Présentée au Salon de l’automobile de Paris en 1937, la Salmson S4E représente l’une des réalisations les plus ambitieuses du constructeur français avant la Seconde Guerre mondiale. Cette automobile de prestige associe un moteur quatre cylindres de 2,3 litres à double arbre à cames en tête, une suspension avant indépendante et une transmission électromagnétique Cotal. Produite à partir de 1938, puis maintenue au catalogue après la guerre jusqu’au début des années 1950, elle occupe une place particulière dans l’histoire des grandes voitures françaises.
Avec ses 13 CV fiscaux, son châssis de trois mètres d’empattement et ses différentes carrosseries, la S4E s’adresse à une clientèle recherchant davantage qu’une simple berline familiale. Elle illustre la volonté de Salmson de conserver une identité technique exigeante, à une époque où l’industrie automobile française évolue progressivement vers des véhicules plus accessibles et standardisés.
Fiche technique de la Salmson S4E
| Caractéristique | Salmson S4E |
|---|---|
| Constructeur | Salmson, Société des Moteurs Salmson |
| Pays d’origine | France |
| Présentation | Salon de Paris 1937 |
| Production | 1938 à 1951, avec interruption durant la guerre |
| Catégorie | Automobile de tourisme haut de gamme |
| Carrosseries | Berline, coupé, cabriolet et réalisations spéciales |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion arrière |
| Motorisation | 4 cylindres en ligne, essence, quatre temps |
| Cylindrée | 2 312 cm³ |
| Distribution | Double arbre à cames en tête |
| Cylindres | Chemises humides amovibles |
| Alimentation | Carburateur |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance fiscale | 13 CV |
| Puissance mécanique | 70 à 72 ch suivant les documentations historiques |
| Régime de puissance indiqué | 4 800 tr/min pour 72 ch |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Cotal électromagnétique à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension avant | Roues indépendantes, barres de torsion longitudinales |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Freinage | Commande hydraulique |
| Empattement | 3 000 mm |
| Longueur indicative | Environ 4 580 mm, variable selon carrosserie |
| Largeur indicative | Environ 1 730 mm |
| Vitesse maximale indicative | Environ 145 km/h |
| Site de production | Boulogne-Billancourt, France |
Une grande Salmson née en 1937
L’histoire de la Salmson S4E commence dans un contexte de transformation du constructeur de Boulogne-Billancourt. Initialement reconnu pour ses activités aéronautiques et ses succès en compétition automobile, Salmson développe durant l’entre-deux-guerres une gamme de voitures de tourisme caractérisées par des moteurs sophistiqués. La marque privilégie notamment la distribution à double arbre à cames en tête, une solution encore relativement rare sur les automobiles de série de cette période.
La famille S4 apparaît en 1929 et connaît plusieurs évolutions successives. La Salmson S4C, présentée en 1932, participe à cette progression vers des voitures plus confortables et mieux adaptées aux longs déplacements. Elle est suivie par les S4D et S4DA, qui poursuivent le développement de la gamme.
En 1937, Salmson franchit une nouvelle étape avec la S4E. Contrairement à une simple évolution esthétique, ce modèle bénéficie d’une mécanique de cylindrée supérieure et d’un châssis adapté à son positionnement. Son moteur de 2 312 cm³ la fait entrer dans la catégorie des 13 CV fiscaux, au-dessus des versions plus modestes de la famille S4.
La présentation parisienne de 1937 précède le lancement de la production en 1938. Cette distinction chronologique explique pourquoi certaines documentations identifient la S4E comme un modèle de 1937, tandis que d’autres retiennent 1938. La première date correspond à son apparition publique, la seconde au début de sa fabrication en série.
Le constructeur entend alors proposer une automobile capable de rivaliser avec les voitures françaises de standing supérieur, sans abandonner les caractéristiques mécaniques qui font sa réputation. La S4E se distingue par une conception privilégiant la qualité du moteur, le comportement routier et le confort de conduite plutôt que la recherche d’une production de masse.
