La Salmson Randonnée est une grande berline française de luxe apparue en 1950 et produite jusqu’en 1954. Connue sous sa désignation d’usine G72, elle appartient aux dernières automobiles de tourisme construites par la Société des Moteurs Salmson. Avec son moteur quatre cylindres à double arbre à cames en tête, sa boîte électromagnétique Cotal et sa carrosserie aux lignes arrondies, elle associe une mécanique raffinée à des méthodes de fabrication héritées de l’avant-guerre. Produite à seulement 507 exemplaires, elle témoigne des ambitions et des difficultés d’un constructeur français spécialisé dans les automobiles haut de gamme.
Fiche technique de la Salmson Randonnée
| Caractéristique | Salmson Randonnée G72 |
|---|---|
| Constructeur | Salmson, France |
| Année de lancement | 1950 |
| Période de production | 1950 à 1954 |
| Catégorie | Grande routière de luxe |
| Carrosserie principale | Berline quatre portes |
| Architecture moteur | Quatre cylindres en ligne |
| Cylindrée | 2 218 cm³ |
| Alésage et course | 82 × 105 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête |
| Carburant | Essence |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance généralement indiquée | 70 ch |
| Implantation moteur | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Cotal électromagnétique à quatre rapports |
| Structure | Châssis séparé, carrosserie à ossature bois et métal |
| Pont arrière | Différentes configurations selon les séries, dont pont banjo sur G72 ter |
| Longueur généralement indiquée | 4 610 mm |
| Largeur généralement indiquée | 1 710 mm |
| Hauteur généralement indiquée | 1 570 mm |
| Masse à vide indicative | Environ 1 350 kg |
| Vitesse maximale publiée | 130 à 140 km/h suivant les documents |
| Puissance fiscale documentée | 13 CV |
| Production totale généralement recensée | 507 exemplaires |
| Site de fabrication | Boulogne-Billancourt, France |
Histoire de la Salmson Randonnée : une grande routière française de l’après-guerre
À la fin des années 1940, Salmson doit renouveler une gamme automobile dont les origines remontent largement à l’avant-guerre. Le constructeur de Boulogne-Billancourt possède une solide réputation technique, notamment grâce à ses moteurs à double arbre à cames en tête, mais il évolue dans un environnement économique profondément transformé. Les restrictions de l’après-guerre, le coût des matières premières et la fiscalité française compliquent la commercialisation des voitures de forte cylindrée.
La Salmson S4-61, dont la carrière s’est prolongée après 1945, illustre cette période de transition. Malgré ses qualités mécaniques, son architecture et sa présentation ne suffisent plus à répondre aux attentes d’une clientèle recherchant davantage d’espace, de confort et une carrosserie modernisée. La Randonnée apparaît en 1950 pour proposer une automobile plus imposante et plus représentative du prestige de la marque.
La nouvelle venue conserve cependant une philosophie traditionnelle. Salmson privilégie la qualité mécanique, la finition et le confort de voyage plutôt que la production en grande série. La Randonnée s’adresse à une clientèle relativement aisée, susceptible d’apprécier une automobile française exclusive et techniquement élaborée.
Cette orientation présente une difficulté commerciale majeure. La voiture nécessite une fabrication coûteuse, tandis que le marché des grandes berlines françaises reste étroit. Face à des constructeurs disposant de moyens industriels supérieurs, Salmson peine à atteindre des volumes suffisants pour amortir le développement et la production de son modèle.
La Randonnée demeure au catalogue jusqu’en 1954. Son histoire s’inscrit dans les dernières années de l’activité automobile de Salmson, qui s’achève en 1957. Elle ne possède pas de seconde génération directement comparable. La Salmson 2300 S, apparue en 1953, représente une orientation différente, davantage tournée vers le grand tourisme sportif.
Un moteur sophistiqué associé à une construction traditionnelle
La particularité technique de la Salmson Randonnée réside dans son moteur quatre cylindres en ligne de 2 218 cm³, doté de deux arbres à cames en tête. Cette distribution permet de commander directement les soupapes depuis la partie supérieure du moteur. À une époque où de nombreuses automobiles de tourisme utilisent encore des moteurs à arbre à cames latéral et culbuteurs, cette architecture souligne l’expérience mécanique du constructeur.
Il ne s’agit pourtant pas d’une innovation apparue avec la Randonnée. Salmson emploie depuis longtemps des moteurs à distribution évoluée. La Salmson S4E, commercialisée avant la Seconde Guerre mondiale, témoigne déjà de cette recherche de sophistication mécanique dans le domaine des grandes routières.
