800 première série | 1 756 cm³, 120 ch |
| 2000 carburateur | 1 995 cm³, environ 116 à 120 ch selon version |
| 2000 i.e. | 1 995 cm³, 122 ch, injection Bosch L-Jetronic |
| 2000 Volumex | 1 995 cm³, 135 ch, compresseur mécanique Roots |
| Couple 2000 i.e. | Environ 175 Nm à 2 800 tr/min |
| Couple 2000 Volumex | 210 Nm à 3 000 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports synchronisés |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Suspension avant | Indépendante, jambes de force MacPherson, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Indépendante, jambes de force et bras de guidage |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | Quatre disques avec assistance |
| Jantes | Principalement 14 pouces, acier ou alliage selon version |
| Pneumatiques | 175/70 HR14 sur certaines 1600, 185/65 R14 sur certaines Volumex |
| Longueur | Environ 3,93 à 4,00 m selon série |
| Largeur | 1 650 mm |
| Hauteur | Environ 1 280 à 1 285 mm |
| Empattement | 2 350 mm |
| Poids à vide | Environ 990 à 1 095 kg selon version et équipement |
| Vitesse maximale 1600 | Environ 178 à 180 km/h |
| Vitesse maximale 2000 | Environ 190 km/h |
| Vitesse maximale Volumex | Environ 200 à 202 km/h |
| 0 à 100 km/h 1600 | Environ 10,2 à 10,7 secondes selon version |
| 0 à 100 km/h Volumex | Environ 9 secondes |
| Production totale | 113 623 exemplaires généralement recensés |
Design, habitacle et comportement routier
La Lancia Beta Coupé possède une silhouette immédiatement identifiable. Son capot relativement long, son pavillon compact et sa malle arrière distincte composent un profil trois volumes aux proportions équilibrées. Le dessin de Pietro Castagnero privilégie des surfaces simples et des lignes tendues, sans recourir aux artifices stylistiques de certaines sportives contemporaines.
La face avant est dominée par quatre projecteurs circulaires, associés à une calandre centrale portant l’écusson Lancia. Les premières versions conservent davantage de chrome, tandis que les modèles tardifs adoptent des éléments noirs et une présentation plus anguleuse. Les jantes en alliage à huit branches de certaines premières 1800 figurent parmi les détails appréciés des amateurs du modèle.
L’habitacle reflète la volonté de proposer une sportive utilisable quotidiennement. Le conducteur dispose d’une instrumentation particulièrement complète, comprenant un compte-tours et plusieurs indicateurs de contrôle mécanique. La planche de bord évolue sensiblement pendant la production, tout comme les matériaux de sellerie, les commandes et les équipements de confort.
Les sièges avant offrent une position de conduite relativement basse. L’espace arrière reste limité par la longueur de l’empattement et la forme du pavillon, mais les places supplémentaires rendent la Beta Coupé plus polyvalente qu’une stricte biplace. Le coffre séparé constitue également un avantage pour les voyages.
Sur la route, l’architecture à traction avant contribue à la motricité et à la stabilité. Les quatre suspensions indépendantes permettent de maintenir un bon contact des roues avec la chaussée, tandis que la direction à crémaillère favorise la précision des trajectoires. La Beta Coupé se distingue davantage par son équilibre général et son efficacité sur routes sinueuses que par une puissance spectaculaire.
Les moteurs atmosphériques offrent un caractère différent selon la cylindrée. Les 1300 et 1600 privilégient la vivacité et l’utilisation de la boîte de vitesses, tandis que les 1800 et 2000 disposent d’une réserve de couple supérieure. La Volumex modifie plus nettement les sensations grâce à la suralimentation mécanique, qui fournit une réponse immédiate à l’accélérateur.
La Beta Coupé ne doit pas être confondue avec la Lancia Beta Montecarlo. Malgré leur appartenance commerciale à la même famille, la Montecarlo possède une architecture entièrement différente, avec un moteur central arrière et des roues arrière motrices. Le coupé Beta traditionnel conserve toujours son moteur transversal avant et sa transmission aux roues avant.
La Lancia Beta Coupé en compétition automobile
La Beta Coupé connaît une carrière sportive relativement brève, mais significative, dans les rallyes internationaux des années 1970. Lancia engage des voitures préparées dès 1974, dans le cadre de son programme de compétition et de sa présence en Championnat du monde des rallyes.
La Beta Coupé 1800 fait l’objet d’une homologation FIA en Groupe 3, enregistrée sous le numéro 3064 et datée du 2 avril 1974. Cette homologation permet de développer différentes évolutions destinées à la compétition, notamment concernant les suspensions, le freinage, la transmission et le moteur.
