Le Mitsubishi Rvr apparaît au Japon en février 1991 avec une formule encore inhabituelle: une carrosserie compacte et haute, deux rangées de sièges, une grande modularité intérieure et une unique porte arrière coulissante côté passager. Plus court qu’un monospace familial traditionnel et proposé en traction ou en transmission intégrale, il traduit l’essor des véhicules de loisirs japonais dans un format adapté à un usage quotidien.
Cette première génération ne doit pas être confondue avec le modèle portant à nouveau le nom RVR à partir de 2010. Ce dernier est un crossover cinq portes vendu notamment en Europe sous l’appellation Mitsubishi ASX. Le Rvr de 1991 appartient à une autre époque et répond à une conception sensiblement différente du véhicule polyvalent.
Un véhicule de loisirs compact lancé en 1991
Au début des années 1990, Mitsubishi dispose déjà d’une solide expérience des véhicules familiaux et de loisirs. Le constructeur couvre aussi bien le 4×4 avec le Mitsubishi Pajero 2, renouvelé en 1991, que les véhicules polyvalents de plus grand gabarit. Le Rvr vient occuper un espace intermédiaire: celui d’une automobile compacte offrant une position relativement haute, un habitacle modulable et, selon les versions, les capacités supplémentaires d’une transmission intégrale.
Sa conception est étroitement apparentée à celle du Chariot de deuxième génération, connu sous différentes appellations à l’exportation. Mitsubishi raccourcit cependant la formule et conserve seulement deux rangées de sièges. Avec un empattement de 2 520 mm et une longueur voisine de 4,3 m sur les premières versions, le Rvr reste suffisamment compact pour les conditions de circulation japonaises tout en offrant un habitacle sensiblement plus flexible que celui d’une berline classique.
Le positionnement est également distinct de celui d’un utilitaire ou d’un véritable tout-terrain. À l’image du Mitsubishi Delica dans une catégorie différente, Mitsubishi cherche à combiner transport de passagers et usages de loisirs, mais le Rvr privilégie un encombrement réduit et un comportement de voiture particulière.
Une carrosserie asymétrique et un habitacle modulable
La silhouette constitue l’un des éléments les plus reconnaissables du premier Rvr. Son capot court précède un habitacle haut, largement vitré, terminé par un hayon presque vertical. L’originalité majeure se trouve sur le flanc: Mitsubishi adopte une porte avant classique et une porte arrière coulissante côté passager, sans reproduire cette disposition de l’autre côté. Cette carrosserie asymétrique donne au véhicule une identité immédiatement reconnaissable.
La porte coulissante est conçue avec un mécanisme permettant de limiter l’encombrement extérieur du rail. Elle facilite surtout l’accès aux places arrière dans les espaces étroits. Le Rvr associe cette solution à un plancher arrière dégagé et à une banquette particulièrement modulable. Celle-ci peut notamment coulisser sur environ 300 mm, ce qui permet de privilégier alternativement l’espace aux jambes ou la capacité disponible derrière les passagers.
Cette organisation explique pourquoi le Rvr est difficile à enfermer dans une catégorie moderne. Il possède certains attributs du monospace compact, mais son style, ses versions 4WD et l’apparition de déclinaisons à présentation plus robuste le rapprochent progressivement du véhicule de loisirs que l’on qualifierait aujourd’hui de crossover. Son emblème japonais, souvent représenté sous la forme stylisée ЯVR, contribue également à son identité visuelle.
Fiche technique du Mitsubishi Rvr
| Caractéristique | Mitsubishi Rvr de première génération |
|---|---|
| Lancement | Février 1991 au Japon |
| Période de la première génération | 1991 à 1997 |
| Architecture | Moteur avant transversal |
| Carrosserie | Véhicule de loisirs compact, 2 rangées de sièges, porte arrière coulissante côté passager |
| Moteur principal au lancement | 4 cylindres essence 4G63, DOHC 16 soupapes, injection |
| Cylindrée | 1 997 cm3 pour le 4G63 |
| Puissance du 2.0 au lancement | 140 PS |
| Couple du 2.0 au lancement | 17,5 kgm, environ 172 Nm |
| Autre moteur du début de carrière | 4G93 essence, 1 834 cm3, 120 PS |
| Evolution du 2.0 atmosphérique | Jusqu’à 160 PS selon version et millésime |
| Versions turbo ultérieures | 4G63 turbocompressé, jusqu’à environ 250 PS selon version |
| Transmission | Traction avant ou 4 roues motrices selon version |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 5 rapports ou automatique 4 rapports |
| Suspension avant | Type MacPherson à ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Bras semi-tirés et ressorts hélicoïdaux sur les versions documentées |
| Direction | À crémaillère avec assistance sur les versions documentées |
| Freins | Configuration variable selon moteur, transmission et finition |
| Longueur | Environ 4 290 à 4 360 mm sur les premières versions |
| Largeur | 1 695 mm sur les premières versions |
| Hauteur | Environ 1 625 à 1 680 mm selon version |
| Empattement | 2 520 mm |
| Voies | Environ 1 455 mm à l’avant et 1 460 mm à l’arrière sur les N23W documentés |
| Poids | Environ 1 210 à 1 380 kg sur les configurations du début de carrière documentées |
| Pneumatiques | Jusqu’à 205/65 R15 sur certaines versions documentées |
| Réservoir | 55 litres sur les 2.0 documentés |
| Rayon de braquage | Environ 5,1 m sur les N23W documentés |
Du 4G63 atmosphérique aux versions turbo
Au lancement, le moteur emblématique est le quatre cylindres 4G63 de 1 997 cm3 à double arbre à cames en tête et 16 soupapes. Dans sa configuration initiale, il développe 140 PS. Le catalogue s’élargit rapidement avec le 1,8 litre 4G93 de 120 PS, tandis que le 2,0 litres atmosphérique évolue ensuite jusqu’à 160 PS sur certaines versions. Cette diversité mécanique impose de distinguer le Rvr de février 1991 de ses nombreuses déclinaisons ultérieures.
