Alpine A610

Alpine A610

Présentée au Salon de Genève en mars 1991, l’Alpine A610 constitue l’aboutissement de la lignée des grandes GT Alpine à moteur V6 implanté en porte-à-faux arrière. Elle succède directement à la GTA avec une ambition plus haut de gamme, davantage de confort et une mise au point destinée à améliorer la stabilité à haute vitesse. Produite à Dieppe jusqu’en 1995, elle reste l’une des Alpine de série les plus rares de l’histoire de la marque.

Une nouvelle grande GT pour Alpine

L’A610 reprend la philosophie générale de la GTA tout en faisant évoluer en profondeur ses principaux composants. Le développement technique est notamment mené autour du Bérex, le bureau d’études de la région de Dieppe, avec Alain Serpaggi parmi les personnalités impliquées dans la mise au point. Le dessin est issu du département de design avancé de Renault à Rueil-Malmaison, sous la direction de Guy Greffier.

La nouvelle Alpine conserve une carrosserie en matériaux composites et une architecture à moteur arrière, mais son châssis est fortement renforcé. La structure reçoit notamment des renforts supplémentaires destinés à accroître la rigidité et à améliorer le comportement routier. L’A610 adopte aussi une direction assistée et un système ABS de série, deux équipements qui participent à son positionnement plus sophistiqué que celui des Alpine précédentes.

Dans la gamme historique, l’A610 s’inscrit ainsi après l’Alpine GTA, dont elle reprend certains principes tout en augmentant nettement le niveau de prestations. Le moteur passe à près de 3 litres et la puissance atteint 250 ch, tandis que l’équipement et la finition sont davantage orientés vers le grand tourisme.

Son histoire remonte toutefois plus loin dans la gamme. L’Alpine A310 avait déjà installé le concept d’une Alpine plus spacieuse et plus polyvalente que la berlinette, avec une architecture à moteur arrière. L’A610 représente l’aboutissement de cette évolution avant la disparition de la marque Alpine historique en 1995.

Un V6 PRV Turbo de 250 ch

Le moteur de l’A610 est une évolution du V6 PRV utilisé par les grandes Alpine précédentes. D’une cylindrée de 2 975 cm3 à ses débuts, ce V6 à 90 degrés reçoit une injection électronique, un turbocompresseur Garrett T3 et un échangeur air-air. Il développe 250 ch à 5 750 tr/min et 350 Nm à 2 900 tr/min.

Le moteur est installé longitudinalement en porte-à-faux arrière et transmet sa puissance aux roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à cinq rapports. Le choix de cette implantation conserve l’une des caractéristiques fondamentales de la famille Alpine tout en exigeant un important travail sur l’équilibre du châssis.

À partir de 1993, la cylindrée évolue à 2 963 cm3 pour répondre notamment aux contraintes d’homologation de certains marchés. La puissance de la version de série reste toutefois fixée à 250 ch. Cette évolution ne doit donc pas être confondue avec les prototypes A610 Evolution, qui développent environ 280 ch et ne sont jamais commercialisés comme une version de série.

Un châssis profondément renforcé

L’A610 conserve un châssis-poutre central à section rectangulaire associé à une carrosserie composite. Par rapport à la GTA, la structure est renforcée et les trains roulants bénéficient d’une mise au point plus ambitieuse. Les suspensions sont indépendantes aux quatre roues, avec des doubles triangles superposés à l’avant comme à l’arrière, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques télescopiques.

Le train avant reçoit également des évolutions destinées à rendre la voiture plus stable et plus précise. La répartition des masses progresse par rapport à certaines GTA, avec environ 43 % du poids sur l’avant et 57 % sur l’arrière. La présence d’une direction à crémaillère assistée, de quatre freins à disques ventilés et de l’ABS Bosch renforce le caractère routier de cette grande GT.

Avec une vitesse maximale annoncée à 265 km/h, l’A610 se place au sommet des performances Alpine de série de son époque. Le 0 à 100 km/h est généralement donné autour de six secondes, les chiffres variant selon les protocoles de mesure. Alpine communique de son côté sur une accélération inférieure à six secondes.