Les versions de rallye ne doivent pas être assimilées aux voitures de série. Certaines préparations font appel à des culasses à seize soupapes et à des modifications importantes réalisées avec la participation d’Abarth. Elles permettent d’exploiter davantage le potentiel du quatre cylindres tout en adaptant la voiture aux contraintes des épreuves spéciales.
La Beta Coupé participe à plusieurs rallyes internationaux durant les saisons 1974 et 1975, avec notamment Simo Lampinen parmi les pilotes associés au programme Lancia. Elle évolue alors dans une période de transition sportive pour le constructeur.
La Lancia Stratos, spécialement conçue pour le rallye, devient rapidement la voiture de référence de la marque en championnat du monde. Son architecture à moteur central et son développement orienté exclusivement vers la compétition lui donnent un avantage décisif. La Beta Coupé conserve ainsi une place secondaire dans le palmarès Lancia, sans pour autant être dépourvue d’intérêt historique.
Son engagement illustre la volonté du constructeur de maintenir un lien entre ses voitures de tourisme et ses activités sportives. Il démontre également les possibilités d’évolution de la mécanique à double arbre utilisée sur les modèles de série.
Production, fiabilité et marché de collection
La production totale de la Lancia Beta Coupé est généralement établie à 113 623 exemplaires, toutes versions confondues. Cette diffusion relativement importante à l’époque contraste avec la rareté actuelle des voitures conservées en bon état. La production s’étend sur plusieurs évolutions de carrosserie et de motorisations, ce qui rend certaines configurations nettement moins courantes que d’autres.
La Beta Coupé 2000 Volumex figure parmi les versions les plus rares. Un total de 1 272 exemplaires est fréquemment cité dans les historiques de production. Son compresseur mécanique, ses éléments de carrosserie spécifiques et sa courte période de commercialisation en font une déclinaison particulièrement recherchée.
La corrosion constitue le principal point de vigilance sur les Beta Coupé anciennes. Les voitures de cette période peuvent présenter des attaques importantes au niveau des bas de caisse, des planchers, des passages de roues, des points d’ancrage de suspension et de certaines parties structurelles. La réputation de corrosion de la famille Beta a durablement marqué son image, même si l’état réel dépend de l’entretien et des conditions de conservation de chaque exemplaire.
Une inspection approfondie de la coque est donc essentielle avant tout achat. Les réparations anciennes doivent être examinées avec attention, car une carrosserie extérieurement présentable peut dissimuler des interventions insuffisantes sur des éléments porteurs. La disponibilité des pièces de tôlerie et la qualité des restaurations influencent fortement l’intérêt économique d’un véhicule.
Sur le plan mécanique, les quatre cylindres à double arbre possèdent une conception éprouvée, mais nécessitent un entretien rigoureux. Le remplacement périodique de la courroie de distribution est indispensable, tout comme la surveillance du refroidissement, de la lubrification et des éventuelles fuites. Sur les versions à carburateur, la qualité du réglage conditionne le fonctionnement et la souplesse du moteur.
Les modèles à injection demandent une attention particulière à l’état du circuit d’alimentation et des composants électriques. La Volumex ajoute les contraintes d’entretien propres à son compresseur mécanique et à son système d’entraînement. L’authenticité de cet ensemble est importante, notamment sur les exemplaires ayant fait l’objet de modifications ou de restaurations.
La transmission manuelle à cinq rapports et les trains roulants doivent également être contrôlés. L’usure des silentblocs, des articulations, des amortisseurs ou des éléments de direction peut dégrader le comportement routier. Les installations électriques, les instruments de bord et les accessoires de confort méritent une vérification, particulièrement sur les dernières séries plus équipées.
Sur le marché de collection, les premières 1800, les 2000 en configuration d’origine et les Volumex suscitent un intérêt particulier. Les prix affichés dans les annonces peuvent varier de moins de 10 000 € à près de 20 000 €, voire davantage pour certains exemplaires remarquables. Ces montants ne constituent pas une cote officielle : l’état structurel, la conformité mécanique, la documentation historique et la qualité des travaux réalisés restent déterminants.
Pour identifier correctement une Beta Coupé, il convient de rapprocher le numéro de châssis, le code moteur, l’année de fabrication et les caractéristiques de carrosserie. Les changements de calandre, de jantes ou de garnitures ne suffisent pas toujours à déterminer une série, car certaines pièces ont pu être remplacées au cours de la vie du véhicule. Un exemplaire conservant sa mécanique d’origine, ses équipements spécifiques et un historique d’entretien vérifiable offre une base plus solide pour une restauration ou une acquisition de collection.




