Présentée au Mondial de l’automobile de Paris en 2006, la Venturi Astrolab est un concept-car électrique à énergie solaire développé par le constructeur monégasque Venturi. Avec sa carrosserie ultrabasse, ses deux places disposées en tandem et ses panneaux photovoltaïques intégrés, elle explore une approche originale de la mobilité électrique : réduire les besoins énergétiques du véhicule tout en produisant une partie de l’électricité nécessaire à son fonctionnement.
Conçue sous la direction de Gildo Pastor et dessinée par Sacha Lakic, l’Astrolab associe une structure légère en carbone, une batterie nickel-hydrure métallique et une surface photovoltaïque de 3,6 m². Venturi annonce une autonomie de 110 km sur batterie et une vitesse maximale de 120 km/h. Malgré un prix et un calendrier de livraison évoqués lors de sa présentation, elle demeure avant tout un véhicule expérimental, sans production commerciale en série clairement établie.
Une voiture solaire née de la nouvelle orientation de Venturi
Au début des années 2000, Venturi entreprend une transformation profonde de son activité. Historiquement associé aux voitures de sport françaises à moteur thermique, le constructeur se tourne vers les technologies électriques après sa reprise par l’entrepreneur monégasque Gildo Pastor. Cette réorientation vise à démontrer que la propulsion électrique peut répondre à des usages très différents, depuis la voiture sportive jusqu’au véhicule urbain économe en énergie.
Les précédentes réalisations de la marque, comme la Venturi Atlantique 300, reposaient sur une architecture de grand tourisme traditionnelle, avec un moteur thermique puissant et une conception privilégiant les performances routières. L’Astrolab marque une rupture : son développement part d’une réflexion sur la masse, les besoins électriques et la récupération d’énergie solaire.
Cette évolution avait déjà pris forme avec la Venturi Fétish, dévoilée en 2004. Ce roadster électrique montrait qu’une motorisation sans combustion pouvait être associée à une automobile sportive. Deux ans plus tard, l’Astrolab explore une direction différente, dans laquelle l’efficacité énergétique et la production d’électricité deviennent des éléments centraux de la conception.
Dévoilée en 2006 aux côtés de la Venturi Eclectic, l’Astrolab s’inscrit dans une période particulièrement expérimentale pour le constructeur. Les deux véhicules exploitent l’énergie solaire, mais poursuivent des objectifs distincts. L’Eclectic adopte une architecture destinée principalement aux déplacements urbains à faible vitesse, tandis que l’Astrolab recherche une silhouette plus aérodynamique et des performances permettant d’envisager des déplacements routiers plus rapides.
La voiture est de nouveau présentée au public lors du salon EVER de Monaco en 2008, consacré notamment aux véhicules écologiques et aux énergies renouvelables. Ces apparitions contribuent à faire connaître les recherches de Venturi, sans établir pour autant l’existence d’une gamme commerciale Astrolab.
Un design conçu autour de l’énergie solaire
L’apparence de la Venturi Astrolab découle directement de ses choix techniques. Sacha Lakic dessine une automobile très basse, dont la partie supérieure forme une vaste surface presque horizontale. Cette disposition permet d’intégrer les cellules photovoltaïques sur une zone particulièrement étendue par rapport aux dimensions du véhicule.
Contrairement à une voiture conventionnelle, l’Astrolab ne possède pas de toit fermé ni d’habitacle disposant de deux sièges côte à côte. Ses occupants prennent place l’un derrière l’autre, dans un cockpit ouvert. Cette configuration en tandem limite la largeur nécessaire à l’espace habitable et contribue à l’organisation des masses autour de l’axe longitudinal.
Venturi souligne notamment l’intérêt de cette disposition pour conserver une répartition des masses cohérente, que le véhicule transporte une ou deux personnes. Le principe évite le déséquilibre latéral lié à l’installation d’un passager sur un siège voisin du conducteur. Il constitue également un choix architectural adapté à une carrosserie étroite dans sa partie centrale.
Les panneaux solaires occupent une grande partie de la silhouette, avec une surface foncée contrastant avec les éléments orange de la carrosserie. Les quatre roues sont largement séparées du volume central et disposent de garde-boue individuels. À l’avant, les optiques sont intégrées dans une partie basse et effilée, tandis que les éléments de structure restent visibles autour de l’habitacle.
La conception fait largement appel à la fibre de carbone. La structure monocoque participe à la rigidité de l’ensemble tout en limitant la masse. Avec seulement 280 kg annoncés à vide, l’Astrolab se situe très loin du poids habituel d’une automobile électrique conventionnelle. Cette légèreté permet de réduire l’énergie nécessaire aux accélérations et contribue à rendre exploitable une batterie de capacité modeste.
Le choix d’un cockpit ouvert répond à cette logique de simplicité structurelle, mais distingue aussi l’Astrolab d’une voiture de tourisme classique. La protection contre les intempéries, le confort acoustique et les équipements de bord ne constituent pas les priorités de ce prototype. Son architecture est avant tout destinée à démontrer les possibilités d’une automobile électrique légère utilisant directement l’énergie solaire.
