Lancia Thema 8.32

Lancia Thema 8.32

Présentée en 1986 au Salon de Turin, la Lancia Thema 8.32 est l’une des berlines italiennes les plus singulières des années 1980. Sous une carrosserie élégante et relativement discrète, elle abrite un moteur V8 atmosphérique dérivé de celui des Ferrari 308 Quattrovalvole et Mondial Quattrovalvole. Avec ses 215 ch dans sa configuration non catalysée, sa transmission aux roues avant et son habitacle luxueux, elle propose une association mécanique inhabituelle pour une grande routière de cette époque.

Version la plus prestigieuse de la Lancia Thema lancée en 1984, la 8.32 doit son appellation à ses huit cylindres et ses trente-deux soupapes. Commercialisée à partir de 1987, elle se distingue par son moteur spécialement adapté, son aileron arrière escamotable et ses finitions exclusives. Produite en quantité limitée, elle occupe aujourd’hui une place particulière dans l’histoire des berlines sportives européennes.

Histoire et naissance de la Lancia Thema 8.32

Au début des années 1980, Lancia cherche à renforcer sa présence sur le marché des grandes berlines. La marque italienne dispose d’une tradition de voitures raffinées, illustrée notamment par la Lancia Gamma, mais doit moderniser son offre pour rivaliser avec les constructeurs allemands. La Thema, dévoilée en 1984, répond à cette ambition avec une architecture moderne, un habitacle spacieux et une gamme de motorisations adaptée aux longs trajets.

Développée dans le cadre du programme Type Four du groupe Fiat, la Thema partage les grandes lignes de sa plateforme avec les Fiat Croma, Saab 9000 et Alfa Romeo 164. Sa carrosserie tricorps, dessinée par Giorgetto Giugiaro chez Italdesign, privilégie les proportions équilibrées et l’efficacité aérodynamique. Cette base constitue le point de départ d’un projet beaucoup plus ambitieux : installer un moteur Ferrari dans une berline familiale à traction avant.

La création de la Thema 8.32 s’inscrit dans la volonté du groupe Fiat de valoriser les liens industriels entre ses marques italiennes. Plutôt que de développer un moteur entièrement nouveau, Lancia exploite une architecture V8 Ferrari existante, tout en l’adaptant aux contraintes d’une automobile destinée au confort quotidien. Le résultat n’est pas une Ferrari habillée en berline, mais une véritable Lancia dont le caractère mécanique devient exceptionnel.

La voiture est présentée au Salon de Turin en 1986. Sa mise au point nécessite un important travail d’intégration mécanique, notamment en raison de l’implantation transversale du V8 et de la transmission aux roues avant. Les premières livraisons interviennent en 1987. La Thema 8.32 devient alors le modèle le plus exclusif du catalogue Lancia, avec un tarif nettement supérieur à celui des Thema conventionnelles.

Son positionnement diffère de celui des sportives radicales. La 8.32 cherche avant tout à offrir des performances élevées sans renoncer au silence, à la qualité de présentation et au confort d’une grande berline. Elle s’adresse ainsi à une clientèle recherchant une automobile rapide et distinctive, mais moins démonstrative qu’un coupé sportif.

À la fin des années 1980, Lancia développe également sa gamme de berlines avec la Lancia Dedra, lancée en 1989 sur le segment inférieur. La Thema 8.32 conserve néanmoins une position à part, grâce à son V8 et à son niveau de finition.

Un moteur V8 Ferrari spécialement adapté à la traction avant

La principale originalité de la Thema 8.32 réside dans son moteur de 2 927 cm³, un V8 atmosphérique à 90 degrés équipé de quatre arbres à cames en tête et de quatre soupapes par cylindre. Son architecture dérive de celle utilisée sur les Ferrari 308 Quattrovalvole et Mondial Quattrovalvole. L’alimentation repose sur une injection Bosch KE3-Jetronic associée à un système d’allumage électronique Marelli Microplex.

