Lancée en 1950, l’Aston Martin DB2 est la première grande GT de série développée par la marque sous le contrôle de David Brown. Elle associe un châssis issu des travaux menés chez Aston Martin à un six cylindres Lagonda de 2,6 litres, dans une carrosserie fastback dessinée par Frank Feeley. Produite jusqu’en 1953 à un peu plus de 400 exemplaires, elle pose les bases techniques et stylistiques de la lignée DB tout en construisant sa réputation en compétition, notamment aux 24 Heures du Mans.
La première grande Aston Martin de l’ère David Brown
David Brown rachète Aston Martin en 1947, puis Lagonda la même année. Le rapprochement est déterminant. Aston Martin dispose d’un savoir-faire en matière de voitures sportives et d’un châssis développé à partir des travaux de Claude Hill, tandis que Lagonda apporte notamment un six cylindres moderne à double arbre à cames en tête. La DB2 naît de la réunion de ces deux héritages.
Dans la chronologie de la marque, elle succède à l’Aston Martin DB1, nom donné rétrospectivement à la 2-Litre Sports. Mais la rupture est importante. À la place du quatre cylindres 2 litres du modèle précédent, la DB2 reçoit le six cylindres Lagonda de 2 580 cm3. Elle adopte également une carrosserie fermée beaucoup plus aérodynamique, adaptée à la double vocation routière et sportive recherchée par Aston Martin.
Le moteur trouve ses origines chez Lagonda et dans une équipe placée sous la direction de W.O. Bentley, avec une contribution technique importante de l’ingénieur Willie Watson. Il serait donc simplificateur d’en attribuer seul la conception à Bentley. Avec ses deux arbres à cames en tête et ses deux carburateurs SU, cette mécanique devient l’un des éléments structurants des Aston Martin du début de l’ère David Brown.
Avant même le lancement commercial, le projet est confronté à la compétition. Des voitures préfigurant directement la DB2 participent aux 24 Heures du Mans 1949. Le modèle de série est ensuite présenté au public au salon de New York en avril 1950, puis sa production débute à Feltham, dans le Middlesex. Cette naissance explique pourquoi les prototypes de 1949 apparaissent parfois dans l’histoire de la DB2 alors que le millésime de lancement du modèle commercial reste bien 1950.
Une GT dessinée par Frank Feeley
Frank Feeley, qui avait travaillé chez Lagonda, signe les lignes de la DB2. La carrosserie Sports Saloon se distingue par son profil fastback très fluide, son long capot, ses ailes arrondies et son pavillon qui descend progressivement vers une poupe courte. Les phares ronds sont installés relativement bas dans les ailes avant. L’ensemble paraît particulièrement moderne au regard des Aston Martin d’avant-guerre.
Les premières voitures possèdent une physionomie spécifique. Les 49 premiers exemplaires sont généralement identifiés par une calandre chromée en trois parties associée à de grandes ouvertures rectangulaires latérales. La face avant évolue ensuite vers une ouverture centrale plus simple munie de barrettes horizontales, sans les grandes prises d’air latérales. Cette modification permet notamment de distinguer visuellement une DB2 des débuts d’un exemplaire produit plus tard.
La carrosserie cache aussi une particularité pratique importante. Le Sports Saloon est une stricte deux places et ne possède pas le grand hayon que l’on associera à sa remplaçante. L’accès arrière sert essentiellement à la roue de secours, tandis que les bagages doivent être chargés depuis l’habitacle. Aston Martin propose également un Drophead Coupé découvrable, introduit au cours de la carrière du modèle.
Cette différence permet d’éviter une confusion fréquente avec l’Aston Martin DB2/4 lancée en 1953. Cette dernière reprend la formule générale de la DB2 mais devient une 2+2 plus polyvalente, notamment grâce à son véritable hayon arrière. Les DB2/4 et DB Mark III ultérieures ne doivent donc pas être englobées dans la période de production de la DB2 originelle, qui s’arrête en 1953.
