Nissan Silvia

Nissan Silvia

La Nissan Silvia désigne une lignée de coupés sportifs japonais à moteur avant et propulsion dont l’histoire commence en 1964. Derrière ce même nom se cachent sept générations très différentes, depuis la rare CSP311 assemblée en quelques centaines d’exemplaires jusqu’aux S13, S14 et S15 devenues emblématiques des sportives Nissan. Cette longue carrière explique aussi les confusions avec les appellations 180SX, 200SX et 240SX, utilisées selon les carrosseries et les marchés.

Une première Silvia très exclusive en 1964

L’histoire débute au Tokyo Motor Show de 1964. Nissan y expose un élégant coupé deux places initialement présenté comme Datsun Coupe 1500. Le modèle de série prend finalement le nom Silvia et commence à être produit en mars 1965, avant sa commercialisation au Japon au printemps. Son code CSP311 permet de l’identifier sans ambiguïté parmi toutes les Silvia qui suivront.

Cette première génération utilise la base technique de la Fairlady 1600 SP311, mais sa carrosserie fermée lui donne une identité totalement différente. Le dessin est réalisé au sein de Nissan par Kazuo Kimura et Fumio Yoshida, avec les conseils du designer allemand Albrecht Goertz. Ce dernier est parfois présenté comme l’unique auteur de la Silvia, alors que les archives de Nissan attribuent bien la conception à ses designers internes.

La CSP311 se distingue par des lignes basses et particulièrement épurées. Sa fabrication demande beaucoup de travail manuel, notamment pour obtenir une carrosserie présentant très peu de jointures visibles. Cette sophistication se retrouve dans son positionnement commercial : proposée à 1 200 000 yens au Japon, elle coûte alors davantage qu’une Nissan Cedric.

Sous le capot se trouve le quatre cylindres Nissan R de 1 595 cm3, alimenté par deux carburateurs SU et développant 90 PS. Associé à une boîte manuelle à quatre rapports et à la propulsion, il permet à ce petit coupé de 980 kg d’atteindre 165 km/h. La production reste extrêmement limitée : Nissan recense 554 exemplaires entre 1965 et 1968.

De la S10 à la S12, la Silvia devient une véritable famille

Après l’arrêt de la CSP311, le nom disparaît plusieurs années. Nissan le relance en 1975 avec la S10, parfois désignée au Japon comme la New Silvia. Le changement est profond : la voiture adopte un style anguleux typique des années 1970 et s’inscrit désormais dans une logique de coupé sportif produit à une échelle nettement supérieure. La mécanique reste implantée longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière, architecture qui deviendra l’un des fils conducteurs de la famille.

La S110 apparaît en 1979 et élargit encore la portée du modèle. Nissan propose plusieurs carrosseries et motorisations suivant les marchés, tandis que la Silvia commence à acquérir une véritable visibilité en compétition. Une S110 préparée en Groupe 4 termine notamment troisième du Safari Rally 1982. La génération sert également de base à la spectaculaire Silvia Super Silhouette de Groupe 5 engagée au Japon.

La S12 prend la relève en 1983. Plus moderne dans sa conception et son style, elle illustre déjà la difficulté d’associer le nom Silvia à une seule définition internationale. Selon les pays, des variantes apparentées sont commercialisées sous d’autres appellations. En Europe, le nom Nissan 200SX devient notamment essentiel pour comprendre l’histoire commerciale de ces coupés Nissan, sans pour autant constituer un synonyme universel de Silvia.

S13, S14 et S15 : les générations les plus célèbres

Présentée en 1988, la cinquième génération constitue une étape majeure. La Nissan Silvia S13 abandonne les lignes anguleuses de ses devancières au profit d’une carrosserie beaucoup plus fluide. Elle conserve le moteur longitudinal et la propulsion, mais reçoit un train arrière multibras sophistiqué. Les premières versions japonaises utilisent les CA18DE et CA18DET, remplacés en 1991 par les SR20DE atmosphérique et SR20DET turbocompressé.

La gamme japonaise S13 est notamment structurée autour des finitions J’s, Q’s et K’s. La K’s constitue la variante turbocompressée et le CA18DET développe initialement 175 PS. La combinaison d’un gabarit relativement compact, de la propulsion et de moteurs turbocompressés explique en partie la place particulière prise ultérieurement par cette génération dans la culture automobile japonaise.

En 1993, la Nissan Silvia S14 succède à la S13. Sa carrosserie devient plus large, ses formes plus arrondies et son positionnement évolue, mais la formule mécanique reste familière. Au Japon, la K’s équipée du SR20DET développe notamment 220 PS sur certaines versions. La S14 connaît également une carrière sportive, en particulier dans le championnat japonais JGTC.

La dernière génération apparaît en 1999. Plus compacte visuellement et reconnaissable à sa face avant acérée, la Nissan Silvia S15 est principalement proposée au Japon en Spec-S atmosphérique et Spec-R turbocompressée. Cette dernière porte le SR20DET jusqu’à 250 PS dans sa configuration japonaise et peut recevoir une boîte manuelle à six rapports. La production de la Silvia s’arrête en 2002, sans qu’une huitième génération de série ne prenne directement sa succession.

