Lancée en 1978, la Lotus Esprit S2 constitue la première évolution importante de l’Esprit de série. Elle ne bouleverse ni la silhouette en coin dessinée par Giorgetto Giugiaro, ni l’architecture à moteur central, ni le quatre cylindres 2,0 litres de la première génération. Lotus intervient plutôt sur les faiblesses d’une voiture encore jeune : refroidissement, ventilation, ergonomie, finition et détails aérodynamiques. Dans l’histoire de la Lotus Esprit, cette Series 2 est donc moins une rupture qu’une maturation.
Cette définition précise est importante. L’Esprit S2 traitée ici est la version atmosphérique équipée du moteur Lotus Type 907 de 1 973 cm3. Elle précède l’Esprit S2.2 à moteur 2,2 litres et ne doit pas davantage être confondue avec le Turbo Esprit apparu en 1980. Produite à environ 1 060 exemplaires, elle demeure une série relativement courte dans la longue carrière de l’Esprit.
Une évolution de la première Esprit
L’Esprit avait été développée dans la première moitié des années 1970 autour d’une carrosserie spectaculaire signée Italdesign. Son dessin géométrique, très bas et anguleux, incarnait parfaitement le style en coin alors associé aux créations de Giugiaro. La voiture prolongeait aussi l’expérience de Lotus en matière de sportives routières à moteur central, déjà explorée avec la Lotus Europa, tout en visant une catégorie nettement plus ambitieuse.
La Lotus Esprit S1 avait posé les bases à partir de 1976 : carrosserie en matériau composite, châssis-poutre en acier, moteur central longitudinal et quatre cylindres Lotus à seize soupapes. Son style était déjà spectaculaire, mais les premières voitures révélaient aussi plusieurs points perfectibles dans l’utilisation quotidienne. La S2, commercialisée en 1978, répond directement à ces critiques sans remettre en cause une architecture considérée comme saine.
Lotus conserve ainsi le Type 907 et la boîte manuelle à cinq rapports, mais retravaille notamment le refroidissement du compartiment moteur et la ventilation. L’habitacle évolue également avec des sièges plus larges et une instrumentation Smiths à cadrans séparés, en remplacement de l’ensemble Veglia de la S1. La batterie est déplacée et l’accès mécanique est amélioré. Ces changements sont moins spectaculaires qu’une hausse de puissance, mais rendent l’Esprit plus aboutie.
Un style Giugiaro conservé mais facilement identifiable
La carrosserie reste fidèle au dessin originel de Giorgetto Giugiaro. L’Esprit conserve donc son pare-brise très incliné, sa ligne de caisse tendue, son arrière tronqué et ses projecteurs escamotables. La S2 se distingue néanmoins d’une S1 par plusieurs détails suffisamment visibles pour identifier les deux générations sans examiner leur mécanique.
Les modifications les plus caractéristiques sont les prises d’air noires verticales placées derrière les vitres de custode. Elles améliorent la circulation de l’air dans le compartiment moteur tout en modifiant sensiblement le profil. Le spoiler avant devient plus enveloppant et une finition noire prolonge visuellement sa partie basse le long des flancs. À l’arrière apparaissent de plus grands blocs optiques issus de la Rover SD1.
Les nouvelles jantes Speedline de 14 pouces constituent un autre signe distinctif. Plus larges que celles de la première Esprit, elles contribuent à augmenter les voies et donnent à la S2 une assise visuelle plus importante. Lotus utilise des jantes de 7 pouces à l’avant et 7,5 pouces à l’arrière, associées à des pneumatiques eux aussi différenciés entre les deux essieux.
Ces évolutions expliquent pourquoi la S2 conserve l’extrême pureté du dessin Giugiaro tout en paraissant légèrement plus élaborée que la S1. Lotus n’avait alors aucun intérêt à transformer radicalement une silhouette qui constituait déjà l’un des principaux arguments de l’Esprit.
Le quatre cylindres Type 907 reste au centre de la formule
Sous la carrosserie en plastique renforcé de fibres de verre se trouve toujours le châssis-poutre central en acier caractéristique des Lotus de cette période. Le moteur est installé longitudinalement derrière les deux occupants et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports. La répartition des organes répond à une recherche de faible hauteur et de centralisation des masses plutôt qu’à la disposition traditionnelle d’une GT à moteur avant.
Le moteur Type 907 est un quatre cylindres en ligne de 1 973 cm3 entièrement en alliage léger, doté de deux arbres à cames en tête et de quatre soupapes par cylindre. Alimenté par deux carburateurs Dell’Orto double corps dans sa configuration européenne, il développe couramment 160 bhp à 6 200 tr/min, pour environ 190 Nm de couple à 4 900 tr/min. Il s’agit donc essentiellement du même groupe que sur la S1, Lotus ayant choisi de perfectionner la voiture plutôt que de rechercher immédiatement davantage de puissance.