Un moteur 2,3 litres à double arbre à cames en tête
Le principal intérêt mécanique de la Salmson S4E réside dans son quatre cylindres en ligne de 2 312 cm³. Ce moteur à essence utilise deux arbres à cames en tête pour commander les soupapes, une architecture permettant de mieux maîtriser leur ouverture et leur fermeture qu’une distribution traditionnelle à soupapes latérales.
Cette solution s’inscrit dans la continuité des travaux de Salmson sur les moteurs performants. Elle présente un intérêt particulier à une époque où de nombreuses automobiles de tourisme françaises utilisent encore des mécaniques à distribution plus simple. La S4E transpose ainsi une partie du savoir-faire technique de la marque dans une voiture destinée à un usage routier quotidien.
La puissance est généralement indiquée entre 70 et 72 chevaux dans les documentations historiques. Une valeur de 72 ch à 4 800 tr/min est notamment associée au moteur de 2,3 litres, tandis que certaines fiches retiennent 70 ch. Cette différence ne permet pas, à elle seule, d’identifier deux versions mécaniques distinctes. Il convient donc de ne pas attribuer arbitrairement une puissance précise à chaque millésime.
Le moteur possède également des chemises humides amovibles. Dans cette architecture, les cylindres sont constitués de chemises en contact direct avec le liquide de refroidissement. Leur caractère démontable facilite certaines opérations de remise en état du bloc, notamment lorsqu’une intervention importante sur les cylindres devient nécessaire.
Cette sophistication implique toutefois des exigences particulières en matière d’entretien. Le réglage de la distribution, l’état du circuit de refroidissement et la disponibilité des pièces spécifiques demandent une connaissance approfondie de la mécanique Salmson. Pour une voiture ancienne conservée en état de fonctionnement, la qualité des interventions précédentes compte autant que les caractéristiques annoncées dans les documents d’époque.
La puissance fiscale de 13 CV ne doit pas être confondue avec la puissance réelle du moteur. Elle correspond à une classification administrative utilisée pour la taxation automobile, et non à une mesure des performances. La S4E dispose donc d’une puissance mécanique nettement supérieure aux 13 chevaux que pourrait laisser supposer une lecture littérale de sa catégorie fiscale.
Transmission Cotal, châssis et comportement routier
La Salmson S4E se distingue également par l’utilisation d’une boîte de vitesses Cotal à commande électromagnétique. Cette transmission à quatre rapports repose sur un système de sélection électrique qui permet de commander les changements de vitesse sans employer le mécanisme conventionnel d’une boîte manuelle à baladeurs.
Le fonctionnement de la boîte Cotal ne doit pas être assimilé à celui d’une transmission automatique contemporaine. Le conducteur conserve la responsabilité du choix des rapports. La commande électromagnétique facilite leur engagement, mais ne détermine pas automatiquement le rapport adapté à la vitesse ou à la charge du moteur.
Cette particularité participe au caractère haut de gamme de la S4E. Dans les années 1930, elle constitue une solution technique valorisante, destinée à rendre la conduite plus agréable. Elle permet notamment d’éviter certaines manipulations mécaniques propres aux boîtes traditionnelles de l’époque, tout en conservant un contrôle direct de la transmission.
La présence d’une boîte Cotal impose aujourd’hui des précautions spécifiques lors de la restauration. Le bon fonctionnement des circuits électriques, des commandes et des organes électromagnétiques est indispensable. Une défaillance de l’alimentation ou du système de sélection peut affecter directement l’utilisation de la voiture, même lorsque le moteur fonctionne correctement.
La S4E adopte par ailleurs une suspension avant à roues indépendantes utilisant des barres de torsion longitudinales. Cette architecture représente une différence importante avec plusieurs modèles antérieurs de la marque. Les roues avant peuvent réagir séparément aux irrégularités de la chaussée, ce qui limite la transmission de certains mouvements d’un côté à l’autre du véhicule.
Les barres de torsion remplissent la fonction élastique habituellement assurée par des ressorts. Leur disposition longitudinale permet de répartir les éléments de suspension le long du châssis. Cette solution contribue à l’élaboration d’un train avant adapté à une automobile relativement lourde et destinée aux déplacements rapides sur route.