Silvia, 180SX, 200SX et 240SX : des noms à ne pas confondre

Les appellations utilisées par Nissan constituent l’un des principaux pièges lorsqu’on retrace cette histoire. Au Japon, la Silvia S13 est un coupé à carrosserie tricorps, tandis que la Nissan 180SX, lancée en 1989 sur une base technique étroitement apparentée, possède une carrosserie fastback avec hayon et phares escamotables. La 180SX poursuit d’ailleurs sa carrière japonaise jusqu’en 1998, alors que la Silvia S14 est déjà commercialisée.

En Europe, l’appellation 200SX a été employée pour des modèles liés à cette famille, ce qui conduit fréquemment à appeler 200SX des voitures qui portent officiellement le nom Silvia sur leur marché d’origine. En Amérique du Nord, la situation est encore différente : la Nissan 240SX reprend des éléments des familles S13 puis S14, mais reçoit notamment des motorisations 2,4 litres spécifiques à ce marché. Une Silvia S13 japonaise, une 180SX et une 240SX ne sont donc pas trois noms parfaitement interchangeables pour la même automobile.

La Silvia doit également être distinguée de la lignée Nissan Fairlady Z. Les deux familles occupent une place importante dans l’histoire des coupés sportifs de la marque, mais la Z suit sa propre généalogie et ne constitue ni une génération de Silvia ni son successeur direct.

Fiche technique de la Nissan Silvia

CaractéristiqueNissan Silvia CSP311
Première apparition1964, Tokyo Motor Show
Production1965-1968
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurNissan R, 4 cylindres en ligne OHV
Cylindrée1 595 cm3
AlimentationDeux carburateurs SU
Puissance90 PS à 6 000 tr/min
Couple132 Nm à 4 000 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
Suspension avantDoubles triangles
Suspension arrièreEssieu avec ressorts à lames longitudinaux
FreinsDisques avant, tambours arrière
Pneumatiques5.60-14-4P
Longueur3 985 mm
Largeur1 510 mm
Hauteur1 275 mm
Empattement2 280 mm
Voie avant1 270 mm
Voie arrière1 198 mm
Poids980 kg
Vitesse maximale165 km/h
Production totale554 exemplaires

Une identité technique qui évolue sans abandonner la propulsion

Présenter une fiche technique unique pour toute la lignée serait trompeur tant la Silvia change entre 1965 et 2002. La CSP311 est une petite sportive à moteur atmosphérique et essieu arrière relativement conventionnel, tandis que les dernières générations utilisent des quatre cylindres à double arbre à cames, des versions turbocompressées et des trains roulants beaucoup plus élaborés. La continuité tient surtout à la conception du coupé à moteur avant et roues arrière motrices.

Cette évolution devient particulièrement nette avec la S13. Son essieu arrière multibras, ses motorisations turbo et, sur certaines variantes, les technologies de direction arrière proposées par Nissan font entrer la Silvia dans une nouvelle période. Les moteurs SR20 apparus sur la S13 évoluée resteront ensuite étroitement associés aux S14 et S15.

La puissance ne constitue cependant pas le seul élément distinctif. La Silvia reste généralement plus compacte et plus simple dans son principe que les grandes GT de Nissan. Cette formule lui permet de conserver une personnalité propre dans une gamme qui compte simultanément plusieurs familles de voitures sportives.

De la compétition à la culture du drift

La carrière sportive de la Silvia précède largement la popularité moderne des S13 à S15. Les générations S110 et S12 ont été engagées en rallye international, avec notamment la troisième place d’une S110 au Safari Rally 1982. En 1988, une 200SX de type RVS12 pilotée par Mike Kirkland termine deuxième du Safari Rally et remporte sa classe. Les Silvia ont également été représentées sur circuit, des imposantes Super Silhouette des années 1980 jusqu’aux S14 engagées en GT japonais.

Les dernières générations acquièrent ensuite une seconde notoriété grâce au drift. Leur architecture à propulsion, leur équilibre général et la disponibilité des moteurs CA18DET puis SR20DET en font des bases appréciées dans cette discipline. Cette utilisation sportive a profondément influencé l’image contemporaine de la Silvia, au point d’éclipser parfois les quatre premières générations et surtout la CSP311 originelle.

Cette première Silvia possède pourtant un caractère historique très différent. Sa rareté découle directement de sa production de seulement 554 unités et de sa fabrication coûteuse. Dès 1965, la police préfectorale de Kanagawa utilise même une CSP311 pour les patrouilles de la Daisan Keihin Road, profitant de sa vitesse maximale de 165 km/h. De ce coupé presque artisanal à la S15 turbo de 250 PS, le nom Silvia aura ainsi couvert près de quatre décennies d’évolution de la sportive japonaise à propulsion.