La Mazda Demio apparaît au Japon en août 1996, après le début de sa production en juillet à l’usine Ujina de Hiroshima. Avec seulement 3,80 m environ de longueur mais une carrosserie haute à cinq portes, elle ne suit pas exactement la recette des petites berlines de son époque. Mazda cherche au contraire à maximiser l’espace disponible dans un encombrement réduit, avec une banquette modulable et un hayon presque vertical. Cette première génération, connue sous le code DW, est celle qui donne naissance au nom Demio.
Son histoire demande toutefois de distinguer les marchés. La Demio est déjà vendue au Japon depuis deux ans lorsqu’elle arrive en Europe en 1998. Certaines bases françaises retiennent donc 1998 comme date de lancement, alors que la carrière du modèle commence bien en 1996. Les appellations compliquent encore la lecture de sa généalogie : selon les pays, cette même petite Mazda a notamment été commercialisée comme Mazda 121, tandis que le nom Demio reste surtout associé au marché japonais après 2002.
Une petite Mazda pensée de l’intérieur vers l’extérieur
Au milieu des années 1990, Mazda choisit une approche très fonctionnelle. Plutôt que d’allonger fortement la voiture, le constructeur exploite la hauteur et adopte des formes relativement droites afin de dégager davantage d’espace pour les occupants et les bagages. La philosophie est résumée par Mazda par l’idée d’une voiture petite à l’extérieur mais grande à l’intérieur. Le concept BU-X, dévoilé au Tokyo Motor Show de 1995, avait déjà annoncé cette orientation générale.
La Demio mesure autour de 3,80 m de long pour un empattement de 2,39 m, mais sa hauteur peut dépasser 1,50 m selon la version. Sa silhouette ressemble ainsi davantage à celle d’un petit break surélevé qu’à celle d’une citadine basse traditionnelle. Les cinq portes, la grande ouverture arrière et la banquette coulissante, inclinable et rabattable renforcent cette vocation pratique. Plusieurs configurations permettent de privilégier l’espace aux passagers ou le chargement.
Cette recherche de modularité précède la multiplication des petites voitures hautes du début des années 2000. Mazda transpose ensuite une partie de cette logique à des véhicules familiaux plus importants, notamment avec la Mazda Premacy lancée à la fin de la décennie. Dans la Demio, l’intérêt de la formule vient précisément du maintien d’un encombrement adapté à une petite voiture.
Un lancement japonais rapidement couronné de succès
La production commence en juillet 1996 et la commercialisation japonaise en août. Le démarrage est rapide : Mazda comptabilise 21 200 commandes de Demio et de sa proche parente Ford Festiva Mini-Wagon un mois après le lancement. Le cap des 100 000 unités produites est atteint dès juin 1997, puis celui des 200 000 au printemps 1998. Ces chiffres incluent la Festiva Mini-Wagon et ne doivent donc pas être interprétés comme des volumes propres à la seule Demio.
La voiture obtient également une reconnaissance importante sur son marché d’origine. Elle reçoit le titre RJC New Car of the Year 1996-1997 ainsi qu’un prix spécial du Japan Car of the Year en 1996. Son succès repose moins sur une innovation mécanique spectaculaire que sur l’association d’un prix accessible, d’un encombrement réduit et d’une habitabilité particulièrement exploitable.
La carrière européenne commence plus tard, à l’été 1998. Cette chronologie explique pourquoi les Demio rencontrées en France sont généralement répertoriées à partir du millésime 1998 et pourquoi leurs caractéristiques ne correspondent pas toujours aux premières voitures japonaises de 1996. Les motorisations, niveaux de puissance, transmissions et équipements dépendent fortement du marché.
Motorisations et évolutions de la Demio DW
Au lancement japonais, Mazda propose deux quatre-cylindres essence atmosphériques à simple arbre à cames en tête et 16 soupapes. Le B3-ME de 1 323 cm3 développe 83 PS selon la norme japonaise, tandis que le B5-ME de 1 498 cm3 atteint environ 100 PS. Une boîte manuelle à cinq rapports est proposée, accompagnée selon les versions d’une transmission automatique à trois ou quatre rapports. Toutes ces Demio sont à moteur transversal avant et traction.
Il serait cependant incorrect d’attribuer ces puissances à toutes les DW. Les voitures européennes reçoivent des configurations adaptées à leurs marchés. En France, les dernières Demio 1.3 sont notamment données pour 63 ch DIN et 103 Nm, soit des chiffres nettement différents de ceux de la 1.3 japonaise originelle. Cette différence provient des spécifications de version et non d’une simple divergence entre fiches techniques.
La gamme évolue progressivement. Une modification de 1998 touche notamment la présentation avant et la calandre. En décembre 1999, Mazda effectue une mise à jour beaucoup plus importante au Japon : face avant remaniée avec la calandre à cinq points caractéristique de la marque, capot modifié, habitacle revu et réglages de suspension retravaillés. La transmission automatique évolue également, tandis que les équipements de sécurité progressent avec notamment l’ABS, la répartition électronique du freinage et l’assistance au freinage sur le marché japonais.
Ces transformations permettent de différencier assez facilement une Demio du lancement d’un exemplaire de fin de carrière. Les premières conservent une face plus simple et typiquement années 1990, tandis que les voitures restylées adoptent une identité Mazda plus affirmée. Les différentes finitions et séries spéciales ajoutent ensuite des variations d’équipement sans remettre en cause l’architecture générale de la DW.