Fiche technique de la Venturi Astrolab
| Caractéristique | Venturi Astrolab (2006) |
|---|---|
| Constructeur | Venturi Automobiles |
| Année de présentation | 2006 |
| Catégorie | Concept-car électrique solaire |
| Carrosserie | Biplace ouverte, sièges en tandem |
| Designer | Sacha Lakic |
| Motorisation | Électrique |
| Puissance annoncée | 16 kW, environ 22 ch |
| Couple maximal | 50 Nm |
| Transmission | Propulsion, roues arrière motrices |
| Batterie | Nickel-hydrure métallique (NiMH) |
| Capacité énergétique annoncée | 7 kWh |
| Tension nominale | 72 V |
| Capacité électrique nominale | 100 Ah |
| Surface photovoltaïque | 3,6 m² |
| Rendement photovoltaïque annoncé | 21 % |
| Autonomie annoncée sur batterie | 110 km |
| Recharge sur secteur | Environ 5 heures annoncées |
| Vitesse maximale annoncée | 120 km/h |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Longueur indicative | 3 800 mm |
| Largeur indicative | 1 840 mm |
| Hauteur indicative | 1 200 mm |
| Masse à vide | 280 kg |
| Nombre de places | 2 |
Comment fonctionne la recharge solaire de l’Astrolab ?
La particularité technique de l’Astrolab réside dans l’association d’une batterie rechargeable et de cellules photovoltaïques intégrées à la carrosserie. Ces deux éléments remplissent des fonctions complémentaires : la batterie stocke l’électricité utilisée par le moteur, tandis que les panneaux solaires produisent de l’énergie lorsque les conditions d’ensoleillement le permettent.
Cette architecture ne doit pas être confondue avec celle d’une voiture hybride thermique. L’Astrolab ne possède aucun moteur à combustion. Son énergie de propulsion est exclusivement électrique, qu’elle provienne initialement du réseau ou des panneaux photovoltaïques.
La batterie nickel-hydrure métallique représente une solution cohérente avec les technologies disponibles au milieu des années 2000. Sa capacité annoncée de 7 kWh est faible comparée à celle des voitures électriques modernes, mais le poids réduit de l’Astrolab limite ses besoins énergétiques. Les caractéristiques historiques de 72 V et 100 Ah correspondent à une énergie nominale théorique de 7,2 kWh, proche de la valeur arrondie communiquée par Venturi.
En rapportant les 7 kWh annoncés aux 110 km d’autonomie, on obtient environ 6,4 kWh pour 100 km. Ce calcul constitue un simple rapport entre capacité embarquée et distance annoncée, et non une consommation mesurée lors d’un essai. Il ne tient notamment pas compte de la part réellement utilisable de la batterie, des pertes électriques ou des conditions de conduite.
Les cellules photovoltaïques couvrent une surface de 3,6 m². Leur rendement annoncé de 21 % représente la proportion d’énergie solaire incidente susceptible d’être convertie en électricité dans les conditions de référence. Cette caractéristique ne signifie pas que les panneaux délivrent leur puissance maximale en permanence.
La presse contemporaine évoquait une puissance photovoltaïque de l’ordre de 600 W et la possibilité de récupérer jusqu’à environ 18 km d’autonomie supplémentaire par jour grâce au soleil. Cette distance dépend nécessairement de l’intensité du rayonnement, de la durée d’exposition, de l’orientation du véhicule et des pertes du système de recharge.
Pour comprendre cette limite, il faut distinguer puissance et énergie. Une installation photovoltaïque délivrant 600 W pendant une heure à cette puissance produit théoriquement 0,6 kWh. Une journée nuageuse, une exposition partielle à l’ombre ou un soleil bas réduisent cette production. À l’inverse, plusieurs heures d’ensoleillement favorable peuvent contribuer à reconstituer une partie de l’énergie consommée.
Le solaire constitue donc une source d’appoint plutôt qu’une garantie d’autonomie illimitée. Même lorsque le véhicule circule en plein soleil, la puissance nécessaire à la propulsion peut dépasser largement celle fournie instantanément par les cellules. La batterie conserve alors son rôle principal dans l’alimentation du moteur.
L’Astrolab peut également être rechargée sur le réseau électrique, avec une durée annoncée d’environ cinq heures. Cette possibilité est essentielle : elle permet d’utiliser le véhicule indépendamment de la météo et de reconstituer son autonomie sans attendre une exposition solaire prolongée.
Performances et conséquences de sa conception légère
Avec une puissance annoncée d’environ 22 ch, l’Astrolab ne cherche pas à rivaliser avec les voitures de sport traditionnelles de Venturi. Son intérêt réside dans le rapport entre sa motorisation, sa masse et son aérodynamique. Une puissance relativement limitée peut suffire à déplacer efficacement un véhicule de quelques centaines de kilogrammes, particulièrement à vitesse modérée.
