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Présentée au Salon de Paris en octobre 1928, la Renault Reinastella marque l’entrée de Renault dans une nouvelle ère du très haut de gamme. Elle succède à la prestigieuse 40 CV et devient le vaisseau amiral de la marque à une époque où les grands constructeurs européens doivent répondre à la montée en puissance des luxueuses huit-cylindres américaines. Avec son moteur de plus de sept litres, ses dimensions imposantes et ses carrosseries parfois réalisées sur mesure, elle compte parmi les automobiles françaises les plus ambitieuses de l’entre-deux-guerres.
La Reinastella appartient à la famille des Type RM et inaugure surtout le premier moteur huit cylindres en ligne produit par Renault. Elle est initialement présentée sous l’appellation Renahuit, rapidement abandonnée au profit de Reinastella. Ce nom ouvre la voie à une série de modèles de prestige portant le suffixe Stella, qui devient durant les années 1930 un marqueur du haut de gamme Renault.
En moins de trois décennies, le constructeur est ainsi passé de la très rudimentaire Renault Type A de la fin du XIXe siècle à une limousine de plus de cinq mètres capable de rivaliser avec certaines des automobiles les plus prestigieuses de son époque. La Reinastella illustre à elle seule l’ampleur de cette transformation industrielle et technique.
Une Renault conçue pour le très grand luxe
À la fin des années 1920, Renault dispose déjà d’une longue expérience dans les voitures de prestige. La 40 CV, produite sous différentes formes pendant de nombreuses années, a notamment servi de porte-drapeau technologique à la marque. Mais sa conception repose encore sur des solutions devenues anciennes face à une concurrence qui généralise les moteurs huit cylindres et modernise rapidement les carrosseries.
La Reinastella est développée pour remplacer ce modèle sans renoncer au caractère spectaculaire qui faisait la réputation des grandes Renault. Le nouveau huit cylindres en ligne de 7 125 cm3 constitue l’élément central du projet. Son architecture permet de délivrer une puissance adaptée au poids considérable des grandes berlines, limousines et carrosseries spéciales installées sur le châssis.
Elle s’inscrit aussi dans une histoire de marque déjà fortement associée aux automobiles emblématiques. La Renault Type AG, rendue célèbre par son utilisation comme taxi parisien, appartient à un univers très différent, mais montre à quel point Renault avait déjà multiplié les usages et les catégories de véhicules avant de développer la Reinastella comme vitrine de prestige.
La voiture est produite à Billancourt et proposée soit avec des carrosseries Renault, soit sous forme de châssis destiné à être habillé par des carrossiers spécialisés. Hibbard & Darrin intervient dans la conception de plusieurs carrosseries d’usine, tandis que Binder, Kellner, Letourneur & Marchand, Million-Guiet ou Weymann figurent parmi les noms associés à certaines réalisations. Cette diversité explique les écarts de dimensions, de poids et de présentation observés d’un exemplaire à l’autre.
Du Type RM aux dernières Reinastella
La première Reinastella appartient au Type RM. Les évolutions suivantes prennent les désignations RM1, RM2, RM3 puis RM4. Leur chronologie exacte n’est pas présentée de manière parfaitement uniforme dans les archives disponibles, notamment pour les années 1930 et 1931. Il est donc plus pertinent de considérer ces références comme des évolutions successives du même programme plutôt que comme des générations totalement distinctes.
Les premiers modèles se reconnaissent à leur grande calandre frontale et à leur silhouette très verticale. Cette implantation du radiateur devant le moteur constitue une évolution importante chez Renault, longtemps associé à ses capots caractéristiques avec radiateur placé en retrait. Sur les premières voitures, la calandre possède des éléments horizontaux et peut recevoir le losange Renault au centre. Les versions ultérieures adoptent des formes plus verticales et une face avant progressivement plus inclinée.
