La Westfield SEi est un roadster sportif britannique apparu à la fin des années 1980, dont la principale particularité réside dans sa suspension arrière indépendante. Développée à partir de la Westfield SE, elle conserve la recette des voitures légères inspirées de la Lotus Seven : un moteur avant, une transmission aux roues arrière, deux places et une carrosserie réduite à l’essentiel. Mais derrière cette silhouette traditionnelle, la SEi introduit une évolution importante de l’architecture du châssis.
Construite en petite série ou assemblée à partir d’un kit, la Westfield SEi ne possède pas une motorisation unique. Les exemplaires historiques peuvent recevoir différents moteurs Ford, avec des puissances et des transmissions variables. Cette diversité fait partie de son identité et explique pourquoi deux voitures portant la même appellation peuvent présenter des caractéristiques sensiblement différentes.
Origines et histoire de la Westfield SEi
L’histoire de la Westfield SEi commence avec celle de Westfield Sportscars, entreprise fondée en 1982 par Chris Smith au Royaume-Uni. Le constructeur se spécialise dans les voitures de sport légères, privilégiant des structures simples et des composants mécaniques largement disponibles. Ses premières réalisations comprennent notamment la Westfield XI, inspirée des petites voitures de compétition britanniques des années 1950.
Westfield développe ensuite une famille de roadsters reprenant les proportions caractéristiques de la Lotus Seven. Le constructeur britannique Caterham, qui poursuit également l’histoire de ce concept, engage un différend juridique avec Westfield dans les années 1980. Cette période accompagne une évolution des carrosseries et des solutions techniques propres à la marque.
La Westfield SE constitue la base de cette nouvelle génération de sportives. Les premières versions utilisent notamment un essieu arrière rigide d’origine Ford Escort. Cette solution présente l’avantage d’être relativement simple, robuste et économique, mais elle impose aux deux roues arrière de partager une même structure mécanique.
La SEi apparaît à la fin des années 1980. Des exemplaires sont documentés dès 1988 et 1989, même si la date exacte de lancement commercial de cette version reste difficile à établir. Son appellation traduit sa différence fondamentale : le « i » fait référence au terme anglais « independent », désignant une suspension arrière indépendante. Contrairement à ce que pourrait suggérer cette lettre sur d’autres automobiles, elle ne signifie donc pas que le moteur utilise nécessairement une injection électronique.
Cette évolution permet à Westfield de conserver la légèreté et les sensations directes de la SE tout en proposant une architecture de suspension plus élaborée. Elle prépare également l’arrivée de nouvelles déclinaisons, notamment les carrosseries élargies et les versions recevant des motorisations plus puissantes.
Une suspension arrière indépendante qui change le comportement
La différence technique majeure entre les premières SE et la SEi se trouve à l’arrière. Sur une voiture à essieu rigide, les mouvements d’une roue influencent directement la position de l’autre. Avec une suspension indépendante, chaque roue peut se déplacer verticalement sans imposer exactement le même mouvement à sa voisine.
La Westfield SEi adopte une architecture à triangles superposés, associée à des ressorts et amortisseurs. Le différentiel est fixé au châssis plutôt que de se déplacer avec un essieu complet. Les roues sont entraînées par des arbres de transmission articulés, ce qui permet à la suspension de travailler indépendamment de chaque côté.
Cette conception présente plusieurs intérêts. Sur une route irrégulière, une roue peut absorber une bosse sans transmettre intégralement son déplacement à la roue opposée. La réduction des masses non suspendues et la maîtrise de la géométrie des trains roulants peuvent également favoriser le maintien du contact entre les pneus et la chaussée.
Ces avantages théoriques ne signifient pas qu’une SEi sera systématiquement plus rapide ou plus confortable qu’une SE à essieu rigide. Le résultat dépend de la géométrie, de la raideur des ressorts, des amortisseurs, des pneus et de leur état. Sur une voiture aussi légère, des réglages inadaptés peuvent modifier fortement le comportement.