Contrairement à une idée répandue, le moteur de la Thema 8.32 n’est pas strictement identique à celui des Ferrari dont il provient. La modification la plus importante concerne le vilebrequin. Alors que le V8 Ferrari de référence utilise un vilebrequin plat, dit flat-plane, la version Lancia adopte un vilebrequin en croix, ou cross-plane, dont les manetons sont disposés à 90 degrés.

Cette configuration modifie le comportement du moteur. Elle favorise la douceur de fonctionnement et réduit certaines vibrations, deux qualités importantes pour une grande routière. Elle produit également une sonorité plus grave et plus régulière que celle du V8 Ferrari d’origine. La Thema 8.32 conserve ainsi une personnalité mécanique propre, davantage orientée vers la souplesse et l’agrément que vers les sensations d’une sportive à moteur central.

Dans sa configuration non catalysée, le moteur développe 215 ch à 6 750 tr/min et environ 284 Nm de couple à 4 500 tr/min. Une version catalysée, destinée notamment aux marchés soumis à des normes antipollution plus strictes, affiche 205 ch et environ 263 Nm. La différence de puissance ne correspond donc pas uniquement au passage entre les deux séries : des configurations catalysées ont également existé selon les marchés et les années.

Le V8 est installé transversalement à l’avant, une disposition particulièrement inhabituelle pour un moteur de cette architecture. Il entraîne exclusivement les roues avant par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports. Lancia ne propose ni transmission intégrale ni boîte automatique sur cette version.

Cette conception impose des compromis. Le moteur relativement lourd sollicite fortement le train avant, chargé simultanément de diriger la voiture et de transmettre la puissance. La Thema 8.32 privilégie donc les accélérations progressives, les reprises et la stabilité sur route rapide plutôt qu’un comportement de sportive légère. Sa mécanique sophistiquée exige également un entretien spécialisé, notamment pour la distribution et les équipements propres au V8.

Design extérieur et habitacle de prestige

La Thema 8.32 conserve les lignes générales de la berline dessinée par Giugiaro. Sa silhouette tricorps présente un capot relativement bas, une surface vitrée généreuse et des lignes tendues caractéristiques des années 1980. Lancia choisit de préserver cette sobriété plutôt que de multiplier les appendices aérodynamiques visibles.

La version Ferrari se reconnaît toutefois à plusieurs détails spécifiques. Sa calandre présente un maillage particulier, tandis que des monogrammes 8.32 identifient la motorisation. Les jantes en alliage de 15 pouces adoptent un dessin étoilé évoquant certaines Ferrari contemporaines. De fins filets décoratifs parcourent les flancs, renforçant son positionnement haut de gamme sans transformer radicalement la carrosserie.

L’élément extérieur le plus remarquable est son aileron arrière escamotable à commande électrique. Intégré au couvercle de coffre, il peut être relevé au moyen d’une commande depuis l’habitacle. Lorsqu’il est abaissé, il s’intègre discrètement à la ligne de la voiture. Ce dispositif constitue une caractéristique distinctive de la Thema 8.32 et une innovation remarquable sur une berline de série de cette période.

À bord, Lancia adopte une présentation particulièrement soignée. La planche de bord reçoit de véritables inserts en ronce de noyer, tandis que les sièges peuvent être habillés de cuir Poltrona Frau ou d’Alcantara selon la configuration. Les contre-portes et différentes surfaces intérieures bénéficient également de matériaux plus raffinés que sur les Thema ordinaires.

L’instrumentation se distingue par ses cadrans circulaires, dont le compteur de vitesse gradué jusqu’à 280 km/h. Le volant à trois branches, les sièges enveloppants et les commandes spécifiques rappellent le caractère sportif du modèle, mais l’ambiance reste celle d’une berline de luxe plutôt que d’une voiture de compétition.

Les équipements disponibles comprennent notamment la climatisation automatique, des réglages électriques des sièges, des fonctions de chauffage et, selon les configurations, un système audio évolué ou des suspensions à amortissement piloté. Ces raffinements contribuent au caractère exclusif de la 8.32, dont la vocation demeure autant le grand tourisme que la performance pure.

