Présentée dans sa forme de série au Mondial de l’Automobile de Paris en 2010, la Renault Twizy est l’un des projets les plus singuliers de l’histoire récente de Renault. Ce petit véhicule électrique à quatre roues n’est pas une citadine classique, mais un quadricycle conçu presque exclusivement pour les déplacements urbains. Avec ses deux places disposées en tandem, ses dimensions réduites, son moteur électrique arrière et ses portes en élytre disponibles selon les versions, le Twizy se situe à mi-chemin entre le scooter et l’automobile.
Il ne faut pas le confondre avec le Twizy Z.E. Concept dévoilé au salon de Francfort en 2009. Ce prototype annonçait le principe général, mais ses caractéristiques, son style et ses performances différaient du modèle de série. Le Twizy définitif apparaît en 2010, entre en production à Valladolid en 2011 et commence sa carrière commerciale française en mars 2012.
Un quadricycle électrique né du programme Renault Z.E.
Le Twizy prend forme au moment où Renault engage l’un des programmes électriques les plus ambitieux parmi les constructeurs généralistes européens. Au salon de Francfort 2009, la marque dévoile plusieurs concepts préfigurant sa future gamme Z.E., dont le Twizy, la Renault Fluence électrique, la Zoe et le Kangoo électrique. L’objectif est alors de couvrir plusieurs usages, de la berline familiale au véhicule utilitaire, en passant par une solution de mobilité urbaine radicalement compacte.
Le projet Twizy est étudié dès la fin des années 2000 par les équipes de design Renault. François Leboine joue un rôle important dans sa définition initiale, tandis qu’Eric Diemert coordonne le projet. Mathilde Bancon et Yasuhiro Suzuki figurent également parmi les designers crédités pour le modèle de série récompensé en 2012 par un Red Dot Best of the Best.
La chaîne de fabrication de Valladolid, en Espagne, est inaugurée en octobre 2011. Le Twizy rejoint ensuite sur le marché la Renault Zoe, qui deviendra le modèle électrique le plus emblématique de cette première offensive. Les deux véhicules répondent pourtant à des logiques très différentes: la Zoe est une automobile polyvalente à part entière, alors que le Twizy est volontairement limité à la mobilité courte distance.
La production est transférée en 2019 vers Busan, en Corée du Sud, après plusieurs années à Valladolid. L’assemblage coréen est assuré avec l’appui industriel de Renault Samsung Motors et de Dongshin Motech. La fin de production est généralement située en 2023, même si certaines pages patrimoniales ou commerciales de Renault référencent encore le modèle jusqu’en 2024. Renault Heritage indique plus de 31 000 exemplaires produits, sans publier de total final définitif parfaitement consolidé.
Deux versions principales: Twizy 45 et Twizy 80
La gamme repose principalement sur deux variantes. Le Twizy 45 appartient à la catégorie des quadricycles légers L6e. Sa puissance est limitée à 4 kW, soit environ 5 ch, et sa vitesse maximale à 45 km/h. Cette configuration vise notamment les utilisateurs autorisés à conduire un quadricycle léger sans permis automobile classique selon la réglementation applicable.
Le Twizy 80 relève de la catégorie L7e des quadricycles lourds. Son moteur développe 13 kW, soit 17 ch dans la documentation française, avec un couple maximal de 57 Nm. Sa vitesse de pointe atteint 80 km/h. Cette différence change sensiblement son usage: le Twizy 45 reste essentiellement destiné aux centres urbains, tandis que le Twizy 80 peut emprunter des axes périurbains où une vitesse supérieure est nécessaire.
Les deux versions conservent la même architecture fondamentale, avec moteur arrière, propulsion, batterie sous la partie centrale de l’habitacle et transmission à rapport unique. L’absence de boîte de vitesses classique simplifie la conduite. Le faible diamètre de braquage, la largeur contenue de la carrosserie et la position des roues aux quatre coins facilitent les manoeuvres dans les espaces urbains serrés.
Le Twizy ne doit pas être assimilé à une petite voiture traditionnelle telle que la Renault Twingo 3. Cette dernière offre un habitacle fermé, plusieurs vraies places et les prestations attendues d’une automobile de tourisme. Le Twizy privilégie au contraire la légèreté, l’encombrement minimal et une protection simplifiée contre les intempéries.
