Dévoilée en 2012 et commercialisée à partir de 2013, la Jaguar F-type marque le retour de Jaguar à une sportive stricte à deux places. D’abord proposée en Cabriolet, puis rejointe par le Coupé, elle associe une structure largement réalisée en aluminium, un moteur avant longitudinal et une architecture pensée autour du plaisir de conduite. Sa carrière s’étend jusqu’en 2024 et voit se succéder moteurs V6 et V8 à compresseur, quatre-cylindres turbo, propulsion et transmission intégrale.
Le retour de Jaguar à la sportive biplace
Au début des années 2010, la gamme Jaguar comprend notamment la Jaguar XK, mais celle-ci appartient davantage à la tradition des grandes GT. La F-type répond à une autre ambition: proposer une voiture plus compacte, exclusivement biplace et davantage centrée sur le conducteur. Son positionnement renoue ainsi avec un type de sportive absent du catalogue de la marque depuis plusieurs décennies.
La référence historique la plus évidente est la Jaguar E-Type, dont la production s’était achevée en 1974. La F-type n’en constitue cependant pas une génération suivante au sens industriel. Jaguar invoque plus largement son histoire sportive, qui comprend aussi les C-Type et D-Type de compétition, tout en donnant à sa nouvelle voiture un style contemporain plutôt qu’une silhouette rétro.
Le développement devient visible avec la Jaguar C-X16, concept présenté au Salon de Francfort en 2011. Ses proportions, son long capot et son habitacle reculé annoncent clairement la future F-type. En avril 2012, Jaguar confirme officiellement le développement de la voiture de série, puis dévoile le Cabriolet au Mondial de Paris en septembre. Le premier exemplaire de production sort de l’usine de Castle Bromwich le 4 mars 2013.
Un dessin signé par l’équipe de Ian Callum
La F-type est développée sous la direction stylistique de Ian Callum. Sa silhouette repose sur des volumes simples et immédiatement reconnaissables: long capot plongeant, roues rejetées vers les extrémités, habitacle reculé et ailes arrière puissantes. Les poignées affleurantes préservent la continuité des flancs. Sur les premières voitures, les projecteurs remontent verticalement le long des ailes tandis que des feux arrière très fins soulignent la largeur de la poupe.
Le Cabriolet constitue la carrosserie originelle. Sa capote textile permet de conserver une ligne basse sans transformer la voiture en coupé-cabriolet lourd et complexe. Le Coupé, présenté à la fin de 2013, reprend la même architecture mais reçoit un pavillon rigide formant une arche continue jusqu’à l’arrière. Cette carrosserie devient aussi le support de versions particulièrement puissantes, à commencer par la F-type R de 550 ch.
Les premières versions possèdent également des indices permettant d’identifier leur motorisation. Les V6 se distinguent notamment par deux sorties d’échappement centrales, alors que le V8 S adopte quatre sorties réparties de part et d’autre du diffuseur. Ces détails évolueront avec les moteurs, les finitions et les restylages successifs.
Du V6 à compresseur au V8 de 575 ch
Au lancement, Jaguar propose trois niveaux de puissance. Le V6 3,0 litres à compresseur développe 340 ch dans la F-type de base et 380 ch dans la F-type S. Le V8 5,0 litres suralimenté de la V8 S atteint 495 ch. Tous sont initialement associés à une boîte automatique Quickshift à huit rapports et à une transmission aux roues arrière.
L’arrivée du Coupé élargit rapidement les possibilités. Sa version R reçoit le V8 5,0 litres porté à 550 ch. La gamme évolue ensuite avec l’introduction de la transmission intégrale sur certaines versions et d’une boîte manuelle à six rapports sur certains V6, selon les marchés. Il faut donc distinguer les configurations apparues en cours de carrière de celles proposées sur les premières F-type de 2013.
Jaguar pousse encore plus loin le concept avec la Jaguar Project 7. Produite à 250 exemplaires au maximum, cette variante ouverte développe 575 ch et adopte une carrosserie spécifique inspirée de l’univers de la Jaguar D-Type. Plus radicale qu’une F-type de grande série, elle annonce aussi l’importance que prendront les déclinaisons à très hautes performances dans la seconde moitié de la carrière du modèle.
La F-type SVR apparaît en 2016 avec le V8 5,0 litres de 575 ch et 700 Nm, associé à la transmission intégrale. Le Coupé peut atteindre 322 km/h et passer de 0 à 100 km/h en 3,7 s dans les données européennes de Jaguar. Cette déclinaison constitue l’une des expressions les plus extrêmes de la famille Jaguar SVR.
En 2017, la gamme s’étend dans la direction opposée avec un quatre-cylindres Ingenium 2,0 litres turbo de 300 ch. Cette mécanique abaisse le poids sur le train avant et rend la F-type accessible à un niveau de puissance inférieur aux V6 et V8. La coexistence de moteurs allant du quatre-cylindres au V8 est l’une des particularités de la carrière du modèle.
