La Datsun Violet apparaît en 1973 comme une familiale compacte à propulsion destinée à occuper l’espace séparant les petites voitures de Nissan des modèles plus imposants. Commercialisée au Japon sous le nom Nissan Violet et sous différentes appellations Datsun à l’exportation, elle constitue une famille plus complexe que son seul nom ne le laisse supposer. La première génération, identifiée principalement par les types 710 puis 711, se décline en plusieurs carrosseries et motorisations avant de céder la place à une nouvelle Violet en 1977.
Une nouvelle familiale entre Sunny et Bluebird
Nissan lance la Violet au Japon en janvier 1973. Son positionnement est clairement intermédiaire : elle se place au-dessus de la Datsun Sunny et sous la Bluebird U. Cette organisation répond à l’évolution de la gamme du constructeur japonais, dont les modèles familiaux ont progressivement grandi et gagné en prestations au début des années 1970.
La Violet reprend une architecture alors très classique chez Datsun, avec moteur longitudinal à l’avant et roues arrière motrices. Elle appartient ainsi à une génération de familiales japonaises encore attachées à la propulsion, dans la continuité de voitures comme la Datsun 510, mais avec un style et un positionnement correspondant davantage aux attentes du début des années 1970.
Elle ne doit pas être confondue avec la Datsun Bluebird. La Violet constitue une lignée distincte, même si la proximité entre les deux gammes et la multiplicité des noms employés par Nissan selon les pays entretiennent facilement la confusion. La Bluebird contemporaine, notamment sous sa génération 610, occupe un échelon supérieur.
Une première génération aux lignes très caractéristiques
La Violet 710 adopte des formes particulièrement représentatives du style automobile japonais du début des années 1970. Son long capot, ses flancs sculptés et ses volumes arrondis contrastent nettement avec les silhouettes plus rectilignes qui se généraliseront quelques années plus tard. Les premières berlines possèdent une partie arrière très inclinée, donnant à leur profil une allure presque fastback malgré leur vocation familiale.
La gamme ne se limite pas à une seule carrosserie. Selon les marchés et les périodes, Nissan propose des berlines deux et quatre portes, un hardtop deux portes ainsi qu’une version utilitaire ou break. Le hardtop est particulièrement reconnaissable à sa ligne de pavillon et au dessin original de ses surfaces vitrées arrière. Sur cette carrosserie, l’absence de montant central apparent renforce également l’aspect plus sportif recherché.
Une évolution identifiée par le type 711 intervient au cours de la carrière. La transformation est particulièrement visible sur la berline, dont la partie arrière devient plus conventionnelle. Le dessin trois volumes améliore notamment la visibilité vers l’arrière et éloigne la voiture de l’esthétique fastback des premiers exemplaires. Ces différences expliquent pourquoi deux Violet de première génération peuvent présenter des silhouettes sensiblement différentes tout en appartenant à la même famille.
140J, 160J et SSS : des appellations qui varient selon les marchés
La dénomination Violet n’est pas utilisée uniformément dans le monde. Sur plusieurs marchés d’exportation, les voitures sont vendues en fonction de leur cylindrée sous les noms 140J et Datsun 160J. En Amérique du Nord, la même famille est connue comme Datsun 710. Ces appellations commerciales ne correspondent donc pas nécessairement à des générations différentes.
Au lancement japonais, la gamme repose notamment sur les quatre cylindres L14 de 1 428 cm3 et L16 de 1 595 cm3. Les versions européennes 140J et 160J développent des puissances plus modestes que certaines variantes sportives japonaises. Une 140J est généralement donnée autour de 65 ch DIN, tandis qu’une 160J européenne se situe autour de 72 ch DIN. La Datsun Violet 160J constitue donc une déclinaison précise de la famille plutôt qu’un simple autre nom systématiquement interchangeable avec Violet.
Les versions SSS occupent le sommet de la gamme. La 1600SSS-E japonaise est particulièrement intéressante : son quatre cylindres L16E de 1 595 cm3 reçoit une injection et développe 115 PS à 6 200 tr/min, avec 143 Nm à 4 400 tr/min. Elle se distingue aussi par sa suspension arrière indépendante à bras semi-tirés, alors que les versions plus courantes utilisent un essieu arrière rigide. Cette différence technique est importante pour comprendre les écarts entre les nombreuses fiches techniques attribuées à la Violet.