Deux séries et des évolutions entre 1986 et 1992

La carrière de la Thema 8.32 se divise principalement en deux séries. La première, présentée en 1986 et commercialisée à partir de 1987, reprend la carrosserie de la Thema initiale avec ses grands blocs optiques rectangulaires et ses lignes particulièrement épurées. Elle bénéficie déjà des équipements et des finitions spécifiques à la version V8.

Le restylage de la gamme Thema en 1988 entraîne l’apparition d’une deuxième série. La face avant évolue avec de nouveaux projecteurs et des clignotants placés sous ceux-ci. Les protections latérales deviennent plus importantes, les rétroviseurs sont redessinés et plusieurs éléments de finition sont modifiés. L’habitacle reçoit également des changements concernant les panneaux de portes et certains équipements.

La deuxième série conserve le principe du V8 Ferrari transversal et de la boîte manuelle à cinq rapports. Les versions catalysées de 205 ch occupent une place importante dans cette phase de commercialisation, même si la répartition exacte des motorisations dépend des marchés. Les performances restent élevées, mais la voiture conserve une philosophie de grande routière confortable.

Une édition particulière à peinture Rosso Corsa et numérotation individuelle est également documentée. Le nombre exact d’exemplaires de ces séries spéciales fait toutefois l’objet de divergences entre les publications, certaines évoquant 32 voitures et d’autres 64 réparties en deux groupes. Cette série ne doit pas être confondue avec l’ensemble de la production de la Thema 8.32.

La fin de carrière intervient au début des années 1990, avec des dates variant entre 1991 et 1992 selon les sources et les marchés. La Thema poursuit ensuite son existence sous d’autres motorisations, mais le V8 Ferrari disparaît du catalogue. En 1994, la Lancia Kappa prend la relève de la famille Thema, sans proposer de successeur direct à la 8.32.

Fiche technique de la Lancia Thema 8.32

CaractéristiqueLancia Thema 8.32
ConstructeurLancia
Présentation1986, Salon de Turin
CommercialisationÀ partir de 1987
Période de production1986 à 1991/1992 selon les sources
CarrosserieBerline tricorps, 4 portes, 5 places
PlateformeType Four
StructureMonocoque en acier
MoteurV8 atmosphérique à 90°, dérivé Ferrari
ImplantationAvant transversale
Cylindrée2 927 cm³
Alésage x course81 x 71 mm
Distribution4 arbres à cames en tête, 32 soupapes
VilebrequinEn croix, cross-plane
AlimentationInjection Bosch KE3-Jetronic
AllumageÉlectronique Marelli Microplex
Puissance non catalysée215 ch DIN à 6 750 tr/min
Puissance catalysée205 ch DIN à 6 750 tr/min
Couple non catalyséEnviron 284 Nm à 4 500 tr/min
Couple catalyséEnviron 263 Nm à 5 070 tr/min
Rapport volumétrique10,5:1 sans catalyseur, 9,5:1 catalysée
TransmissionTraction avant
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
Suspension avantIndépendante, type MacPherson
Suspension arrièreIndépendante, type MacPherson
AmortissementConventionnel ou piloté selon équipement
DirectionÀ crémaillère, assistée
Freins avantDisques ventilés, environ 294 mm
Freins arrièreDisques, environ 251 mm
ABSSelon équipement et millésime
Pneumatiques205/55 VR15
JantesAlliage léger, 15 pouces
Longueur4 590 mm
Largeur1 733 mm
HauteurEnviron 1 430 mm
EmpattementEnviron 2 660 mm
Poids à videEnviron 1 400 kg selon version et équipement
Volume du coffreEnviron 470 litres
RéservoirEnviron 70 litres
Vitesse maximale, 215 chEnviron 240 km/h
Vitesse maximale, 205 chEnviron 235 km/h
0 à 100 km/h, 215 chEnviron 6,8 secondes
0 à 100 km/h, 205 chEnviron 7,2 secondes
400 m départ arrêtéEnviron 15,6 secondes selon les fiches d’essai
1 000 m départ arrêtéEnviron 26,8 secondes selon les fiches d’essai
ConsommationEnviron 11 à 16 l/100 km selon utilisation et méthode de mesure
Production totale généralement retenue3 520 exemplaires
Pays de fabricationItalie

Performances et comportement routier

Avec une vitesse maximale annoncée autour de 240 km/h, la Thema 8.32 figure parmi les berlines à traction avant les plus rapides de son époque. Son V8 atmosphérique offre une montée en régime progressive et une réponse directe à l’accélérateur. L’absence de turbocompresseur distingue son comportement de celui des Thema Turbo, dont le couple est délivré différemment.