La suspension indépendante introduit également davantage d’articulations et de composants à surveiller. Les silentblocs, rotules, roulements, supports de différentiel et transmissions participent directement à la précision du train arrière. Leur état est particulièrement important sur les exemplaires anciens, dont certains ont été utilisés sur circuit ou profondément modifiés.
À l’avant, la SEi conserve une suspension indépendante à triangles, avec une direction mécanique à crémaillère. L’absence d’équipements d’assistance complexes sur les premières configurations contribue à la simplicité de l’ensemble. Le faible poids et la position de conduite très basse renforcent le caractère direct de cette architecture.
Motorisations et transmissions : des configurations très différentes
La Westfield SEi historique se distingue des automobiles produites en grande série par la variété de ses configurations mécaniques. Les kits Westfield peuvent être assemblés avec différentes pièces d’origine Ford, tandis que les voitures déjà construites ont parfois reçu de nouveaux moteurs au cours de leur existence.
Parmi les motorisations attestées sur les exemplaires du début des années 1990 figurent le quatre cylindres Ford Kent Crossflow de 1,6 litre et le Ford CVH de cylindrée comparable. Ces moteurs sont appréciés dans l’univers des petites sportives britanniques pour leur disponibilité, leur encombrement et les possibilités de préparation mécanique.
Le Kent Crossflow utilise une architecture ancienne et éprouvée, avec distribution par arbre à cames latéral et culbuteurs. Le CVH adopte une conception plus récente, avec arbre à cames en tête. Cette différence influence notamment les possibilités de préparation, l’entretien et la disponibilité des pièces spécifiques.
L’alimentation par carburateurs est fréquente sur les premières SEi. Certains exemplaires disposent de carburateurs doubles, destinés à améliorer le remplissage du moteur et à accompagner une préparation mécanique. D’autres conservent une configuration plus proche de leur moteur donneur.
Les puissances annoncées illustrent cette diversité. Des SEi à moteur CVH sont présentées avec environ 105 ch, tandis que certains exemplaires préparés revendiquent 130 ch. Ces valeurs correspondent à des configurations particulières et non à une puissance standard applicable à toutes les Westfield SEi.
La transmission suit la même logique. On rencontre des boîtes manuelles Ford à quatre rapports, mais aussi la boîte Type 9 à cinq rapports. Cette dernière offre un rapport supplémentaire qui peut rendre les déplacements routiers plus agréables, notamment lorsque son étagement permet de réduire le régime moteur à vitesse stabilisée.
Le choix du différentiel et de son rapport final joue également un rôle essentiel. Une démultiplication courte favorise les accélérations à bas et moyen régime, mais augmente généralement le régime moteur sur route. Une démultiplication plus longue peut convenir davantage aux trajets rapides, au prix de reprises potentiellement moins vives.
Sur les SEi modifiées, des moteurs Ford Pinto ou Zetec peuvent également être rencontrés. Leur présence ne permet cependant pas de déduire l’équipement d’origine du véhicule. Pour comprendre les performances d’une SEi particulière, il faut considérer ensemble le moteur installé, sa préparation, la boîte, le rapport de pont et la masse réelle.
