Aston Martin Db3

Aston Martin Db3

L’Aston Martin DB3 est une voiture de sport conçue spécifiquement pour la compétition, apparue en 1951 dans le cadre du programme d’endurance de la marque britannique. Produite à seulement dix exemplaires, elle marque une rupture avec les voitures de route adaptées à la course utilisées jusque-là par Aston Martin. Son châssis tubulaire, son essieu arrière De Dion et sa carrosserie légère en aluminium en font un véritable prototype, développé avec les grandes épreuves internationales en ligne de mire.

La DB3 connaît une carrière officielle relativement courte, de 1951 à 1953. Ses résultats sont contrastés, mais elle permet à Aston Martin d’acquérir une expérience déterminante avant l’arrivée de la DB3S. Elle constitue ainsi l’une des premières étapes de la lignée de prototypes qui conduira la marque vers ses grands succès en endurance à la fin des années 1950.

Une Aston Martin créée spécialement pour la compétition

Après avoir pris le contrôle d’Aston Martin puis de Lagonda à la fin des années 1940, David Brown veut installer durablement la marque en compétition internationale. Les premières campagnes reposent notamment sur des versions préparées de l’Aston Martin DB2. Ces voitures démontrent les qualités du six cylindres Lagonda, mais leurs origines routières imposent des limites face aux prototypes spécialement développés pour la course.

La DB3 répond à cette situation. Son développement débute autour de 1950 sous la responsabilité de Robert Eberan von Eberhorst, ingénieur passé notamment par Auto Union avant la Seconde Guerre mondiale. Plutôt que de modifier une voiture de série, Aston Martin adopte une architecture pensée dès le départ pour la compétition. Le projet conserve toutefois le six cylindres issu de Lagonda, déjà éprouvé sur la DB2.

La voiture devait initialement permettre à Aston Martin de franchir une nouvelle étape aux 24 Heures du Mans 1951, mais son développement prend du retard. La DB3 effectue finalement ses débuts en compétition au Tourist Trophy de Dundrod en septembre 1951. Lance Macklin doit abandonner, mais cette première sortie lance le programme qui occupera l’équipe d’usine pendant les deux saisons suivantes.

Châssis tubulaire, moteur Lagonda et architecture de prototype

La DB3 repose sur un châssis constitué de tubes d’acier au chrome-molybdène, recouvert d’une carrosserie légère en aluminium. Cette conception permet de s’affranchir de la structure d’une automobile routière et d’organiser la voiture autour des contraintes propres à l’endurance. Avec environ 4,03 m de longueur pour 2,36 m d’empattement, elle reste cependant relativement imposante pour une voiture de compétition de cette période.

Le train avant emploie des bras tirés et des barres de torsion transversales. À l’arrière, Aston Martin retient un système De Dion guidé notamment par une barre Panhard, solution destinée à mieux contrôler les mouvements des roues qu’un essieu rigide conventionnel. Les freins sont encore à tambours, avec des éléments arrière montés à l’intérieur afin de réduire les masses non suspendues. La direction est à crémaillère.

Dans sa définition initiale, le moteur est un six cylindres en ligne de 2 580 cm3 à double arbre à cames en tête, alimenté par trois carburateurs Weber double corps. La documentation d’époque associée au modèle mentionne 140 bhp à 5 000 tr/min, tandis que certaines configurations initiales sont données autour de 133 bhp. Ces différences reflètent les évolutions de réglage d’une voiture de course développée en permanence plutôt qu’une spécification commerciale figée.

Le manque de puissance apparaît rapidement comme l’une des faiblesses du projet face à une concurrence particulièrement rapide. En 1952, Aston Martin développe donc une évolution d’environ 2,9 litres, généralement créditée d’une puissance proche de 163 bhp. La DB3 gagne ainsi en performances sans toutefois résoudre entièrement son handicap de poids et d’encombrement.

Fiche technique de l’Aston Martin DB3

CaractéristiqueAston Martin DB3
Année d’apparition1951
Période de productionSeptembre 1951 à mai 1953
TypePrototype de sport-compétition biplace
CarrosseriePrincipalement barquette en aluminium, avec certaines configurations fermées
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteur initial6 cylindres en ligne Lagonda, double arbre à cames en tête
Cylindrée initiale2 580 cm3
Alésage x course78 x 90 mm
Alimentation3 carburateurs Weber double corps
Puissance documentée du 2,6 litresJusqu’à 140 bhp à 5 000 tr/min
Évolution moteurEnviron 2,9 litres à partir de 1952
Puissance couramment donnée du 2,9 litresEnviron 163 bhp
TransmissionPropulsion
BoîteDocumentation Aston Martin: 5 rapports, certaines sources mentionnent 4 rapports selon configuration
ChâssisStructure tubulaire en acier au chrome-molybdène
Suspension avantBras tirés, barres de torsion transversales
Suspension arrièreDe Dion, barre Panhard et bras tirés
DirectionCrémaillère
FreinsTambours, 13 pouces à l’avant et 11 pouces arrière montés inboard
LongueurEnviron 4,03 m
LargeurEnviron 1,56 m
HauteurEnviron 1,02 m
EmpattementEnviron 2,36 m
VoieEnviron 1,30 m
Garde au solEnviron 127 mm
Poids de référence documentéEnviron 914 kg dans la configuration indiquée par Aston Martin
Production10 exemplaires

Des débuts difficiles aux premiers grands résultats

La saison 1952 permet à la DB3 de montrer davantage son potentiel. À Silverstone, les Aston Martin terminent deuxième, troisième et quatrième derrière une Jaguar C-Type. Ce résultat souligne la régularité de l’équipe mais également l’écart qui subsiste avec les meilleures voitures de sport contemporaines.

