La Hommell Berlinette est une voiture de sport française à moteur central arrière, conçue à l’initiative de Michel Hommell et produite artisanalement à Lohéac, en Bretagne, à partir de 1994. Avec son châssis tubulaire, sa carrosserie légère et sa mécanique Peugeot, elle défend une conception de l’automobile sportive fondée sur l’agilité, la précision de conduite et les sensations plutôt que sur la puissance brute.
Présentée sous forme de prototype au Mondial de l’automobile de Paris en 1992, elle devient une réalité commerciale deux ans plus tard. Sa première déclinaison, la Hommell Berlinette Échappement, développe environ 155 ch et inaugure une famille de coupés sportifs français produits en très petites séries. Elle reste l’une des rares automobiles de son époque à avoir été développée par une entreprise indépendante autour d’un projet initialement soumis aux lecteurs d’un magazine automobile.
Une berlinette française née de la passion de Michel Hommell
L’histoire de la Hommell Berlinette commence au début des années 1990. Michel Hommell, éditeur de presse automobile et passionné de compétition, souhaite faire renaître l’esprit des petites sportives françaises légères. Son ambition n’est pas de construire une voiture de grand tourisme luxueuse, mais un coupé compact capable d’offrir une conduite directe, proche de celle d’une automobile de compétition, tout en restant homologué pour la route.
Le projet prend une dimension particulière en avril 1991, lorsque le magazine Échappement publie un questionnaire invitant ses lecteurs à définir leur berlinette idéale. Plusieurs milliers de réponses contribuent à orienter le cahier des charges. Les attentes convergent vers une voiture deux places, légère, à propulsion, dotée d’un moteur central et d’un comportement routier particulièrement efficace.
Cette démarche distingue la future Hommell des sportives conçues selon les méthodes habituelles des grands constructeurs. Le projet s’appuie sur les préférences exprimées par des passionnés, puis sur le travail d’une petite équipe chargée de transformer ces attentes en automobile de série.
Gilles Dupré joue un rôle central dans le développement technique, notamment dans la conception du châssis et l’organisation du projet. Jean-Sylvain Dupré participe également à cette aventure, tandis que le dessin de la carrosserie est confié à Erick de Pauw. Les premiers travaux sont menés dans la région parisienne, avant que la production soit implantée à Lohéac, village breton déjà réputé pour ses activités liées au sport automobile.
Le premier prototype est dévoilé au Salon de Paris en octobre 1992. Il suscite l’intérêt par ses proportions de véritable berlinette, sa mécanique issue de la production française et son architecture inhabituelle pour une petite entreprise indépendante. Les essais et les travaux d’homologation se poursuivent ensuite, avec les contraintes financières et réglementaires propres à la fabrication d’une voiture entièrement nouvelle.
L’usine de Lohéac, installée dans une ancienne laiterie, est inaugurée le 1er avril 1994. La première Berlinette de série sort des ateliers en août de la même année. La voiture passe ainsi du statut de projet porté par des passionnés à celui de modèle commercialisé, même si sa fabrication reste volontairement artisanale.
Un design compact conçu autour du moteur central
La Hommell Berlinette possède une silhouette immédiatement reconnaissable. Son capot avant plongeant, son pare-brise fortement incliné et son pavillon bas composent un profil ramassé. L’habitacle est avancé, tandis que la partie arrière accueille le groupe motopropulseur. Cette répartition des volumes découle directement de l’architecture mécanique retenue.
La carrosserie utilise des matériaux composites à base de fibre de verre. Ses surfaces arrondies, ses passages de roues marqués et ses prises d’air latérales traduisent une recherche d’efficacité sans recourir à de grands appendices aérodynamiques. Le dessin privilégie une identité sportive simple, en accord avec le caractère fonctionnel de la voiture.
