La Westfield SE est un roadster sportif britannique apparu en 1988, conçu autour d’une formule simple : un châssis tubulaire léger, un moteur avant, une transmission aux roues arrière et une carrosserie minimaliste à deux places. Inspirée de la philosophie de la Lotus Seven, elle appartient à la première génération de sportives Westfield développées après le différend juridique avec Caterham. Sa particularité réside dans sa carrosserie étroite, son essieu arrière rigide et la possibilité d’accueillir différentes motorisations Ford.
Commercialisée notamment sous forme de kit à assembler, la Westfield SE ne correspond pas à une configuration mécanique unique. Deux exemplaires peuvent présenter des moteurs, des boîtes de vitesses et des équipements différents tout en appartenant à la même famille. Cette diversité explique pourquoi son histoire et ses caractéristiques doivent être distinguées de celles des Westfield SEi, SEW et SEiW apparues au fil des évolutions de la gamme.
Origines et histoire de la Westfield SE
L’histoire de la Westfield SE commence avec Chris Smith, fondateur de Westfield Sportscars en 1983. Passionné par les sportives britanniques légères, il réalise d’abord une voiture inspirée de la Lotus Eleven. Cette expérience conduit au développement de la Westfield XI, un petit roadster dont la conception repose déjà sur une structure légère et une mécanique relativement simple.
Westfield s’intéresse ensuite à la formule de la Lotus Seven, devenue une référence parmi les voitures sportives artisanales. Le principe consiste à privilégier un faible poids plutôt qu’une puissance moteur élevée. Un châssis compact, une carrosserie réduite à l’essentiel et des composants mécaniques issus de voitures de grande série permettent de proposer une automobile sportive accessible aux amateurs de construction en kit.
En mai 1986, Westfield présente la Seven SE au salon de Stoneleigh. Cette première interprétation reprend de nombreux éléments esthétiques associés à la Seven classique, notamment ses ailes séparées, son long capot et son habitacle ouvert. Sa proximité avec les modèles commercialisés par Caterham entraîne cependant un différend portant sur la conception de la carrosserie.
Après le règlement de ce conflit en 1987, Westfield modifie le dessin de son roadster. La Westfield SE de 1988 adopte une carrosserie redessinée, notamment au niveau des flancs, et abandonne l’appellation Seven dans sa désignation commerciale. Cette évolution marque le début d’une identité stylistique plus distincte pour les sportives de la marque.
La production reste organisée autour de méthodes artisanales et d’une commercialisation en kits ou en véhicules assemblés. Westfield utilise des composants éprouvés, principalement d’origine Ford, afin de limiter les coûts et de faciliter l’entretien. L’entreprise est alors implantée à Kingswinford, dans les West Midlands, une région historiquement liée à l’industrie automobile britannique.
La SE évolue rapidement avec l’apparition de nouvelles configurations de châssis et de carrosserie. La version étroite initiale laisse progressivement davantage de place aux variantes élargies au début des années 1990. Le nom SE continue néanmoins d’apparaître sur des véhicules ultérieurs, ce qui impose de distinguer l’année de conception du modèle de celle de fabrication ou d’immatriculation d’un exemplaire particulier.
Un roadster ultraléger à la conception mécanique traditionnelle
La Westfield SE repose sur un châssis constitué de tubes d’acier assemblés, formant une structure rigide destinée à supporter les organes mécaniques et les panneaux de carrosserie. Cette architecture permet de limiter la masse tout en conservant une conception relativement simple. Les éléments extérieurs utilisent principalement des matériaux composites renforcés de fibres de verre.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, derrière un nez allongé qui dissimule le radiateur et les principaux organes mécaniques. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle, un arbre de transmission et un différentiel. Cette disposition traditionnelle favorise une répartition des fonctions entre les roues avant, chargées de la direction, et les roues arrière, responsables de la motricité.
La suspension avant indépendante utilise des triangles superposés. À l’arrière, la SE historique conserve un pont rigide, généralement associé à des composants issus de la Ford Escort. Son guidage par cinq bras contrôle les déplacements longitudinaux et latéraux de l’essieu. Des ressorts hélicoïdaux et des amortisseurs assurent la liaison entre les roues et le châssis.
Cette architecture constitue l’une des principales caractéristiques permettant de distinguer la SE des versions suivantes. Avec un essieu rigide, les mouvements verticaux des deux roues arrière restent mécaniquement liés. Sur une chaussée irrégulière, le déplacement d’une roue peut donc influencer le comportement de l’autre. Le système présente en revanche l’avantage d’une construction robuste, relativement simple à entretenir et compatible avec des composants largement diffusés.
La Westfield SEi adopte une suspension arrière indépendante. Chaque roue peut alors suivre plus librement les irrégularités de la route, ce qui modifie le comportement de la suspension et les possibilités de réglage. Cette différence technique est plus importante pour identifier les deux modèles que la forme des ailes ou le dessin des jantes, éléments susceptibles d’avoir été remplacés.
