Apparue en 1913, la Bugatti Type 23 appartient à la première grande famille de petites automobiles conçues par Ettore Bugatti à Molsheim. Elle reprend les principes qui ont fait la réputation des premières Bugatti, avec un châssis léger, un quatre cylindres à arbre à cames en tête et une recherche constante de rendement plutôt que de cylindrée élevée. Sa particularité tient notamment à son empattement allongé, qui permet d’associer cette mécanique à des carrosseries routières plus habitables.
La Type 23 traverse en outre une période essentielle de l’histoire de la marque. Née avant la Première Guerre mondiale, elle évolue après le conflit vers les célèbres moteurs à 16 soupapes associés au nom Brescia. Il n’existe donc pas une spécification technique unique valable pour toutes les Type 23 produites au cours de leur longue carrière.
Une Bugatti née de la famille Type 13
La généalogie de la Type 23 commence avec la Bugatti Type 13, modèle compact autour duquel Ettore Bugatti développe plusieurs variantes de châssis. Cette architecture privilégie la légèreté et une mécanique relativement petite mais sophistiquée. Différentes longueurs d’empattement permettent ensuite d’adapter la même philosophie à des usages allant de la voiture sportive très compacte à des automobiles routières plus polyvalentes.
La Type 23 reprend cette recette avec un empattement généralement donné pour 2 550 mm. Elle se distingue ainsi de la Bugatti Type 22, très proche techniquement mais établie sur un châssis plus court d’environ 2 400 mm. Cette différence paraît modeste, mais elle compte beaucoup sur des automobiles aussi petites et légères. La Type 23 se prête davantage aux carrosseries offrant plusieurs places ou un espace accru aux occupants.
Son apparition est généralement située en 1913. La Première Guerre mondiale interrompt ensuite profondément l’activité industrielle de Molsheim. Lorsque la production reprend après le conflit, Bugatti poursuit le développement de ses petits quatre cylindres. La Type 23 reste ainsi au catalogue sous des formes évolutives jusqu’au milieu des années 1920, avec 1926 couramment retenu comme fin de période.
Du quatre cylindres originel aux Type 23 Brescia
La longue carrière du modèle explique pourquoi les caractéristiques d’une Type 23 de 1913 ne doivent pas être confondues avec celles d’une Brescia des années 1920. Les premières voitures appartiennent à la génération des quatre cylindres Bugatti à huit soupapes. Le moteur conserve les principes chers à Ettore Bugatti, notamment l’arbre à cames en tête, mais la mécanique connaît ensuite des transformations importantes.
Après la guerre, le quatre cylindres multivalve devient l’un des éléments les plus remarquables de cette famille. Les évolutions connues passent notamment par des cylindrées de 1 368 cm3 avec un alésage et une course de 66 x 100 mm, puis 1 453 cm3 avec 68 x 100 mm. Les développements les plus tardifs atteignent 1 496 cm3 grâce à un alésage porté à 69 mm, toujours avec une course de 100 mm. Les versions les plus évoluées utilisent quatre soupapes par cylindre, soit seize au total.
Le nom Brescia demande également une distinction importante. En septembre 1921, Bugatti obtient les quatre premières places du Grand Prix des voiturettes de Brescia avec des Type 13 de compétition. Ce succès est à l’origine de l’appellation Brescia ensuite associée aux petites Bugatti multivalves. Le quadruplé italien ne doit donc pas être attribué directement à la Type 23, même si celle-ci profite pleinement des développements techniques issus de cette famille.
Les appellations Type 23, Type 23 Brescia et Type 23 Brescia Modifiée recouvrent ainsi des états techniques différents. Les dernières Brescia Modifiées disposent notamment du quatre cylindres de 1 496 cm3 et peuvent développer autour de 40 à 50 ch suivant leur configuration. Avec une carrosserie légère, certaines sont données pour une vitesse approchant 130 km/h, une valeur particulièrement élevée pour une petite automobile de cette époque.
Fiche technique de la Bugatti Type 23
| Caractéristique | Bugatti Type 23 |
|---|---|
| Année d’apparition | 1913 |
| Période | 1913 à 1926 environ, avec interruption liée à la Première Guerre mondiale |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, refroidissement par eau |
| Distribution | Arbre à cames en tête, 8 soupapes sur les premières configurations, puis 16 soupapes sur les évolutions multivalves |
| Cylindrées documentées dans l’évolution du modèle | Environ 1 327 cm3, 1 368 cm3, 1 453 cm3 et 1 496 cm3 selon période et version |
| Alésage x course | Notamment 66 x 100 mm, 68 x 100 mm puis 69 x 100 mm selon évolution |
| Puissance | Variable selon version, jusqu’à environ 40 à 50 ch sur les évolutions multivalves les plus développées |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports sur les Type 23 Brescia documentées |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension | Essieux rigides et ressorts à lames |
| Freinage | Freins arrière sur certaines versions anciennes et Brescia, équipement évolutif suivant la période |
| Empattement | Environ 2 550 mm |
| Voies | Environ 1 150 mm sur certaines configurations |
| Longueur | Environ 3 350 mm pour certaines carrosseries Brescia Boattail |
| Largeur | Environ 1 350 mm pour certaines carrosseries Brescia Boattail |
| Hauteur | Environ 1 500 mm pour certaines carrosseries Brescia Boattail |
| Poids | Variable selon carrosserie, environ 610 kg pour certaines indications de châssis et jusqu’à environ 880 kg pour une automobile carrossée documentée |
| Vitesse maximale | Jusqu’à environ 129 km/h annoncés pour certaines Type 23 Brescia Modifiées selon carrosserie |
Un châssis long adapté à plusieurs carrosseries
La Type 23 ne correspond pas à une silhouette de carrosserie unique. Son identité repose d’abord sur son châssis et sa mécanique. Des roadsters, torpédos, tourers et carrosseries sport ont ainsi été installés sur cette base, parfois par des ateliers indépendants. Cette diversité explique pourquoi les dimensions hors tout et le poids varient sensiblement d’un exemplaire à l’autre.
