Toyota MR2

Toyota MR2

Apparue au Japon en 1984, la Toyota MR2 occupe une place particulière dans l’histoire de la marque. Compacte, légère, biplace et surtout dotée d’un moteur implanté en position centrale arrière, elle proposait une architecture alors rare dans une voiture de grande série accessible. Cette première génération, connue sous les codes AW10 et AW11, inaugure une lignée qui évoluera profondément jusqu’à l’arrêt de la production en 2007.

La MR2 ne doit pas être confondue avec une seule version mécanique. Au lancement japonais, Toyota proposait notamment l’AW10 à moteur 1,5 litre et l’AW11 équipée du quatre-cylindres 1,6 litre 4A-GE. C’est cette dernière, lancée en 1984 et devenue la déclinaison emblématique de la première génération, qui constitue la référence principale lorsqu’on évoque la MR2 originelle.

Une petite sportive à moteur central

Le projet remonte à la seconde moitié des années 1970. Toyota cherchait alors à concevoir une voiture compacte, économique et agréable à conduire, dans un esprit qui rappelait certaines petites sportives de la marque comme la Toyota Sports 800. Au fil du développement, l’idée se transforma en une véritable deux-places sportive reposant sur une architecture à moteur central transversal et propulsion.

Après plusieurs prototypes, le concept SV-3 est présenté au Tokyo Motor Show de 1983. Très proche du modèle définitif, il annonce directement la MR2 commercialisée au Japon le 8 juin 1984. Toyota met alors en avant une répartition des masses favorable, un faible moment d’inertie et une direction précise, autant d’avantages directement liés à la position du moteur derrière les occupants.

La MR2 arrive dans une gamme Toyota déjà riche en coupés. La Toyota Celica occupe un registre plus polyvalent, tandis que la Toyota Supra joue la carte du grand coupé performant. La MR2 adopte au contraire une formule plus compacte et radicale, avec seulement deux places et une architecture mécanique spécifique.

Le principe n’était pas totalement inédit sur le marché. La Fiat X1/9 avait déjà popularisé l’idée d’une petite sportive à moteur central. La MR2 s’en distingue cependant par sa conception japonaise des années 1980, son moteur double arbre moderne et une utilisation quotidienne relativement facile pour une voiture de cette architecture.

AW10 et AW11, deux versions dès le lancement

La première génération appartient à la famille W10. L’AW10 reçoit un quatre-cylindres 1,5 litre 3A-LU développant 83 ch selon la documentation japonaise. L’AW11 utilise le 1,6 litre 4A-GE, ou 4A-GELU sur certaines fiches japonaises, un quatre-cylindres à double arbre à cames en tête et 16 soupapes alimenté par injection électronique.

Au Japon, Toyota annonce 130 PS à 6 600 tr/min pour l’AW11 de lancement. La documentation britannique mentionne environ 122 bhp DIN et 142 Nm, différence liée aux spécifications locales et aux normes de mesure. Le 4A-GE deviendra l’un des moteurs Toyota les plus connus de cette période et se retrouve également dans la Toyota Corolla AE86, avec une implantation et une mise au point différentes.

La boîte manuelle à cinq rapports est associée à la propulsion, tandis qu’une transmission automatique à quatre rapports est proposée sur certains marchés et certaines finitions. La MR2 se distingue aussi par ses quatre roues indépendantes, sa direction à crémaillère et ses quatre freins à disque. Son poids reste inférieur à une tonne sur plusieurs versions, ce qui contribue largement à son caractère.

En 1986, Toyota fait évoluer l’AW11 avec une version équipée du 4A-GZE. Ce moteur conserve une cylindrée de 1 587 cm³ mais reçoit un compresseur Roots et un intercooler. Toyota annonce alors 145 PS nets au Japon. Cette évolution s’accompagne de modifications de châssis et de l’arrivée d’un toit T-bar sur certaines versions.

Fiche technique de la Toyota MR2

CaractéristiqueToyota MR2 AW11 1.6 de lancement
Période de la première génération1984 à 1989
Architecture2 places, moteur central arrière transversal, propulsion
Moteur4 cylindres en ligne 4A-GE / 4A-GELU, double arbre à cames en tête, 16 soupapes
Cylindrée1 587 cm³
Alésage x course81 x 77 mm
AlimentationInjection électronique, admission variable T-VIS
Puissance130 PS à 6 600 tr/min au Japon, environ 122 bhp DIN sur la version britannique
CoupleEnviron 142 Nm à 5 000 tr/min sur la spécification britannique
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports, automatique à 4 rapports selon version et marché
Suspension avantIndépendante de type MacPherson
Suspension arrièreIndépendante à jambes de force et liaisons multiples
DirectionÀ crémaillère
Freins4 disques, ventilés à l’avant
Roues et pneus5,5J x 14, pneus 185/60 HR14 sur la spécification britannique de lancement
Longueur3 925 mm
Largeur1 665 mm
Hauteur1 250 mm
Empattement2 320 mm
Voie avant1 440 mm sur la spécification britannique
Voie arrière1 440 mm sur la spécification britannique
PoidsEnviron 950 à 980 kg selon version et marché
Coefficient aérodynamiqueCx 0,34 sur la version britannique
Vitesse maximaleEnviron 200 km/h sur la version britannique
0 à 60 mph8,1 s sur la version britannique
Consommation japonaise12,8 km/l au cycle 10-mode pour l’AW11 manuelle