À l’arrière, la conception demeure plus traditionnelle, avec un essieu rigide associé à des ressorts à lames. L’ensemble traduit une approche combinant innovation à l’avant et solutions éprouvées à l’arrière, sans chercher à multiplier les dispositifs complexes.
La S4E bénéficie également d’un freinage à commande hydraulique, attesté dès 1938. Ce système permet de transmettre l’effort exercé sur la pédale aux freins par l’intermédiaire d’un circuit hydraulique, plutôt que par une commande exclusivement mécanique. Son efficacité réelle dépend néanmoins de l’état des composants et des réglages, particulièrement sur un exemplaire ayant traversé plusieurs décennies.
Une vitesse maximale d’environ 145 km/h est mentionnée dans certaines fiches historiques. Elle donne un ordre de grandeur des capacités de la voiture, sans constituer une performance garantie pour toutes les carrosseries. Le poids, l’aérodynamique, les rapports de transmission et l’état mécanique peuvent modifier sensiblement les résultats.
Carrosseries, design et différences avec la S4-61
La Salmson S4E appartient à une période où les constructeurs de prestige proposent encore plusieurs types de carrosseries sur une base mécanique commune. Son châssis séparé permet d’accueillir différentes configurations, des voitures fermées destinées aux longs voyages aux versions découvertes privilégiant l’élégance et les loisirs.
Les modèles d’avant-guerre présentent les proportions caractéristiques des automobiles françaises de la fin des années 1930. Le capot est long, la calandre occupe une place importante dans la face avant et les ailes restent nettement distinctes de la carrosserie centrale. Les phares ronds, les éléments chromés et les lignes relativement verticales contribuent à une silhouette immédiatement reconnaissable.
Le coupé privilégie une carrosserie fermée et une présentation plus personnelle, tandis que la berline répond aux besoins d’une utilisation familiale ou professionnelle. Le cabriolet associe la mécanique de la S4E à une carrosserie découvrable, particulièrement appréciée dans l’univers des automobiles de prestige de l’époque.
Les dimensions extérieures peuvent varier suivant la carrosserie. Un cabriolet et une berline construits sur un châssis de même empattement ne présentent pas nécessairement une longueur totale, une hauteur ou une masse identiques. Ces différences expliquent pourquoi les caractéristiques générales de la S4E ne doivent pas être appliquées indistinctement à chaque exemplaire.
La confusion la plus fréquente concerne la Salmson S4-61, présentée en 1938. Les deux voitures possèdent une parenté stylistique importante, mais la S4-61 appartient à la catégorie des 10 CV et utilise un moteur d’environ 1,7 litre. La S4E, plus puissante et plus imposante, occupe une position supérieure dans la gamme.
Cette distinction est également chronologique. La S4E apparaît avant la S4-61, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la numérotation des modèles. La S4-61 ne constitue donc pas une génération antérieure dont la S4E serait issue. Les deux voitures correspondent à des propositions différentes au sein d’une même famille.
Pour identifier correctement une S4E, la seule observation de la calandre ou des ailes ne suffit pas toujours. Les transformations réalisées au cours de la vie des véhicules, les différences entre carrosseries et les évolutions d’après-guerre peuvent compliquer la reconnaissance. La documentation du châssis et l’identification de la motorisation restent les moyens les plus fiables pour distinguer les versions proches.
Une carrière prolongée après la Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale interrompt la trajectoire commerciale de la Salmson S4E. Comme l’ensemble de l’industrie automobile française, Salmson doit faire face aux bouleversements de la production, aux difficultés d’approvisionnement et à la réorganisation de ses activités.
Après le conflit, la marque reprend progressivement la fabrication de ses automobiles. La S4E fait partie des modèles maintenus dans l’offre, avec une mécanique largement héritée de la période d’avant-guerre. Les évolutions concernent notamment les carrosseries et certains équipements, afin de prolonger sa carrière dans un environnement économique différent.
Ce maintien présente un intérêt historique particulier. À la fin des années 1940, le marché français évolue vers des automobiles plus rationnelles, produites en quantités croissantes. La S4E conserve pourtant une architecture traditionnelle de voiture de prestige, avec un châssis séparé et une mécanique complexe. Son positionnement devient progressivement plus spécialisé face aux modèles modernes développés par les grands constructeurs.
