Présentée en 1996, la Jaguar XK8 marque le retour de Jaguar à une conception plus moderne de la grande GT. Connue en interne sous le code X100, elle succède à la Jaguar XJ-S, dont la carrière avait débuté en 1975. Disponible en coupé et en cabriolet 2+2, elle associe une silhouette classique de grand tourisme à une nouveauté mécanique majeure pour la marque : le moteur AJ-V8.
La XK8 inaugure ainsi la famille Jaguar XK moderne. Produite à Browns Lane, à Coventry, jusqu’en 2005, elle connaît une évolution importante en fin de carrière avec le passage du V8 4,0 litres au 4,2 litres. Il faut la distinguer de la XKR, développée sur la même base mais équipée d’un moteur suralimenté.
Une nouvelle GT pour remplacer la XJ-S
Au milieu des années 1990, Jaguar doit renouveler une XJ-S dont la conception remonte à plus de vingt ans. Le projet X100 conserve une partie de cet héritage technique, mais transforme profondément l’image de la GT britannique. La nouvelle voiture abandonne les lignes tendues et les montants arrière caractéristiques de sa devancière pour une carrosserie beaucoup plus fluide, conforme au langage stylistique développé sous la direction de Geoff Lawson.
Le dessin est principalement associé à Fergus Pollock, tandis que Bob Dover joue un rôle majeur dans la conduite du programme. La XK8 est dévoilée sous forme de coupé au Salon de Genève le 5 mars 1996. Jaguar pousse alors le clin d’œil historique jusqu’à présenter la voiture dans une caisse, rappelant la spectaculaire arrivée de la Jaguar E-Type à Genève trente-cinq ans auparavant. Le cabriolet est présenté quelques semaines plus tard, le 4 avril, au Salon de New York.
La commercialisation débute en 1996. La XK8 rencontre rapidement son public, notamment aux États-Unis, marché essentiel pour les GT Jaguar. En mai 1997, le constructeur annonce 5 434 exemplaires vendus durant les quatre premiers mois de l’année et présente alors la XK8 comme la voiture de sport Jaguar ayant connu le démarrage commercial le plus rapide de son histoire.
Un style inspiré par les grandes Jaguar
La XK8 mesure environ 4,76 m de long pour 1,83 m de large, avec un empattement de 2,588 m. Ses proportions reposent sur les codes traditionnels d’une GT à moteur avant : long capot, habitacle rejeté vers l’arrière et poupe courte et arrondie. La calandre ovale placée très bas, les projecteurs elliptiques et les ailes galbées permettent de l’identifier immédiatement.
La filiation avec l’E-Type est particulièrement visible, mais la XK8 s’inscrit aussi dans une histoire plus ancienne. L’appellation XK renvoie aux sportives inaugurées par la Jaguar XK120 en 1948 et poursuivies durant les années 1950. La X100 ne cherche toutefois pas à reproduire littéralement un modèle historique : son dessin adapte ces références aux contraintes d’une GT moderne des années 1990.
Le coupé adopte une ligne de toit basse prolongée par une lunette fortement inclinée. Le cabriolet conserve des proportions très proches mais reçoit une capote textile. Dans les deux cas, l’habitacle est aménagé en 2+2. Cuir, boiseries et instrumentation aux formes traditionnelles entretiennent l’identité Jaguar, même si les combinaisons de matériaux, les jantes et les équipements varient selon les finitions, les options, les marchés et les millésimes.
Le moteur AJ-V8, grande nouveauté de la XK8
La rupture la plus importante se trouve sous le capot. La XK8 inaugure l’AJ-V8, premier V8 développé pour une automobile de série portant la marque Jaguar. Dans sa configuration initiale, ce moteur atmosphérique en aluminium affiche 3 996 cm3, quatre arbres à cames en tête et 32 soupapes. Les données françaises donnent 294 ch DIN à 6 100 tr/min et 393 Nm à 4 250 tr/min, tandis que la documentation britannique exprime généralement sa puissance à 290 bhp.
Installé longitudinalement à l’avant, le V8 entraîne les roues arrière. La XK8 4.0 reçoit une boîte automatique ZF à cinq rapports. Jaguar privilégie donc le caractère d’une GT rapide et raffinée plutôt que celui d’une sportive radicale. Le coupé atteint environ 250 km/h, vitesse limitée électroniquement, et réalise le 0 à 100 km/h en approximativement 6,7 secondes dans les spécifications européennes couramment documentées.
La structure en acier conserve une filiation avec l’architecture de la XJ-S, mais la X100 bénéficie d’un développement largement modernisé. Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes et les freins sont à disques. Cette base technique est également liée, par son histoire industrielle et certains éléments d’architecture, à celle de l’Aston Martin DB7. Il serait cependant inexact de présenter les deux voitures comme reposant sur des châssis strictement identiques.
