La Renault Nervastella apparaît au tournant des années 1930 comme l’une des automobiles les plus prestigieuses de la marque française. Présentée à l’automne 1929 pour le millésime 1930, elle prend place dans la famille des grandes Renault portant le suffixe « Stella », réservé aux modèles luxueux. Elle se distingue surtout par son moteur huit cylindres en ligne, une architecture encore rare et coûteuse en Europe à cette époque.
Dans la hiérarchie Renault, la Nervastella évolue sous la Renault Reinastella, encore plus imposante et animée par un huit cylindres de 7,1 litres. La Nervastella adopte une approche différente, avec une mécanique plus compacte et une carrosserie plus proche des grandes routières de la marque, tout en conservant un niveau de finition et de représentation destiné à une clientèle aisée.
Une grande Renault de prestige née en 1930
La Nervastella est lancée dans un contexte particulièrement difficile. La crise économique mondiale touche directement le marché des automobiles de luxe, dont les volumes deviennent rapidement faibles. Renault maintient pourtant une gamme de prestige très étendue, avec plusieurs modèles à six et huit cylindres destinés aussi bien aux particuliers fortunés qu’aux administrations et aux usages officiels.
La première Nervastella, connue sous le type TG, reprend une partie de l’architecture et de la carrosserie de la Vivastella. Son capot est toutefois sensiblement allongé afin d’accueillir le huit cylindres. La voiture conserve alors une silhouette très classique, avec ailes séparées, marchepieds, grande calandre verticale et habitacle implanté loin derrière l’essieu avant.
Cette sophistication contraste avec les débuts beaucoup plus modestes de Renault, dont la Renault Type A avait inauguré la production automobile de la marque à la fin du XIXe siècle. Trois décennies plus tard, la Nervastella illustre jusqu’où Renault a étendu sa gamme, des petites voitures populaires jusqu’aux grandes automobiles de représentation.
La carrière du modèle s’étend jusqu’en 1937. Les appellations internes successives, TG, TG1, TG2, TG3, TG4, puis ZD2, ZD4, ACS1, ACS2, ABM4 et ABM6, correspondent à des évolutions parfois importantes. Il ne s’agit donc pas d’une automobile techniquement figée pendant sept ans, mais d’une famille de grandes Renault dont la mécanique, le châssis et le dessin évoluent progressivement.
Un huit cylindres en constante évolution
La première Nervastella reçoit un huit cylindres en ligne monobloc de 4 240 cm3 environ. Avec un alésage de 75 mm et une course de 120 mm, il développe autour de 100 ch dans sa configuration initiale. Sa conception s’inscrit dans une logique de rationalisation industrielle, certaines cotes étant partagées avec d’autres moteurs Renault contemporains.
La cylindrée augmente ensuite au fil de la carrière. Elle atteint environ 4 825 cm3 sur les versions du milieu des années 1930, puis 5 448 cm3 sur les dernières séries. Avec ce dernier moteur, la puissance se situe autour de 110 ch et peut atteindre environ 115 ch sur certaines versions de fin de production. Les évolutions concernent également les matériaux, avec notamment l’utilisation d’aluminium pour certains éléments mécaniques sur les dernières générations.
Le moteur est monté longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte mécanique compte quatre rapports sur les Nervastella, avec synchronisation des rapports supérieurs sur certaines séries. Pour une automobile lourde dépassant souvent deux tonnes, cette transmission participe à l’agrément recherché par Renault, davantage orienté vers la souplesse et le silence que vers une conduite sportive.
Les performances restent néanmoins élevées pour une grande voiture du début des années 1930. Renault annonce jusqu’à environ 125 km/h pour certaines Nervastella, tandis que des versions plus tardives et mieux profilées peuvent approcher des valeurs supérieures. Ces chiffres varient sensiblement selon la carrosserie, le moteur et l’empattement, ce qui interdit d’attribuer une vitesse unique à toute la gamme.
Fiche technique de la Renault Nervastella
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Période | 1930 à 1937 |
| Architecture moteur | 8 cylindres en ligne essence |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Cylindrée initiale | Environ 4 240 cm3 |
| Alésage x course initial | 75 x 120 mm |
| Cylindrées ultérieures | Environ 4 825 cm3 puis 5 448 cm3 |
| Puissance | Environ 100 ch au lancement, autour de 110 ch avec le 5,4 litres, jusqu’à environ 115 ch sur certaines versions tardives |
| Boîte de vitesses | Mécanique à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension arrière | Ressorts obliques cantilever complétés par un ressort transversal sur les versions documentées |
| Amortissement | Amortisseurs hydrauliques à double effet sur certaines versions |
| Freinage | Freins mécaniques sur les quatre roues avec assistance par servo-moteur Renault |
| Direction | Mécanique, conduite à droite sur plusieurs premières séries |
| Empattement | Environ 3,35 m sur certaines TG, jusqu’à environ 3,59 m selon versions et carrosseries |
| Longueur | Environ 4,80 m à plus de 5,20 m selon carrosserie |
| Largeur | Environ 1,75 à 1,85 m selon version |
| Hauteur | Variable selon carrosserie, environ 1,90 m pour certains exemplaires |
| Poids | Environ 2 250 à 2 400 kg selon version et carrosserie |
| Vitesse maximale | Environ 125 km/h pour les versions documentées par Renault, davantage pour certaines évolutions tardives |
| Puissance fiscale | 24 CV environ au lancement, puis jusqu’à 31 CV selon cylindrée |
Des carrosseries de plus en plus aérodynamiques
L’évolution visuelle de la Nervastella accompagne les transformations rapides du design automobile pendant les années 1930. Les premières TG restent très verticales, avec une calandre haute et un long capot perforé d’ouïes latérales. Les générations suivantes reçoivent des faces avant plus travaillées, des radiateurs inclinés et des volumes de carrosserie progressivement mieux intégrés.