Visuellement, les automobiles des années 1920 conservent les proportions caractéristiques des premières Bugatti : caisse étroite, capot relativement long, roues largement dégagées et habitacle compact. Les Type 22 et Type 23 participent également à l’installation progressive du radiateur Bugatti à la forme caractéristique, élément appelé à devenir l’une des signatures les plus reconnaissables de la marque.
L’empattement de 2,55 m constitue un repère beaucoup plus pertinent que la forme d’une carrosserie particulière pour différencier la Type 23 de ses proches parentes. Il donne suffisamment d’espace pour réaliser des tourers à plusieurs places sans abandonner la légèreté générale de la famille. Des carrossiers comme Lavocat & Marsaud ont habillé certains châssis, notamment sous forme de torpédo.
La conception reste simple par rapport aux standards ultérieurs : essieux rigides, ressorts à lames et châssis séparé. Le freinage illustre particulièrement l’âge du modèle. Certaines Brescia du début des années 1920 sont documentées avec des freins agissant seulement sur les roues arrière. Des voitures survivantes ayant été transformées ou modernisées au cours de leur existence, l’équipement actuel d’un exemplaire n’est pas nécessairement représentatif de sa configuration de livraison.
Une automobile routière issue d’une culture de compétition
La Type 23 profite directement de l’approche sportive d’Ettore Bugatti sans être simplement une voiture de course homologuée pour la route. Son faible poids et son moteur à haut rendement lui procurent un rapport entre performances et cylindrée remarquable pour son époque. L’adoption de quatre soupapes par cylindre sur les versions Brescia est particulièrement représentative de cette recherche d’efficacité mécanique.
Cette technologie s’inscrit dans une période d’évolution extrêmement rapide chez Bugatti. Au début des années 1920, la marque développe parallèlement des automobiles plus puissantes, dont la Bugatti Type 30 à huit cylindres. La petite quatre cylindres et les nouvelles huit cylindres illustrent alors deux voies complémentaires : légèreté et simplicité d’un côté, augmentation des performances et montée en gamme de l’autre.
La compétition va bientôt pousser cette logique beaucoup plus loin. La Bugatti Type 35 impose à partir de 1924 une nouvelle référence sportive chez le constructeur, mais elle ne rend pas immédiatement obsolète le principe d’une Bugatti légère à quatre cylindres. Celui-ci se prolonge notamment avec la Type 37, tandis que les besoins routiers sont progressivement couverts par des modèles plus récents.
Production et survivantes de la Type 23
Le nombre exact de Type 23 produites isolément des autres petites Bugatti contemporaines n’est pas établi de manière suffisamment solide pour retenir un total unique. Les archives et les automobiles survivantes permettent en revanche d’identifier individuellement de nombreux châssis, une méthode particulièrement importante pour une voiture dont les moteurs, carrosseries et équipements ont parfois changé au cours d’un siècle d’existence.
Le châssis 1339 illustre les premières Brescia de l’après-guerre : cette Type 23 de 1921 est documentée avec un moteur de 1 453 cm3. Le châssis 1709, livré en 1923, appartient à l’évolution Brescia Modifiée et reçoit un moteur de 1 496 cm3 ainsi qu’une carrosserie torpédo Lavocat & Marsaud. D’autres voitures connues, comme les châssis 1878 et 2400, témoignent de la variété des configurations routières réalisées au cours des années 1920.
Cette traçabilité conditionne aujourd’hui fortement l’intérêt historique d’une Type 23. L’authenticité du châssis, du moteur et de la carrosserie, ainsi que la continuité de la provenance, permettent de distinguer une automobile conservant une configuration ancienne d’un exemplaire largement reconstruit. La valeur d’une Type 23 ne peut donc pas être réduite à une cote générale applicable indistinctement à toutes les voitures portant cette désignation.
De la Brescia aux quatre cylindres Bugatti de la fin des années 1920
À mesure que la Type 23 approche de la fin de sa carrière, la gamme Bugatti change profondément. Les huit cylindres prennent une importance croissante et les modèles de compétition deviennent plus spécialisés. La Bugatti Type 37 perpétue néanmoins à partir du milieu des années 1920 l’idée d’une voiture légère animée par un quatre cylindres, dans une architecture appartenant désormais à la génération de la Type 35.
Sur route, la Bugatti Type 40 prend ensuite une place comparable dans la gamme des petites Bugatti de tourisme. La Type 23 reste ainsi liée à une période antérieure et particulièrement féconde de Molsheim : celle durant laquelle une architecture née autour de la Type 13 a évolué d’une petite automobile d’avant 1914 vers les Brescia multivalves des années 1920.




