Ginetta G33

Ginetta G33

Présentée en octobre 1990, la Ginetta G33 est un roadster britannique biplace conçu autour d’une recette devenue rare : un puissant moteur V8 atmosphérique, une carrosserie légère en fibre de verre et une transmission aux roues arrière. Développée à partir de la G27, elle associe les proportions d’une sportive classique à des performances comparables à celles de voitures beaucoup plus coûteuses. Sa production artisanale, estimée à 96 exemplaires par le Ginetta Owners Club, en fait aujourd’hui l’un des modèles les plus confidentiels du constructeur anglais.

La G33 se distingue notamment par son V8 Rover de 3,9 litres développant environ 200 à 205 ch, installé dans un châssis tubulaire compact. Avec un poids annoncé autour de 800 à 820 kg dans plusieurs fiches techniques, elle privilégie les accélérations et les sensations de conduite plutôt que le confort ou les équipements. Derrière son allure de petit roadster des années 1990 se cache une automobile exigeante, directement héritée de la tradition britannique des sportives construites en petite série.

Fiche technique de la Ginetta G33

CaractéristiqueGinetta G33 3.9 V8
Première présentation1990
Début de production1991
Fin de production1998 selon le Ginetta Owners Club
OrigineRoyaume-Uni
CarrosserieRoadster 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
ChâssisStructure tubulaire en acier
CarrosserieComposite à base de fibre de verre
MoteurRover V8 atmosphérique à 90°
Cylindrée3 947 cm³, parfois indiquée à 3 952 cm³
Alésage x course94 x 71 mm
DistributionArbre à cames central, 16 soupapes
AlimentationInjection électronique multipoint Lucas
Puissance maximale200 à 205 ch, vers 5 280 tr/min
Couple maximal296 à 298 Nm vers 3 500 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports, famille Rover LT77
TransmissionRoues arrière motrices, différentiel de type Ford Sierra Cosworth
Suspension avantIndépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
Suspension arrièreIndépendante à doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
DirectionÀ crémaillère
FreinageDisques avant et arrière
Pneumatiques215/50 R15 selon certaines fiches
Longueur3 830 mm
Largeur1 620 mm
Hauteur1 040 mm
Empattement2 230 mm
Voie avant1 382 mm
Voie arrière1 387 mm
Poids800 à 820 kg annoncés ; 950 kg relevés sur un exemplaire essayé
0 à 100 km/hEnviron 5,3 à 5,5 secondes
Vitesse maximale222 à 242 km/h selon les mesures et annonces
400 m départ arrêté14,0 secondes dans un essai
1 000 m départ arrêté25,8 secondes dans un essai
Consommation mixte10,3 à 12 l/100 km selon les sources
Capacité du réservoir46 litres selon certaines fiches
Volume de coffre150 litres selon une base technique
Production totale96 exemplaires selon le Ginetta Owners Club

Histoire de la Ginetta G33 : le retour au roadster V8

L’histoire de la Ginetta G33 commence à la fin des années 1980, lorsque le constructeur traverse une importante transition industrielle. Fondée en 1958 par les frères Walklett, Ginetta s’est progressivement forgé une réputation grâce à ses voitures légères, souvent destinées aussi bien à la route qu’à la compétition. En novembre 1989, l’entreprise passe sous le contrôle d’un groupe dirigé par Martin Phaff, qui souhaite relancer son activité avec de nouveaux modèles sportifs.

La G33 représente l’une des premières réalisations majeures de cette nouvelle période. Son objectif est de retrouver l’esprit de la Ginetta G4, petite sportive des années 1960 appréciée pour sa simplicité mécanique et son excellent rapport poids/puissance, tout en proposant une motorisation nettement plus ambitieuse. La nouvelle voiture doit conserver un gabarit réduit, mais offrir des performances dignes des roadsters V8 britanniques contemporains.

Le projet s’appuie sur la Ginetta G27, dont le châssis est élargi et adapté à l’installation d’un moteur Rover à huit cylindres. Selon les archives du Ginetta Owners Club, Ivor Walklett intervient dans la conception du châssis tandis que Mark Walklett dessine la carrosserie. Noel Palmer, ancien collaborateur de TVR, est également associé au développement du modèle.

La voiture est dévoilée au salon automobile britannique d’octobre 1990. Sa fabrication débute en 1991, avec une commercialisation essentiellement destinée aux amateurs de sportives artisanales. Le premier exemplaire construit sert notamment de prototype d’usine et de voiture de presse. Il apparaît dans le magazine britannique Car en juillet 1991, contribuant à faire connaître ce roadster encore peu répandu.

La G33 arrive toutefois dans une période économiquement difficile pour les petits constructeurs britanniques. Ginetta dispose de moyens limités pour développer et homologuer ses automobiles. Certaines voitures sont ainsi commercialisées sous une forme partiellement assemblée, avec une finition réalisée par les distributeurs. Cette organisation explique en partie les différences d’équipement et de configuration observées entre les exemplaires.

