Datsun 100a

Datsun 100a

La Datsun 100a est la version d’exportation à moteur 1,0 litre de la première génération de Datsun Cherry, connue au Japon sous le code E10. Apparue en Europe au début des années 1970 et commercialisée en France à partir de 1972, elle occupe une place particulière dans l’histoire de Nissan : cette petite berline appartient à la première famille de voitures de série du constructeur conçue autour de la traction avant.

Derrière son appellation numérique se cache donc une automobile plus importante qu’il n’y paraît. Avec son quatre cylindres de 988 cm3 installé transversalement, sa boîte manuelle à quatre rapports et ses quatre roues indépendantes, la 100a rompt avec l’architecture traditionnelle des petites Datsun à propulsion. Compacte et légère, elle répond aussi aux besoins du marché européen du début des années 1970, où les voitures à moteur transversal et traction avant prennent une importance croissante.

De la Nissan Cherry japonaise à la Datsun 100a européenne

La famille E10 naît au Japon en 1970 sous le nom Nissan Cherry. Sa mise en production constitue une étape technique majeure pour Nissan, dont les voitures particulières reposaient jusque-là essentiellement sur des architectures à propulsion. La nouvelle compacte adopte un moteur transversal entraînant les roues avant, une disposition permettant de concentrer la mécanique dans la partie avant et de libérer davantage d’espace pour l’habitacle.

L’introduction européenne est progressive. Des documents français consacrés au modèle existent dès 1971, mais la commercialisation de la 100a en France est associée à 1972. Le nom Datsun, alors largement utilisé par Nissan pour ses exportations, remplace celui de Nissan sur les marchés concernés. Le nombre 100 renvoie à la motorisation A10 de 988 cm3.

Cette arrivée intervient alors que Datsun possède déjà plusieurs compactes conventionnelles dans sa gamme. La Datsun Sunny illustre notamment cette autre branche de la gamme, tandis que la Cherry E10 explore une solution technique appelée à devenir dominante chez les petites voitures Nissan.

Une petite traction avant techniquement ambitieuse

Le moteur A10 est un quatre cylindres en ligne à soupapes en tête alimenté par carburateur. Sa cylindrée de 988 cm3 place la 100a dans une catégorie fiscale et commerciale particulièrement adaptée aux marchés européens. La puissance généralement donnée pour les versions européennes est d’environ 45 ch DIN, soit 33 kW. Certains documents d’époque annoncent des chiffres sensiblement supérieurs, jusqu’à 52, 53 ou 58 ch, mais ils emploient des normes SAE différentes et ne décrivent pas nécessairement une motorisation plus puissante.

Le quatre cylindres est monté transversalement à l’avant et associé à une boîte manuelle à quatre rapports. Cette disposition contraste directement avec celle de la Datsun 1200, contemporaine mais dotée d’une architecture classique à moteur avant et roues arrière motrices. La 100a montre ainsi deux approches techniques qui coexistent encore chez Datsun au début des années 1970.

La suspension indépendante aux quatre roues est un autre élément notable pour une petite voiture de cette période. L’avant utilise des jambes de force de type MacPherson, tandis que l’essieu arrière est lui aussi indépendant. Avec une masse située approximativement entre 670 et 720 kg selon la carrosserie et l’équipement, la mécanique de seulement un litre n’a pas à déplacer une voiture particulièrement lourde.

Le freinage évolue au cours de la carrière et selon les marchés. Des premières E10 sont documentées avec quatre tambours, tandis que d’autres 100a reçoivent des disques à l’avant associés à des tambours arrière. Cette différence explique pourquoi deux voitures portant la même appellation peuvent présenter des spécifications techniques distinctes.

Fiche technique de la Datsun 100a

CaractéristiqueDatsun 100a E10
PériodeÀ partir de 1972 en France, famille E10 lancée en 1970 au Japon
TypePetite voiture à traction avant
CarrosseriesBerline 2 portes, berline 4 portes, break selon marché
MoteurNissan A10, 4 cylindres en ligne, essence
Cylindrée988 cm3
DistributionSoupapes en tête
AlimentationCarburateur
PuissanceEnviron 45 ch DIN, 33 kW, pour les spécifications européennes courantes
ImplantationMoteur avant transversal
TransmissionTraction avant
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
Suspension avantIndépendante, jambes de force type MacPherson
Suspension arrièreIndépendante
FreinsTambours sur certaines premières versions, puis disques avant et tambours arrière selon version et marché
LongueurEnviron 3 650 à 3 670 mm pour les berlines documentées
LargeurEnviron 1 485 à 1 490 mm
HauteurEnviron 1 370 mm
EmpattementEnviron 2 335 mm
Poids à videEnviron 670 à 720 kg selon version
Vitesse maximaleJusqu’à environ 140 km/h selon version documentée
0 à 100 km/h18,9 s annoncé pour une 100a Deluxe 1974 documentée