Fiche technique de la Mazda Demio
| Caractéristique | Mazda Demio DW |
|---|---|
| Production | 1996-2002 au Japon pour la première génération |
| Carrosserie | 5 portes, 5 places |
| Architecture | Moteur transversal avant, traction avant |
| Codes de châssis initiaux | E-DW3W 1.3, E-DW5W 1.5 |
| Moteur 1.3 japonais au lancement | 4 cylindres essence, SOHC, 16 soupapes, injection multipoint, 1 323 cm3 |
| Puissance 1.3 japonais | 83 PS à 6 000 tr/min |
| Couple 1.3 japonais | 108 Nm à 4 000 tr/min |
| Moteur 1.5 japonais au lancement | 4 cylindres essence, SOHC, 16 soupapes, injection multipoint, 1 498 cm3 |
| Puissance 1.5 japonais | Environ 100 PS selon version |
| Version 1.3 française tardive | 63 ch DIN, 103 Nm à 3 000 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle 5 rapports, automatique selon version |
| Suspension avant | Jambes McPherson |
| Suspension arrière | Essieu à poutre de torsion |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques ventilés avant, tambours arrière sur les versions courantes |
| Pneus | 165/70 R13 sur certaines versions |
| Longueur | Environ 3 800 mm au lancement, légèrement supérieure sur certaines évolutions |
| Largeur | 1 650 à 1 670 mm selon version |
| Hauteur | Environ 1 500 à 1 535 mm selon version |
| Empattement | 2 390 mm |
| Voie avant | Environ 1 420 mm sur certaines versions |
| Voie arrière | Environ 1 400 mm sur certaines versions |
| Poids | Environ 900 à 990 kg dans la gamme japonaise initiale |
| Vitesse maximale 1.3 française tardive | 151 km/h |
| 0 à 100 km/h 1.3 française tardive | 14 s |
| Consommation mixte 1.3 française tardive | Environ 7,0 l/100 km |
| Réservoir | 43 l sur certaines versions européennes tardives |
Une carrosserie atypique au service de la modularité
Le dessin de la Demio DW traduit directement son cahier des charges. Les montants relativement verticaux, le pavillon haut, les surfaces vitrées généreuses et l’arrière presque droit favorisent le volume intérieur plutôt que l’aérodynamisme visuel. Ses roues de dimensions modestes et ses porte-à-faux contenus accentuent l’impression d’une voiture compacte conçue autour de son habitacle.
L’un de ses dispositifs les plus utiles reste la banquette arrière mobile. Son déplacement permet d’arbitrer entre espace pour les jambes et volume de chargement, tandis que son rabattement transforme la partie arrière pour transporter des objets plus encombrants. La Demio ne cherche donc pas seulement à proposer cinq portes dans un format réduit : sa conception vise à rendre l’espace disponible réellement adaptable.
Cette silhouette permet aussi de distinguer la DW des générations ultérieures. La Demio de 2002 conserve une carrosserie relativement haute, mais adopte une présentation plus moderne et de nouvelles mécaniques. La génération de 2007 change davantage de philosophie avec une carrosserie plus basse et plus légère, proche dans ses proportions d’une citadine conventionnelle. La première Demio reste ainsi la plus directement identifiable comme un petit wagon polyvalent.
De Demio à Mazda2
La première génération poursuit sa carrière jusqu’en 2002 au Japon, avec quelques prolongements commerciaux selon les marchés. En août 2002, Mazda introduit une nouvelle Demio. C’est à ce moment que la nomenclature internationale change : la deuxième génération est commercialisée dans de nombreux pays sous le nom Mazda 2, alors que le Japon conserve l’appellation Demio.
Le nom Demio traverse ainsi plusieurs générations sans désigner partout les mêmes voitures. Au Japon, il demeure utilisé sur les générations de 2002, 2007 et 2014. Sur de nombreux marchés étrangers, ces trois générations appartiennent en revanche à la lignée Mazda2. Mazda finit par harmoniser sa nomenclature en abandonnant le nom Demio au Japon au profit de Mazda2 en 2019.
La formule du petit véhicule haut et pratique ne disparaît pas immédiatement de la gamme japonaise. En 2004, la Mazda Verisa reprend elle aussi un format compact à cinq portes avec une carrosserie relativement haute, mais avec un positionnement plus valorisant. Elle ne remplace pas directement la Demio : les deux modèles coexistent et répondent à des attentes différentes.
Une carrière surtout marquée par son succès commercial
La Demio DW n’a pas été développée comme une sportive et ne possède pas de programme de compétition constructeur majeur comparable à celui de certaines autres Mazda. Ses faits marquants sont essentiellement industriels et commerciaux. Dès 1998, les archives du constructeur font état de plus de 200 000 Demio et Festiva Mini-Wagon produites, preuve de la rapidité avec laquelle la formule trouve son public au Japon.
Les chiffres publiés par Mazda pour son meilleur mois de ventes japonais présentent une petite divergence historique : une rétrospective mentionne 14 250 unités en mars 1998, tandis qu’un communiqué contemporain indique 14 520. L’ordre de grandeur reste néanmoins révélateur du succès rencontré par cette petite voiture dont la conception privilégiait des qualités très concrètes : encombrement réduit, accès facile, habitabilité et modularité.
Cette réussite accompagne Mazda bien au-delà de la première DW. En septembre 2006, le constructeur célèbre le millionième exemplaire de Demio produit au Japon, total qui englobe alors les deux premières générations et ne doit pas être attribué à la seule voiture lancée en 1996. La première Demio reste celle qui a installé le nom et la formule, avant que cette lignée ne devienne internationalement connue sous l’appellation Mazda2.