Les RM2 et RM3 bénéficient notamment d’un dessin plus aérodynamique de l’avant, avec une calandre en coupe-vent et un traitement modernisé du capot. Certaines évolutions reçoivent également des volets de refroidissement mobiles. Sur les derniers exemplaires, les phares eux-mêmes prennent une forme plus profilée, signe de l’évolution esthétique rapide des voitures de prestige au début des années 1930.
Renault décline le châssis en plusieurs carrosseries, parmi lesquelles des conduites intérieures, berlines, limousines, Pullman, landaulets, cabriolets et roadsters. Une version Grand Sport apparaît également avec une transmission dotée d’un quatrième rapport surmultiplié, alors que les premières Reinastella disposent d’une boîte mécanique à trois rapports.
La crise économique qui suit le krach de 1929 rend toutefois de plus en plus difficile la commercialisation de voitures aussi coûteuses. Renault développe parallèlement des modèles huit cylindres plus compacts. La Renault Nervastella, dotée d’une mécanique de cylindrée inférieure, participe à cette diversification du haut de gamme sans être une simple variante de la Reinastella. La Reinasport reprend de son côté le gros moteur de 7,1 litres sur des châssis à vocation plus dynamique.
Fiche technique de la Renault Reinastella
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type | Renault RM, puis RM1, RM2, RM3 et RM4 |
| Présentation | Salon de Paris, octobre 1928 |
| Architecture moteur | 8 cylindres en ligne essence |
| Cylindrée | 7 125 cm3 |
| Alésage x course | 90 x 140 mm |
| Vilebrequin | 9 paliers |
| Puissance fiscale | 41 CV |
| Puissance | Environ 110 ch sur les RM et RM2 documentées, jusqu’à 130 ch annoncés pour certaines dernières évolutions |
| Régime de puissance | 2 600 tr/min pour le Type RM documenté |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | 3 rapports sur les premières versions, 4 rapports avec surmultipliée sur certaines Grand Sport |
| Structure | Châssis séparé en acier embouti |
| Suspension avant | Ressorts à lames |
| Suspension arrière | Ressorts obliques de type cantilever complétés par un ressort transversal |
| Direction | À vis sans fin |
| Freins | Tambours aux quatre roues avec assistance par servofrein |
| Longueur | Environ 5,30 à 5,50 m selon version et carrosserie |
| Largeur | Environ 1,92 à 1,95 m selon version |
| Hauteur | Environ 1,80 m |
| Empattement | 3,714 m pour le Type RM documenté |
| Voie avant | 1,507 m pour le Type RM documenté |
| Voie arrière | 1,535 m pour le Type RM documenté |
| Poids | 1 780 kg environ pour le châssis nu, jusqu’à environ 2,7 t carrossée |
| Vitesse maximale | Environ 130 à 135 km/h pour les versions documentées, jusqu’à 145 km/h annoncé pour certaines dernières évolutions |
| Carrosseries | Berline, conduite intérieure, limousine, Pullman, landaulet, cabriolet, roadster et réalisations spéciales |
Un huit cylindres de 7,1 litres au service du confort
Le huit cylindres en ligne constitue la principale nouveauté mécanique de la Reinastella. Avec un alésage de 90 mm et une course particulièrement longue de 140 mm, il privilégie la souplesse nécessaire à une automobile lourde plutôt qu’un fonctionnement à haut régime. Le vilebrequin monté sur neuf paliers contribue à la rigidité et à la régularité de fonctionnement de cet ensemble imposant.
La puissance d’environ 110 ch relevée sur plusieurs versions peut paraître modeste au regard de la cylindrée selon les standards modernes. Elle doit être replacée dans le contexte de la fin des années 1920, où la disponibilité du moteur, sa capacité à déplacer une carrosserie dépassant parfois 2,5 tonnes et son agrément primaient davantage que la puissance spécifique.
