Apparue en 1905, la Renault Type AG est l’une des automobiles les plus importantes des premières années de Renault. Sa célébrité vient surtout de son utilisation comme voiture de place à Paris, mais son intérêt dépasse largement l’image du taxi ancien. Conçue comme une automobile simple, robuste et facile à entretenir, elle participe à la motorisation rapide du transport urbain et contribue fortement au développement industriel du constructeur de Billancourt.
La Type AG doit toutefois être distinguée de la Renault Type AG1 qui lui succède à partir de la fin de 1907. Cette évolution est capitale pour comprendre l’histoire du modèle, car de nombreux véhicules représentés comme des “Type AG”, en particulier les célèbres Taxis de la Marne de 1914, sont en réalité des AG1 ou des dérivés ultérieurs de la même famille.
Une Renault conçue pour remplacer les fiacres
Au début du XXe siècle, Paris reste largement dépendante des voitures hippomobiles. Les compagnies de transport cherchent pourtant à remplacer progressivement les fiacres par des automobiles capables de travailler quotidiennement dans des conditions exigeantes. Renault dispose déjà de plusieurs années d’expérience depuis la Renault Type A, première automobile produite par la jeune entreprise à la fin des années 1890.
En 1905, Renault répond aux besoins de la Compagnie Française des Automobiles de Place avec une voiture volontairement pragmatique. Le Type AG n’est pas conçu pour battre des records de vitesse ou séduire une clientèle sportive. Il doit démarrer facilement, supporter de longues journées de circulation, rester relativement simple à conduire et permettre des opérations d’entretien rapides. Cette adéquation aux besoins professionnels joue un rôle déterminant dans son succès.
La première commande porte sur 250 voitures. Le développement du parc est rapide: 250 exemplaires supplémentaires sont commandés durant le premier semestre 1906, puis 750 au second semestre. Ces chiffres concernent les commandes documentées de voitures destinées au service de place et illustrent l’ampleur prise par le programme en très peu de temps.
La fabrication est assurée à Billancourt, où Renault accroît alors ses capacités industrielles. Le succès du taxi apporte au constructeur des volumes réguliers, une visibilité exceptionnelle dans les rues de la capitale et une réputation de robustesse particulièrement précieuse à une époque où l’automobile reste encore un produit relativement nouveau.
Du Type AG au Type AG1
Le Type AG initial utilise un moteur bicylindre de 1 060 cm3, obtenu avec un alésage de 75 mm et une course de 120 mm. Cette version est commercialisée de 1905 jusqu’à la fin de 1907 environ. À cette date apparaît le Type AG1, dont l’alésage passe à 80 mm tandis que la course reste fixée à 120 mm. La cylindrée atteint alors environ 1 205 cm3.
Cette distinction permet d’éviter l’erreur la plus fréquente concernant le modèle. Le moteur de 1 205 ou 1 206 cm3 n’appartient pas au Type AG originel de 1905 mais à l’AG1 qui le remplace. De même, certaines dimensions, certains équipements et les évolutions apportées dans les années suivantes ne doivent pas être attribués automatiquement à la première version.
Renault développe parallèlement des variantes proches, notamment les Types AL et AN en 1907. Le Type AL est notamment associé aux besoins du marché londonien des taxis. La famille évolue ensuite durant plusieurs années, avec différents châssis et adaptations au service professionnel. L’importance commerciale de cette lignée devient considérable: autour de 1908, l’AG et l’AG1 représentent une part majeure de la production de Renault.
Le poste de conduite du Type AG se situe à droite. Cette disposition facilite notamment la surveillance du bord de la chaussée et l’accès au trottoir dans le cadre d’un usage professionnel. Sur certaines évolutions plus tardives de l’AG1, la conduite passe à gauche à partir de 1912. Là encore, cette modification ne concerne donc pas le Type AG de 1905.
Fiche technique de la Renault Type AG
| Caractéristique | Renault Type AG |
|---|---|
| Année d’apparition | 1905 |
| Période de production de la version AG | 1905 à fin 1907 environ |
| Production | Billancourt, France |
| Type de véhicule | Automobile légère, principalement utilisée comme voiture de place et taxi |
| Carrosserie emblématique | Coupé-landaulet |
| Moteur | Bicylindre essence refroidi par eau |
| Cylindrée | 1 060 cm3 |
| Alésage x course | 75 x 120 mm |
| Puissance annoncée | 8 CV de puissance nominale d’époque |
| Implantation du moteur | Longitudinale à l’avant |
| Transmission | Propulsion arrière par arbre longitudinal |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports plus marche arrière |
| Troisième rapport | Prise directe |
| Empattement | 2,62 m |
| Voie | 1,26 m |
| Longueur | Environ 3,57 m à 3,60 m selon la carrosserie et la méthode de mesure |
| Largeur | Environ 1,52 m à 1,55 m |
| Hauteur carrossée | Environ 2,15 m à 2,20 m |
| Poids du châssis nu | Environ 540 kg |
| Poids carrossé | Environ 1 050 kg |
| Vitesse maximale | Environ 40 km/h, avec des valeurs comprises approximativement entre 34 et 46 km/h selon la démultiplication |
| Direction | Conduite à droite |
| Démarrage | À la manivelle |
| Disposition du radiateur | Derrière le moteur |
Une architecture immédiatement reconnaissable
Comme beaucoup de Renault du début du siècle, le Type AG ne possède pas de radiateur frontal visible comparable à celui qui deviendra ensuite la norme. Le radiateur est installé derrière le moteur. Cette organisation donne à l’avant de la voiture son capot caractéristique, dont la forme constitue aujourd’hui l’un des moyens les plus simples d’identifier une Renault de cette période.