La gamme d’après-guerre se concentre principalement sur les berlines et les cabriolets. Les carrosseries conservent une allure classique, malgré les modifications apportées à leur présentation. Cette continuité permet à Salmson de prolonger l’exploitation d’une base technique déjà développée, mais limite également les possibilités de renouvellement esthétique face à la concurrence.
Au début des années 1950, la Salmson Randonnée prend progressivement le relais dans le haut de gamme. Elle conserve une motorisation de cylindrée comparable, mais adopte une carrosserie plus moderne et une conception répondant davantage aux attentes de l’après-guerre. Elle ne doit pas être considérée comme une simple S4E recarrossée : elle appartient à une étape ultérieure de l’évolution de la marque.
La production de la S4E prend fin au début des années 1950, généralement en 1951 dans les chronologies historiques. Sa carrière aura donc traversé deux périodes très différentes de l’automobile française, depuis les dernières années de l’entre-deux-guerres jusqu’aux premières années de reconstruction industrielle.
Production, exemplaires particuliers et collection
La Salmson S4E n’a jamais été une automobile destinée à une diffusion massive. Sa mécanique élaborée, ses différentes carrosseries et son positionnement commercial la réservent à une clientèle relativement aisée. Sa production doit être replacée dans celle d’un constructeur spécialisé, dont les volumes restent modestes face aux grandes marques françaises.
Le nombre exact de S4E fabriquées, toutes carrosseries confondues, n’est pas établi de manière suffisamment fiable dans les données historiques disponibles. Les chiffres globaux de production Salmson ne permettent pas d’en déduire le volume propre à ce modèle. Il serait également trompeur de proposer un nombre d’exemplaires survivants sans recensement documenté.
La diversité des carrosseries constitue aujourd’hui un élément important de son intérêt patrimonial. Les berlines permettent d’apprécier la vocation routière du modèle, tandis que les cabriolets et réalisations spéciales témoignent des possibilités offertes par son châssis. L’authenticité d’une carrosserie, sa provenance et la qualité de sa conservation sont essentielles pour comprendre l’histoire d’un exemplaire.
Une réalisation particulièrement intéressante est la S4E Torpédo construite en 1950 par le carrossier Le Bastard, installé à Rouen. Cette voiture ouverte à quatre places fut aménagée pour les besoins de journalistes sportifs d’Ouest-France et utilisée lors du Tour de France cycliste de 1951.
Son aménagement répondait à une fonction précise : permettre aux journalistes de suivre la course et d’observer les coureurs dans de meilleures conditions qu’à bord d’une berline conventionnelle. Cette utilisation montre comment une automobile de tourisme haut de gamme pouvait recevoir une carrosserie spécialisée pour répondre à des besoins professionnels particuliers.
Il ne s’agit toutefois pas d’une version de série représentative de toutes les S4E. Sa carrosserie Torpédo relève d’une commande spécifique, distincte des berlines et cabriolets habituellement proposés. Cet exemplaire ne doit donc pas servir de référence générale pour décrire les équipements ou l’apparence de la gamme.
Pour les collectionneurs, la S4E présente des particularités techniques qui nécessitent une attention soutenue. La distribution à double arbre à cames, les chemises humides, la boîte électromagnétique et les composants de suspension demandent des compétences adaptées. L’état d’une restauration mécanique et la conformité des pièces installées sont particulièrement importants.
La documentation d’époque conserve ici une valeur pratique considérable. Les catalogues de pièces, notices techniques et registres de châssis permettent de vérifier la configuration d’origine, de distinguer les évolutions de fabrication et d’éviter les erreurs lors d’une remise en état. Pour un exemplaire ayant connu plusieurs propriétaires et interventions, cette traçabilité aide à déterminer si la mécanique et la carrosserie correspondent réellement à sa période de construction.
Les différences entre les voitures d’avant-guerre et celles produites après 1945 méritent également une attention particulière. Des éléments de présentation peuvent avoir été remplacés au fil du temps, parfois par des pièces provenant d’autres versions de la famille S4. L’examen des archives, des caractéristiques du châssis et des équipements d’origine reste donc indispensable pour établir l’identité historique d’une Salmson S4E.