Avec environ 1 020 kg dans les spécifications généralement retenues pour la S2, les performances restent sérieuses pour la fin des années 1970. Les mesures d’accélération publiées à l’époque ou reprises par les différentes documentations ne sont toutefois pas homogènes. La vitesse maximale est généralement située autour de 200 km/h, certaines fiches avançant une valeur supérieure. Cette disparité rend plus pertinent de considérer la S2 comme une évolution de comportement et d’utilisation que comme une version spécifiquement développée pour améliorer les chronos.
Fiche technique de la Lotus Esprit S2
| Caractéristique | Lotus Esprit S2 |
|---|---|
| Type Lotus | Type 79 |
| Période | 1978 à 1980 environ |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Structure | Carrosserie en plastique renforcé de fibres de verre sur châssis-poutre en acier |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Moteur | Lotus Type 907, 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1 973 cm3 |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 16 soupapes |
| Alésage x course | 95,2 x 69,2 mm environ |
| Taux de compression | 9,5:1 |
| Alimentation | Deux carburateurs Dell’Orto double corps en spécification européenne |
| Puissance | 160 bhp à 6 200 tr/min en spécification européenne |
| Couple | Environ 190 Nm à 4 900 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Suspension avant | Indépendante, triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Jantes | Speedline 14 pouces, 7J avant et 7,5J arrière |
| Pneus | 195/60 HR14 avant, 205/70 HR14 arrière |
| Longueur | Environ 4 190 mm |
| Largeur | Environ 1 860 mm |
| Hauteur | Environ 1 110 mm |
| Empattement | Environ 2 440 mm |
| Voie avant | Environ 1 511 mm |
| Voie arrière | Environ 1 537 mm |
| Poids | Environ 1 020 kg |
| Vitesse maximale | Environ 200 km/h, valeurs supérieures également publiées selon les sources |
| Réservoir | Environ 68 litres |
| Production | Environ 1 060 exemplaires |
| Site de production | Hethel, Norfolk, Angleterre |
La série noire et or World Championship
L’une des Esprit S2 les plus reconnaissables est la World Championship Commemorative Edition, couramment surnommée JPS en raison de sa présentation noire et or rappelant les monoplaces sponsorisées par John Player Special. Elle célèbre la saison 1978 de Team Lotus, marquée par le titre mondial des constructeurs et le championnat pilotes de Mario Andretti.
La référence est particulièrement forte puisque la Lotus 79 de Formule 1 avait dominé une partie de cette saison grâce notamment à l’exploitation de l’effet de sol. Une particularité peut prêter à confusion : l’Esprit S2 et la monoplace portent toutes deux le numéro Type 79 dans les nomenclatures Lotus, alors qu’elles sont évidemment deux automobiles totalement différentes.
Présentée au Birmingham Motor Show d’octobre 1978, l’Esprit commémorative reprend la mécanique de la S2 et se distingue surtout par sa décoration, ses détails dorés, ses roues assorties et son habitacle spécifique. Le total exact a longtemps fait l’objet de chiffres contradictoires. Le décompte de 147 exemplaires est aujourd’hui l’un des plus solidement documentés, avec des voitures destinées au Royaume-Uni, aux États-Unis et à d’autres marchés. Cette faible diffusion en fait une variante bien plus rare que la S2 standard.
De la S2 à la S2.2 et au Turbo Esprit
La fin de carrière de la S2 demande une distinction importante. À partir de 1980, Lotus introduit la S2.2, extérieurement très proche mais techniquement différente. Son quatre cylindres Type 912 passe à 2 174 cm3. La puissance maximale évolue peu, mais la cylindrée supplémentaire augmente surtout le couple et améliore la souplesse. Cette version marque également l’arrivée du châssis galvanisé, modification importante pour la durabilité de la structure.
Le Lotus Esprit Turbo constitue une évolution beaucoup plus radicale. Son moteur 2,2 litres Type 910 reçoit un turbocompresseur, tandis que le châssis, les liaisons au sol et l’aérodynamique sont adaptés à des performances nettement supérieures. Il ne s’agit donc pas d’une simple S2 dotée d’un turbo, mais d’une branche distincte dans le développement de l’Esprit.
La lignée atmosphérique continue ensuite avec la Lotus Esprit S3, apparue en 1981. Elle bénéficie de plusieurs enseignements des versions 2,2 litres et adopte une présentation plus moderne tout en conservant le principe fondamental de l’Esprit Giugiaro. La S2 reste ainsi identifiable comme l’étape qui a transformé la première Esprit en une sportive plus mature sans effacer la simplicité visuelle et mécanique de la voiture originelle.