Dans sa configuration de taxi la plus connue, le Type AG reçoit une carrosserie de type coupé-landaulet. Le chauffeur prend place à l’avant dans un espace ouvert, tandis que les passagers disposent d’un compartiment arrière séparé. La partie supérieure de celui-ci peut être découverte. Les grandes roues à rayons, la garde au sol élevée et les proportions étroites sont typiques des automobiles urbaines du début du XXe siècle.
Le châssis séparé permet d’adapter différentes carrosseries aux besoins des exploitants. Cette conception correspond aux usages de l’époque, où constructeur du châssis et réalisation de la carrosserie pouvaient constituer deux étapes distinctes. Il n’existe donc pas un dessin de carrosserie unique pouvant être considéré comme celui de toutes les Renault Type AG.
Le moteur bicylindre entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte à trois vitesses et d’un arbre longitudinal. La vitesse de pointe, voisine de 40 km/h dans la configuration courante, paraît faible aujourd’hui mais elle est cohérente avec les besoins d’une voiture circulant principalement dans Paris au milieu des fiacres, tramways et premiers véhicules motorisés.
Le taxi parisien et les Taxis de la Marne
L’association entre la Renault Type AG et les taxis parisiens est si forte que le nom du modèle est souvent utilisé de façon générique pour désigner toute la famille. Cette simplification devient problématique lorsqu’il est question des Taxis de la Marne. En septembre 1914, les voitures mobilisées pour transporter des soldats vers le front appartiennent en majorité à la génération AG1, produite après le remplacement du Type AG originel.
Durant la première bataille de la Marne, plusieurs centaines de taxis parisiens sont réquisitionnés afin d’acheminer rapidement des militaires. Un premier rassemblement d’environ 600 à 630 véhicules est documenté, tandis que des récits prenant en compte les différents convois évoquent un total pouvant approcher 1 200 à 1 300 taxis. Il ne faut donc pas présenter ces chiffres comme le nombre de Renault Type AG de 1905 engagées dans l’opération.
L’impact militaire réel de l’opération reste limité par rapport aux immenses volumes d’hommes transportés par chemin de fer. Sa portée symbolique, en revanche, est considérable. Le taxi parisien devient une image immédiatement identifiable de la mobilisation nationale et le surnom de “Taxi de la Marne” s’attache durablement aux Renault de la famille AG.
L’un des exemplaires historiques les plus connus porte l’immatriculation 2862-G7. Conservé dans les collections du Musée de l’Armée, il est associé au transport de soldats vers la zone de l’Ourcq en septembre 1914. Cet exemplaire illustre surtout la postérité de la famille AG1 et rappelle pourquoi l’identification précise de la version est indispensable lorsqu’une voiture est datée des années précédant la Première Guerre mondiale.
Un modèle important dans l’industrialisation de Renault
Le Type AG doit une grande partie de son importance à son rôle économique. Les commandes des compagnies de taxis assurent à Renault des séries importantes à une époque où de nombreuses automobiles sont encore fabriquées en volumes modestes. Les taxis circulant quotidiennement constituent également une démonstration permanente de la fiabilité des véhicules de Billancourt auprès du public.
La production exacte du seul Type AG à moteur de 1 060 cm3 n’est pas établie avec suffisamment de précision pour lui attribuer le chiffre souvent cité de 11 700 exemplaires. Ce total correspond à l’ensemble de la famille AG et de ses dérivés construits sur une période beaucoup plus longue, jusqu’au début des années 1920. Les commandes connues de 1905 et 1906 montrent néanmoins que le premier Type AG atteint rapidement une échelle inhabituelle pour son époque.
Son développement préfigure ainsi une caractéristique durable de Renault: la capacité à produire des véhicules adaptés à un usage quotidien intensif et à élargir progressivement leur diffusion. Plusieurs décennies plus tard, des modèles comme la Renault Juvaquatre prolongeront cette recherche de polyvalence, sans constituer pour autant une descendance directe du Type AG.
Après la Seconde Guerre mondiale, la logique change encore d’échelle avec la Renault 4CV, conçue pour la motorisation de masse. Entre le petit constructeur des débuts et cette production industrielle, le Type AG occupe une place particulière: dès 1905, il démontre qu’un véhicule conçu autour d’un besoin concret, ici le taxi urbain, peut devenir l’un des principaux moteurs de croissance d’une marque automobile.