Sur la Berlinette Échappement originale, la face avant se distingue notamment par ses projecteurs empruntés à la Citroën XM, intégrés derrière des protections transparentes. Ce choix permet de disposer d’éléments d’éclairage issus de la grande série tout en conservant un nez bas et relativement fluide. Les versions ultérieures adopteront une présentation différente.
Le recours à des composants existants ne se limite pas aux projecteurs. Plusieurs éléments mécaniques et équipements proviennent de la banque d’organes de constructeurs français. Pour une entreprise produisant quelques dizaines de véhicules, cette stratégie permet de limiter les coûts de développement et de faciliter l’approvisionnement en pièces.
L’habitacle suit la même philosophie. Il accueille deux occupants dans une position de conduite basse, avec une instrumentation lisible et des commandes orientées vers l’utilisation sportive. La présentation reste dépouillée par rapport aux coupés de grande série contemporains. Les sièges enveloppants et la proximité des commandes renforcent le sentiment de conduire une automobile conçue autour de son pilote.
La Berlinette n’est cependant pas une voiture de course simplement adaptée à la circulation. Les concepteurs ont également pris en compte les exigences d’un usage routier, notamment l’ergonomie, les possibilités de rangement et certains équipements pratiques. Ce compromis entre radicalité mécanique et utilisation sur route constitue une partie importante de son identité.
Un châssis tubulaire et une mécanique Peugeot
La particularité technique de la Hommell Berlinette réside dans son architecture à moteur central arrière transversal. Le quatre-cylindres est installé derrière les sièges, mais devant l’essieu arrière. Cette disposition favorise la concentration des masses vers le centre du véhicule et contribue à réduire l’inertie lors des changements de direction.
La structure repose sur un châssis tubulaire en acier associé à des panneaux en aluminium. La carrosserie composite vient compléter cet ensemble. Contrairement à une sportive dérivée d’une berline existante, la Hommell dispose donc d’une structure spécifiquement étudiée pour son architecture et son utilisation.
Le modèle de série reçoit un moteur Peugeot de la famille XU10, un quatre-cylindres atmosphérique de 1 998 cm3 à seize soupapes. Ce bloc, apparenté à celui utilisé sur certaines Peugeot 306 S16 et Citroën ZX 16V, développe généralement 155 ch dans les caractéristiques historiques de la Berlinette Échappement. Certaines fiches commerciales mentionnent toutefois 150 ch.
Son système d’admission variable ACAV adapte les caractéristiques des conduits d’admission au régime moteur. Il contribue à améliorer le remplissage des cylindres sur différentes plages de fonctionnement, tout en conservant le caractère progressif d’un moteur atmosphérique. La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière.
La transmission constitue un autre aspect original du projet. La Berlinette utilise une boîte manuelle SMAN à six rapports, adaptée aux contraintes de l’implantation centrale arrière. Son intégration a nécessité un travail spécifique, notamment sur le sens de rotation transmis aux roues. Elle ne correspond donc pas à une simple transplantation mécanique provenant d’une Peugeot de série.
Les suspensions indépendantes participent également au caractère du modèle. À l’avant, des doubles triangles superposés assurent le guidage des roues. À l’arrière, l’architecture de type McPherson est adaptée à la disposition du moteur et de la transmission. L’ensemble recherche un guidage précis et une bonne maîtrise des mouvements de caisse.
Avec une masse généralement annoncée entre 900 et 980 kg suivant les références, la Berlinette bénéficie d’un rapport poids-puissance favorable sans nécessiter une motorisation particulièrement imposante. Sa légèreté réduit également les contraintes imposées au freinage et aux pneumatiques, tout en contribuant à la vivacité de ses réactions.
