Renault 4CV

Renault 4CV

Présentée au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1946 puis commercialisée à partir de 1947, la Renault 4CV incarne la voiture populaire française de l’après-guerre. Petite berline quatre portes à moteur arrière, elle a été conçue pour être économique, légère et suffisamment simple à produire en très grande série. Sa carrière se poursuit jusqu’en 1961 et dépasse le million d’exemplaires, une première pour une automobile française.

Son nom ne désigne pas la puissance réelle de son moteur. Les « 4 CV » correspondent à sa puissance fiscale française. Les premières voitures disposent d’un quatre cylindres d’environ 760 cm³ développant 17 ch, avant l’adoption d’un moteur de 747 cm³ dont les performances évoluent au fil des millésimes. Cette longue carrière explique pourquoi une seule fiche chiffrée ne peut pas représenter exactement toutes les 4CV produites.

Une petite Renault conçue pendant la guerre

Le projet prend forme dès 1940 autour de Charles-Edmond Serre, directeur des Études de Renault, et de l’ingénieur Fernand Picard. L’objectif est déjà celui qui définira la voiture de série : construire une automobile compacte, peu gourmande en carburant et adaptée aux conditions économiques difficiles attendues après la guerre. Son développement progresse discrètement pendant l’Occupation.

Plusieurs prototypes se succèdent. Les premières études donnent naissance à une petite voiture encore éloignée de la version commercialisée, puis la carrosserie évolue progressivement vers quatre portes. Le dernier prototype est déjà très proche de la silhouette définitive. Après la nationalisation de Renault en 1945, Pierre Lefaucheux, à la tête de la nouvelle Régie Nationale des Usines Renault, accompagne l’industrialisation du projet.

La 4CV apparaît officiellement devant le public au Salon de Paris de 1946. Cette date constitue sa première apparition publique, même si la fabrication en série et les livraisons commerciales ne débutent réellement qu’en 1947. Elle arrive dans une gamme encore marquée par la Renault Juvaquatre, mais elle n’en est pas simplement une remplaçante : son architecture à moteur arrière, sa conception monocoque et son positionnement répondent à une logique technique nouvelle.

La production s’appuie notamment sur l’usine de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt. L’industrialisation de la 4CV accompagne aussi une modernisation profonde des méthodes de fabrication de Renault. Les machines-transfert associées aux travaux de Pierre Bézier permettent d’automatiser une partie des opérations d’usinage et d’atteindre des cadences compatibles avec la motorisation de masse.

Fiche technique de la Renault 4CV

CaractéristiqueDonnées
Période de production1947 à 1961
CarrosserieBerline monocoque 4 portes, 4 places, avec variantes découvrable et commerciales
Moteur4 cylindres en ligne essence, refroidi par eau
CylindréeEnviron 760 cm³ au lancement, puis 747 cm³ selon les versions
DistributionSoupapes en tête, arbre à cames latéral, tiges et culbuteurs
Puissance17 ch sur les premières versions, puis environ 18 à 26 ch selon les millésimes et versions de tourisme
AlimentationCarburateur
ImplantationMoteur longitudinal en porte-à-faux arrière
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports et marche arrière
StructureCarrosserie autoporteuse en acier
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques
Suspension arrièreRoues indépendantes, demi-essieux oscillants, ressorts hélicoïdaux
DirectionÀ crémaillère
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
PneumatiquesDimensions variables selon millésime, notamment 135 x 400 ou 5.00 x 15 sur certaines séries anciennes, puis 135 x 15 sur des versions ultérieures
LongueurEnviron 3,61 à 3,66 m selon millésime et méthode de mesure
LargeurEnviron 1,43 m
HauteurEnviron 1,45 à 1,47 m
Empattement2,10 m
VoiesEnviron 1,21 m sur une documentation de 1950
PoidsEnviron 560 kg sur une version de 1950, jusqu’à environ 600 kg selon versions
Vitesse maximaleEnviron 90 km/h sur les premières versions, autour de 100 km/h ou davantage sur certaines évolutions
ConsommationEnviron 6 l/100 km dans une documentation Renault de 1950
RéservoirEnviron 27 à 28 litres selon les sources et versions
Puissance fiscale4 CV

Un moteur arrière au service de la compacité

L’architecture de la 4CV est l’un de ses traits les plus caractéristiques. Son moteur est installé longitudinalement derrière l’essieu arrière et entraîne les roues arrière. Le coffre se trouve donc à l’avant. Ce choix permet de réunir quatre places et quatre portes dans une carrosserie longue d’à peine plus de 3,60 mètres, tout en conservant une mécanique relativement accessible et compacte.

Les quatre roues indépendantes, la direction à crémaillère et la faible masse donnent à la voiture une conception moderne pour son époque. Le moteur repose sur une architecture simple, avec bloc en fonte, culasse en alliage léger, chemises humides et vilebrequin à trois paliers. La boîte manuelle ne compte que trois rapports. Sur les versions courantes, la première n’est pas synchronisée comme les rapports supérieurs.