Sur la Randonnée, la puissance généralement indiquée atteint 70 ch. Cette valeur doit être replacée dans le contexte d’une automobile conçue pour voyager confortablement plutôt que pour rechercher des accélérations spectaculaires. Le moteur privilégie une utilisation routière adaptée au caractère de la voiture, même si les valeurs précises de couple et les régimes de puissance ne sont pas établis de manière suffisamment homogène pour toutes les séries.
La transmission constitue un autre élément distinctif. La boîte Cotal à quatre rapports utilise un système de commande électromagnétique. Le conducteur sélectionne les rapports au moyen d’une commande spécifique, sans manipuler un levier de vitesses conventionnel à grille mécanique. Ce dispositif facilite les changements de rapport, mais ne fonctionne pas comme une transmission automatique moderne : le conducteur conserve le choix des vitesses.
La Randonnée reste une propulsion à moteur longitudinal avant. Cette disposition correspond à l’architecture classique des grandes automobiles françaises de son époque. La transmission et le pont arrière participent également aux distinctions entre les différentes séries de G72.
La sophistication du groupe motopropulseur contraste avec la construction de la carrosserie. La voiture repose sur un châssis séparé, tandis que sa caisse fait appel à une ossature associant bois et éléments métalliques. Cette méthode, familière aux carrossiers traditionnels, exige un travail d’assemblage important et limite les possibilités de rationalisation industrielle.
Ce contraste explique une partie du positionnement de la Randonnée. Elle possède une mécanique ambitieuse, mais sa structure n’adopte pas les solutions de fabrication de masse qui se généralisent progressivement. Pour un collectionneur, cette particularité a aussi des conséquences pratiques : l’examen de la carrosserie ne peut pas se limiter à l’état des panneaux extérieurs. La conservation de l’ossature, des assemblages et des points de fixation constitue un aspect essentiel de l’intégrité du véhicule.
Design et habitacle : le luxe français des années 1950
La Salmson Randonnée adopte une silhouette de grande berline quatre portes, caractérisée par un long capot, des ailes enveloppantes et un pavillon généreusement arrondi. Sa carrosserie reflète la transition entre les formes automobiles d’avant-guerre, aux ailes nettement séparées, et les silhouettes plus intégrées qui s’imposent progressivement au début des années 1950.
La face avant se reconnaît à sa calandre centrale haute et relativement étroite, encadrée par des surfaces galbées. Les projecteurs circulaires sont intégrés dans les ailes avant, tandis que les pare-chocs et différents ornements chromés soulignent le caractère luxueux du modèle. Les proportions privilégient une présence imposante plutôt qu’une allure sportive.
De profil, la Randonnée se distingue par ses quatre portes, son vitrage latéral développé et sa partie arrière arrondie. Le coffre s’intègre dans le prolongement de la carrosserie. Cette disposition contribue à une silhouette équilibrée, tout en conservant des détails caractéristiques de la production française de l’immédiat après-guerre.
L’habitacle répond à une conception traditionnelle du confort automobile. Les exemplaires documentés présentent une conduite à droite, une planche de bord soignée, une instrumentation regroupée devant le conducteur et des garnitures correspondant au standing recherché par Salmson. La largeur de la carrosserie et la présence de quatre portes favorisent l’utilisation familiale ou les déplacements avec chauffeur, même si la voiture n’est pas exclusivement destinée à cet usage.
La boîte Cotal participe également à l’originalité du poste de conduite. Sa commande spécifique distingue immédiatement l’aménagement intérieur de celui d’une berline équipée d’une boîte manuelle conventionnelle. L’ensemble privilégie une atmosphère de grande routière classique plutôt qu’une présentation sportive.
Il convient de distinguer la berline standard des carrosseries spéciales réalisées sur certains châssis G72. Le coupé dessiné et carrossé par Saoutchik possède une identité esthétique propre, beaucoup plus exclusive. Un cabriolet associé au carrossier Esclassan illustre également les possibilités offertes par la base mécanique de la Randonnée. Ces réalisations particulières ne représentent cependant pas l’apparence habituelle du modèle de série.
Versions G72, évolutions et performances sur route
La dénomination Salmson Randonnée désigne une famille de voitures dont la production a connu plusieurs évolutions. Les documents historiques distinguent notamment trois séries G72, différenciées entre autres par la conception de leur pont arrière. La G72 ter, équipée d’un pont de type banjo, constitue l’une de ces évolutions identifiées.
Cette distinction est importante pour comprendre les différences entre les exemplaires conservés. Deux Randonnée présentant une carrosserie extérieure très proche peuvent appartenir à des séries mécaniques différentes. Lors d’une identification, le numéro de châssis, les caractéristiques du pont et les documents d’origine sont donc plus utiles que la seule année figurant sur la carte grise.