Fiche technique de la Westfield SEi
| Caractéristique | Westfield SEi historique |
|---|---|
| Constructeur | Westfield Sportscars |
| Pays d’origine | Royaume-Uni |
| Premières apparitions documentées | 1988-1989 |
| Catégorie | Roadster sportif léger |
| Carrosserie | Deux places, ouverte, type Seven |
| Construction | Kit ou véhicule assemblé |
| Châssis | Structure tubulaire en acier |
| Carrosserie extérieure | Éléments légers, notamment composites |
| Architecture mécanique | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs attestés sur les premiers exemplaires | Ford Kent Crossflow et Ford CVH, quatre cylindres essence |
| Cylindrée courante des premières configurations | Environ 1 600 cm³ |
| Autres motorisations rencontrées | Ford Pinto et Zetec, selon période ou transformation |
| Alimentation | Carburateurs selon configuration |
| Puissances documentées sur des exemplaires CVH | Environ 105 à 130 ch, selon préparation |
| Boîte de vitesses | Manuelle, quatre ou cinq rapports selon exemplaire |
| Transmission | Roues arrière motrices |
| Différentiel | Architecture dérivée de composants Ford Escort sur les premières versions |
| Suspension avant | Indépendante à triangles superposés |
| Suspension arrière | Indépendante à triangles superposés |
| Amortissement | Ressorts hélicoïdaux et amortisseurs |
| Direction | Mécanique à crémaillère |
| Freins avant | Disques |
| Freins arrière | Configuration variable selon construction et évolution |
| Jantes rencontrées | 13 ou 14 pouces sur des exemplaires historiques documentés |
| Empattement | Variable selon génération et configuration |
| Masse à vide | Environ 550 à 620 kg sur plusieurs exemplaires documentés, sans valeur standard unique |
| Carburant | Essence |
Carrosserie Narrow Body, SEiW et évolutions de la gamme
Les premières Westfield SEi possèdent une carrosserie dite Narrow Body, c’est-à-dire étroite. Elle se reconnaît à ses proportions compactes, à son habitacle resserré et à son architecture très proche des petites sportives britanniques traditionnelles. Le capot long, les phares circulaires indépendants et les roues avant apparentes participent à cette silhouette caractéristique.
La carrosserie repose sur une structure tubulaire en acier. Les éléments extérieurs légers permettent de limiter la masse, tandis que la conception ouverte réduit le nombre d’équipements nécessaires. Les ailes avant peuvent prendre différentes formes, notamment des ailes longues enveloppantes ou des éléments plus courts fixés près des roues.
Au tournant des années 1990, Westfield développe une carrosserie élargie. La Westfield SEiW associe cette configuration Wide Body à la suspension arrière indépendante. Elle se distingue donc des premières SEi Narrow Body par ses dimensions de carrosserie et son espace intérieur plus généreux.
Cette évolution ne doit pas être confondue avec une simple modification esthétique. Une carrosserie plus large peut offrir davantage d’espace aux occupants, faciliter l’installation de certains sièges et modifier les possibilités d’implantation mécanique. Elle implique également des différences de panneaux et de pièces qui ne sont pas nécessairement interchangeables avec celles d’une version étroite.
La distinction entre SE, SEi, SEW et SEiW repose sur deux critères différents : le type de suspension arrière et la largeur de carrosserie. Une voiture étroite n’est pas automatiquement une SEi, pas plus qu’une carrosserie large ne garantit à elle seule la présence d’une suspension indépendante.
Westfield poursuit ensuite le développement de sa gamme avec des versions plus puissantes. La SEiGHT, également appelée Seight, utilise notamment un moteur Rover V8. Cette motorisation exige des adaptations mécaniques qui en font une déclinaison spécifique plutôt qu’une simple SEi équipée d’un moteur différent.
La marque explore également des solutions plus originales, comme la Westfield Megabusa, utilisant un moteur de moto Suzuki Hayabusa. Cette évolution illustre la recherche d’un rapport poids-puissance élevé, sans constituer un remplacement direct de la SEi historique.
Performances, sensations et utilisation sur route
Le principal atout dynamique de la Westfield SEi réside dans l’association d’une faible masse, d’une propulsion mécanique et d’un châssis compact. Les exemplaires historiques documentés présentent des masses déclarées comprises approximativement entre 550 et 620 kg, mais ces chiffres varient selon le moteur, les équipements et les conditions de pesée.
Cette légèreté permet d’obtenir un rapport poids-puissance intéressant sans recourir à une motorisation particulièrement puissante. À titre d’illustration, une voiture de 550 kg développant 105 ch présente un rapport théorique d’environ 191 ch par tonne. Ce calcul décrit uniquement la combinaison de ces deux valeurs et ne constitue pas une performance officielle de la gamme.
La masse influence plusieurs aspects du comportement. Une voiture légère demande moins d’énergie pour accélérer, freiner ou changer de direction. Elle sollicite également moins ses pneumatiques et ses freins à vitesse et conditions comparables. Toutefois, la qualité du freinage dépend aussi de l’adhérence disponible, de la répartition des masses et du dimensionnement des composants.