Un design immédiatement identifiable

La première MR2 adopte un dessin typique du début des années 1980, fait de surfaces planes, d’arêtes nettes et de proportions très compactes. Les phares escamotables, le capot avant bas, la lunette arrière presque verticale, le petit aileron et les prises d’air latérales constituent ses principaux signes distinctifs.

La disposition mécanique impose aussi une organisation inhabituelle. Le radiateur se trouve à l’avant, tandis que le moteur est placé derrière l’habitacle. Cette implantation libère un petit volume de rangement à l’avant et un coffre arrière séparé du moteur. Le résultat est une voiture nettement plus basse et plus courte que la plupart des coupés Toyota contemporains.

La structure a été conçue spécifiquement autour de cette architecture. Toyota insiste dès le lancement sur la rigidité de la coque et sur la concentration des masses entre les essieux. La direction non assistée de certaines versions, le faible poids et l’empattement court contribuent à la sensation de proximité avec la route qui fera la réputation du modèle.

De la première MR2 à la SW20

En octobre 1989, Toyota lance au Japon une deuxième génération entièrement redessinée, connue sous le code SW20. Plus longue, plus large et plus lourde, elle abandonne les lignes anguleuses de l’AW11 au profit d’une silhouette beaucoup plus arrondie. Elle conserve toutefois le principe fondamental de la MR2, avec moteur central transversal et propulsion.

Cette deuxième génération monte en gamme et reçoit des moteurs 2,0 litres, atmosphériques ou turbocompressés selon les marchés. Son positionnement se rapproche davantage de celui d’une sportive de moyenne gamme, alors que l’AW11 reposait avant tout sur la légèreté et la compacité. Les deux générations partagent donc le même concept général mais offrent des caractères sensiblement différents.

La première génération aurait été produite à environ 163 000 exemplaires. Les totaux exacts varient légèrement selon les compilations historiques disponibles, ce qui rend plus pertinent de retenir cet ordre de grandeur plutôt qu’un chiffre à l’unité près. Toyota indique en revanche plus de 300 000 MR2 produites au total à la fin de la carrière de la deuxième génération.

La troisième génération devient un roadster

À partir de 1999, Toyota modifie profondément la formule avec la troisième génération ZZW30. Plus légère et pensée comme un roadster, elle est commercialisée au Japon sous le nom Toyota MR-S. Sur d’autres marchés, notamment en Amérique du Nord, elle prend l’appellation Toyota MR2 Spyder.

Cette ultime génération conserve l’architecture à moteur central et propulsion mais adopte un 1,8 litre quatre cylindres et une carrosserie découvrable. Elle s’éloigne donc nettement des coupés AW11 et SW20, tout en restant fidèle au principe d’une sportive compacte reposant davantage sur l’équilibre du châssis et la légèreté que sur une forte puissance.

La production de la lignée MR2 s’achève en 2007. Entre l’AW11 anguleuse de 1984, la SW20 plus puissante des années 1990 et la ZZW30 transformée en roadster, Toyota aura conservé pendant plus de vingt ans un élément constant: le moteur central dans une sportive deux places de grande série.

Une carrière sportive plus discrète que sa réputation

La MR2 de série n’a pas connu de programme officiel en championnat du monde des rallyes comparable à celui de la Celica. Toyota Team Europe a néanmoins développé au milieu des années 1980 un prototype très particulier connu sous le nom de 222D, inspiré dans son principe par la MR2 et destiné aux futurs règlements Groupe S.

Cette voiture de compétition ne doit pas être assimilée à une AW11 de série préparée. Elle reposait sur une conception largement spécifique, avec un moteur 2,0 litres turbocompressé et, selon les configurations étudiées, une transmission intégrale. L’abandon du Groupe B puis du projet de Groupe S mit fin au programme avant tout engagement officiel.

La MR2 obtient en revanche une reconnaissance immédiate sur le marché japonais avec le titre de Car of the Year Japan 1984-1985. Toyota la présente également comme la première voiture particulière compacte japonaise produite en série avec une implantation centrale du moteur, caractéristique qui reste aujourd’hui l’élément le plus distinctif de la première MR2.