Les dates de fin de carrière divergent dans les archives : certaines sources évoquent un arrêt dès 1993, tandis que le Ginetta Owners Club retient une période de fabrication allant jusqu’en 1998. Des catalogues commerciaux plus tardifs existent également, sans démontrer une production continue jusqu’à leur publication. La G33 reste dans tous les cas une automobile produite à très faible cadence.

Design et conception : une sportive britannique sans compromis

La Ginetta G33 adopte une silhouette immédiatement reconnaissable. Son long capot arrondi, son habitacle reculé, ses ailes généreusement galbées et sa poupe courte évoquent les roadsters classiques, mais avec des proportions plus larges et plus musclées. La hauteur totale d’environ 1,04 m contribue à donner à la voiture une présence particulièrement basse sur la route.

La carrosserie en matériau composite à base de fibre de verre repose sur un châssis tubulaire en acier. Cette association permet de limiter la masse tout en conservant une structure adaptée aux contraintes imposées par le V8. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, dans une position reculée qui favorise la répartition des masses. L’architecture demeure celle d’une propulsion traditionnelle, avec une boîte mécanique et un arbre de transmission vers le train arrière.

Les premières G33 possèdent une face avant au traitement particulièrement intégré, avec des optiques participant aux lignes arrondies du capot. Certaines voitures ultérieures reçoivent une présentation différente, notamment des phares fixes plus conventionnels. Ces évolutions ne doivent pas être confondues avec une nouvelle génération : elles correspondent aux adaptations successives d’un modèle fabriqué artisanalement.

À l’intérieur, l’ambiance privilégie la conduite. Le conducteur prend place très bas, derrière un volant sportif et une instrumentation analogique. La planche de bord reste simple, sans chercher à reproduire le niveau d’équipement d’une grande routière. La position de conduite, le pare-brise compact et la proximité de la mécanique participent au caractère particulier de l’automobile. Une capote souple permet de protéger les occupants, mais la G33 demeure avant tout un roadster destiné aux sorties par beau temps.

Cette conception la différencie nettement de la Ginetta G32, commercialisée à la même époque. La G32 utilise une architecture à moteur central arrière, alors que la G33 privilégie un moteur avant de forte cylindrée. Les deux voitures répondent ainsi à des philosophies mécaniques distinctes, malgré leur appartenance à la même marque.

Le recours à un V8 n’est d’ailleurs pas totalement inédit chez Ginetta. Dès les années 1960, la Ginetta G10 avait expérimenté cette formule avec un moteur Ford. La G33 reprend cette idée d’une mécanique puissante installée dans une voiture relativement légère, mais avec une conception adaptée aux exigences des années 1990.

Moteur Rover V8 et comportement routier

La motorisation emblématique de la Ginetta G33 est le Rover V8 de 3,9 litres, un moteur atmosphérique à injection électronique dérivé de la célèbre famille de V8 d’origine Buick. Sa conception repose sur un arbre à cames central et deux soupapes par cylindre. Cette mécanique est appréciée pour sa compacité, sa souplesse et sa sonorité caractéristique.

Avec environ 200 à 205 ch et un couple proche de 300 Nm, le moteur fournit une réserve de puissance importante pour une voiture aussi légère. Sa principale qualité n’est pas de rechercher des régimes de rotation particulièrement élevés, mais de proposer des reprises vigoureuses et une réponse immédiate à l’accélérateur. La boîte manuelle à cinq rapports permet d’exploiter ce couple sans multiplier constamment les changements de vitesse.

La G33 bénéficie également de composants mécaniques provenant de modèles de grande série. Sa transmission utilise notamment une boîte de la famille Rover LT77, tandis que certains éléments du différentiel et du freinage sont issus de la Ford Sierra Cosworth. Ce choix limite les coûts de développement et facilite l’entretien de plusieurs organes essentiels, même si les pièces propres à Ginetta restent spécifiques.

Les suspensions indépendantes à doubles triangles, présentes à l’avant comme à l’arrière, constituent un autre élément déterminant de son comportement. Associées aux ressorts hélicoïdaux, aux amortisseurs télescopiques et à une direction à crémaillère, elles favorisent la précision des trajectoires. Le train arrière indépendant permet de mieux contrôler les mouvements des roues qu’une architecture à essieu rigide.

Sur la route, la G33 réclame néanmoins une conduite attentive. La faible masse, l’empattement court et la puissance transmise aux seules roues arrière donnent une automobile vive, particulièrement sensible aux mouvements de l’accélérateur. Les aides électroniques modernes ne viennent pas corriger les erreurs du conducteur. La motricité et la stabilité dépendent donc largement de l’état des pneumatiques, des réglages de suspension et de la qualité du revêtement.

Les performances annoncées reflètent cette philosophie. Plusieurs fiches mentionnent un 0 à 100 km/h voisin de 5,3 à 5,5 secondes. La vitesse maximale varie davantage, avec environ 222 km/h relevés dans un essai et jusqu’à 242 km/h indiqués dans certaines données commerciales. Les écarts de poids entre voitures, les conditions de mesure et les éventuelles modifications mécaniques contribuent à expliquer ces différences.