Fiche technique de la Datsun Violet
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Génération | 710 puis 711 |
| Lancement | 1973 |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Motorisations principales | 4 cylindres en ligne L14 1 428 cm3 et L16 1 595 cm3 |
| 1600SSS-E japonaise | L16E 1 595 cm3, injection |
| Puissance 1600SSS-E | 115 PS à 6 200 tr/min |
| Couple 1600SSS-E | 143 Nm à 4 400 tr/min |
| Puissance 140J européenne | Environ 65 ch DIN |
| Puissance 160J européenne | Environ 72 ch DIN |
| Puissance 160J SSS européenne | Environ 83 ch DIN |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 4 rapports, manuelle 5 rapports ou automatique 3 rapports selon version et marché |
| Suspension avant | Jambes de force |
| Suspension arrière | Essieu rigide sur les versions courantes, bras semi-tirés indépendants sur certaines SSS |
| Freins 1600SSS-E | Disques avant, tambours arrière |
| Longueur 1600SSS-E KP710 | 4 120 mm |
| Largeur 1600SSS-E KP710 | 1 580 mm |
| Hauteur 1600SSS-E KP710 | 1 375 mm |
| Empattement | 2 450 mm |
| Voies 1600SSS-E KP710 | 1 290 mm avant, 1 320 mm arrière |
| Poids 1600SSS-E KP710 | 985 kg |
| Pneus 1600SSS-E KP710 | 6.45S-13-4APR |
| Vitesse maximale 140J européenne | Environ 155 km/h |
| Vitesse maximale 160J SSS européenne | Environ 165 km/h |
| 0 à 100 km/h 160J SSS européenne | Environ 12,5 s |
Une carrière en rallye avant les grandes victoires de la Violet A10
La première Violet acquiert aussi une véritable identité sportive en rallye. Nissan exploite la robustesse de sa plateforme sur des épreuves longues et difficiles, particulièrement en Australie et en Océanie. En 1977, George Fury et Monty Suffern remportent le championnat australien des rallyes au volant d’une Datsun de la famille Violet 710, confirmant les qualités de cette propulsion sur les terrains cassants.
La même année, Rauno Aaltonen remporte le Southern Cross Rally avec une Violet KP711. Cette voiture de compétition est très éloignée mécaniquement d’une 140J ou d’une 160J de série. Son moteur LZ18 à double arbre à cames et seize soupapes est porté à 1 991 cm3 et dépasse 200 PS à 8 600 tr/min. Il est alimenté par deux carburateurs Solex 50PHH, tandis que le freinage fait appel à quatre disques et que le réservoir atteint 100 litres.
Cette distinction est essentielle, car certaines caractéristiques de la KP711 de rallye sont parfois reprises comme s’il s’agissait de celles de la Violet routière. Sa carrosserie élargie atteint notamment 1 780 mm, contre 1 580 mm pour la 1600SSS-E KP710 de série documentée. La compétition prépare toutefois directement la réputation sportive que Nissan développera avec la génération suivante.
De la Violet 710 à la génération A10
En 1977, Nissan renouvelle profondément la Violet avec la série A10. La nouvelle génération abandonne les courbes très prononcées de la 710 pour une carrosserie plus anguleuse et conforme aux tendances de la fin des années 1970. C’est cette A10, également commercialisée sous plusieurs noms suivant les marchés, qui devient la Violet la plus célèbre en compétition internationale, notamment grâce à ses succès africains.
Cette succession explique une grande partie des ambiguïtés entourant aujourd’hui le nom Datsun Violet. Une voiture présentée comme une Violet de 1979 ou 1980 appartient normalement à la génération A10 et non à la première 710. De même, les appellations 160J, Violet et, suivant les marchés, Auster ou Stanza se croisent progressivement dans la nomenclature Nissan. La Datsun Stanza s’inscrit ainsi dans l’évolution ultérieure de cette famille.
La Violet 710 reste donc identifiable par son lancement en 1973, son architecture à propulsion, ses premières carrosseries aux formes très arrondies et ses codes 710 puis 711. Cette première génération occupe une période relativement courte de l’histoire de Datsun, mais elle établit dès le milieu des années 1970 la base d’une lignée qui trouvera ensuite une visibilité internationale particulièrement forte en rallye.