Du V8 4.0 au 4.2 litres
La XK8 évolue progressivement pendant sa carrière sans bouleverser son dessin. Jaguar apporte des modifications aux équipements, aux trains roulants, aux jantes et à certains détails de carrosserie suivant les millésimes. L’évolution mécanique la plus importante intervient pour le millésime 2003, commercialisé à partir de 2002 sur plusieurs marchés.
La cylindrée du V8 atmosphérique passe alors à 4 196 cm3. Dans la spécification française, le 4.2 développe 304 ch à 6 000 tr/min et 420 Nm à 4 100 tr/min. Il est associé à une nouvelle transmission automatique ZF à six rapports. Le coupé conserve une vitesse maximale limitée à 250 km/h mais son 0 à 100 km/h descend aux environs de 6,4 secondes.
Cette évolution ne doit pas être confondue avec la Jaguar XKR. Apparue pendant la carrière de la X100, la XKR utilise un V8 équipé d’un compresseur et constitue la variante haute performance de la gamme. Les puissances nettement supérieures souvent associées à la famille X100 concernent donc la XKR et non la XK8 atmosphérique.
Fiche technique de la Jaguar Xk8
| Caractéristique | XK8 4.0 | XK8 4.2 |
|---|---|---|
| Période | À partir de 1996 | À partir de 2002, millésime 2003 |
| Carrosseries | Coupé 2+2, cabriolet 2+2 | Coupé 2+2, cabriolet 2+2 |
| Architecture moteur | V8 atmosphérique à 90 degrés, 32 soupapes | V8 atmosphérique à 90 degrés, 32 soupapes |
| Cylindrée | 3 996 cm3 | 4 196 cm3 |
| Alésage x course | 86 x 86 mm | Non indiqué |
| Alimentation | Injection électronique multipoint | Injection électronique |
| Puissance, spécification française | 294 ch DIN à 6 100 tr/min | 304 ch à 6 000 tr/min |
| Couple | 393 Nm à 4 250 tr/min | 420 Nm à 4 100 tr/min |
| Implantation | Moteur avant longitudinal | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique ZF, 5 rapports | Automatique ZF, 6 rapports |
| Structure | Acier | Acier |
| Suspensions | Indépendantes aux quatre roues | Indépendantes aux quatre roues |
| Direction | À crémaillère assistée | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques avant et arrière, ABS | Disques avant et arrière, ABS |
| Longueur | 4 760 mm environ | 4 760 mm environ |
| Largeur | 1 829 mm environ, hors rétroviseurs | 1 829 mm environ, hors rétroviseurs |
| Hauteur | 1 296 mm coupé, 1 306 mm cabriolet | Variable selon version |
| Empattement | 2 588 mm | 2 588 mm |
| Voies | 1 504 mm avant, 1 498 mm arrière | Variable selon configuration |
| Poids à vide | 1 615 kg coupé, 1 705 kg cabriolet dans la documentation de lancement | Environ 1 685 kg pour certaines spécifications du coupé |
| Vitesse maximale | 250 km/h, limitée électroniquement | 250 km/h, limitée électroniquement |
| 0 à 100 km/h | Environ 6,7 s pour le coupé | Environ 6,4 s pour le coupé |
| Réservoir | 75 litres | 75 litres |
| Consommation mixte | Environ 10,8 l/100 km pour certaines spécifications du coupé | Environ 11,3 l/100 km pour le coupé |
| Volume de coffre | 327 litres coupé, 307 litres cabriolet selon la documentation de lancement | Variable selon version |
Production et place de la XK8 dans l’histoire Jaguar
La famille X100 est produite à plus de 90 000 exemplaires. Le décompte généralement retenu fait état de 90 064 voitures en incluant XK8 et XKR : 19 748 XK8 coupés et 46 760 XK8 cabriolets, auxquels s’ajoutent les XKR. Sur cette base, la XK8 atmosphérique représente 66 508 exemplaires. Le cabriolet constitue donc nettement la carrosserie la plus diffusée.
La XK8 occupe une position particulière dans l’histoire mécanique de Jaguar. Elle met fin à l’époque où les grandes GT de la marque reposaient sur les six-cylindres et V12 hérités des décennies précédentes et installe l’AJ-V8 au coeur de la gamme. Ce moteur sera ensuite décliné sous différentes cylindrées et formes de suralimentation sur plusieurs générations de Jaguar.
La dernière X100 sort de Browns Lane le 27 mai 2005. Il s’agit d’une XKR 4.2-S coupé, ce qui explique pourquoi certaines sources commerciales font encore apparaître des XK8 ou XKR au millésime 2006 alors que la fabrication de la génération s’est achevée en 2005. Jaguar présente la génération suivante de XK en septembre de la même année. Cette remplaçante abandonne notamment la structure en acier de la X100 au profit d’une architecture en aluminium et ouvre une nouvelle phase dans l’histoire des coupés et cabriolets XK.