Versions, évolutions et projet G33 SC

Bien que la G33 soit principalement associée au V8 Rover de 3,9 litres, son histoire comprend plusieurs configurations mécaniques. Les archives du Ginetta Owners Club mentionnent notamment une version à moteur Rover V8 de 4,5 litres. Cette augmentation de cylindrée répond à la recherche de performances supérieures, mais les caractéristiques précises et le nombre de voitures équipées ne sont pas établis de manière suffisamment homogène pour définir une fiche technique unique.

Une variante équipée d’un quatre cylindres Ford Cosworth 2,0 litres turbocompressé est également répertoriée. Certaines bases lui attribuent environ 223 ch et des performances légèrement supérieures à celles de la version V8 standard. Cette motorisation répondait notamment aux contraintes de certains marchés d’exportation, où la fiscalité pouvait pénaliser les moteurs de forte cylindrée.

Le Ginetta Owners Club mentionne aussi l’existence d’une configuration utilisant un moteur Ford Zetec de 1,8 litre. Ces différentes motorisations illustrent la souplesse de fabrication du constructeur, capable d’adapter une même base mécanique à des demandes particulières. Elles ne doivent toutefois pas être considérées comme des versions produites en grandes séries.

En octobre 1992, Ginetta présente le projet G33 SC, destiné à moderniser le roadster. Cette évolution prévoit notamment des modifications du châssis, du capot et du pare-brise. Elle ne débouche pas sur une véritable gamme indépendante, mais plusieurs de ses caractéristiques se retrouvent sur quelques G33 fabriquées ultérieurement.

Ces voitures tardives peuvent ainsi posséder un empattement allongé, une face avant redessinée ou des éléments de carrosserie différents. L’évolution des optiques constitue l’un des changements les plus visibles. Cette diversité complique parfois l’identification des exemplaires, particulièrement lorsque des transformations ont été réalisées après leur sortie d’usine.

La G33 ne connaît pas de remplaçante directe reprenant exactement sa formule. Ginetta poursuit son activité avec d’autres voitures de sport et des modèles davantage orientés vers la compétition. Le roadster V8 reste ainsi une réalisation particulière dans l’histoire du constructeur, distincte des prototypes et coupés de course qui prendront ensuite une place croissante dans sa gamme.

Production, prix et marché de collection

La Ginetta G33 figure parmi les modèles les plus rares de la marque. Le Ginetta Owners Club recense 96 exemplaires, tandis que certaines publications spécialisées évoquent 98 voitures ou arrondissent le total à une centaine. Cette faible diffusion s’explique par la fabrication artisanale, le marché très spécialisé auquel elle s’adressait et les difficultés financières rencontrées par le constructeur durant les années 1990.

Le tarif britannique historique indiqué par le club s’établit à 18 186 livres sterling. En France, une référence commerciale publiée autour de l’année 2000 évoque un prix de 250 000 francs. Ces montants correspondent à des périodes et des conditions de commercialisation différentes, mais montrent que la G33 occupait une position particulière : celle d’une sportive performante, relativement accessible face à certains modèles de prestige, mais destinée à une clientèle restreinte.

Le premier exemplaire construit possède une histoire particulièrement bien documentée. Identifié par le numéro de châssis SA9CXXG33EM036001, ce roadster de 1991 a été utilisé comme prototype et voiture de presse. Après avoir rejoint la collection Petitjean en 2008, il a été vendu par RM Sotheby’s en 2020 pour 24 200 euros. Cette transaction constitue une référence concrète, sans suffire à établir une cote générale pour toutes les G33.

En 2024, un exemplaire V8 de 1992 a également été présenté sur le marché britannique avec une estimation comprise entre 16 000 et 17 000 livres sterling. La valeur d’une G33 dépend fortement de son état, de son historique, de sa conformité à la configuration d’origine et de la qualité des interventions mécaniques. La rareté du modèle ne garantit pas à elle seule une valeur élevée, car son marché reste beaucoup plus étroit que celui des sportives britanniques les plus connues.

Pour un collectionneur, l’examen du châssis est particulièrement important. La corrosion des éléments en acier, l’état des points d’ancrage des suspensions et la qualité des réparations anciennes méritent une attention prioritaire. Les composants mécaniques Rover et Ford présentent l’avantage d’être relativement connus des spécialistes, mais les pièces de carrosserie, les éléments d’habitacle et certains accessoires spécifiques à Ginetta peuvent être plus difficiles à retrouver.

L’authenticité d’un exemplaire doit également être étudiée à partir de son numéro de châssis, de ses documents historiques et de ses caractéristiques de construction. Les différences entre voitures anciennes et tardives, les motorisations alternatives et les modifications réalisées au fil des décennies rendent cette vérification essentielle. Sur une G33, une restauration respectueuse de la configuration d’origine et un dossier d’entretien complet constituent des éléments particulièrement importants pour apprécier la qualité d’une voiture proposée à la vente.

Marque Ginetta

Année de sortie 1990

Catégories

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