Fiche technique de la Renault Twizy
| Caractéristique | Twizy 45 | Twizy 80 |
|---|---|---|
| Type | Quadricycle léger électrique L6e | Quadricycle lourd électrique L7e |
| Architecture moteur | Moteur électrique asynchrone | Moteur électrique asynchrone |
| Type moteur Renault | 3CG | 3CG |
| Puissance maximale | 4 kW, environ 5 ch | 13 kW, environ 17 ch |
| Couple maximal | 33 Nm de 0 à 2 050 tr/min | 57 Nm de 0 à 2 100 tr/min |
| Implantation | Moteur arrière, propulsion | Moteur arrière, propulsion |
| Transmission | Réducteur à rapport unique | Réducteur à rapport unique |
| Rapport de démultiplication | 1:13,40 | 1:9,23 |
| Structure | Cellule et châssis tubulaires | Cellule et châssis tubulaires |
| Suspension avant | Pseudo-McPherson | Pseudo-McPherson |
| Suspension arrière | Pseudo-McPherson | Pseudo-McPherson |
| Direction | Crémaillère non assistée, 2,8 tours | Crémaillère non assistée, 2,8 tours |
| Diamètre de braquage entre trottoirs | 6,8 m | 6,8 m |
| Freins avant | Disques pleins de 214 mm | Disques pleins de 214 mm |
| Freins arrière | Disques pleins de 204 mm | Disques pleins de 204 mm |
| ABS | Non | Non |
| Pneus avant | 125/80 R13 | 125/80 R13 |
| Pneus arrière | 145/80 R13 | 145/80 R13 |
| Longueur | 2 338 mm | 2 338 mm |
| Largeur sur garde-boue avant | 1 237 mm | 1 237 mm |
| Largeur avec rétroviseurs | Environ 1 381 à 1 396 mm selon configuration | Environ 1 381 à 1 396 mm selon configuration |
| Hauteur | 1 454 mm | 1 454 mm |
| Empattement | 1 686 mm | 1 686 mm |
| Voie avant | 1 094 mm | 1 094 mm |
| Voie arrière | 1 080 mm | 1 080 mm |
| Garde au sol en charge | 120 mm | 120 mm |
| Poids en ordre de marche | Environ 446 kg batterie comprise | Environ 474 kg batterie comprise |
| Batterie | Lithium-ion, environ 6,1 kWh | Lithium-ion, environ 6,1 kWh |
| Vitesse maximale | 45 km/h | 80 km/h |
| 0 à 45 km/h | 9,9 s | 6,1 s |
| 30 à 60 km/h | Sans objet | 8,1 s |
| Autonomie homologuée ECE-15 | Jusqu’à 120 km | Jusqu’à 100 km |
| Autonomie d’usage annoncée par Renault | Environ 50 à 80 km selon conditions | Environ 50 à 80 km selon conditions |
| Consommation homologuée | 58 Wh/km | 63 Wh/km |
| Temps de recharge | Environ 3 h 30 sur prise domestique | Environ 3 h 30 sur prise domestique |
| Places | 2 en tandem | 2 en tandem |
| Volume de rangement principal | 31 l derrière le siège arrière | 31 l derrière le siège arrière |
| Charge utile | Environ 110 kg | Environ 115 kg |
Une conception entièrement dictée par la ville
Le design du Twizy découle directement de son architecture. Les deux occupants prennent place l’un derrière l’autre, ce qui permet de réduire fortement la largeur sans raccourcir excessivement l’empattement. Les roues sont rejetées aux quatre coins et les passages de roue restent très visibles, presque détachés du corps central. Cette construction donne au véhicule une silhouette immédiatement identifiable.
Les portes constituent un autre élément caractéristique. Lorsqu’elles sont présentes, elles pivotent vers le haut et réduisent l’espace nécessaire pour monter à bord dans une place étroite. Elles ne forment toutefois pas une fermeture comparable à celle d’une automobile conventionnelle. Selon la finition, le millésime et les accessoires, le Twizy peut être dépourvu de véritables vitrages latéraux fixes, ce qui expose davantage les occupants au froid, au vent et à la pluie.
