Alfa Romeo 1750

Alfa Romeo 1750

L’Alfa Romeo 1750 désigne ici la 1750 Berlina, la berline sportive lancée en 1968 au sein de la famille Type 105. Avec son quatre cylindres double arbre de 1 779 cm³, sa propulsion, sa boîte manuelle à cinq rapports et ses quatre freins à disque, elle transpose les solutions mécaniques emblématiques d’Alfa Romeo dans une berline quatre portes plus spacieuse et plus cossue que la Giulia. Elle occupe ainsi une place particulière dans la gamme italienne de la fin des années 1960.

Une berline sportive née de la famille Giulia

À la fin des années 1960, Alfa Romeo dispose déjà d’une gamme Type 105 particulièrement cohérente, construite autour de voitures relativement légères et de moteurs à double arbre à cames en tête. La 1750 Berlina doit élargir cette formule vers le haut. Elle reprend les principes techniques de l’Alfa Romeo Giulia ancienne, mais adopte un empattement allongé et une présentation davantage tournée vers le confort et les longs parcours.

La 1750 Berlina apparaît en 1968. Son appellation constitue toutefois un petit piège historique : son moteur ne cube pas exactement 1 750 cm³, mais 1 779 cm³. Le nombre 1750 renoue aussi avec une désignation prestigieuse utilisée par Alfa Romeo avant-guerre, sans faire de cette berline une descendante directe des 6C 1750 des années 1920 et 1930.

Son quatre cylindres en ligne appartient à la célèbre famille de moteurs Alfa Romeo à double arbre à cames en tête. Dans la configuration européenne à carburateurs, l’alimentation repose sur deux carburateurs double corps. La mécanique privilégie autant la souplesse nécessaire à une berline que la capacité à prendre des régimes relativement élevés. La boîte à cinq rapports, encore loin d’être systématique sur les berlines de cette époque, renforce cette orientation sportive.

La voiture reste fidèle à une architecture classique à moteur longitudinal avant et roues arrière motrices. Son empattement de 2,57 m est supérieur à celui de la Giulia Berlina, ce qui permet de proposer davantage d’espace sans abandonner les proportions compactes qui caractérisent les Alfa Romeo de cette génération. La structure est monocoque, avec des roues avant indépendantes et un essieu arrière rigide soigneusement guidé.

Design et caractéristiques de la 1750 Berlina

La carrosserie trois volumes se distingue nettement de la silhouette très caractéristique de la Giulia. Plus longue, visuellement plus basse et plus sobre, la 1750 cherche une forme d’élégance statutaire sans prendre les dimensions d’une grande routière. Sa face avant conserve le scudetto central Alfa Romeo, encadré par une calandre horizontale et des projecteurs ronds. Les surfaces vitrées généreuses et les montants relativement fins sont typiques de la conception automobile de cette période.

L’habitacle traduit le positionnement supérieur du modèle. La présentation est moins dépouillée que celle d’une petite berline sportive et l’allongement de l’empattement bénéficie aux passagers. Cette recherche de confort ne change pourtant pas le caractère fondamental de la voiture : la 1750 reste conçue autour d’une mécanique performante, d’une masse contenue et d’un châssis privilégiant le comportement routier.

Il faut surtout distinguer la Berlina des autres Alfa Romeo portant le nombre 1750 à la même époque. La 1750 GT Veloce est un coupé et ne constitue pas une version deux portes de la Berlina, même si les deux voitures appartiennent au même univers technique. De même, le Alfa Romeo Spider de la famille 105/115 partage des principes mécaniques avec elle mais possède une carrosserie, un empattement et une vocation entièrement différents. L’appellation 1750 correspond donc davantage à une cylindrée et à un niveau de gamme qu’à une carrosserie unique.

Fiche technique de l’Alfa Romeo 1750

CaractéristiqueAlfa Romeo 1750 Berlina
Lancement1968
TypeBerline 4 portes, Type 105
StructureCarrosserie autoporteuse
Moteur4 cylindres en ligne essence, longitudinal avant
Cylindrée1 779 cm³
DistributionDouble arbre à cames en tête, 8 soupapes
AlimentationDeux carburateurs double corps sur les versions européennes, injection SPICA sur certains marchés
PuissanceEnviron 118 ch DIN à 5 500 tr/min pour la version européenne couramment documentée
CoupleValeurs publiées variables, environ 167 à 186 Nm selon version et norme de mesure
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
Boîte automatiqueAutomatique ZF à 3 rapports proposée sur certaines versions
Suspension avantRoues indépendantes, triangles et ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide guidé, ressorts hélicoïdaux
DirectionNon assistée
FreinsDisques aux quatre roues, avec assistance
Pneumatiques165 SR14 selon monte documentée
Longueur4 390 mm
Largeur1 565 mm
Hauteur1 430 mm
Empattement2 570 mm
Voie avantEnviron 1 320 mm
Voie arrièreEnviron 1 270 mm
PoidsEnviron 1 080 à 1 110 kg selon version et méthode de mesure
Vitesse maximaleEnviron 180 à 187 km/h selon version et mesure
0 à 100 km/hEnviron 10 à 10,8 s selon les mesures publiées
ConsommationEnviron 10 à 12 l/100 km selon conditions et mesures d’époque
RéservoirValeurs documentées variables, environ 46 à 53 litres selon version
ProductionItalie, principalement Arese

