Citroën Type A

Citroën Type A

La Citroën Type A, également appelée Citroën 10 HP, est la première automobile commercialisée par André Citroën. Présentée le 4 juin 1919 et livrée à ses premiers clients à partir du 7 juillet, elle marque la naissance d’un constructeur qui entend transformer l’automobile française grâce à la production en grande série. Fabriquée à Paris jusqu’en 1921, cette voiture à quatre cylindres associe une mécanique simple, un équipement relativement complet et un prix de lancement de 7 950 francs.

Avec 24 093 exemplaires produits, la Type A établit les premières bases industrielles de Citroën. Son histoire ne se limite pourtant pas à celle d’une automobile populaire : ses différentes carrosseries, ses deux longueurs de châssis et son organisation de fabrication illustrent les ambitions d’une marque qui entre sur le marché automobile au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Une première Citroën née de la reconversion industrielle

Avant de construire des voitures, André Citroën dirige une importante usine de munitions installée quai de Javel, dans le 15e arrondissement de Paris. Pendant la Première Guerre mondiale, cet établissement développe une organisation industrielle capable de produire de grandes quantités d’obus. À la fin du conflit, Citroën prépare sa reconversion vers une activité civile : la fabrication d’automobiles.

Son projet repose sur une idée précise. Plutôt que de réserver la voiture à une clientèle fortunée, il souhaite proposer un véhicule standardisé, relativement accessible et livré prêt à circuler. Les méthodes industrielles américaines, notamment celles développées par Henry Ford, constituent une référence importante. Citroën ne cherche pas simplement à fabriquer une automobile supplémentaire, mais à organiser sa production autour de volumes élevés et de coûts maîtrisés.

Le développement de la Type A est confié à l’ingénieur Jules Salomon, précédemment associé au constructeur Le Zèbre. Le projet prend forme pendant la guerre, avant la reconversion effective de l’usine. La voiture est présentée à la presse sur les Champs-Élysées le 4 juin 1919. La première livraison à un client intervient le 7 juillet suivant.

Citroën présente la Type A comme la première automobile européenne produite en grande série. Cette formule, employée dans l’histoire officielle du constructeur, souligne surtout l’ambition industrielle du projet : la fabrication automobile existait déjà en Europe, mais Citroën entend généraliser une organisation inspirée de la production américaine.

La Type A se distingue également par sa commercialisation. Elle est proposée comme une automobile complète, avec notamment un démarreur électrique, des phares électriques et une roue de secours. Ces équipements contribuent à rendre son utilisation plus simple à une époque où certaines voitures exigent encore des manipulations importantes avant chaque départ.

Un moteur quatre cylindres et une conception mécanique traditionnelle

La Citroën Type A de lancement reçoit un moteur à essence de 1 327 cm³ développant 18 ch à 2 100 tr/min. Cette mécanique à quatre cylindres en ligne privilégie la simplicité et une utilisation quotidienne plutôt que les performances sportives. Elle permet à la voiture d’atteindre environ 65 km/h sur route plate, une vitesse cohérente avec les conditions de circulation de l’immédiat après-guerre.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à trois rapports. Cette architecture à propulsion est classique pour l’époque. Elle s’accompagne d’un châssis séparé sur lequel prennent place les différentes carrosseries proposées par Citroën.

L’une des particularités techniques du modèle concerne ses suspensions. Les roues avant utilisent des ressorts quart-elliptiques, tandis que l’arrière reçoit quatre ressorts de même principe. Leur disposition vise à améliorer le confort et à limiter les mouvements de caisse sans recourir à des dispositifs complexes.

Le freinage reflète également les solutions automobiles du début du XXe siècle. La pédale commande un frein agissant sur la transmission, tandis que le frein à main intervient sur les roues arrière. La Type A ne possède donc pas le système de freinage sur les quatre roues qui se généralisera progressivement au cours des années suivantes.

Le nom commercial « 10 HP » ne doit pas être confondu avec la puissance mécanique du moteur. La documentation historique de Citroën présente le modèle comme une 10 CV, tout en indiquant une puissance réelle de 18 ch pour la motorisation initiale. Ces deux indications correspondent à des notions différentes.

Fiche technique de la Citroën Type A

CaractéristiqueCitroën Type A de 1919 et variantes documentées
ConstructeurCitroën
AppellationType A, 10 HP
Production1919 à 1921
UsineQuai de Javel, Paris, France
Architecture moteur4 cylindres en ligne, essence, quatre temps
DistributionSoupapes latérales
Cylindrée initiale1 327 cm³
Alésage x course65 x 100 mm
Puissance initiale18 ch à 2 100 tr/min
Évolution mécaniqueMoteur de 1 452 cm³ et 22 ch mentionné pour certaines variantes tardives
AlimentationCarburateur
RefroidissementPar liquide, circulation par thermosiphon
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports avant et marche arrière
ChâssisStructure séparée, carrosserie rapportée
Suspension avantRessorts quart-elliptiques
Suspension arrièreQuatre ressorts quart-elliptiques
DirectionMécanique, volant à gauche
Frein principalSur la transmission, commandé au pied
Frein à mainSur les roues arrière
Pneumatiques710 x 90, dimension historique mentionnée
Empattement2 550 ou 2 830 mm selon le châssis
LongueurEnviron 3,40 à 4,00 m selon la configuration
Largeur1,41 m selon Citroën Origins
Hauteur1,75 m pour le Coupé de Ville documenté par Citroën
Poids à videEnviron 680 à 810 kg selon la carrosserie
Vitesse maximale65 km/h pour la version initiale
Consommation annoncée7,5 l/100 km
Équipement notableDémarreur électrique, phares électriques, roue de secours
Production totale24 093 exemplaires

Des carrosseries variées pour une automobile polyvalente

La Type A n’est pas une automobile proposée sous une carrosserie unique. Citroën décline son premier modèle en plusieurs configurations afin de répondre à des usages familiaux, professionnels ou urbains. Cette diversité constitue une caractéristique essentielle de sa commercialisation.