La boîte manuelle à cinq rapports permet d’exploiter la plage de fonctionnement du moteur, tandis que l’insonorisation et les équipements de confort favorisent les longs trajets. Les performances sont particulièrement remarquables pour une berline de luxe des années 1980, même si la 8.32 ne cherche pas à rivaliser avec les meilleures sportives sur circuit.

La répartition des masses et la puissance transmise aux seules roues avant influencent son comportement. Lors des accélérations importantes, la motricité peut devenir une limite, notamment sur chaussée humide. La direction assistée, les suspensions indépendantes et l’empattement relativement long privilégient la stabilité et le confort à vitesse élevée.

Le moteur Ferrari transforme surtout l’expérience de conduite par sa sonorité, sa souplesse et sa capacité à maintenir des vitesses soutenues. La Thema 8.32 représente ainsi une interprétation particulière de la berline sportive : rapide, sophistiquée et luxueuse, mais sans chercher à reproduire les réactions d’un coupé Ferrari.

Production, rareté et particularités de collection

La Thema 8.32 a été produite en quantité relativement faible. Le total le plus couramment retenu est de 3 520 exemplaires, répartis entre environ 2 370 voitures de première série et 1 150 de deuxième série selon le Lancia Thema Club Italia. Certaines publications donnent toutefois des chiffres différents, notamment 3 284 exemplaires, sans que les écarts puissent être entièrement expliqués par les documents disponibles.

Cette production limitée reflète le positionnement particulier de la voiture. Son prix neuf était considérablement supérieur à celui d’une Thema classique. En Italie, un tarif de 63 098 000 lires est notamment documenté pour 1988, illustrant le coût de sa mécanique Ferrari et de ses équipements spécifiques.

La Thema 8.32 n’a pas connu de carrière officielle majeure en compétition. Son intérêt historique repose davantage sur son architecture mécanique et son originalité industrielle. Elle constitue l’un des exemples les plus remarquables d’association entre un moteur issu d’une voiture de sport à moteur central et une grande berline à traction avant.

Un exemplaire particulièrement célèbre est le break Thema 8.32 réalisé pour Gianni Agnelli. Cette automobile unique associe la carrosserie Station Wagon, dont le dessin est lié à Pininfarina, à la mécanique de la 8.32. Sa présentation gris métallisé et son intérieur en cuir bleu la distinguent des berlines de série. Il ne s’agit pas d’une variante break commercialisée auprès du public.

Sur le marché de la collection, la rareté ne suffit pas à déterminer la valeur d’un exemplaire. L’état mécanique, la qualité de l’entretien, l’authenticité des éléments spécifiques et la conservation de l’habitacle jouent un rôle essentiel. Le V8 nécessite des interventions spécialisées, tandis que certaines pièces de carrosserie, de finition et d’équipement peuvent être difficiles à retrouver.

Une attention particulière doit être portée à la distribution, au circuit de refroidissement, à l’injection, au système électrique et au fonctionnement de l’aileron arrière escamotable. Les suspensions pilotées, lorsqu’elles sont présentes, constituent également un équipement à contrôler. La qualité des boiseries et des garnitures Poltrona Frau influence fortement l’intérêt d’un exemplaire conservé dans son état d’origine.

Les deux séries présentent enfin des différences esthétiques et techniques qui comptent pour l’identification des voitures. La correspondance entre la carrosserie, le moteur, les équipements et les documents d’origine permet de distinguer un exemplaire authentique d’une Thema ordinaire ayant reçu certains accessoires spécifiques à la 8.32.