Dévoilée sous sa forme de série en 2014, la Jaguar Project 7 est l’une des interprétations les plus radicales de la sportive britannique. Dérivée de la Jaguar F-Type, elle associe le V8 5,0 litres à compresseur porté à 575 ch, une masse réduite, un châssis spécifiquement réglé et une carrosserie profondément retravaillée. Limitée à 250 exemplaires, elle devient aussi le premier modèle haute performance développé par la nouvelle division Special Operations de Jaguar Land Rover.
Son nom renvoie aux sept victoires absolues de Jaguar aux 24 Heures du Mans. La Project 7 ne se contente pourtant pas d’exploiter cette histoire : elle reprend directement certains codes des voitures qui l’ont construite, tout en poussant la F-Type vers une formule de roadster biplace particulièrement dépouillée.
Du concept Project 7 de 2013 à la série limitée
L’histoire commence en 2013 avec un dessin de Cesar Pieri, designer chez Jaguar. Son interprétation de la F-Type retient l’attention d’Ian Callum, alors directeur du design de la marque. Avec Alister Whelan et les équipes Jaguar, l’idée évolue rapidement vers une voiture fonctionnelle. En quatre mois environ, le projet passe du dessin à un prototype roulant présenté au Goodwood Festival of Speed en juillet 2013.
Cette première Project 7 doit être distinguée de la voiture commercialisée ensuite. Le concept de 2013 est une monoplace au pare-brise extrêmement bas, propulsée par une version de 550 ch du V8 5,0 litres compressé. Son spectaculaire carénage derrière le conducteur évoque immédiatement les prototypes Jaguar des années 1950. La voiture sert alors de démonstrateur de design et de performances, sans annonce initiale d’une véritable gamme.
L’accueil reçu pousse néanmoins Jaguar à poursuivre le programme. En juin 2014, la marque confirme une Project 7 de production, présentée de nouveau à Goodwood. La transformation est importante : l’habitacle accueille désormais deux occupants, un toit textile léger amovible permet une utilisation routière plus réaliste et le V8 atteint 575 ch. Les premières livraisons sont annoncées pour le milieu de l’année 2015, ce qui explique que la Project 7 soit parfois décrite comme un modèle 2014, 2015 ou, sur certains marchés, millésime 2016. Sa version de série apparaît bien en 2014.
Un design inspiré par la Jaguar D-Type
Le trait le plus reconnaissable de la Project 7 est son bossage aérodynamique derrière le conducteur. Cette silhouette fait explicitement référence à la Jaguar D-Type, victorieuse trois années consécutives au Mans, en 1955, 1956 et 1957. Le chiffre 7 embrasse plus largement le palmarès de Jaguar dans l’épreuve française, avec les victoires de 1951, 1953, 1955, 1956, 1957, 1988 et 1990.
Les deux premiers succès appartiennent notamment à la période de la Jaguar C-Type. Project 7 utilise donc l’histoire du Mans comme fil conducteur plutôt que comme simple référence à une seule voiture. Sa transformation reste néanmoins très contemporaine : elle conserve les proportions de la F-Type tout en modifiant fortement sa partie supérieure et son traitement aérodynamique.
Le pare-brise est abaissé de 114 mm et les vitres latérales sont spécifiques. Un splitter avant, des jupes, un diffuseur et un aileron arrière utilisent la fibre de carbone, matériau également présent sur plusieurs éléments de carrosserie. Les jantes Storm de 20 pouces, les quatre sorties d’échappement à finition noire et le toit Bimini amovible achèvent de distinguer la voiture d’un cabriolet F-Type conventionnel.
L’habitacle suit la même logique. Les sièges baquets allégés reçoivent un motif matelassé en losanges, tandis que la fibre de carbone et l’Alcantara renforcent le caractère sportif. Entre les sièges se trouve une plaque numérotée portant la signature d’Ian Callum, rappelant immédiatement le statut de série limitée.
Un V8 compressé de 575 ch
La Project 7 exploite le V8 Jaguar de 5,0 litres suralimenté par compresseur, déjà au coeur de plusieurs modèles sportifs de la marque. Cette mécanique s’inscrit notamment dans la lignée des Jaguar à V8 compressé illustrée auparavant par la Jaguar XKR-S. Pour la Project 7, sa puissance atteint 575 ch à 6 500 tr/min et son couple 680 Nm entre 2 500 et 5 500 tr/min.
Le moteur entraîne exclusivement les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte automatique ZF Quickshift à huit rapports. Un différentiel actif électronique de deuxième génération gère la motricité, tandis que le Torque Vectoring by Braking intervient sur la trajectoire par l’intermédiaire des freins. Le conducteur dispose également de palettes au volant et d’un échappement actif à quatre sorties dont les valves modifient le passage des gaz.
Jaguar annonce 3,9 secondes pour passer de 0 à 100 km/h et une vitesse maximale de 300 km/h, limitée électroniquement. Ces performances plaçaient la Project 7 au sommet des Jaguar routières lors de son lancement. La recherche de performances ne repose cependant pas uniquement sur l’augmentation de puissance : le programme associe allègement, freinage carbone-céramique, aérodynamique et réglages spécifiques des liaisons au sol.