Fiche technique de la Hommell Berlinette
| Caractéristique | Hommell Berlinette Échappement de série |
|---|---|
| Constructeur | Automobiles Michel Hommell |
| Pays d’origine | France |
| Site de fabrication | Lohéac, Ille-et-Vilaine |
| Présentation du prototype | 1992 |
| Début de commercialisation | 1994 |
| Période de production | 1994 à 1998 environ pour la version initiale |
| Carrosserie | Coupé deux portes |
| Nombre de places | 2 |
| Architecture | Moteur central arrière transversal |
| Motorisation | Peugeot PSA XU10, essence atmosphérique |
| Nombre de cylindres | 4 en ligne |
| Cylindrée | 1 998 cm3 |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 16 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique, admission variable ACAV |
| Puissance maximale | 155 ch à 6 500 tr/min, certaines fiches indiquant 150 ch |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle SMAN à 6 rapports |
| Structure | Châssis tubulaire en acier et panneaux en aluminium |
| Matériau de carrosserie | Composite à base de fibre de verre |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles superposés |
| Suspension arrière | Indépendante de type McPherson |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Jantes | 16 pouces |
| Largeur des pneus avant | 205 mm selon les configurations documentées |
| Largeur des pneus arrière | 225 mm selon les configurations documentées |
| Longueur | Environ 4,12 m |
| Largeur | Environ 1,79 m |
| Hauteur | Environ 1,16 m |
| Masse annoncée | Environ 900 à 980 kg selon les références |
| Vitesse maximale | Environ 230 km/h annoncés |
| Capacité de carburant | 64 litres selon les données historiques publiées |
| Production de la version initiale | 69 exemplaires selon les inventaires historiques |
Comportement routier et performances
La Hommell Berlinette a été développée pour offrir une conduite particulièrement communicative. Son moteur central, son empattement compact et sa masse contenue déterminent un comportement très différent de celui des coupés sportifs à moteur avant issus de la grande série.
La direction et le train avant ont été étudiés pour favoriser la précision des trajectoires. Le conducteur bénéficie d’une voiture relativement légère, dont les réactions dépendent directement de la qualité du guidage des roues et de la répartition des masses. La disposition centrale du moteur contribue à cette sensation d’agilité, particulièrement appréciable sur les routes sinueuses et les circuits techniques.
Cette architecture impose néanmoins une conduite attentive. Une voiture à moteur central présente généralement une inertie polaire réduite, ce qui lui permet de changer rapidement de direction, mais peut également rendre ses réactions plus vives à la limite d’adhérence. La Berlinette s’adresse ainsi à des conducteurs recherchant une expérience sportive directe plutôt qu’un comportement volontairement filtré.
Le moteur Peugeot atmosphérique participe à cette philosophie. Il privilégie la montée en régime et la réponse à l’accélérateur plutôt qu’un couple très élevé à bas régime. La boîte manuelle à six rapports permet d’exploiter sa plage de fonctionnement et de conserver un contrôle précis sur la motricité.
Les performances annoncées restent intéressantes pour une sportive française du milieu des années 1990. La vitesse maximale se situe autour de 230 km/h dans les fiches historiques. La véritable originalité de la Berlinette réside toutefois davantage dans l’association d’une puissance raisonnable et d’un châssis spécifique que dans la recherche de records d’accélération.
Cette conception explique aussi son intérêt pour une utilisation occasionnelle sur circuit. La structure légère, les suspensions indépendantes et l’implantation du moteur offrent une base adaptée à une conduite dynamique, sans imposer les dimensions ou la puissance d’une sportive de catégorie supérieure.
Les évolutions de la Berlinette : RS, RS2 et Barquette
La Berlinette originale ouvre la voie à plusieurs déclinaisons destinées à faire évoluer les performances et la présentation du modèle. Dès 1994, Hommell présente notamment le Cabster, un projet découvrable qui reste au stade d’un exemplaire expérimental.
En 1995 apparaît la Hommell Barquette, une interprétation beaucoup plus radicale du concept. Sa carrosserie ouverte, dépourvue de toit et de pare-brise traditionnel, privilégie les sensations et une utilisation sportive. Elle partage la philosophie mécanique de la Berlinette, mais ne doit pas être confondue avec le coupé fermé commercialisé depuis 1994.