Le Torpédo représente l’une des silhouettes les plus connues. Sa carrosserie ouverte, protégée par une capote repliable, correspond à une formule courante au début des années 1920. Les ailes séparées, les marchepieds latéraux, le pare-brise vertical et les phares indépendants participent à son apparence caractéristique.

La gamme comprend également des carrosseries fermées, notamment le Coupé de Ville et la Conduite Intérieure, ainsi que des configurations de limousine. Le Coupé Docteur répond à une autre tradition automobile de l’époque, celle des voitures compactes destinées notamment aux déplacements professionnels.

La Type A existe en deux longueurs de châssis, ce qui explique une partie des différences observées dans les dimensions publiées. Les carrosseries ne possèdent pas toutes le même nombre de portes, la même longueur ni le même poids. Les caractéristiques d’un Coupé de Ville conservé par Citroën ne doivent donc pas être attribuées automatiquement à un Torpédo ou à une voiture de livraison.

Le constructeur développe aussi des utilisations utilitaires. Un fourgon-plateau apparaît dès la fin de 1919, avec une charge utile annoncée de 300 kg. Des déclinaisons destinées aux taxis et aux ambulances figurent également dans l’histoire officielle du modèle. Ces versions montrent que Citroën cherche dès ses débuts à exploiter une même base mécanique pour plusieurs catégories de clientèle.

Visuellement, la Type A se reconnaît à son radiateur vertical, son long capot avant, ses roues indépendantes de la carrosserie et son architecture traditionnelle. Son volant à gauche constitue un autre élément distinctif mis en avant par le constructeur. L’identification précise d’un exemplaire nécessite néanmoins d’examiner sa carrosserie, son châssis et son historique, certaines voitures anciennes ayant été transformées ou restaurées au fil du temps.

Production, prix et remplacement par la Citroën B2

Le prix annoncé au lancement est de 7 950 francs. Il participe au positionnement voulu par André Citroën : proposer une automobile complète à un tarif relativement accessible, grâce à une fabrication rationalisée. Ce montant correspond toutefois au lancement de 1919 et ne représente pas nécessairement le prix de toutes les carrosseries ou des voitures vendues ultérieurement.

La production progresse rapidement après les premières livraisons. Les historiques automobiles donnent une répartition de 2 810 exemplaires en 1919, 12 244 en 1920 et 9 039 en 1921. Le total de 24 093 voitures est confirmé par la documentation officielle de Citroën.

Cette montée en cadence accompagne la transformation du quai de Javel en véritable usine automobile. La standardisation des composants et la diversité des carrosseries permettent à Citroën de développer une gamme tout en conservant une base technique commune. L’entreprise construit ainsi son organisation commerciale et industrielle autour d’un premier modèle produit pendant une période relativement courte.

En 1921, la Type A cède progressivement sa place à la B2, qui poursuit le développement de la catégorie des 10 HP avec une mécanique plus puissante et différentes améliorations. La Citroën Type B s’inscrit directement dans cette succession, tandis que la Type A demeure le point de départ de la production automobile de la marque.

Citroën élargit parallèlement son offre vers les petites voitures. La Citroën Type C, commercialisée à partir de 1922, vise une clientèle différente avec une automobile plus compacte. Elle ne constitue donc pas le remplacement direct de la Type A, mais une nouvelle étape dans la diversification de la gamme.

La Citroën Type A aujourd’hui : identification et collection

Plus d’un siècle après son lancement, la Type A intéresse les collectionneurs pour sa place dans l’histoire de Citroën et pour les différentes formes de carrosserie qu’elle a reçues. Le Conservatoire Citroën conserve notamment un Torpédo de 1919, tandis que d’autres exemplaires apparaissent ponctuellement dans les ventes de collections automobiles.

Les résultats d’enchères permettent d’illustrer ce marché sans établir une cote universelle. Un Torpédo de 1920 provenant de la collection André Trigano, portant le numéro de châssis 2593, a été adjugé 10 132 euros chez Artcurial en 2016. Un autre exemplaire de 1920, châssis 20243, issu de la collection Paul Thanry, a atteint 10 728 euros en 2022. Ce dernier nécessitait une remise en route après une longue immobilisation.

Ces transactions concernent des véhicules particuliers, avec leur état, leur provenance et leurs éventuelles restaurations. Pour une Type A, la cohérence entre le numéro de châssis, la carrosserie, la mécanique et les documents historiques est déterminante dans l’identification. Les archives de L’Aventure Peugeot Citroën DS peuvent notamment contribuer à confirmer la date de sortie d’usine d’un exemplaire.

Enfin, la dénomination Type A peut créer une confusion avec la Citroën 2CV, dont certaines versions historiques portent également cette désignation. La Citroën Type A de 1919 est une automobile entièrement différente : elle appartient à la première génération des voitures de la marque, possède un moteur quatre cylindres et précède de plusieurs décennies la petite Citroën à moteur bicylindre.