Fiche technique de la Jaguar Project 7
| Caractéristique | Jaguar Project 7 de série |
|---|---|
| Première présentation | 2014 |
| Carrosserie | Roadster 2 places, toit textile Bimini amovible |
| Moteur | V8 essence à 90 degrés, 32 soupapes, compresseur |
| Cylindrée | 5 000 cm3 |
| Alésage x course | 92,5 x 93,0 mm |
| Taux de compression | 9,5:1 |
| Puissance | 575 ch à 6 500 tr/min |
| Puissance | 423 kW |
| Couple | 680 Nm de 2 500 à 5 500 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | ZF 8HP70 Quickshift automatique à 8 rapports |
| Différentiel | Electronic Active Differential |
| Structure | Architecture principalement en aluminium dérivée de la F-Type |
| Aides dynamiques | Active Dynamics, Torque Vectoring by Braking |
| Freins avant | Carbone-céramique CCM, disques de 398 mm, étriers 6 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique CCM, disques de 380 mm, étriers 4 pistons |
| Jantes | Storm 20 pouces |
| Pneus avant | 255/35 R20 |
| Pneus arrière | 295/30 R20 |
| Longueur | 4 519 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 1 923 mm |
| Hauteur sans toit | 1 277 mm |
| Empattement | 2 622 mm |
| Poids | 1 585 kg |
| 0 à 100 km/h | 3,9 s |
| Vitesse maximale | 300 km/h, limitée électroniquement |
| Réservoir | 72 litres |
| Consommation combinée annoncée | 11,1 l/100 km selon cycle d’homologation de l’époque |
| Émissions de CO2 annoncées | 259 g/km selon cycle d’homologation de l’époque |
| Volume de rangement | 196 litres |
| Production | 250 exemplaires maximum annoncés |
Allègement, carbone-céramique et mise au point spécifique
Avec 1 585 kg annoncés, la Project 7 économise environ 80 kg par rapport à la F-Type V8 S Convertible prise comme référence par Jaguar. La suppression de certains équipements, les sièges plus légers et l’utilisation de composants en fibre de carbone participent à cette réduction. Le travail aérodynamique ne relève donc pas seulement du style : splitter, jupes, diffuseur et aileron ont été conçus pour accompagner l’augmentation des performances.
Le freinage Carbon Ceramic Matrix est monté de série. Les imposants disques de 398 mm à l’avant et 380 mm à l’arrière travaillent avec des étriers monoblocs respectivement à six et quatre pistons. Jaguar associe cet équipement à une calibration particulière de l’Active Dynamics et à une mise au point des suspensions propre à la Project 7.
La transformation conserve pourtant un minimum de polyvalence routière. Contrairement au concept monoplace de 2013, la série dispose d’un siège passager et du toit Bimini, qui se replie lorsqu’il n’est pas utilisé. La voiture reste donc homologuée pour la route sans chercher à devenir une F-Type de compétition.
250 exemplaires et naissance d’une lignée SVO
Jaguar annonce dès 2014 une production mondiale limitée à un maximum de 250 voitures. Les documents patrimoniaux de la marque retiennent ensuite 250 exemplaires comme volume de référence. Cette faible diffusion constitue un élément central de la Project 7 : elle n’était pas destinée à devenir une finition permanente de la F-Type, mais un modèle à part entière produit en série très restreinte.
Project 7 marque également une étape dans l’organisation de Jaguar Land Rover. Elle est présentée comme le premier véhicule haute performance développé par Special Operations, structure appelée à concevoir des versions plus exclusives et plus performantes des modèles du groupe. Cette démarche se prolongera quelques années plus tard avec la Jaguar Project 8, construite autour de la berline XE avec une philosophie encore plus orientée vers les performances sur circuit.
La Project 7 reste toutefois étroitement liée à la culture des sportives Jaguar. Le projet rapproche la F-Type contemporaine d’une tradition dans laquelle voitures de course et modèles routiers ont souvent dialogué. Dans les années 1950, la Jaguar XKSS avait déjà illustré cette proximité en adaptant à la route une base directement issue de la D-Type.
Une Jaguar moderne construite autour de son histoire
La Project 7 apparaît à un moment où Jaguar redéfinit son image sportive. Le concept Jaguar C-X16, dévoilé en 2011, avait annoncé plusieurs orientations stylistiques qui allaient se retrouver sur la F-Type. Project 7 pousse ensuite cette architecture dans une direction beaucoup plus spectaculaire, en reliant le nouveau roadster aux machines de compétition qui ont établi la réputation internationale de la marque.
Cette filiation explique aussi la présence de la Project 7 au Le Mans Classic en juillet 2014 pour sa première démonstration dynamique publique après l’annonce de la production. Elle y évolue dans un environnement réunissant des Jaguar historiques, notamment des D-Type. Le rapprochement permet alors de lire immédiatement l’origine de son carénage asymétrique et de son nom.
Lors de son lancement, Jaguar la présente comme sa voiture de série la plus puissante et la plus rapide jamais produite. Ce statut sera dépassé par des modèles ultérieurs, mais il situe précisément la Project 7 dans l’histoire de la marque : une série de 250 roadsters conçue à la jonction entre la F-Type, les sept victoires mancelles de Jaguar et la naissance des programmes routiers les plus extrêmes de Special Vehicle Operations.




