La Rolls-royce Hyperion est une automobile unique dévoilée en 2008, née de la rencontre entre une mécanique Rolls-Royce et le savoir-faire de Pininfarina. Commandée par le collectionneur britannique Roland Hall, elle prend pour point de départ une Rolls-royce Phantom Drophead Coupé, mais abandonne presque entièrement son apparence d’origine. Pininfarina transforme le grand cabriolet quatre places en un roadster strictement biplace aux proportions inspirées des automobiles de prestige des années 1930.
L’Hyperion n’est donc ni une série limitée Rolls-Royce, ni une génération particulière de la Phantom, ni un concept dépourvu de mécanique fonctionnelle. Il s’agit d’une véritable voiture réalisée à un seul exemplaire pour un client, sur une base technique existante. Pininfarina la présente comme une création hors série et conserve l’essentiel des composants mécaniques de la voiture donneuse.
Une commande unique confiée à Pininfarina
Le projet naît de la volonté de Roland Hall, collectionneur britannique et propriétaire d’une Phantom Drophead Coupé. Son cahier des charges consiste à retrouver l’allure des grands roadsters d’avant-guerre: un capot particulièrement long, un habitacle rejeté vers l’arrière et une poupe relativement courte. Cette architecture s’éloigne volontairement des proportions de la voiture d’origine.
La conception est confiée au département Special Projects de Pininfarina. Le dessin est attribué à Jason Castriota, alors designer au sein du carrossier italien. Le travail ne consiste pas à ajouter quelques éléments décoratifs à une Rolls-Royce existante. La carrosserie est profondément redessinée et la configuration intérieure passe de quatre à deux places.
Le projet commence au cours de la seconde moitié de 2007 et devient public en juin 2008. Pininfarina annonce alors que sa création sera présentée quelques semaines plus tard au Pebble Beach Concours d’Elegance, en Californie. L’Hyperion y fait sa première apparition publique en août 2008. La présentation intervient peu après la disparition accidentelle d’Andrea Pininfarina, et Roland Hall décide de dédier la voiture à sa mémoire.
Le nom Hyperion renvoie à Hypérion, l’un des Titans de la mythologie grecque. Pininfarina entend ainsi souligner le caractère monumental de la voiture, dont l’immense capot constitue l’un des éléments déterminants. L’exemplaire est ensuite notamment exposé au Concorso d’Eleganza Villa d’Este en 2009.
Une Phantom transformée en roadster deux places
Sous sa carrosserie spécifique, l’Hyperion conserve la base de la Phantom Drophead Coupé, elle-même issue de la famille Rolls-royce Phantom Vii. Pininfarina ne cherche donc pas à développer une nouvelle architecture mécanique. L’essentiel de l’effort porte sur la structure supérieure, les proportions, l’habitacle et l’habillage extérieur.
La modification la plus spectaculaire concerne la position de l’habitacle. Le pare-brise et le poste de conduite sont reculés d’environ 400 mm. La suppression des places arrière permet de déplacer visuellement les occupants vers l’essieu arrière et d’allonger considérablement la partie située devant eux. Le pare-brise adopte également une inclinaison différente, tandis que l’arrière devient beaucoup plus compact que celui du cabriolet de série.
La carrosserie fait largement appel à la fibre de carbone. Pininfarina conçoit également une capote textile spécifique qui vient se ranger derrière les deux sièges. Le couvre-capote et plusieurs surfaces utilisent le bois, matériau déjà étroitement associé à l’univers Rolls-Royce mais traité ici de manière à renforcer l’inspiration nautique du projet.
Deux compartiments aménagés devant le pare-brise constituent une autre particularité de l’Hyperion. Ils permettent notamment d’accueillir des équipements personnels du propriétaire. Leur présence participe aussi au dessin inhabituel du très long capot et rappelle certaines carrosseries réalisées sur mesure avant-guerre, lorsque les aménagements pouvaient être étroitement adaptés aux usages du commanditaire.
Fiche technique de la Rolls-royce Hyperion
| Caractéristique | Rolls-royce Hyperion |
|---|---|
| Année de présentation | 2008 |
| Production | 1 exemplaire |
| Base technique | Rolls-Royce Phantom Drophead Coupé |
| Carrossier | Pininfarina, Special Projects |
| Designer | Jason Castriota |
| Carrosserie | Roadster 2 places |
| Matériau de carrosserie | Fibre de carbone largement employée |
| Moteur | V12 essence atmosphérique, 48 soupapes |
| Cylindrée | 6 749 cm3 |
| Puissance | 338 kW, soit environ 460 ch DIN |
| Couple maximal | 720 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique à 6 rapports |
| Structure technique | Dérivée de la Phantom Drophead Coupé |
| Suspensions | Dérivées de la Phantom Drophead Coupé |
| Direction | Dérivée de la Phantom Drophead Coupé |
| Freinage | Dérivé de la Phantom Drophead Coupé |
| Déplacement du poste de conduite | Environ 400 mm vers l’arrière |
Le V12 de la Phantom Drophead Coupé
Pininfarina conserve le groupe motopropulseur de la voiture donneuse. L’Hyperion reçoit ainsi le V12 atmosphérique de 6 749 cm3 associé à une boîte automatique à six rapports et à une transmission aux roues arrière. Sa puissance est de 338 kW, soit environ 460 ch selon la norme DIN, avec un couple maximal de 720 Nm. Les chiffres de 453 hp ou d’environ 460 ch rencontrés dans les descriptions du modèle correspondent principalement à des unités différentes et ne désignent pas des variantes mécaniques de l’Hyperion.