Un quatre cylindres 1,8 litre au coeur du modèle

Le moteur constitue l’un des principaux arguments de la 1750. Avec ses 1 779 cm³ et sa culasse à deux arbres à cames, il s’inscrit dans une tradition technique qu’Alfa Romeo applique alors à des voitures de grande série. La version européenne est généralement donnée pour environ 118 ch DIN. Les chiffres rencontrés dans la documentation ne sont cependant pas tous directement comparables, notamment parce que les normes DIN et SAE et les configurations d’alimentation diffèrent selon les marchés.

Cette distinction est particulièrement importante pour les exemplaires nord-américains. Les contraintes antipollution conduisent Alfa Romeo à utiliser l’injection mécanique SPICA sur certaines versions destinées aux États-Unis, alors que les voitures européennes conservent leurs carburateurs double corps. Une fiche technique valable pour une 1750 européenne ne peut donc pas être appliquée sans réserve à toutes les voitures exportées.

La puissance ne résume pas les qualités de la mécanique. L’association d’un moteur double arbre, d’une boîte à cinq rapports et d’une masse proche de 1,1 tonne permet à la Berlina d’offrir des performances élevées pour une berline familiale de la fin des années 1960. Une vitesse maximale de l’ordre de 180 km/h la place parmi les berlines rapides de son époque, tout en conservant quatre vraies portes et un habitacle adapté à un usage quotidien.

Le freinage à quatre disques participe au même équilibre. À l’avant, les roues indépendantes assurent le guidage tandis que l’arrière conserve un essieu rigide. Cette solution moins sophistiquée en apparence est intégrée à une architecture éprouvée sur les Alfa Romeo Type 105. La 1750 ne cherche donc pas à devenir une grande berline isolée du reste de la gamme : elle adapte à un format plus accueillant une base technique déjà étroitement associée à l’identité sportive de la marque.

Évolutions, marchés et fin de carrière

La carrière de la 1750 comprend plusieurs évolutions de détail généralement regroupées sous les appellations première et deuxième série. Les modifications touchent notamment la présentation et certains équipements, tandis que les spécifications peuvent évoluer en fonction des marchés. L’existence de voitures à carburateurs, de modèles à injection SPICA et de quelques versions dotées d’une transmission automatique explique une partie des différences relevées entre les fiches techniques historiques.

La 1750 Berlina obtient également une homologation FIA en Groupe 1 en 1968. Cette homologation témoigne de la possibilité d’engager la berline dans les catégories réservées aux voitures de tourisme de série. Elle ne doit toutefois pas conduire à lui attribuer le palmarès des coupés Alfa Romeo de compétition de la même période, beaucoup plus présents dans l’histoire sportive de la marque.

À partir de 1971, l’Alfa Romeo 2000 Berlina prend progressivement sa place. Elle conserve le principe général de la 1750 mais reçoit un moteur porté à deux litres et des évolutions de présentation et d’équipement. Selon les marchés et la manière dont sont comptabilisées les dernières voitures, la fin de carrière de la 1750 est située en 1971 ou au début de la période suivante.

La place de la 1750 dans les berlines Alfa Romeo

La 1750 se situe à une étape intéressante de l’évolution des berlines Alfa Romeo. Elle conserve encore l’organisation mécanique traditionnelle des Type 105, avec moteur et boîte à l’avant et transmission aux roues arrière, tout en cherchant davantage de confort et de standing que la Giulia. Elle préfigure ainsi le besoin d’une berline sportive plus mature, capable d’associer les qualités routières attendues d’une Alfa Romeo à une utilisation familiale ou professionnelle.

La génération suivante change sensiblement d’approche. L’Alfa Romeo Alfetta, lancée en 1972, adopte une architecture transaxle avec boîte de vitesses installée à l’arrière afin de mieux répartir les masses. Cette rupture technique permet de situer précisément la 1750 dans l’histoire de la marque : elle appartient à l’aboutissement de la génération Type 105 plutôt qu’au début de l’ère Alfetta.

Cette position explique aussi l’intérêt historique de la Berlina face aux coupés et spiders souvent plus connus aujourd’hui. Elle réunit dans une carrosserie quatre portes les traits mécaniques majeurs des Alfa Romeo de son époque : quatre cylindres double arbre, propulsion, boîte cinq rapports, quatre freins à disque et poids relativement contenu. Sa remplaçante 2000 prolongera cette formule avant que l’Alfetta n’introduise une architecture entièrement différente dans la gamme des berlines de la marque.