Une série limitée pour achever la carrière de la GTA
Lancée en 1990, l’Alpine GTA Le Mans constitue l’ultime évolution de la GTA avant l’arrivée de l’A610. Cette série limitée reprend la base de la GTA V6 Turbo tout en adoptant une carrosserie profondément revue, avec des ailes élargies, des boucliers spécifiques et des roues de dimensions inhabituelles pour une Alpine de cette époque. Son style spectaculaire répond à une volonté de donner un second souffle à une GT arrivée en fin de carrière.
La GTA Le Mans s’inscrit donc directement dans la famille Alpine Gta, mais elle ne constitue pas une simple finition esthétique. Sa carrosserie spécifique, son équipement et ses pneumatiques beaucoup plus larges en font une version distincte. La mécanique reste toutefois étroitement dérivée de celle de la GTA V6 Turbo, avec le V6 PRV turbocompressé placé en porte-à-faux arrière.
La voiture apparaît dans un contexte particulier. La GTA V6 Turbo développait auparavant 200 ch, mais la version Le Mans destinée au marché européen adopte un moteur catalysé de 185 ch. Cette baisse de puissance sur le papier s’accompagne d’une présentation nettement plus agressive et d’un châssis adapté à des roues plus larges. Une préparation Danielson homologuée pouvait par ailleurs porter la puissance à 210 ch, mais cette configuration ne doit pas être confondue avec la version standard d’usine.
Du prototype Kleinemeir à la GTA Le Mans
L’origine du spectaculaire kit de carrosserie remonte à Heinz Christian Kleinemeir, concessionnaire Renault en Allemagne. Dès 1987, il développe une interprétation élargie de la GTA destinée à accentuer son caractère sportif. Deux voitures équipées de ce traitement sont présentées à la direction d’Alpine en 1988. Le projet attire l’attention de la marque, qui reprend ensuite le dessin pour l’adapter aux contraintes de production et d’homologation.
Le travail de transformation implique notamment les équipes de style Renault et Alpine. Le dessin de la GTA elle-même est issu du travail réalisé autour de Heuliez et de Gérard Godfroy, tandis que le projet de carrosserie élargie est adapté pour la production avec l’intervention des équipes dirigées par Patrick Le Quément. La GTA Le Mans conserve ainsi l’architecture générale de la GTA tout en affichant une silhouette beaucoup plus large et ramassée.
La production débute en 1990. Les sources spécialisées recensent 291 voitures fabriquées cette année-là, puis 34 en 1991, pour un total de 325 exemplaires. La série s’arrête alors que l’A610 prend le relais dans la gamme. La Le Mans est ainsi la dernière déclinaison de série de la GTA avant le changement de génération.
Il existe également une ambiguïté de dénomination à connaître. Les appellations GTA Le Mans, GT Le Mans et V6 Turbo Le Mans sont utilisées dans différentes documentations et bases consacrées au modèle. Elles renvoient à cette même série spéciale de fin de carrière. L’appellation ne doit donc pas conduire à rechercher une génération distincte de la GTA.
Une carrosserie radicalement élargie
La transformation la plus visible concerne la carrosserie. Les ailes avant et arrière sont fortement élargies afin d’accueillir des roues de 16 pouces à l’avant et de 17 pouces à l’arrière. Le bouclier avant adopte un dessin spécifique, avec les clignotants intégrés à sa partie basse, tandis que les bas de caisse renforcent visuellement l’abaissement de la voiture.
À l’arrière, la GTA Le Mans reçoit deux sorties d’échappement rondes et chromées. Les jantes ACT en trois parties présentent un dessin de type nid d’abeille inspiré des roues BBS, avec un faux écrou central. Leur largeur atteint 8 pouces à l’avant et 10 pouces à l’arrière, ce qui donne à la voiture une assise particulièrement imposante.
Trois teintes sont notamment associées à la série au lancement : Bleu Alpine 488, Rouge Impérial 570 et Vert Scarabée 592. Le traitement extérieur est complété par le marquage Le Mans et par des éléments spécifiques dans l’habitacle. L’équipement comprend notamment l’ABS et une chaîne hi-fi, tandis que certains exemplaires disposent d’une sellerie et d’un habillage intérieur en cuir.
Cette présentation permet de distinguer une authentique GTA Le Mans d’une GTA V6 Turbo classique ayant reçu ultérieurement un kit de carrosserie similaire. L’apparence extérieure ne suffit donc pas à établir l’identité d’un exemplaire. Le type usine, l’historique de la voiture et sa documentation sont des éléments essentiels pour authentifier une Le Mans d’origine.
Un V6 PRV Turbo de 185 ch
La mécanique de la GTA Le Mans reste directement apparentée à celle de l’Alpine Gta V6. Elle utilise le V6 PRV de 2 458 cm3, implanté longitudinalement derrière l’essieu arrière. Ce moteur à 90 degrés reçoit une injection électronique Renix, un turbocompresseur Garrett T3 et un échangeur air-air. Sa distribution comporte 12 soupapes et deux arbres à cames en tête.