Fiche technique de l’Alpine A610

CaractéristiqueAlpine A610
Production1991 à 1995
CarrosserieCoupé 2+2
ArchitectureMoteur V6 en porte-à-faux arrière, propulsion
MoteurV6 PRV Turbo, essence, 12 soupapes
Cylindrée initiale2 975 cm3
Cylindrée à partir de 19932 963 cm3
AlimentationInjection électronique, turbocompresseur Garrett T3, échangeur air-air
Puissance250 ch à 5 750 tr/min
Couple350 Nm à 2 900 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
TransmissionPropulsion
ChâssisChâssis-poutre central renforcé
CarrosserieÉléments composites
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques
Suspension arrièreRoues indépendantes, doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques
DirectionCrémaillère avec assistance hydraulique
FreinsQuatre disques ventilés avec ABS Bosch
Pneus avant205/45 ZR16
Pneus arrière245/45 ZR16
LongueurEnviron 4,41 m
Largeur1,762 m
Hauteur1,188 m
Empattement2,340 m
Voie avantEnviron 1,504 m
Voie arrièreEnviron 1,470 m
Poids à videEnviron 1 420 kg
Réservoir80 litres
CxEnviron 0,30
Vitesse maximaleEnviron 265 km/h
0 à 100 km/hEnviron 6 secondes selon le protocole de mesure

Une silhouette spécifique et reconnaissable

L’A610 se distingue immédiatement de la GTA par sa face avant profondément remaniée. Elle adopte des phares escamotables, un bouclier plus enveloppant et une large prise d’air inférieure. La silhouette conserve les proportions générales de la génération précédente, mais les panneaux de carrosserie et les éléments extérieurs sont largement spécifiques.

La partie arrière conserve le principe de la grande bulle vitrée caractéristique des Alpine de cette période. Les vitrages latéraux constituent toutefois un héritage direct de la GTA, choix permettant de limiter les coûts de développement. Les jantes de 16 pouces participent à l’identification de l’A610 et évoluent en 1993 avec l’apparition d’un nouveau dessin à cinq branches.

L’habitacle adopte une présentation plus ambitieuse que celle des Alpine antérieures. Cette orientation vers le confort et l’équipement répond directement à l’objectif de faire de l’A610 une véritable GT capable de rivaliser avec des modèles étrangers plus prestigieux, notamment la Porsche 911.

Cette évolution est très éloignée de la philosophie de l’Alpine A110. La berlinette historique privilégiait avant tout la légèreté et l’efficacité, tandis que l’A610 assume une conception plus lourde et plus sophistiquée, destinée aux longues distances et aux hautes vitesses.

Des séries spéciales à la fin de production

La carrière commerciale de l’A610 reste extrêmement confidentielle. Environ 818 exemplaires sont produits à Dieppe entre les préséries et la fin de fabrication en 1995. Les chiffres détaillés peuvent varier selon que les prototypes et préséries sont intégrés ou non aux statistiques, mais le total de 818 voitures constitue la référence généralement retenue pour la production complète.

La première série spéciale marquante est l’A610 Albertville 92, réalisée en seulement deux exemplaires dans le contexte des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville. En 1992 apparaît ensuite l’A610 Magny-Cours, série limitée à 31 voitures, qui rend hommage à l’univers de la Formule 1 et au Grand Prix de France.

Le prix de lancement se situe autour de 395 000 francs français, selon la date exacte du tarif retenu. La Magny-Cours atteint environ 433 100 francs en 1992. Ces tarifs illustrent le positionnement nettement plus ambitieux de l’A610 par rapport aux Alpine précédentes.

La production s’achève en avril 1995 à l’usine de Dieppe. Il n’y a alors pas de remplaçante directe dans la gamme Alpine. L’arrêt de l’A610 coïncide avec la fin de l’activité de la marque Alpine sous sa forme historique, avant sa renaissance plusieurs années plus tard sous l’impulsion de Renault.

Des prototypes aux 24 Heures du Mans

L’A610 connaît également plusieurs développements qui restent en dehors de la production de série. Deux prototypes A610 Evolution sont réalisés avec une puissance portée à environ 280 ch et des modifications destinées à renforcer les capacités sportives de la voiture. Ils ne donnent pas naissance à une version commerciale.

La voiture connaît en revanche une véritable carrière en compétition avec un exemplaire profondément préparé par Legeay Sports. Engagée aux 24 Heures du Mans 1994 dans la catégorie GT2, cette A610 de course n’a plus les caractéristiques de la voiture routière. Son V6 PRV de 2,975 litres reçoit notamment une double suralimentation et développe environ 430 ch.

La voiture engagée sous le numéro 60 termine la course à la 13e place du classement général et à la 5e place de sa catégorie, après 272 tours. Cet engagement doit être considéré comme une réalisation de compétition indépendante de la fiche technique de l’A610 de série.