La direction à crémaillère, dépourvue d’assistance dans la configuration historique, participe à la simplicité de l’ensemble. Le freinage associe des disques avant à des tambours arrière sur les premières configurations. La faible masse du véhicule limite les contraintes imposées aux freins, même si leur efficacité réelle dépend de l’état des composants, des pneumatiques et des éventuelles modifications effectuées depuis l’assemblage.
Motorisations Ford et performances
La Westfield SE n’a pas été conçue autour d’un seul moteur imposé à tous les exemplaires. Son compartiment mécanique pouvait recevoir différentes motorisations Ford, notamment les quatre cylindres Kent Crossflow, Pinto et CVH. Ces moteurs étaient appréciés pour leur disponibilité, leur simplicité et les nombreuses possibilités de préparation proposées par les spécialistes britanniques.
Le Ford Kent Crossflow constitue une motorisation particulièrement représentative des premières Westfield. Ce quatre cylindres à carburateur, généralement rencontré en cylindrée de 1,6 litre, dispose d’une architecture traditionnelle avec arbre à cames latéral et distribution par culbuteurs. Des exemplaires préparés à environ 1,7 litre sont également documentés, notamment grâce à des modifications internes du moteur.
Le Ford Pinto représente une autre possibilité, notamment en cylindrée de 2,0 litres. Son architecture à arbre à cames en tête diffère de celle du Kent. Le CVH, également proposé dans différentes cylindrées au sein de la gamme Ford, constitue une autre base mécanique utilisée dans la famille des Westfield SE.
Les configurations d’alimentation varient selon les moteurs et les préparations. Certains véhicules utilisent des carburateurs classiques, tandis que d’autres reçoivent des carburateurs Weber à double corps. Ces transformations peuvent modifier sensiblement la puissance, le couple, la réponse à l’accélérateur et les besoins de réglage.
Les transmissions manuelles à quatre ou cinq rapports se rencontrent selon les montages. Le choix de la boîte et du rapport de pont influence directement l’utilisation du véhicule : une démultiplication courte favorise les accélérations, tandis qu’une transmission plus longue réduit le régime moteur à vitesse stabilisée.
La légèreté constitue l’un des principaux atouts de cette conception. Une fiche technique française consacrée à une Westfield Super Seven SE de 1992 équipée d’un moteur de 1 796 cm³ mentionne 130 ch pour une masse de 640 kg. Cette configuration représente un rapport poids-puissance d’environ 203 ch par tonne, sans tenir compte du conducteur et des bagages.
Un tel rapport permet de comprendre l’intérêt d’une sportive légère : une puissance relativement modeste peut procurer des accélérations soutenues lorsque la masse à déplacer reste faible. Cette caractéristique ne suffit cependant pas à établir un temps de passage de 0 à 100 km/h pour toutes les SE. Les résultats dépendent aussi de la transmission, des pneumatiques et de la préparation du moteur.
La diversité des assemblages empêche ainsi d’attribuer une puissance ou une vitesse maximale universelle à la Westfield SE de 1988. Les chiffres publiés pour un exemplaire particulier ne décrivent pas nécessairement les autres voitures de la même période.
Fiche technique de la Westfield SE
| Caractéristique | Westfield SE (1988) |
|---|---|
| Constructeur | Westfield Sportscars |
| Pays d’origine | Royaume-Uni |
| Première apparition | 1988 |
| Catégorie | Roadster sportif ultraléger |
| Carrosserie | Biplace ouverte, carrosserie étroite |
| Nombre de places | 2 |
| Structure | Châssis tubulaire en acier |
| Matériaux de carrosserie | Principalement composite renforcé de fibres de verre |
| Motorisations documentées | Ford Kent Crossflow, Pinto et CVH selon configuration |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, essence |
| Cylindrées rencontrées | Environ 1,6 à 2,0 litres selon moteur et préparation |
| Alimentation | Carburateur(s), selon configuration |
| Implantation | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle, 4 ou 5 rapports selon montage |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles |
| Suspension arrière | Pont rigide guidé par cinq bras |
| Direction | À crémaillère, sans assistance |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Tambours sur les premières configurations |
| Poids indicatif documenté | 640 kg pour une configuration de 1992, non généralisable à la SE de 1988 |
| Puissance indicative documentée | 130 ch à 6 250 tr/min pour une configuration de 1992 |
| Couple indicatif documenté | 165 Nm à 4 250 tr/min pour cette même configuration |
| Vitesse maximale indicative | 178 km/h pour cette configuration de 1992 |
| Production | Assemblage artisanal et commercialisation en kits ou véhicules montés |
Design, habitacle et différences entre les versions
La Westfield SE reprend les proportions caractéristiques des petits roadsters britanniques inspirés de la Seven. Son long capot, ses phares ronds extérieurs et ses roues avant séparées de l’habitacle donnent l’impression d’une automobile construite autour de ses seuls éléments mécaniques. Le pare-brise presque vertical et l’arceau arrière renforcent cette présentation fonctionnelle.