La transmission suit la même logique. Des Rvr à traction avant côtoient des modèles à quatre roues motrices. Sur les 4WD concernés, Mitsubishi utilise une transmission intégrale permanente avec différentiel central et viscocoupleur. Cette solution apporte au véhicule une dimension supplémentaire face aux monospaces compacts strictement routiers, sans en faire pour autant l’équivalent d’un Pajero.
La gamme prend une direction nettement plus sportive au cours de sa carrière avec l’arrivée de versions équipées d’un 4G63 turbocompressé, dont les plus puissantes approchent 250 PS. Cette famille mécanique est également associée à des Mitsubishi sportives telles que la Mitsubishi Lancer Evolution, mais les réglages, transmissions et caractéristiques du Rvr restent propres à ses différentes variantes. L’association d’une carrosserie haute et pratique avec un moteur turbo aussi performant constitue l’une des particularités les plus étonnantes de la première génération.
Sports Gear, Open Gear et multiplication des variantes
Le Rvr évolue rapidement après son lancement. En octobre 1992 apparaît le Sports Gear, qui accentue nettement son caractère de véhicule de loisirs. Protections de carrosserie, élargisseurs et présentation plus robuste modifient son allure et éloignent visuellement cette déclinaison du simple monospace compact. D’autres niveaux de finition et évolutions mécaniques viennent progressivement compléter la gamme.
En août 1993, Mitsubishi va encore plus loin avec le Rvr Open Gear. Cette version se distingue par un vaste dispositif de toit ouvrant électrique destiné à renforcer la sensation de conduite en plein air. Le principe illustre la liberté avec laquelle Mitsubishi développe le concept initial: plutôt que de figer le Rvr dans une catégorie, le constructeur multiplie les interprétations autour d’une même base compacte et modulable.
Des déclinaisons comme les Super Sports Gear et Hyper Sports Gear renforcent ensuite la dimension dynamique de la gamme. La diversité devient considérable entre les moteurs 1,8 et 2,0 litres, les versions atmosphériques ou turbo, la traction et les quatre roues motrices, les boîtes manuelles ou automatiques et les différentes présentations de carrosserie. Les chiffres de puissance, de masse ou de performances ne peuvent donc pas être appliqués indistinctement à tous les Rvr de première génération.
Du Rvr japonais au Space Runner européen
L’appellation constitue une source fréquente de confusion. En Europe, la première génération est surtout connue sous le nom Space Runner. Il s’agit de la déclinaison européenne du concept Rvr et non d’un modèle sans rapport. Les motorisations, équipements et spécifications varient cependant selon les marchés, ce qui explique les différences entre les fiches techniques japonaises et celles des exemplaires commercialisés en Europe.
Au Japon, la première génération poursuit sa carrière jusqu’en 1997. Une deuxième génération de Rvr est alors lancée en novembre de cette année-là. Elle conserve le principe général d’un véhicule compact et polyvalent, mais renouvelle profondément la formule et adopte notamment des motorisations GDI suivant les versions.
La suite de l’histoire n’est pas linéaire. Mitsubishi développe ensuite d’autres véhicules capables d’occuper le terrain situé entre voiture familiale et SUV, dont le Mitsubishi Airtrek au début des années 2000. Le nom RVR disparaît temporairement avant de revenir en 2010 sur un crossover cinq portes totalement différent du véhicule asymétrique lancé dix-neuf ans auparavant.
Un modèle révélateur des Mitsubishi des années 1990
Le premier Rvr est représentatif d’une période où Mitsubishi expérimente de nombreuses combinaisons de carrosserie, de transmission et de motorisation. Sa particularité ne repose pas sur une seule innovation spectaculaire, mais sur l’association d’éléments rarement réunis dans un véhicule d’environ 4,3 m: porte arrière coulissante, banquette à grand débattement longitudinal, versions 4WD et, plus tard, déclinaisons turbo particulièrement puissantes.
Cette conception explique aussi pourquoi son apparence change sensiblement suivant les versions. Un Rvr relativement sobre du début de carrière et un Sports Gear fortement habillé peuvent sembler appartenir à deux catégories différentes. Pour identifier correctement un exemplaire, il faut donc tenir compte de son millésime, de son code de châssis, de sa motorisation et de sa finition plutôt que de se fier uniquement à l’appellation Rvr.
Les codes de châssis de la première génération comprennent notamment N11W, N13W, N21W et N23W au début de la carrière, avec d’autres références suivant les évolutions. Cette nomenclature permet de distinguer des configurations mécaniques qui, sous un même nom commercial, peuvent différer fortement. C’est particulièrement important pour les Rvr importés du Japon, dont les spécifications ne correspondent pas nécessairement à celles des Space Runner vendus officiellement sur les marchés européens.




