Hispano Suiza Carmen

Hispano Suiza Carmen

Présentée au Salon de Genève en mars 2019, l’Hispano Suiza Carmen marque le retour de la marque espagnole dans l’univers des automobiles de grand luxe. Cette hyper-GT entièrement électrique associe une puissance de 1 019 ch, une structure en fibre de carbone et une carrosserie inspirée des créations aérodynamiques des années 1930. Développée et fabriquée en Espagne, elle se distingue autant par son architecture technique que par son programme de personnalisation et sa production extrêmement limitée.

Avec ses deux moteurs électriques entraînant les roues arrière, sa batterie de 80 kWh et sa vitesse maximale limitée à 250 km/h, la Carmen propose une interprétation particulière de l’hypercar. Elle privilégie les accélérations, le raffinement et l’exclusivité plutôt que la recherche d’une vitesse de pointe spectaculaire. Son prix de lancement, fixé à 1,5 million d’euros hors taxes, confirme son positionnement parmi les automobiles les plus exclusives de son époque.

Fiche technique de la Hispano Suiza Carmen

CaractéristiqueHispano Suiza Carmen (2019)
MarqueHispano Suiza Cars
PrésentationMars 2019, Salon de Genève
CatégorieHyper-GT électrique de luxe
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
Motorisation2 moteurs électriques synchrones à aimants permanents
ImplantationArrière
Puissance maximale750 kW, soit environ 1 019 ch
Couple maximal1 000 Nm
TransmissionPropulsion, roues arrière motrices
Boîte de vitessesTransmission à rapport fixe
Gestion de motricitéVectorisation électronique du couple arrière
BatterieLithium-ion polymère
Capacité annoncée80 kWh
Refroidissement batterieLiquide
Autonomie initialeAu moins 400 km, cycle NEDC
Autonomie affichée ultérieurement500 km, cycle non précisé
Recharge ACJusqu’à 22 kW selon équipement
Connecteur de recharge rapideCCS2
StructureMonocoque en fibre de carbone
Rigidité torsionnelle annoncéeEnviron 50 000 Nm/degré
Suspension avantDoubles triangles superposés
Suspension arrièreDoubles triangles superposés
AmortissementAdaptatif
DirectionCrémaillère à assistance électrique
FreinageDisques carbone-céramique, commande électronique
Disques avant et arrière380 mm de diamètre
Pneus avant265/30 R19
Pneus arrière305/30 R20
Longueur4 733 mm
Largeur initialement annoncée2 040 mm
Hauteur1 242 mm
Empattement2 800 mm
Masse annoncée en 20191 690 kg
Répartition des massesEnviron 40 % avant, 60 % arrière
Coefficient de traînée0,325
0 à 100 km/hMoins de 3 secondes, annonce initiale
Vitesse maximale250 km/h, limitée électroniquement
Prix de lancementÀ partir de 1 500 000 € HT
Production initialement prévue19 exemplaires
Développement et fabricationEspagne, région de Barcelone

Une renaissance espagnole inspirée de l’histoire d’Hispano Suiza

L’histoire de la Carmen commence avec la volonté de faire revivre le patrimoine automobile d’Hispano Suiza, marque fondée à Barcelone en 1904 par Damián Mateu et l’ingénieur suisse Marc Birkigt. Au cours de la première moitié du XXe siècle, le constructeur acquiert une réputation internationale grâce à ses automobiles de prestige, réputées pour leur qualité de fabrication, leurs innovations mécaniques et leurs carrosseries réalisées sur mesure.

Des modèles comme l’Hispano Suiza H6B, commercialisée dans les années 1920, illustrent cette tradition. Leurs mécaniques sophistiquées et leurs équipements luxueux séduisent une clientèle fortunée. Dans les années 1930, la marque poursuit cette orientation avec des automobiles comme la J12, dotée d’un imposant moteur V12 et destinée aux carrosseries les plus prestigieuses.

Le projet Carmen est porté par Miguel Suqué Mateu, arrière-petit-fils de Damián Mateu. Il choisit de renouer avec cette histoire sans reproduire les solutions techniques du passé. La nouvelle voiture adopte une propulsion électrique et une monocoque carbone, tout en conservant l’idée d’une automobile fabriquée en très petite série et adaptée aux souhaits de son propriétaire.

Le nom Carmen rend hommage à Carmen Mateu, mère de Miguel Suqué Mateu et petite-fille du fondateur. Décédée en 2018, elle représentait un lien direct avec l’histoire familiale de la marque. Cette dénomination souligne le caractère patrimonial du projet, au-delà de ses ambitions technologiques.

Le développement débute en juillet 2018 avec le concours de QEV Technologies, entreprise espagnole spécialisée dans l’ingénierie électrique et la compétition automobile. Le calendrier est particulièrement resserré : moins d’un an sépare les premières phases du programme de la présentation mondiale de Genève, le 5 mars 2019.