La cylindrée initiale d’environ 760 cm³ est rapidement remplacée par 747 cm³. Cette modification répond notamment à des considérations réglementaires et sportives. Les puissances augmentent ensuite progressivement. Une 4CV du début des années 1950 n’a donc pas nécessairement les mêmes performances qu’une voiture produite à la fin de la décennie.

Dans le paysage européen, cette implantation mécanique rapproche la Renault de petites voitures populaires apparues plus tard, comme la Fiat 600. Elle annonce aussi une formule que d’autres constructeurs continueront d’exploiter durant les années 1960.

Des versions nombreuses au fil de quinze années de carrière

La gamme évolue régulièrement entre 1947 et 1961. Renault propose selon les années des finitions Normale, Luxe, Grand Luxe, Affaires, Service ou Sport, auxquelles s’ajoutent une découvrable et plusieurs déclinaisons commerciales. Les équipements, la puissance, les roues et certains détails de carrosserie changent avec les millésimes, ce qui rend l’identification précise d’un exemplaire plus importante que la simple mention « Renault 4CV ».

Les types usine constituent un autre repère. Les premières séries sont notamment associées au type R1060. Le type R1062 correspond aux évolutions équipées du moteur de 747 cm³, tandis que la R1063 désigne une véritable variante à vocation sportive. Cette dernière reçoit des modifications mécaniques spécifiques et ne doit pas servir de référence pour les performances d’une 4CV de tourisme normale.

Le dessin extérieur permet également de dater approximativement certaines voitures. Les premières 4CV se reconnaissent notamment à leur face avant ornée de six fines barrettes horizontales, souvent surnommées « moustaches ». À partir du millésime 1954, la présentation évolue vers trois barrettes. Les portes avant articulées à l’arrière restent un autre signe distinctif immédiatement visible.

Les premières voitures sont fortement associées à une teinte jaune sable qui contribue au surnom de « motte de beurre ». Mais la 4CV est rapidement proposée dans d’autres coloris et finitions. Son style arrondi, ses ailes marquées et ses petites roues participent à une silhouette devenue emblématique de l’automobile française de l’après-guerre.

Plus d’un million d’exemplaires produits

Le succès commercial dépasse largement le rôle initial d’une voiture de reconstruction. La production franchit le cap des 500 000 exemplaires en 1954, puis celui du million en 1958. Le total généralement retenu pour l’ensemble de la carrière est de 1 105 547 unités, même si quelques sources donnent un chiffre inférieur de quatre exemplaires. Il est donc plus rigoureux de retenir environ 1,105 million de voitures produites.

Cette diffusion ne se limite pas à la France. Des 4CV sont assemblées ou produites sous licence dans plusieurs pays. Le cas japonais est particulièrement notable : Hino fabrique le modèle sous licence et adapte progressivement sa production au marché local. Des assemblages existent également dans différents pays européens ainsi qu’en Australie et en Afrique du Sud.

La 4CV devient ainsi la première Renault et la première voiture française à dépasser le million d’exemplaires. Sa réussite prépare directement le développement d’une automobile plus grande et plus moderne. Lancée en 1956, la Renault Dauphine reprend le principe du moteur arrière et monte en gamme tout en cohabitant plusieurs années avec la 4CV.

La Renault 4CV en compétition

Malgré sa vocation économique, la 4CV se construit rapidement un palmarès sportif. Sa légèreté, sa mécanique simple et la possibilité d’améliorer facilement son petit quatre cylindres attirent des pilotes privés. Des succès de catégorie apparaissent dès la fin des années 1940, notamment au Mont Ventoux et au Rallye Monte-Carlo.

Renault développe ensuite la R1063, version destinée à la compétition et à l’homologation sportive. Plus puissante qu’une voiture de série, elle reçoit des modifications portant notamment sur le moteur et sa préparation. Aux 24 Heures du Mans 1951, la 4CV R1063 pilotée par François Landon et André Briat termine 23e au classement général et remporte sa catégorie S750.

La carrière sportive de la 4CV est aussi liée à Jean Rédélé. Le futur fondateur d’Alpine exploite le potentiel de la petite Renault en compétition avant de développer ses propres voitures autour d’organes mécaniques Renault. Ce lien historique contribue à la naissance d’Alpine, mais les modèles ultérieurs comme la Renault Alpine A110 ne sont pas des variantes de la 4CV : ils appartiennent à une lignée sportive distincte.

De la 4CV à la nouvelle génération de Renault populaires

À la fin des années 1950, la 4CV reste au catalogue mais son rôle évolue. La Dauphine prend progressivement le relais comme berline compacte familiale, tandis que Renault prépare une autre conception de la voiture populaire. Lorsque la production de la 4CV s’arrête en 1961, la Renault 4 introduit une rupture nette avec moteur avant, traction avant, hayon et architecture pensée pour davantage de polyvalence.

Le moteur arrière ne disparaît pourtant pas immédiatement de la gamme. La Dauphine poursuit sa carrière et la Renault 8, lancée au début des années 1960, prolonge encore cette formule technique. La 4CV occupe ainsi une position précise dans l’histoire de Renault : celle du modèle qui a installé durablement la production de masse de la marque après la guerre et ouvert la voie à plusieurs générations de petites berlines populaires.

Marque Renault

Année de sortie 1946

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