Fiche technique de l’Aston Martin Db2
| Caractéristique | Aston Martin DB2 |
|---|---|
| Production | 1950 à 1953 |
| Carrosseries | Sports Saloon 2 places, Drophead Coupé |
| Architecture moteur | 6 cylindres en ligne atmosphérique |
| Cylindrée | 2 580 cm3 |
| Alésage x course | 78 x 90 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 12 soupapes |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Puissance standard | Environ 105 bhp à 5 000 tr/min |
| Puissance Vantage | Environ 125 bhp |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Structure | Châssis tubulaire en acier |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Marles à came et double galet |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Roues | Roues à rayons de 16 pouces |
| Pneus | 6.00 x 16 selon spécification |
| Longueur | Environ 4,13 m, certaines documentations indiquant jusqu’à environ 4,30 m |
| Largeur | Environ 1,65 m |
| Hauteur | Environ 1,36 m |
| Empattement | Environ 2,51 m |
| Voies | Environ 1,37 m |
| Poids à sec | Environ 1 111 kg dans la documentation d’époque |
| Vitesse maximale | Environ 177 km/h dans les données constructeur, jusqu’à 187 km/h relevés lors d’un essai d’époque |
| 0 à 60 mph | 12,4 s dans la documentation constructeur, 11,2 s lors d’un essai d’époque |
| Consommation relevée en essai | Environ 20 mpg impériaux, soit approximativement 14,1 l/100 km |
Le six cylindres Lagonda et la version Vantage
Le six cylindres de 2 580 cm3 est l’une des principales raisons pour lesquelles la DB2 représente une étape aussi importante par rapport aux Aston Martin précédentes. Dans sa configuration standard, il développe environ 105 bhp à 5 000 tr/min. Installé longitudinalement à l’avant, il entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle David Brown à quatre rapports.
Le châssis conserve une conception relativement traditionnelle mais élaborée pour son époque. La suspension avant est indépendante avec ressorts hélicoïdaux, alors que l’arrière repose sur un essieu rigide également suspendu par ressorts hélicoïdaux. Les quatre roues sont freinées par des tambours. Le poids contenu et la carrosserie profilée permettent à la DB2 d’atteindre des performances élevées pour une GT du début des années 1950.
Une spécification plus performante apparaît rapidement et prend le nom de Vantage. Le moteur reçoit notamment un taux de compression supérieur ainsi que des évolutions touchant la distribution et l’alimentation. La puissance atteint environ 125 bhp. L’utilisation de cette configuration était liée à la disponibilité d’un carburant d’indice d’octane suffisant, un élément loin d’être anodin dans l’Europe de l’immédiat après-guerre.
Les chiffres de performances varient en fonction de la spécification et des conditions de mesure. La documentation historique fait état d’environ 177 km/h et de 12,4 secondes pour atteindre 60 mph, tandis qu’un essai d’époque a mesuré 187 km/h et 11,2 secondes. Ces valeurs ne décrivent donc pas nécessairement une configuration strictement identique, mais elles situent clairement la DB2 parmi les voitures rapides de son temps.
Le Mans au coeur du développement de la DB2
La compétition n’est pas un simple prolongement commercial de la DB2. Elle accompagne son développement dès l’origine. Après les prototypes engagés au Mans en 1949, Aston Martin revient dans la Sarthe avec la DB2 et obtient dès 1950 un résultat significatif. George Abecassis et Lance Macklin terminent cinquièmes au classement général et remportent leur catégorie, tandis qu’une autre voiture se classe juste derrière.
L’édition 1951 confirme les capacités du modèle. Lance Macklin et Eric Thompson placent leur DB2 à la troisième position du classement général et remportent leur catégorie. Une autre Aston Martin termine cinquième et une troisième septième. Pour une voiture étroitement apparentée au modèle commercial, cette présence aux avant-postes contribue fortement à la crédibilité de la jeune gamme de David Brown.
Aston Martin développe ensuite des prototypes plus spécialisés. L’Aston Martin DB3 marque le passage vers une voiture conçue plus exclusivement pour la course, alors que la DB2 reste fondamentalement une GT de route capable d’être engagée en compétition. Cette stratégie se poursuivra avec la DB3S, puis avec d’autres prototypes qui finiront par placer Aston Martin parmi les références de l’endurance internationale.
Une production limitée et plusieurs configurations
La production de la DB2 reste artisanale. Le total généralement retenu est de 411 exemplaires, même si certaines publications mentionnent 409 ou 410 voitures selon la manière de comptabiliser les châssis particuliers de fin de série. La documentation historique recense une séquence allant des premières voitures LMA/49 aux châssis LML, avec cinq exemplaires finaux portant une numérotation atypique X1 à X5.
Le Sports Saloon représente la majorité de la production. Le nombre exact de Drophead Coupé est moins clairement établi : 102 exemplaires sont fréquemment cités, tandis que certains registres spécialisés n’en identifient formellement qu’un nombre inférieur. Cette carrosserie découvrable est dans tous les cas nettement plus rare que le coupé fermé.
La DB2 est remplacée en 1953 par la DB2/4, qui conserve une grande partie de ses principes tout en répondant mieux à un usage de grand tourisme grâce à son habitacle 2+2 et à son accès arrière amélioré. La formule inaugurée par la DB2 se développe ensuite au fil des générations, jusqu’à des modèles profondément renouvelés comme l’Aston Martin DB4, qui ouvre à la fin des années 1950 une nouvelle phase stylistique et technique de la famille DB.