Des carrosseries compactes et un style typique des années 1970

La 100a se reconnaît à ses dimensions réduites, à son capot relativement court et à sa silhouette légère. Les premières versions présentent des phares ronds, des pare-chocs métalliques et une calandre horizontale. Les flancs restent simples, tandis que le dessin de la partie arrière et des surfaces vitrées donne à l’E10 une identité assez éloignée des berlines Datsun à propulsion contemporaines.

La gamme ne se limite pas à une seule carrosserie. La 100a est proposée en berlines deux et quatre portes et, suivant les marchés, en break. Les dimensions ne sont donc pas absolument identiques d’une variante à l’autre. Même parmi les berlines, les données disponibles montrent de petites différences suivant le millésime et la spécification nationale.

L’habitacle répond à la logique d’une petite voiture populaire du début des années 1970. L’intérêt de l’architecture transversale réside moins dans le luxe ou la sophistication des équipements que dans l’utilisation de l’espace disponible. Nissan peut installer moteur, boîte et transmission à l’avant sans arbre longitudinal vers un pont arrière, solution particulièrement pertinente sur une carrosserie d’environ 3,65 m.

La présentation évolue pendant la carrière de l’E10. Calandre, éclairage, détails de carrosserie et équipements peuvent ainsi différer entre une 100a du début de la commercialisation et un exemplaire plus tardif. Ces modifications expliquent certaines divergences entre les photographies d’époque sans qu’il s’agisse nécessairement d’une génération différente.

100a, 120a et Cherry F-II : des appellations à ne pas confondre

La proximité entre les différentes Cherry est la principale source de confusion autour de la 100a. Dans la première famille E10, l’appellation correspond avant tout à la cylindrée. La 100a utilise le quatre cylindres A10 de 988 cm3, alors que la Datsun 120A reçoit un A12 d’environ 1,2 litre. Cette dernière appellation est notamment associée au coupé E10 sur les marchés européens.

La situation se complique avec l’arrivée de la génération suivante, la Cherry F-II de type F10. Elle est également commercialisée sous des désignations telles que 100A F-II ou 120A F-II selon le moteur et le marché. Une Datsun 100A F-II n’est donc pas simplement une 100a E10 légèrement restylée : elle appartient à une nouvelle génération dont la carrosserie et la conception ont évolué.

D’autres générations de Cherry ont ensuite utilisé des appellations dépendant des marchés, ce qui rend le seul badge « 100A » insuffisant pour identifier une voiture ancienne. Pour la version abordée ici, le code E10, la chronologie du début des années 1970 et le moteur A10 de 988 cm3 constituent les repères les plus sûrs.

La première génération de traction avant chez Nissan

L’intérêt historique de la 100a tient moins à ses performances qu’à sa conception. La Cherry E10 introduit à grande échelle chez Nissan une architecture devenue ensuite incontournable pour les modèles compacts : moteur transversal, traction avant et recherche d’un rapport favorable entre dimensions extérieures et espace utilisable.

Nissan a consacré un véritable programme de développement à cette première Cherry, avec notamment des essais et des études aérodynamiques sur maquette avant son lancement japonais. La sortie de chaîne de la Cherry est documentée à l’usine de Murayama le 14 octobre 1970. Des exemplaires E10 ont également été produits dans d’autres installations Nissan, les archives muséales britanniques identifiant notamment une 100a quatre portes de 1974 comme provenant de Yokohama.

La voiture connaît une diffusion européenne suffisamment importante pour installer durablement le nom Cherry hors du Japon. Elle ne cherche pas à reproduire l’image sportive des Datsun Z : son rôle est celui d’une petite voiture accessible, légère et rationnelle, destinée à un marché où la traction avant gagne rapidement du terrain.

La carrière de l’E10 se prolonge suivant les pays alors que la Cherry F-II apparaît au milieu des années 1970. Cette coexistence explique les périodes de commercialisation parfois différentes attribuées à la première génération. Elle explique aussi pourquoi l’année 1972 reste le repère pertinent pour la Datsun 100a française, plutôt que le lancement japonais de la Cherry en 1970.