La SEi offre une expérience de conduite éloignée de celle d’un roadster moderne. La position très basse, le pare-brise relativement vertical, la proximité des roues et la faible isolation exposent davantage les occupants au vent, aux bruits mécaniques et aux irrégularités de la chaussée.
Les versions équipées d’une boîte à cinq rapports et d’un moteur relativement souple peuvent se montrer plus adaptées aux déplacements routiers réguliers. À l’inverse, une préparation moteur privilégiant les hauts régimes, associée à un pont court et à des suspensions fermes, peut favoriser une utilisation sportive tout en rendant les longs trajets moins reposants.
Le comportement dépend aussi fortement des pneus. Sur une automobile de cette masse, leur dimension, leur âge, leur pression et leur composition influencent directement la précision de direction et l’adhérence. Le remplacement de pneus anciens par une monte adaptée peut donc avoir davantage de conséquences pratiques qu’une augmentation modérée de puissance.
La protection contre les intempéries demeure limitée. Certaines voitures disposent d’une capote, de portières souples ou d’équipements amovibles, tandis que d’autres sont configurées essentiellement pour les sorties par beau temps ou les journées circuit. Le coffre, lorsqu’il existe, reste réduit et dépend des aménagements réalisés lors de la construction.
Production, marché de collection et points de vérification
La Westfield SEi appartient à une catégorie particulière de voitures de collection : celle des sportives artisanales dont l’identité technique peut évoluer au fil des propriétaires. La marque a fourni des kits et des composants permettant différentes configurations, ce qui rend difficile l’établissement d’une fiche unique correspondant à tous les exemplaires.
Cette particularité complique également l’estimation des volumes de production. Les chiffres globaux attribués à Westfield ne permettent pas d’isoler les SEi Narrow Body, les SEiW et les autres déclinaisons. Les dates de fabrication du châssis, d’assemblage final et de première immatriculation peuvent en outre être différentes.
Sur le marché français, des SEi du début des années 1990 ont été proposées à des prix affichés allant approximativement de 17 000 à 25 000 euros, avec des variations importantes selon leur configuration et leur état. Ces montants correspondent à des annonces et non à une cote issue de transactions confirmées. Une voiture préparée ou récemment restaurée peut afficher un prix supérieur sans que cela garantisse une valeur de revente équivalente.
Pour identifier correctement une SEi, la première vérification concerne le châssis et le train arrière. La présence de triangles indépendants, d’un différentiel fixé à la structure et de transmissions articulées permet de distinguer l’architecture SEi de celle des premières SE à essieu rigide. Les numéros de châssis et les documents de construction peuvent compléter cette identification.
Le moteur mérite une attention particulière. Une SEi aujourd’hui équipée d’un Ford Zetec peut avoir été construite initialement avec un Kent ou un CVH. Une transformation mécanique n’enlève pas nécessairement son identité au châssis, mais elle modifie sa configuration historique, ses besoins d’entretien et éventuellement sa conformité administrative.
La qualité d’assemblage représente un autre critère déterminant. Les soudures du châssis, les points de fixation des suspensions, le passage des canalisations de freinage, les supports moteur et les installations électriques doivent être examinés avec soin. Une construction artisanale bien réalisée peut offrir une grande simplicité d’entretien, tandis qu’un montage approximatif peut entraîner des difficultés de fiabilité ou de sécurité.
Les éléments de carrosserie et les accessoires demandent également une identification précise. Une pièce destinée à une SEiW ne convient pas nécessairement à une SEi Narrow Body. Les ailes, les éléments de capote, le pare-brise, les sièges et certaines fixations peuvent varier selon la période de fabrication et les modifications effectuées.
Enfin, les documents administratifs doivent correspondre à la voiture présentée. Pour un exemplaire importé, il est essentiel de vérifier l’identité du constructeur mentionné sur le certificat d’immatriculation, le numéro de châssis, la motorisation déclarée et les éventuelles homologations individuelles. Sur une Westfield SEi, la cohérence entre ces éléments et la configuration mécanique réelle constitue une condition essentielle pour envisager sereinement son utilisation sur route.