Les performances publiées à l’époque sont généralement celles de la Phantom Drophead Coupé, notamment une vitesse maximale limitée électroniquement à 250 km/h et un 0 à 60 mph annoncé en environ 5,6 secondes. En l’absence d’une fiche d’essais spécifique à l’Hyperion, ces valeurs ne constituent pas des performances mesurées de manière certaine sur l’exemplaire Pininfarina. Sa nouvelle carrosserie et sa configuration deux places empêchent notamment d’assimiler automatiquement son poids à celui du cabriolet de série.
Cette conservation de la mécanique explique le caractère particulier du projet. L’Hyperion associe une architecture mécanique contemporaine et éprouvée à une démarche de carrosserie sur commande beaucoup plus ancienne. Le propriétaire obtient ainsi une automobile profondément différente visuellement sans faire de l’Hyperion un prototype expérimental sur le plan mécanique.
Un style inspiré des grands roadsters d’avant-guerre
La silhouette constitue la véritable raison d’être de l’Hyperion. Le recul du cockpit accentue le rapport entre le capot et l’habitacle jusqu’à donner à la voiture une physionomie étrangère à la Phantom Drophead Coupé. La calandre verticale maintient immédiatement l’identité Rolls-Royce, tandis que les ailes, les optiques, les volumes latéraux et la poupe sont intégrés dans une composition propre à Pininfarina.
Le traitement de l’arrière est particulièrement révélateur. Là où la voiture donneuse doit loger quatre occupants, l’Hyperion peut adopter une poupe basse et ramassée derrière les deux sièges. Le couvre-capote en bois crée une transition entre le cockpit et la carrosserie, tandis que la capote textile permet de conserver la vocation de véritable automobile découvrable.
L’habitacle reçoit lui aussi un élément spécialement développé pour la voiture: une montre Girard-Perregaux Vintage 1945 Tourbillon. Elle dispose d’un logement au centre de la planche de bord mais peut être retirée afin d’être portée au poignet. Cette pièce illustre la logique de commande individuelle qui gouverne l’ensemble du projet, jusque dans des détails sans équivalent sur une Phantom de série.
Un exemplaire unique, entre Pininfarina et le coachbuilding moderne
Pininfarina documente l’Hyperion comme un exemplaire unique. Aucun second véhicule de cette définition n’a été produit et il n’existe donc ni gamme Hyperion, ni évolution annuelle, ni variante de moteur. Cette caractéristique est essentielle pour distinguer la voiture d’une série spéciale Rolls-Royce. Son coût de réalisation initial n’a pas été rendu public.
L’automobile a néanmoins été proposée à la vente après sa présentation. Un prix demandé d’environ 4,5 millions d’euros est rapporté en 2009, puis la voiture réapparaît sur le marché au cours des années suivantes, notamment à Abu Dhabi. En 2017, une nouvelle annonce fait état d’un prix proche de 2 millions d’euros. Ces montants correspondent à des prix affichés et non à des transactions publiquement établies, ils ne permettent donc pas de déterminer une valeur de marché précise.
L’Hyperion occupe une position particulière dans l’histoire récente des carrosseries spéciales associées à Rolls-Royce. Elle a été commandée à un carrossier extérieur et ne constitue pas l’origine officielle du programme Coachbuild développé ultérieurement par la marque. La Rolls-royce Sweptail, dévoilée en 2017, représente néanmoins un parallèle intéressant par son statut de création individuelle aux proportions entièrement personnalisées.
Cette logique prend ensuite une forme encore plus structurée avec la Rolls-royce Boat Tail, qui partage avec l’Hyperion un goût marqué pour les références nautiques et les aménagements conçus autour des souhaits de clients précis. Le programme Rolls-royce Droptail pousse à son tour cette approche vers des automobiles biplaces réalisées en très petit nombre, mais sans lien de succession directe avec la création de Pininfarina.
L’Hyperion reste ainsi avant tout le résultat d’une commande personnelle de 2008: une Phantom Drophead Coupé mécaniquement reconnaissable sous une carrosserie entièrement repensée, dessinée par Pininfarina pour retrouver les proportions spectaculaires du grand roadster classique et construite à un seul exemplaire.