À partir des séries ZD, l’influence de l’aérodynamique devient plus visible. Les lignes s’arrondissent, l’arrière s’allonge et les carrosseries abandonnent progressivement l’aspect très anguleux du début de la décennie. Certaines Nervastella de 1935 adoptent une poupe effilée, parfois décrite comme une « queue de pie », tandis que les dernières ABM intègrent davantage les projecteurs dans les ailes et utilisent une calandre aux formes plus modernes.
La Nervastella n’est pas proposée sous une seule carrosserie. Renault commercialise des conduites intérieures, limousines et autres variantes fermées, mais certains clients achètent également un châssis destiné à recevoir une carrosserie sur mesure. Des maisons françaises reconnues comme Binder, Franay, Fernandez & Darrin ou Million-Guiet ont ainsi habillé des châssis Renault, donnant naissance à des exemplaires parfois uniques.
L’un des mieux documentés est une Nervastella TG4 carrossée par Binder, conservée dans le patrimoine Renault. Avec plus de cinq mètres de longueur et une présentation particulièrement luxueuse, elle illustre la fonction de représentation de ces automobiles. Des Nervastella ont également été utilisées dans un contexte officiel, notamment par la présidence française.
Nervastella, Nervasport et Nerva Grand Sport
La proximité des noms peut facilement conduire à mélanger plusieurs modèles distincts. La Nervasport apparaît en 1932 comme une déclinaison plus courte, plus légère et plus dynamique issue de la même famille mécanique. Elle reprend le huit cylindres Renault, mais son châssis et son orientation sportive la distinguent clairement de la Nervastella traditionnelle.
La confusion est encore plus fréquente avec la Nerva Grand Sport. Au Salon de Paris de 1934, Renault présente une automobile appelée « Nervastella Grand Sport ». Cette version constitue en pratique une étape vers un modèle spécifique qui prend ensuite le nom de Nerva Grand Sport. Son dessin beaucoup plus aérodynamique et ses performances supérieures ne doivent donc pas être utilisés pour décrire indistinctement toutes les Nervastella.
La Nervastella demeure avant tout la grande voiture de prestige de la famille. Son empattement généralement supérieur, ses carrosseries plus vastes et ses configurations pouvant accueillir jusqu’à sept ou huit occupants sur certaines versions correspondent davantage à un usage de grande routière ou de limousine qu’à celui d’une automobile sportive.
Production limitée et carrière sous la crise
Les chiffres de production publiés pour la Nervastella ne sont pas parfaitement homogènes. Une ventilation historique couramment reprise attribue environ 1 246 exemplaires aux séries TG à TG4, 318 aux ZD2 et ZD4, 198 aux ACS1 et ACS2 et 167 aux ABM4 et ABM6. L’addition donne 1 929 voitures, mais ce total ne doit pas être considéré comme un chiffre constructeur définitivement établi.
Certains types ont été construits en quantités extrêmement faibles. La Nervastella ABM4 de 1936 n’aurait ainsi représenté qu’un peu plus d’une centaine d’exemplaires. À ces faibles volumes s’ajoute la diversité des carrosseries, qui rend aujourd’hui chaque survivante difficile à comparer directement à une autre.
Le prix variait lui aussi fortement. Selon la période, l’empattement et la carrosserie, une Nervastella pouvait être vendue plusieurs dizaines de milliers de francs, avec de très importants écarts entre un châssis, une berline standard et une automobile habillée sur mesure. Elle se situait de toute façon dans une catégorie réservée à une petite fraction des automobilistes français, ce qui explique ses volumes limités dès l’origine.
Records, compétition et automobiles officielles
Malgré sa vocation luxueuse, la Nervastella est utilisée pour démontrer les performances et l’endurance de la mécanique Renault. Une Nervastella type TG participe au Grand Prix du Maroc en 1930, où Renault obtient un résultat de premier plan dans la catégorie Sport. La date de 1931 est parfois mentionnée dans des récits ultérieurs, mais les documents contemporains rattachent bien cet engagement notable à l’année 1930.
Renault exploite également les pistes de vitesse pour promouvoir son huit cylindres. Une publicité de 1932 revendique ainsi une moyenne d’environ 124 km/h tenue pendant douze heures sur l’autodrome de Linas-Montlhéry. Cette performance témoigne surtout de la volonté du constructeur de démontrer qu’une automobile de plus de deux tonnes pouvait conjuguer luxe, endurance et vitesse soutenue.
La dernière phase de la carrière voit la Nervastella céder progressivement sa place aux grandes Renault à carrosserie plus aérodynamique. Les dernières ABM prolongent la formule du huit cylindres de prestige jusqu’en 1937, avant que Renault réorganise son sommet de gamme autour de modèles plus modernes. Les exemplaires survivants, particulièrement lorsqu’ils conservent une carrosserie de grand carrossier ou une provenance officielle, figurent aujourd’hui parmi les Renault d’avant-guerre les plus rares.