La vitesse maximale annoncée de 120 km/h illustre cette démarche. Elle dépasse celle de nombreux petits véhicules urbains électriques expérimentaux de la même époque, tout en restant compatible avec une motorisation de puissance modeste grâce à la légèreté et à la silhouette basse de l’Astrolab.
La masse joue également un rôle important lors des accélérations. À vide, les 16 kW annoncés correspondent à environ 57 kW par tonne. Ce rapport ne permet cependant pas de déduire directement un temps de passage de 0 à 100 km/h, car l’accélération dépend aussi de la transmission, de l’adhérence, de la courbe de couple et de la gestion électronique du moteur.
Le poids des occupants représente une proportion importante de la masse totale. Avec deux personnes à bord, les besoins énergétiques liés aux accélérations augmentent sensiblement. La disposition en tandem répond en partie à cette contrainte en maintenant une répartition latérale des charges plus régulière.
À vitesse stabilisée, la résistance aérodynamique devient un facteur déterminant. La carrosserie basse de l’Astrolab vise à limiter cette résistance, même si ses roues apparentes et son cockpit ouvert imposent des compromis. L’absence de coefficient de traînée officiellement établi ne permet pas de quantifier précisément son efficacité aérodynamique.
L’autonomie annoncée doit aussi être replacée dans le contexte d’un prototype de 2006. Elle ne correspond pas à une homologation selon le cycle WLTP, introduit bien plus tard. Une conduite rapide, des accélérations répétées ou des conditions météorologiques défavorables peuvent modifier sensiblement la distance parcourue.
Dans la pratique, l’architecture de l’Astrolab paraît donc davantage adaptée à la démonstration technologique et à des trajets limités qu’à un usage polyvalent comparable à celui d’une voiture de série. Sa conception privilégie la réduction de la consommation énergétique plutôt que le confort, la capacité de chargement ou la protection climatique.
Prix annoncé, commercialisation et production
Lors de sa présentation en 2006, la Venturi Astrolab ne se limite pas à une simple étude de style. Le constructeur communique des caractéristiques techniques détaillées et la presse évoque un projet de commercialisation, avec des premières livraisons envisagées pour janvier 2008.
Les prix publiés à l’époque se situent autour de 90 000 à 92 000 euros. Certaines publications mentionnent 90 200 euros, tandis que d’autres retiennent 92 000 euros, parfois hors taxes. Ces montants correspondent à des annonces historiques et ne doivent pas être considérés comme la preuve de transactions commerciales effectivement réalisées.
Le coût envisagé reflète le caractère particulier du véhicule. L’utilisation d’une monocoque en carbone, de cellules photovoltaïques performantes et de composants développés pour une production très limitée éloigne l’Astrolab des contraintes économiques d’une petite voiture électrique destinée au grand public.
Malgré les annonces initiales, aucun volume fiable de production en série ni registre de livraisons commerciales n’est établi. Les présentations publiques documentent l’existence du prototype, mais elles ne permettent pas de conclure qu’une série de véhicules a été vendue à des particuliers.
Cette distinction est importante pour comprendre le statut du modèle. L’annonce d’un prix ou d’un calendrier de livraison ne signifie pas nécessairement qu’un programme industriel a atteint le stade de la fabrication commerciale. Venturi classe d’ailleurs l’Astrolab parmi ses concept-cars historiques, et non parmi les automobiles actuellement proposées à la commande.
La rareté de l’Astrolab ne peut donc pas être traduite en nombre d’exemplaires sans inventaire fiable. De même, l’absence de transactions publiques suffisamment documentées empêche d’établir une cote de collection représentative.
La place de l’Astrolab dans les expérimentations électriques de Venturi
L’Astrolab appartient à une phase durant laquelle Venturi développe plusieurs approches de la propulsion électrique. La Fétish explore les performances d’un roadster à batterie, l’Eclectic s’intéresse aux déplacements urbains et l’Astrolab cherche à exploiter directement une grande surface photovoltaïque embarquée.
Cette diversité contraste avec les ambitions des anciennes sportives thermiques de la marque, notamment la Venturi 400 GT. Alors que cette dernière privilégiait la puissance mécanique et les performances de conduite, l’Astrolab repose sur une logique de sobriété énergétique, de réduction des masses et d’intégration de nouvelles technologies.
En 2008, Venturi présente également la Volage, un concept de grand tourisme électrique utilisant une architecture technique différente. Cette évolution montre que le constructeur ne considère pas l’Astrolab comme le point de départ d’une gamme unique de voitures solaires, mais comme l’une des différentes pistes explorées pour développer les possibilités de la mobilité électrique.
L’Astrolab ne possède pas de seconde génération officiellement identifiée. Les mentions de millésimes 2006 ou 2007 rencontrées dans certaines archives photographiques renvoient à la période de présentation du concept, sans démontrer l’existence de versions techniques distinctes.
Sa présence au Mondial de Paris en 2006 puis au salon EVER de Monaco en 2008 illustre finalement sa vocation principale : présenter au public une architecture automobile dans laquelle la carrosserie, la disposition des occupants et le stockage électrique sont pensés conjointement pour rendre possible l’utilisation d’une énergie solaire embarquée.
