Nissan Bluebird

Nissan Bluebird

La Nissan Bluebird est l’une des lignées historiques de Nissan. Son nom apparaît officiellement en août 1959 avec la Datsun Bluebird série 310, une berline compacte qui succède aux Datsun 1000 des séries 210 et 211. La carrière de la Bluebird s’étend ensuite sur plusieurs décennies et de nombreuses générations, avec des transformations techniques majeures : augmentation des cylindrées, multiplication des carrosseries, développement de versions sportives SSS, arrivée du turbo puis passage de la propulsion à la traction avant.

Cette longue histoire explique une difficulté fréquente : « Bluebird » ne désigne pas une génération unique. En Europe, et notamment en France, le nom évoque surtout les berlines, cinq portes et breaks des années 1980. Au Japon, il correspond pourtant à une famille bien plus ancienne, dont les origines remontent à la fin des années 1950 et dont les générations ne coïncident pas toujours exactement avec celles commercialisées en Europe.

La naissance de la Datsun Bluebird en 1959

Avant la Bluebird, Nissan développe sa présence sur le marché des voitures particulières avec les Datsun 1000. Les séries 210 et 211 contribuent notamment à bâtir une réputation de robustesse, renforcée par l’engagement de Datsun dans le Mobilgas Trial australien de 1958. Dans ce contexte apparaît la série 310, première automobile à recevoir officiellement l’appellation Bluebird.

Lancée en août 1959, la Datsun Bluebird P310 adopte une silhouette tricorps quatre portes compacte et relativement haute. Son dessin est attribué à Shozo Sato. Avec 3,86 m de longueur et moins de 1,50 m de largeur dans sa configuration 1200 Standard, elle reste très éloignée par ses dimensions d’une berline familiale moderne. Elle offre néanmoins cinq places et introduit une suspension avant indépendante à ressorts hélicoïdaux, tandis que l’essieu arrière conserve des ressorts à lames semi-elliptiques.

La gamme ne reste pas figée. Un Estate Wagon apparaît en juillet 1960 et la P311 fait évoluer la berline. La 1200 Deluxe reçoit notamment le moteur E1 de 1 189 cm3 développant 55 PS, contre 43 PS pour le moteur de même cylindrée de la P310 1200 Standard documentée par Nissan. La carrosserie est également légèrement allongée. Ces évolutions rapides montrent déjà que le nom Bluebird désigne une famille plutôt qu’une configuration mécanique immuable.

De la série 410 à la Bluebird 910

La série 410 prend la relève en 1963, puis la 510 arrive en 1967. Cette dernière devient l’une des générations les plus connues de la famille, notamment grâce à son positionnement international et à ses déclinaisons sportives. La Bluebird s’affirme alors comme une berline essentielle dans l’expansion de Datsun hors du Japon.

La hiérarchie de la gamme japonaise peut prêter à confusion lorsqu’elle est observée plusieurs décennies plus tard. La Bluebird ne doit ainsi pas être confondue avec la Nissan Sunny, famille plus compacte, ni avec les berlines plus grandes. Nissan développe parallèlement des lignées distinctes comme la Nissan Laurel et la Nissan Skyline, chacune possédant sa propre histoire et son positionnement.

La succession se poursuit avec la 610 à partir de 1971, la 810 en 1976 puis la 910 en 1979. Au fil de ces générations, les dimensions augmentent, les carrosseries et motorisations se diversifient et l’équipement progresse. Les versions SSS donnent également au nom Bluebird une dimension plus sportive, sans transformer pour autant toute la gamme en modèle de performance.

Cette période correspond aussi à l’internationalisation croissante de Nissan. Les appellations employées varient suivant les pays, ce qui rend les correspondances entre modèles parfois complexes. La Nissan Sentra, apparue plus tard sur différents marchés, appartient par exemple à une autre famille de berlines compactes et ne constitue pas une génération de Bluebird. De même, les modèles positionnés au-dessus, comme la Nissan Maxima, doivent être distingués de la lignée Bluebird.

Le passage de la propulsion à la traction avant

Une rupture technique majeure intervient avec la Bluebird U11 lancée en 1983. Après des générations à moteur longitudinal et roues arrière motrices, Nissan adopte la traction avant. Ce changement répond à l’évolution générale du marché des berlines familiales, où l’implantation transversale et la traction permettent notamment d’optimiser l’espace disponible pour les passagers.

L’U11 conserve une gamme étendue. Selon les marchés, la Bluebird existe en plusieurs carrosseries et avec différentes motorisations essence ou diesel. Les caractéristiques d’une version ne peuvent donc pas être étendues à l’ensemble de la génération. Cette diversité devient particulièrement importante lorsqu’on étudie les Bluebird européennes, car le nom commercial finit par recouvrir des automobiles dont les origines techniques diffèrent.

Au Japon, Nissan poursuit la lignée avec l’U12 en 1987. Cette génération continue de développer la traction avant et propose également, suivant les versions, des solutions plus sophistiquées, notamment des transmissions intégrales. Elle est suivie par l’U13 en 1991. La chronologie japonaise ne correspond cependant plus exactement à celle connue des automobilistes européens.