La Carmen inaugure ainsi une nouvelle gamme automobile sous l’égide d’Hispano Suiza Cars. Elle doit toutefois être distinguée des autres initiatives ayant utilisé le nom Hispano Suiza : il s’agit ici du projet espagnol porté par la famille Suqué Mateu.

Un design entre aérodynamique historique et hypercar moderne

La silhouette de la Carmen trouve sa principale inspiration dans l’Hispano Suiza Dubonnet Xenia de 1938, automobile unique commandée par André Dubonnet. Cette création historique se distinguait par une carrosserie fuselée, des surfaces fluides et des roues partiellement dissimulées, dans une recherche aérodynamique particulièrement avancée pour son époque.

La Carmen réinterprète ces proportions avec un long capot, un habitacle reculé et une poupe resserrée. Sa face avant comporte une grande calandre encadrée de chrome, surmontée de l’emblème Hispano Suiza. Les projecteurs à LED, relativement fins, s’intègrent dans des ailes aux volumes prononcés. L’ensemble conserve une identité classique sans chercher à reproduire littéralement une voiture ancienne.

Les roues arrière presque entièrement carénées constituent l’un des détails les plus reconnaissables de la version originale. Associées aux flancs sculptés et à la partie arrière effilée, elles participent à la continuité des lignes et à la maîtrise des écoulements d’air. Le coefficient de traînée annoncé atteint 0,325, une valeur obtenue malgré la largeur importante de la carrosserie et les contraintes de refroidissement des composants électriques.

Les portes à ouverture verticale renforcent le caractère spectaculaire de la voiture. Elles donnent accès à un habitacle deux places où les matériaux traditionnels côtoient les équipements numériques. Cuir, Alcantara, éléments en carbone et inserts décoratifs composent un environnement davantage inspiré du grand tourisme de luxe que d’une voiture de compétition dépouillée.

L’instrumentation numérique et l’écran tactile central de 10,1 pouces permettent de regrouper les principales informations de conduite et fonctions de confort. Les sièges à structure carbone associent maintien, réglages électriques et chauffage. Le programme de personnalisation permet également de choisir les teintes, les garnitures et de nombreux détails de finition.

Cette approche distingue la Carmen d’une hypercar principalement conçue autour de la réduction maximale du poids. Sa carrosserie et son habitacle cherchent à offrir une expérience particulière, où la présentation, les matériaux et l’identité historique comptent autant que les performances.

Deux moteurs électriques pour une propulsion de 1 019 ch

La Carmen repose sur une architecture électrique développée spécifiquement pour le projet. Deux moteurs synchrones à aimants permanents sont installés à l’arrière, chacun développant 375 kW. Leur puissance cumulée atteint 750 kW, soit environ 1 019 ch métriques. Le couple maximal annoncé est de 1 000 Nm.

Contrairement à de nombreuses hypercars électriques utilisant plusieurs essieux moteurs, la Carmen demeure une propulsion. Les deux moteurs entraînent exclusivement les roues arrière, avec une gestion électronique indépendante de leur couple. Cette disposition permet d’adapter la force motrice transmise à chaque roue selon les conditions d’adhérence et les sollicitations du conducteur.

La vectorisation du couple présente un intérêt particulier sur une automobile aussi puissante. Lors d’une accélération en courbe, le système peut moduler la répartition de l’effort entre les roues arrière afin de favoriser la stabilité et la motricité. Il ne transforme cependant pas la voiture en transmission intégrale : les roues avant restent directrices et ne participent pas à la propulsion.

La structure repose sur une monocoque en fibre de carbone annoncée à environ 195 kg, avec une rigidité torsionnelle de l’ordre de 50 000 Nm par degré. Cette conception vise à limiter les déformations du châssis, un paramètre important pour la précision des suspensions et le comportement d’une voiture capable de délivrer instantanément un couple élevé.

La suspension à doubles triangles superposés aux quatre roues reçoit un amortissement adaptatif. Le freinage utilise des disques carbone-céramique de 380 mm, associés à des étriers à six pistons et à une commande électronique. Le système peut combiner le freinage mécanique et la récupération d’énergie des moteurs électriques.

Avec un 0 à 100 km/h annoncé en moins de trois secondes lors de sa présentation, la Carmen appartient à la catégorie des automobiles à très hautes performances. Sa vitesse maximale est toutefois limitée électroniquement à 250 km/h. Ce choix illustre une philosophie orientée vers la puissance disponible, la maîtrise dynamique et le grand tourisme plutôt que vers les records de vitesse.

Autonomie, recharge et utilisation en grand tourisme

La batterie de 80 kWh adopte une implantation en T dans la partie centrale du véhicule. Cette disposition permet de concentrer une partie importante de la masse à proximité du centre de gravité tout en conservant une architecture adaptée à un coupé deux places. Elle contribue également à préserver les proportions basses de la carrosserie.

Lors du lancement, Hispano Suiza annonce une autonomie d’au moins 400 km selon le cycle NEDC. La documentation commerciale ultérieure affiche 500 km, sans préciser clairement le protocole de mesure sur la fiche correspondante. Ces chiffres ne sont donc pas directement interchangeables. Le NEDC étant un ancien cycle d’homologation généralement moins exigeant que le WLTP, les 400 km initiaux ne constituent pas une garantie de distance parcourable en circulation réelle.