La carrosserie redessinée après le différend avec Caterham se distingue notamment par le traitement de ses flancs. Ceux-ci présentent des reliefs spécifiques qui permettent de différencier les Westfield postérieures à 1987 des premières Seven SE. La forme du nez et les raccordements entre les panneaux contribuent également à cette identité visuelle.
L’habitacle étroit impose une position de conduite très proche de l’axe longitudinal du véhicule. Les sièges sont installés bas dans le châssis, avec un tunnel de transmission central occupant une partie importante de l’espace disponible. La planche de bord reste simple, regroupant les instruments nécessaires à la surveillance du moteur et de la vitesse.
Les équipements de confort sont réduits. Selon les exemplaires, une capote souple, des protections latérales amovibles ou un couvre-tonneau peuvent compléter le pare-brise. L’espace de rangement est limité et l’accès à bord nécessite de franchir un seuil relativement haut par rapport à l’assise. Cette conception correspond davantage à une utilisation de loisir qu’aux contraintes d’une voiture de tourisme conventionnelle.
Les évolutions de la gamme ont progressivement répondu à certaines limites de la carrosserie étroite. La SEW adopte une structure élargie, offrant davantage de place aux occupants. La Westfield SEiW associe cette carrosserie plus large à une suspension arrière indépendante. Ces variantes conservent la philosophie générale du roadster léger, mais leurs dimensions et leur architecture ne sont pas identiques à celles de la SE initiale.
La présence d’ailes avant courtes, de jantes modernes ou d’un échappement latéral ne suffit pas à identifier une version. Ces éléments sont fréquemment modifiés sur les voitures construites en kit. Pour différencier une SE étroite d’une SEi ou d’une SEiW, l’examen du châssis et de la suspension arrière reste beaucoup plus fiable que la seule apparence extérieure.
Production artisanale et évolution de la gamme Westfield
La Westfield SE appartient à une catégorie de voitures dont l’histoire individuelle peut être aussi importante que la définition commerciale. La vente en kit permettait à l’acheteur de participer à l’assemblage, de choisir certains composants et, dans plusieurs cas, d’adapter la mécanique à ses préférences. Cette organisation explique la diversité des configurations rencontrées aujourd’hui.
Une voiture immatriculée en 1992 peut ainsi utiliser un kit fabriqué auparavant, tandis qu’un exemplaire de 1989 peut avoir reçu un moteur plus récent. La date figurant sur les documents administratifs ne suffit donc pas toujours à identifier l’année exacte de fabrication du châssis. Les numéros d’identification, les factures de construction et les archives disponibles constituent des éléments déterminants pour reconstituer son historique.
Cette particularité a également des conséquences sur la valeur des exemplaires anciens. Deux Westfield SE extérieurement semblables peuvent présenter des différences importantes en matière de moteur, de transmission, de qualité d’assemblage et de conformité administrative. Le prix d’une voiture ne dépend donc pas uniquement de son année ou de sa désignation, mais aussi de son état structurel, de sa documentation et de la cohérence de ses modifications.
Le contrôle du châssis tubulaire est particulièrement important sur une voiture ancienne. Les zones de fixation des suspensions, les soudures, les points d’ancrage de l’arceau et les parties exposées à l’humidité méritent une inspection attentive. L’état du circuit de freinage, des articulations de suspension et du pont arrière doit également être vérifié, notamment lorsque le véhicule a été utilisé en compétition ou modifié pour une conduite sportive.
Les moteurs Ford constituent un avantage pratique grâce à leur diffusion historique et à l’existence d’un marché de pièces de rechange. Il reste toutefois nécessaire d’identifier précisément la motorisation installée, car un Kent Crossflow, un Pinto et un CVH n’utilisent pas les mêmes composants ni les mêmes procédures d’entretien. Les pièces spécifiques au châssis et à la carrosserie demandent une recherche différente de celle des organes mécaniques issus de la grande série.
La famille Westfield a ensuite poursuivi son développement avec des mécaniques et des carrosseries plus variées. La Westfield Megabusa illustre cette évolution en utilisant un moteur de moto Suzuki Hayabusa, associé à une conception privilégiant une masse réduite et des montées en régime rapides. Elle appartient à une autre étape de l’histoire de la marque et ne constitue pas une version de la SE.
Plus tard, la Westfield FW300 témoigne de la modernisation des sportives légères Westfield, avec une présentation et une mécanique adaptées à une génération plus récente. Elle ne remplace pas directement la SE de 1988, dont la production artisanale et les multiples configurations restent représentatives des premières années de développement des roadsters Seven de Westfield.
Pour une Westfield SE ancienne, l’identification précise de la carrosserie, du type de suspension arrière et de la mécanique installée reste donc essentielle lors d’une restauration ou d’une acquisition. Ces vérifications permettent de sélectionner des pièces compatibles et de distinguer une configuration historique cohérente d’un véhicule ayant subi d’importantes transformations au cours de sa vie.