La Nissan Bluebird européenne des années 1980

La Bluebird qui marque le marché européen dans la seconde moitié des années 1980 constitue un cas particulier. La T12 commercialisée sous cette appellation en Europe est apparentée aux Nissan Auster et Stanza plutôt qu’à une simple transposition de la Bluebird japonaise contemporaine. Cette distinction explique pourquoi deux automobiles portant le même nom peuvent présenter des différences importantes suivant le pays.

La T12 possède aussi une place particulière dans l’histoire industrielle de Nissan en Europe. Sa production est associée à l’usine de Sunderland au Royaume-Uni, ouverte au milieu des années 1980. La Bluebird devient ainsi l’un des premiers symboles de l’implantation industrielle durable du constructeur japonais sur le continent. L’évolution T72 poursuit cette carrière européenne jusqu’au tournant des années 1990.

La situation est encore compliquée par le break vendu sous le nom Bluebird, qui reste lié à l’U11 japonaise alors que les berlines européennes suivent la famille T12/T72. Parler d’une unique « Bluebird européenne » sur le seul critère de son nom commercial conduirait donc à réunir artificiellement des modèles techniquement différents.

Les motorisations proposées en Europe comprennent plusieurs quatre cylindres essence ainsi qu’un diesel, avec des offres variables selon les années et les marchés. À la fin de la carrière française, on rencontre notamment des 1.6, des 2.0 essence, un 2.0 diesel et une version 1.8 Turbo. Cette dernière illustre le développement de variantes plus performantes au sein d’une gamme qui reste avant tout conçue comme une familiale polyvalente.

Fiche technique de la Nissan Bluebird

CaractéristiqueBluebird P310 1200 Standard de 1959Bluebird P311 1200 Deluxe de 1960
Moteur4 cylindres en ligne Nissan E, OHV4 cylindres en ligne Nissan E1, OHV
Cylindrée1 189 cm31 189 cm3
Puissance43 PS à 4 800 tr/min55 PS à 4 800 tr/min
Couple82 Nm à 2 400 tr/min86 Nm à 3 600 tr/min
ImplantationMoteur avantMoteur avant
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle 3 rapports, commande au volantManuelle, transmission entièrement synchronisée
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdauxIndépendante, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreRessorts à lames semi-elliptiquesRessorts à lames semi-elliptiques
Longueur3 860 mm3 910 mm
Largeur1 496 mm1 496 mm
Hauteur1 480 mm1 475 mm
Empattement2 280 mm2 280 mm
Voies avant / arrière1 209 / 1 194 mm1 209 / 1 194 mm
Poids870 kg900 kg
Vitesse maximale120 km/h120 km/h
Nombre de places55

Des générations aux identités très différentes

L’évolution stylistique de la Bluebird reflète directement celle de l’automobile japonaise. La P310 de 1959 se reconnaît à sa carrosserie étroite, haute et sobre, typique des petites berlines japonaises de l’époque. Les générations des années 1960 et 1970 deviennent progressivement plus basses, plus longues et plus internationales dans leur dessin, tandis que les années 1980 imposent des silhouettes nettement plus anguleuses.

La mécanique suit une transformation comparable. La première Bluebird reste une voiture légère à propulsion animée par un quatre cylindres de 1,2 litre. Les générations suivantes reçoivent des moteurs plus variés et plus puissants, tandis que certaines déclinaisons SSS puis turbo donnent une autre dimension au modèle. L’U11 bouleverse finalement l’architecture historique en adoptant les roues avant motrices.

Cette évolution empêche de définir la Bluebird par une cylindrée, une puissance ou même un type de transmission unique. Sa véritable continuité tient davantage à son rôle : celui d’une berline familiale centrale dans l’offre Datsun puis Nissan, capable d’évoluer avec les attentes de son époque tout en servant de vecteur à l’expansion internationale du constructeur.

De la Bluebird à la Primera en Europe

À la fin des années 1980, Nissan prépare une nouvelle génération de berlines européennes qui abandonne le nom Bluebird. En 1990, la Nissan Primera prend progressivement sa relève sur le marché européen. Ce changement ne signifie toutefois pas la disparition immédiate de la Bluebird à l’échelle mondiale : le nom continue sa carrière au Japon alors que Nissan développe une stratégie de gamme différente en Europe.

La Nissan Primera P10 représente concrètement cette succession européenne. Elle ne constitue pas une Bluebird rebaptisée, mais une nouvelle étape dans l’offre familiale de Nissan, avec une conception et un positionnement adaptés au marché européen du début des années 1990. La distinction est importante puisque, parallèlement, la véritable lignée japonaise Bluebird se poursuit avec l’U13.

Au Japon, l’appellation survit encore après les générations classiques. L’U14 prolonge la famille dans la seconde moitié des années 1990, puis Nissan réutilise le nom à partir de 2000 avec la Bluebird Sylphy. Cette dernière s’inscrit dans une nouvelle période de l’histoire de la marque et ne doit pas être confondue avec la P310 fondatrice ou les Bluebird européennes T12/T72. Entre la petite berline Datsun de 1959 et ces modèles tardifs, le nom Bluebird aura ainsi accompagné plusieurs transformations fondamentales de Nissan, de son expansion internationale à l’implantation industrielle européenne.