Fiche technique de la Jaguar F-type
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Architecture | Sportive 2 places, moteur avant longitudinal |
| Carrosseries | Cabriolet et Coupé |
| Structure | Structure légère majoritairement en aluminium |
| Moteur initial | V6 3,0 litres essence à compresseur, injection directe |
| Puissance V6 initiale | 340 ch |
| Couple V6 initial | 450 Nm |
| F-type S V6 | 3,0 litres à compresseur, 380 ch, 460 Nm |
| F-type V8 S | V8 5,0 litres à compresseur, 495 ch, 625 Nm |
| F-type R Coupé | V8 5,0 litres à compresseur, 550 ch |
| Project 7 | V8 5,0 litres à compresseur, 575 ch, 680 Nm |
| F-type SVR | V8 5,0 litres à compresseur, 575 ch, 700 Nm |
| Quatre-cylindres | 2,0 litres Ingenium turbo, 300 ch à partir de 2017 |
| Transmission | Propulsion; transmission intégrale sur certaines versions ultérieures |
| Boîte | Automatique Quickshift 8 rapports; manuelle 6 rapports sur certains V6 ultérieurs |
| Suspension | Double triangulation aux quatre roues, amortissement adaptatif selon version |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques ventilés, dimensions selon version; système carbone-céramique sur certaines variantes hautes performances |
| Roues | Jusqu’à 20 pouces selon version |
| Longueur | Environ 4 470 mm pour les premières versions |
| Largeur | 1 923 mm hors rétroviseurs pour les premières versions |
| Empattement | 2 622 mm |
| Poids | Environ 1 597 kg pour le Cabriolet V6 initial; variable selon version et norme de mesure |
| 0 à 100 km/h | 5,3 s en V6 340 ch; 4,9 s en V6 S; 4,3 s en V8 S; jusqu’à 3,7 s pour le Coupé SVR |
| Vitesse maximale | 260 km/h en V6 340 ch; 275 km/h en V6 S; 300 km/h en V8 S; jusqu’à 322 km/h pour le Coupé SVR |
| Production | 2013 à 2024, Castle Bromwich, Royaume-Uni |
Un châssis en aluminium pensé pour deux places
La structure en aluminium joue un rôle central dans la conception de la F-type. Jaguar cherche à obtenir une coque rigide afin que les mouvements de suspension puissent être contrôlés avec précision. Les quatre roues sont guidées par des doubles triangles, une architecture cohérente avec le positionnement sportif du modèle. Selon les versions, l’ensemble est complété par un amortissement piloté, un différentiel à glissement limité ou un différentiel actif électronique.
Le choix d’un empattement de 2,62 m et d’un habitacle strictement biplace différencie nettement la F-type des grandes GT de la marque. Les versions à propulsion privilégient l’architecture traditionnelle moteur avant et roues arrière motrices, tandis que l’arrivée de la transmission intégrale permet à Jaguar de transmettre plus efficacement au sol le couple des V8 les plus puissants.
Les performances couvrent ainsi un spectre inhabituellement large. La F-type V6 originelle atteint 260 km/h, tandis que les V8 culminent à 300 km/h sur plusieurs versions. Le SVR Coupé repousse cette limite à 322 km/h. Ces différences expliquent pourquoi il n’existe pas une fiche de performances unique valable pour l’ensemble des F-type produites pendant plus de onze ans.
Le restylage transforme le visage de la F-type
Une première évolution intervient en 2017 avec des modifications de présentation, des équipements modernisés et l’arrivée du moteur Ingenium. La transformation majeure est toutefois dévoilée en décembre 2019. Jaguar conserve les proportions fondamentales de la voiture mais redessine profondément sa face avant.
Les projecteurs verticaux caractéristiques des premières F-type disparaissent au profit d’optiques LED beaucoup plus fines et horizontales. Le capot, la calandre et les boucliers sont remaniés, tandis que les feux arrière adoptent une nouvelle signature lumineuse. À bord, une instrumentation numérique de 12,3 pouces modernise un habitacle dont l’architecture générale reste reconnaissable.
La gamme mécanique est également réorganisée au fil de cette dernière période. Suivant les marchés et les millésimes, le quatre-cylindres P300 côtoie notamment des V8 5,0 litres de 450 et 575 ch. Cette évolution conduit progressivement à la disparition du V6, pourtant essentiel dans la gamme originelle.
Fin de production en 2024
Pour la dernière partie de sa carrière, Jaguar présente les F-type 75 et R 75, appellations célébrant 75 ans de voitures de sport de la marque. La R 75 conserve le V8 suralimenté de 575 ch et représente l’une des ultimes déclinaisons de la F-type avant l’arrêt du modèle.
La production s’achève à Castle Bromwich en juin 2024 après 87 731 exemplaires annoncés par Jaguar. La dernière voiture assemblée est un Cabriolet équipé du V8 5,0 litres, peint en Giola Green avec une capote noire et un intérieur Windsor Tan. Sa configuration a été choisie comme un écho à la dernière E-Type produite en 1974.
Ce dernier exemplaire rejoint la collection patrimoniale de Jaguar, où se trouve également le premier F-type de production sorti de chaîne en mars 2013. Entre ces deux voitures, la F-type aura connu plus d’une décennie d’évolution tout en conservant ses éléments fondamentaux: deux places, un moteur avant, des proportions de sportive classique et, sur une grande partie de sa carrière, les V6 et V8 à compresseur qui ont défini son caractère mécanique.