Une évolution importante intervient à la fin de l’année 1997 avec la Hommell Berlinette RS. Cette version reçoit un moteur Peugeot 2,0 litres seize soupapes développant 167 ch. Elle se distingue également par une face avant modifiée, avec des projecteurs ronds apparents qui remplacent les optiques carénées caractéristiques de la première Berlinette.
La RS conserve les principes fondamentaux du modèle, notamment le moteur central arrière, la propulsion et la construction légère. Elle représente cependant une évolution technique et esthétique suffisamment importante pour être considérée comme une version distincte, et non comme une simple finition de la Berlinette Échappement.
En 2000, la Hommell RS2 poursuit le développement de la lignée. Sa puissance est généralement annoncée à 195 ch, accompagnée de nouvelles évolutions mécaniques et aérodynamiques. Elle constitue l’une des expressions les plus abouties du projet Hommell, tout en conservant son architecture de berlinette à moteur central.
Ces différentes versions expliquent certaines divergences rencontrées dans les fiches techniques consacrées à la marque. Les puissances de 155, 167 et 195 ch correspondent à des étapes différentes de son développement. De même, les évolutions de la carrosserie, des équipements et des masses ne doivent pas être attribuées indistinctement à toutes les voitures produites.
Production artisanale, prix et rareté
La fabrication de la Hommell Berlinette repose sur une organisation artisanale, très éloignée des chaînes d’assemblage des grands constructeurs. À Lohéac, les véhicules sont montés en petites séries, avec une part importante d’opérations manuelles. Cette méthode permet une production spécialisée, mais limite les volumes et augmente les coûts unitaires.
La création d’une automobile homologuée représente un investissement considérable pour une structure aussi réduite. Le développement du châssis, la fabrication des outillages, les essais réglementaires et l’adaptation des composants mécaniques nécessitent des moyens importants, alors même que les quantités vendues restent modestes.
Le prix initial annoncé pour la Berlinette se situe autour de 250 000 francs. Ce positionnement la place dans l’univers des voitures de sport spécialisées, plutôt que dans celui des coupés populaires. L’acheteur privilégie une architecture originale, une production française indépendante et des sensations de conduite particulières, au détriment d’une présentation luxueuse ou d’un réseau commercial étendu.
Les inventaires historiques recensent 69 exemplaires de la Berlinette Échappement originale. La production se répartirait principalement entre 1994 et 1998, avec un maximum de 34 voitures en 1995. Ces chiffres concernent la première version fermée et ne comprennent pas les autres déclinaisons de la marque.
La production totale d’Automobiles Hommell est généralement estimée à quelques centaines de véhicules, avec des écarts entre les inventaires selon les prototypes et les différentes variantes comptabilisés. Cette diffusion confidentielle explique pourquoi les Berlinette sont aujourd’hui rarement rencontrées sur route.
Pour un collectionneur, l’identification précise de la version est essentielle. La configuration des projecteurs, le type de moteur, les éléments de carrosserie et la documentation du véhicule permettent notamment de distinguer une Berlinette Échappement d’une RS ou d’une RS2. L’authenticité des composants et l’historique d’entretien prennent une importance particulière sur une automobile fabriquée en aussi petite série.
La disponibilité des pièces constitue également un élément à examiner. Certains organes mécaniques issus de la production Peugeot et Citroën bénéficient d’une diffusion relativement large, mais les composants spécifiques au châssis, à la carrosserie et à certaines adaptations techniques sont beaucoup plus rares. Leur réparation peut nécessiter l’intervention de spécialistes connaissant les voitures artisanales françaises.
L’histoire industrielle de Hommell s’achève progressivement au début des années 2000, après une activité qui n’a jamais atteint les volumes nécessaires à une véritable production de masse. Les automobiles survivantes continuent néanmoins d’apparaître lors de rassemblements de sportives françaises et de manifestations historiques, notamment dans l’environnement de Lohéac, où le Manoir de l’Automobile conserve la mémoire de cette aventure industrielle bretonne.