La légèreté est également essentielle à son fonctionnement. Avec moins de 500 kg batterie comprise, le Twizy se contente d’un moteur très peu puissant et d’une batterie d’environ 6,1 kWh. Renault annonçait jusqu’à 100 ou 120 km sur l’ancien cycle urbain ECE-15 suivant la version, mais communiquait plutôt sur 50 à 80 km dans des conditions d’utilisation réelles. La recharge complète s’effectue en environ trois heures et demie sur une prise domestique, grâce au câble intégré au véhicule.
La sécurité repose sur une cellule tubulaire, une ceinture quatre points pour le conducteur et un airbag frontal sur les versions documentées. Le Twizy 80 a été évalué en 2014 par Euro NCAP dans un protocole spécifique aux quadricycles. Son résultat ne peut donc pas être comparé directement aux étoiles obtenues par une automobile classique soumise au protocole standard de la même époque.
Twizy Cargo, finitions et usages professionnels
Renault a décliné le concept pour les professionnels avec le Twizy Cargo. Cette version abandonne la place arrière au profit d’un coffre verrouillable d’environ 180 litres. Elle conserve le format extrêmement compact du véhicule tout en permettant de transporter de petits colis, des outils ou du matériel pour des trajets urbains. Le Cargo a existé avec les deux niveaux de performances correspondant aux familles 45 et 80.
Les appellations de finition ont évolué pendant la carrière du modèle, avec notamment Urban, Color, Technic, Life ou Intens suivant les marchés et les années. Les équipements et accessoires ont eux aussi varié, notamment les portes, protections latérales, éléments de personnalisation et solutions de fermeture. Il est donc préférable d’identifier un Twizy d’occasion par sa version mécanique, sa catégorie d’homologation et son millésime plutôt que par un seul élément de carrosserie.
Le positionnement tarifaire initial était inhabituel. En France, le Twizy 45 était annoncé à partir de 6 990 euros et le Twizy 80 à partir de 7 690 euros au début de sa commercialisation. La batterie faisait alors l’objet d’un contrat de location séparé, une formule également utilisée sur plusieurs véhicules électriques Renault de cette période.
Le Twizy face aux autres pionniers électriques
Le Twizy apparaît au début d’une décennie durant laquelle les constructeurs testent des approches très différentes de l’électrique. Là où la BMW i3 cherche à réinventer la voiture urbaine avec une carrosserie fermée, quatre places et une architecture sophistiquée, Renault choisit avec le Twizy une solution plus simple, plus légère et juridiquement située dans la catégorie des quadricycles.
Cette radicalité explique à la fois son originalité et ses limites commerciales. Le Twizy est très facile à garer, consomme peu d’énergie et répond efficacement à des trajets urbains courts, mais son habitacle ouvert, son confort sommaire et sa faible polyvalence restreignent son usage. Les électriques urbaines arrivées ensuite dans le groupe Renault ont généralement adopté une architecture beaucoup plus conventionnelle, à l’image de la Dacia Spring, qui n’est pas un successeur direct mais répond à une partie du même besoin avec une vraie carrosserie fermée.
Le spectaculaire Twizy Renault Sport F1 n’était pas une version de série
En 2013, Renault Sport transforme le Twizy en démonstrateur technologique avec le Twizy Renault Sport F1. Cette création conserve le moteur électrique de 13 kW du Twizy 80 mais reçoit un système KERS dérivé de la Formule 1, capable d’apporter temporairement environ 60 kW supplémentaires. La puissance cumulée approche alors les 100 ch, pour une vitesse maximale annoncée de 110 km/h.
Ce prototype se reconnaît à sa carrosserie considérablement élargie, ses pneus de monoplace, son aileron arrière, son diffuseur et ses appendices aérodynamiques. Le dispositif KERS occupe notamment l’emplacement du siège arrière. Ses performances ne doivent donc jamais être attribuées au Twizy routier, limité à 45 ou 80 km/h selon sa version. Le Renault Sport F1 est resté un exercice technique et médiatique, sans production commerciale.
Le Twizy de série demeure ainsi un cas presque unique dans la gamme Renault: un véhicule électrique conçu non comme une automobile réduite, mais comme une catégorie intermédiaire entre deux-roues et voiture. Sa disposition en tandem, sa structure légère et ses deux niveaux d’homologation ont permis à Renault d’explorer très tôt une forme de micro-mobilité électrique que peu de grands constructeurs avaient alors osé industrialiser.