Pour une utilisation sur autoroute, la vitesse stabilisée, les conditions météorologiques et la température de la batterie peuvent modifier sensiblement la consommation. Les accélérations répétées sollicitent également davantage la réserve énergétique. Une autonomie annoncée doit ainsi être distinguée de la distance réellement disponible entre deux recharges, particulièrement sur une automobile dotée d’une puissance aussi élevée.

La Carmen dispose d’une récupération d’énergie au freinage et de plusieurs modes de conduite, dont Long-range, Comfort et Sport. Le mode privilégiant l’autonomie permet d’adapter la réponse de la chaîne de traction, tandis que le mode Sport favorise les performances. Le choix du mode ne modifie toutefois pas la capacité physique de la batterie.

La recharge en courant alternatif peut atteindre 22 kW selon l’équipement. À cette puissance, le simple rapport entre la capacité de 80 kWh et la puissance disponible donne environ 3 heures et 40 minutes pour transférer une énergie équivalente à la capacité nominale. Il s’agit d’un calcul théorique, auquel s’ajoutent les pertes électriques et les limitations éventuelles de la charge.

En courant continu, la documentation initiale évoque une recharge de 30 à 80 % en moins de 30 minutes dans les conditions prévues. Ce résultat correspond à une plage de charge partielle, et non à un remplissage complet. La puissance réellement acceptée dépend notamment de la température de la batterie et de son niveau de charge.

Ces caractéristiques permettent d’envisager des déplacements de grand tourisme, mais avec une organisation différente de celle d’une voiture thermique. La disponibilité d’une borne compatible, la durée des arrêts et la consommation à vitesse élevée prennent davantage d’importance que lors d’une utilisation occasionnelle sur de courtes distances.

Production limitée, prix et évolutions de la Carmen

Au Salon de Genève 2019, Hispano Suiza annonce une production limitée à 19 exemplaires de la Carmen, avec un calendrier initial s’étendant de la fin de l’année 2019 à 2021. Cette quantité correspond au programme présenté à l’époque, et non à un total définitif de véhicules effectivement fabriqués.

Le prix de départ est alors fixé à 1,5 million d’euros hors taxes, avant les nombreuses possibilités de personnalisation. En Espagne, l’application de la TVA de 21 % représentait un montant indicatif de 1,815 million d’euros TTC pour la configuration de base. Les choix de matériaux, de couleurs et de finitions pouvaient faire évoluer ce tarif.

La fabrication artisanale occupe une place essentielle dans le projet. Chaque véhicule est destiné à être configuré avec son acquéreur, ce qui explique l’importance accordée aux finitions et aux combinaisons de matériaux. Cette démarche s’inscrit dans la tradition des automobiles de prestige Hispano Suiza, notamment celle de l’Hispano Suiza J12, dont les carrosseries étaient souvent réalisées selon les demandes de propriétaires fortunés.

En 2020, la marque dévoile l’Hispano Suiza Carmen Boulogne, une déclinaison plus sportive développant 820 kW, soit environ 1 114 ch. Elle reçoit une présentation extérieure spécifique et des évolutions destinées à renforcer son caractère dynamique. Elle ne doit donc pas être confondue avec la Carmen originale de 750 kW.

La gamme évolue encore en 2024 avec la Carmen Sagrera, présentée à l’occasion des 120 ans de la marque. Cette nouvelle variante conserve une puissance de 820 kW, mais introduit notamment une batterie de 103 kWh et une carrosserie profondément retravaillée. Son grand aileron arrière apparent constitue un signe distinctif majeur, absent de la Carmen présentée en 2019.

Ces évolutions montrent que le programme Carmen s’est développé au-delà de son périmètre initial. Fin 2025, les informations industrielles publiées évoquent un programme global de 24 automobiles réparties entre les différentes versions, avec quatre véhicules achevés et deux autres en fabrication à cette date. Ces chiffres ne permettent pas de déterminer combien de Carmen originales ont effectivement été produites.

La Carmen standard reste présentée dans l’offre officielle Hispano Suiza aux côtés de la Boulogne et de la Sagrera. L’acquisition relève d’une démarche individualisée auprès du constructeur, plutôt que d’une commercialisation traditionnelle avec des véhicules disponibles en concession. Les délais, les spécifications finales et le prix d’une commande récente dépendent donc des conditions proposées directement au client.

La coexistence de ces trois déclinaisons impose enfin de bien identifier chaque exemplaire. La puissance, la capacité de batterie, les éléments aérodynamiques et certaines caractéristiques de carrosserie varient d’une version à l’autre. Pour la Carmen originale, les roues arrière carénées, la silhouette fuselée et la configuration technique présentée en 2019 demeurent les principaux repères permettant de la distinguer des évolutions ultérieures.

Marque Hispano Suiza Cars

Année de sortie 2019

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