La spécificité de la Le Mans de série réside notamment dans sa version catalysée, annoncée à 185 ch à 5 750 tr/min et 290 Nm autour de 2 200 tr/min. Le moteur conserve donc la philosophie du V6 Turbo de la GTA tout en répondant aux exigences de dépollution de la période. La boîte manuelle à cinq rapports transmet la puissance aux roues arrière.
Une préparation Danielson pouvait porter la puissance à environ 210 ch et le couple à environ 35 mkg. Cette configuration doit être considérée séparément de la mécanique standard de la série. Elle explique notamment pourquoi certaines documentations consacrées aux GTA Le Mans présentent des chiffres de puissance différents.
Fiche technique de l’Alpine Gta Le Mans
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Moteur | V6 PRV à 90 degrés, turbocompressé |
| Cylindrée | 2 458 cm3 |
| Distribution | 12 soupapes, deux arbres à cames en tête |
| Alimentation | Injection électronique Renix, turbocompresseur Garrett T3, échangeur air-air |
| Puissance | 185 ch à 5 750 tr/min |
| Couple | 290 Nm autour de 2 200 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Implantation | Moteur longitudinal en porte-à-faux arrière |
| Structure | Châssis-poutre central en acier, carrosserie en matériaux synthétiques |
| Suspensions | Quatre roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins | Quatre disques ventilés, ABS Bosch |
| Jantes avant | ACT trois parties, 8 x 16 pouces |
| Jantes arrière | ACT trois parties, 10 x 17 pouces |
| Pneus avant | 205/45 ZR16 selon les principales fiches spécialisées |
| Pneus arrière | 255/40 ZR17 |
| Longueur | Environ 4,31 m |
| Largeur | Environ 1,81 m |
| Hauteur | Environ 1,20 m |
| Empattement | Environ 2,34 m |
| Poids | Environ 1 210 à 1 235 kg selon les données retenues |
| Vitesse maximale | Environ 238 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 8,1 s |
| Réservoir | Environ 72 litres |
| Consommation moyenne | Environ 13 l/100 km selon les données de référence |
| Production | 325 exemplaires, dont 291 en 1990 et 34 en 1991 |
Des performances à replacer dans son époque
Avec 185 ch et un poids situé autour de 1,2 tonne, la GTA Le Mans conserve des performances élevées pour une GT du début des années 1990. La vitesse maximale de référence est d’environ 238 km/h et le 0 à 100 km/h est donné autour de 8,1 secondes. Les valeurs publiées ne sont toutefois pas parfaitement homogènes, certaines bases attribuant à la voiture des chiffres plus favorables qui ne correspondent pas aux principales fiches techniques spécialisées.
La conception privilégie autant la stabilité à haute vitesse que les performances en accélération. Les pneumatiques très larges, associés à la largeur accrue de la carrosserie, constituent une évolution importante par rapport aux GTA plus conventionnelles. L’architecture à moteur arrière en porte-à-faux demeure cependant celle qui caractérise la famille GTA.
La comparaison avec l’Alpine V6 Turbo permet de mieux comprendre la place de cette version. La Le Mans ne change pas radicalement de philosophie mécanique : elle conserve le V6 PRV turbocompressé et la propulsion. Son originalité repose surtout sur l’association de cette base mécanique avec une carrosserie élargie, des roues spécifiques et une présentation plus exclusive.
Une rareté devenue caractéristique du modèle
Avec seulement 325 exemplaires produits, la GTA Le Mans est l’une des versions les plus rares de la famille GTA. La répartition généralement retenue fait état de 299 voitures à conduite à gauche et de 26 exemplaires à conduite à droite destinés au marché britannique. Cette production limitée explique en partie l’intérêt porté aujourd’hui à la version dans le monde de la collection Alpine.
Son tarif neuf était d’environ 350 000 francs en 1990. Des configurations plus coûteuses ont existé, notamment avec des équipements supplémentaires ou la préparation Danielson, mais ce montant constitue la référence la plus directement associée au prix catalogue de la version standard.
La rareté impose surtout de distinguer les voitures réellement produites comme GTA Le Mans des transformations réalisées après coup. Une GTA V6 Turbo équipée d’éléments de carrosserie reproduisant ceux de la Le Mans peut présenter une apparence très proche sans posséder l’identité industrielle de la série limitée.
De la Mille Miles à l’A610
La GTA Le Mans appartient à la dernière période de la carrière de la GTA, après notamment l’Alpine Mille Miles. Les deux séries limitées ne doivent pas être confondues : la Mille Miles reçoit son propre traitement et apparaît avant la Le Mans, tandis que cette dernière se distingue par ses ailes très larges et son apparence particulièrement spectaculaire.
La GTA Le Mans est surtout importante dans la chronologie Alpine parce qu’elle précède immédiatement l’Alpine A610. Présentée comme une nouvelle génération de GT, l’A610 reprend certaines idées stylistiques apparues sur la Le Mans, notamment dans le traitement élargi de la carrosserie, mais elle ne constitue pas une simple évolution de finition. La GTA Le Mans reste donc une GTA de dernière génération, produite avant le passage à l’A610 en 1991.