La G72 ter représente une part significative de la production. Un décompte historique lui attribue 254 exemplaires, soit environ la moitié du total généralement recensé pour la famille Randonnée. Ce chiffre concerne cette série précise et ne doit pas être confondu avec la production globale.
Les performances publiées varient selon les documents. Certaines fiches mentionnent une vitesse maximale de 130 km/h, tandis que d’autres avancent 140 km/h. En l’absence d’un protocole de mesure commun et d’une identification systématique des séries concernées, il serait excessif d’attribuer une seule de ces valeurs à toutes les Randonnée.
Le rapport entre la puissance et la masse permet néanmoins de mieux comprendre le caractère de la voiture. Avec 70 ch pour une masse indicative de 1 350 kg, le rapport poids/puissance calculé atteint environ 19,3 kg/ch, soit près de 52 ch par tonne. Ce résultat ne constitue pas une mesure de performance, mais il indique que la Randonnée n’a pas été conçue autour d’une recherche de légèreté.
Ses qualités reposent davantage sur la souplesse d’utilisation attendue d’une grande routière, l’agrément de sa transmission et son niveau de présentation. Le moteur à double arbre à cames apporte une originalité technique réelle, sans transformer cette berline imposante en automobile sportive. La distinction est particulièrement utile lorsqu’on la compare à la 2300 S, dont la conception et la destination sont différentes.
La masse et les dimensions publiées concernent principalement la berline standard. Elles ne doivent pas être automatiquement appliquées aux coupés et cabriolets spéciaux, dont les carrosseries peuvent présenter des proportions, des équipements et des masses spécifiques.
Production limitée et place de la Randonnée dans la collection automobile
Avec une production généralement établie à 507 exemplaires, la Salmson Randonnée figure parmi les grandes berlines françaises de l’après-guerre construites en très petite série. Ce volume reflète à la fois le caractère exclusif de l’automobile et les difficultés rencontrées par Salmson pour maintenir une activité automobile rentable.
La rareté de la Randonnée ne doit toutefois pas être confondue avec le nombre de voitures encore existantes. La production historique correspond aux véhicules fabriqués, tandis que la population survivante dépend des destructions, des restaurations et des exemplaires conservés dans des collections privées. Aucun inventaire exhaustif suffisamment établi ne permet de fixer avec certitude le nombre de Randonnée actuellement préservées.
Les numéros de châssis constituent des repères précieux pour retracer l’histoire des exemplaires. La berline portant le numéro 72214, construite en 1951, est notamment associée à une livraison effectuée le 9 mai de cette année à Marseille. D’autres véhicules identifiés, comme les châssis 72529 et 72555, contribuent à documenter la production. Ces exemples ne suffisent cependant pas à reconstituer une numérotation complète ni à déduire automatiquement le nombre de voitures fabriquées entre deux numéros.
Sur le marché de la collection, les résultats de ventes sont ponctuels et fortement dépendants de l’état de conservation. Une Randonnée de 1951 provenant de la collection André Trigano a ainsi été adjugée 19 072 euros lors d’une vente publique. Ce résultat documente une transaction précise, mais ne constitue pas une cote applicable à toutes les voitures, notamment aux exemplaires incomplets ou nécessitant une restauration structurelle.
La conservation d’une Randonnée demande une attention particulière à l’association de sa mécanique et de sa carrosserie. Le moteur à double arbre à cames, la boîte électromagnétique Cotal et l’ossature bois-métal nécessitent des compétences distinctes. Une voiture mécaniquement fonctionnelle peut demander d’importants travaux de carrosserie, tandis qu’une caisse bien conservée ne garantit pas le bon fonctionnement de la transmission.
La documentation d’origine représente donc un élément important pour comprendre et préserver chaque exemplaire. Les notices d’entretien, catalogues de pièces, documents d’immatriculation anciens et archives de livraison permettent de distinguer les configurations authentiques des modifications effectuées au fil des décennies. Cette vérification prend une importance particulière pour les différentes séries G72 et pour les rares carrosseries spéciales.
Le coupé Saoutchik construit sur le châssis 72437 illustre cette dimension historique. Réalisé en 1951, il appartient à la catégorie des carrosseries uniques, dont la valeur patrimoniale repose autant sur l’identité du carrossier que sur la base mécanique Salmson. Il doit être étudié séparément de la berline de production, car sa présentation et son histoire ne sont pas représentatives de l’ensemble des Randonnée.
Pour identifier correctement une berline G72 conservée aujourd’hui, la démarche la plus fiable consiste à confronter son numéro de châssis, sa configuration mécanique et ses documents historiques. Cette méthode permet notamment de déterminer son appartenance à une série de production et d’éviter d’attribuer à une voiture restaurée des caractéristiques qui correspondent en réalité à une autre évolution de la Randonnée.