Les 24 Heures du Mans 1952 sont beaucoup plus sévères. Aston Martin engage trois DB3, mais aucune ne rejoint l’arrivée. L’épreuve, qui constituait pourtant l’un des objectifs majeurs du programme, met en évidence les difficultés de fiabilité rencontrées lorsque la voiture est poussée sur une très longue distance.

Le résultat le plus marquant de la DB3 intervient aux 9 Heures de Goodwood en août 1952. Peter Collins et Pat Griffith imposent leur Aston Martin et offrent au modèle une victoire internationale importante. Ce succès confirme qu’une DB3 bien développée peut se montrer compétitive, même si son architecture ne possède plus une marge d’évolution suffisante pour devenir la solution à long terme de la marque.

La voiture reste engagée au début de 1953. Reg Parnell et George Abecassis prennent notamment la deuxième place des 12 Heures de Sebring. Parnell obtient ensuite une remarquable cinquième place aux Mille Miglia, résultat particulièrement significatif pour une voiture britannique dans cette épreuve routière italienne extrêmement exigeante.

Dix exemplaires et plusieurs configurations

La production de la DB3 se limite à dix châssis, numérotés DB3/1 à DB3/10. Les cinq premiers sont associés au programme de l’équipe Aston Martin, tandis que les cinq suivants sont construits pour des clients privés. Une production aussi réduite explique pourquoi les histoires individuelles des voitures occupent une place importante dans l’étude du modèle.

Il n’existe pas une apparence parfaitement uniforme applicable aux dix DB3 pendant toute leur carrière. Les voitures de compétition sont modifiées en fonction des circuits, des besoins aérodynamiques et des évolutions mécaniques. Certaines reçoivent également des carrosseries fermées. D’autres connaissent des transformations plus profondes après leur période d’utilisation par l’usine.

DB3/4 illustre particulièrement ce phénomène. Après avoir couru sous sa forme initiale, ce châssis reçoit en 1954 une carrosserie inspirée de la DB3S ainsi qu’un moteur de trois litres. L’apparence actuelle ou tardive d’un exemplaire ne correspond donc pas nécessairement à sa configuration lorsqu’il courait comme DB3 d’usine en 1951 ou 1952.

Comment distinguer la DB3 de la DB3S

La proximité des appellations entretient une confusion fréquente entre les deux voitures. L’Aston Martin DB3S, apparue en 1953, n’est pas une simple finition ou une évolution commerciale de la DB3. Elle constitue une profonde refonte du concept, développée pour obtenir une voiture plus petite, plus légère et mieux adaptée à la compétition internationale.

La DB3 se reconnaît dans sa configuration classique à ses proportions relativement longues, à ses ailes avant très marquées et à son cockpit ouvert installé derrière un long capot. Sa carrosserie en aluminium présente des formes simples et fonctionnelles, avec une interprétation sportive de la calandre Aston Martin. Les prises d’air, ouvertures de capot et détails aérodynamiques peuvent cependant différer d’un châssis ou d’une course à l’autre.

Il faut également écarter toute confusion avec la DB Mark III routière de la seconde moitié des années 1950, parfois désignée abusivement comme « DB3 ». La DB3 de 1951 appartient exclusivement à la famille des voitures de sport-compétition et n’a pas constitué une génération de grand tourisme produite en série.

De la DB3 aux prototypes Aston Martin de la fin des années 1950

L’abandon relativement rapide de la DB3 ne signifie pas l’échec de son principe. Son programme permet à Aston Martin de développer son savoir-faire en matière de châssis spécialement conçus pour l’endurance, de suspensions, d’allègement et d’exploitation d’une équipe officielle. La DB3S reprend cette expérience dans une voiture plus efficace et obtient des résultats internationaux plus importants.

Cette progression technique se poursuit ensuite avec l’Aston Martin DBR1, conçue dans un contexte réglementaire différent et devenue la plus célèbre des Aston Martin de sport des années 1950. La marque développe parallèlement l’Aston Martin DBR2, autre prototype qui témoigne de l’intensité du programme compétition de David Brown. La DB3 reste ainsi le premier jalon véritablement spécialisé de cette séquence, celui avec lequel Aston Martin abandonne progressivement la logique de la voiture routière transformée pour adopter celle du prototype d’endurance conçu comme tel.