Le châssis reste traditionnel dans son principe, avec des ressorts à lames et des freins à tambour, mais Renault travaille sur plusieurs dispositifs destinés à améliorer le confort et la maîtrise d’un véhicule aussi massif. Le servofrein facilite notamment le ralentissement, tandis que des amortisseurs hydrauliques accompagnent le système de suspension. Sur certaines carrosseries, la longueur atteint 5,50 m, ce qui place clairement la Reinastella dans la catégorie des grandes automobiles de représentation.
Ses performances demeurent élevées pour son époque. Une vitesse de l’ordre de 130 à 135 km/h est documentée sur les versions les mieux connues. Des chiffres proches de 145 km/h sont attribués aux ultimes évolutions, plus puissantes, mais ne doivent pas être généralisés à l’ensemble de la gamme.
Une production extrêmement limitée
Le nombre exact de Reinastella construites fait l’objet d’une divergence notable entre les sources historiques Renault. Certaines données donnent 405 exemplaires produits entre 1928 et 1932, tandis qu’une chronologie détaillée attribue 384 voitures aux années 1929 à 1933, avec 103 exemplaires en 1929, 121 en 1930, 54 en 1931, 64 en 1932 et 42 en 1933. Ces chiffres permettent surtout d’établir avec certitude que la production totale est restée de l’ordre de seulement quatre cents voitures.
Cette rareté s’explique par le positionnement du modèle. Les tarifs connus sur certaines versions tardives atteignent 145 000 francs pour un châssis Tourisme et 160 000 francs pour un châssis Grand Sport. Une conduite intérieure sept places est alors annoncée autour de 195 000 francs, tandis que certaines Grand Sport carrossées approchent ou dépassent ce montant. Ces prix ne peuvent toutefois pas être transposés à tous les millésimes de la Reinastella.
La faible diffusion initiale, l’âge du modèle et la Seconde Guerre mondiale expliquent le très petit nombre d’exemplaires conservés. Renault indique notamment que sa Reinastella RM2 de 1932 fait partie de seulement trois RM2 survivantes connues. Cette rareté rend les comparaisons de valeur difficiles, car le marché offre trop peu de transactions homogènes pour établir une cote représentative de l’ensemble des Reinastella.
La Reinastella présidentielle et les exemplaires les plus connus
La Reinastella ne se limite pas au rôle de voiture de salon ou de limousine pour riches particuliers. Elle entre également dans le parc automobile de la Présidence de la République française. Une Reinastella découvrable est utilisée à partir de 1931 sous la présidence de Paul Doumer, puis sous celle d’Albert Lebrun. Son gabarit, son empattement et ses carrosseries ouvertes se prêtent particulièrement aux déplacements officiels et aux cérémonies.
Le modèle apparaît aussi dans quelques épreuves automobiles féminines. Magdeleine Goüin, comtesse Bernard de Ganay, conduit une Reinastella en compétition au début des années 1930. Sa participation à plusieurs manifestations, dont le Paris-Amsterdam de 1931, montre que cette immense Renault n’était pas uniquement destinée aux cortèges et aux déplacements avec chauffeur.
La Reinastella disparaît lorsque le marché des automobiles de prestige se contracte fortement et que Renault réorganise son haut de gamme autour de modèles moins démesurés. Après la guerre, la marque choisira une approche très différente avec la Renault Frégate, grande berline conçue pour une production beaucoup plus industrielle. Des décennies plus tard, des modèles comme la Renault 25, la Renault Safrane ou la Renault Vel Satis occuperont à leur manière le sommet de la gamme, sans retrouver le principe d’une automobile presque construite comme une voiture de représentation sur mesure.
Le nom Reinastella réapparaît bien plus tard chez Renault, mais dans un tout autre contexte. La Reinastella Concept de 1992 est une création futuriste destinée à l’univers du Visionarium d’Euro Disney. Elle ne constitue ni une seconde génération ni une évolution mécanique de la grande huit-cylindres de 1928. La Reinastella historique reste donc exclusivement liée à la famille Type RM de l’entre-deux-guerres et à l’une des périodes les plus ambitieuses du luxe automobile français.





