Produite à partir de 2002 en série limitée, la Smart Crossblade pousse à l’extrême le principe de dépouillement de la petite Smart originelle. Elle n’a ni toit, ni capote, ni portes conventionnelles et remplace son pare-brise par un simple saute-vent. Cette configuration spectaculaire n’est pourtant pas celle d’un prototype réservé aux salons : la Crossblade est une automobile homologuée et commercialisée, produite à 2 000 exemplaires numérotés.
Sa base technique provient de la première génération de Smart biplace, commercialisée à l’origine sous le nom de Smart City Coupé. La Crossblade conserve notamment son architecture à moteur arrière, sa propulsion et sa cellule de sécurité Tridion, mais transforme profondément la carrosserie et l’expérience de conduite.
Du concept de Genève à la série limitée
L’histoire commence au Salon de Genève 2001, où Smart expose une étude Crossblade. Le projet matérialise de manière particulièrement littérale la philosophie de réduction défendue par la marque : supprimer tout ce qui sépare les deux occupants de leur environnement. L’accueil réservé au concept convainc Smart d’étudier sa fabrication en petite série.
Le passage du show-car à une automobile homologuée nécessite davantage qu’une simple suppression des éléments de carrosserie. Bertrandt AG intervient comme maître d’oeuvre du développement et de l’industrialisation, tandis que Binz est chargé de la réalisation de la petite série en Allemagne. La structure doit notamment être adaptée pour conserver une rigidité suffisante malgré l’absence de toit et de portes classiques.
Smart annonce officiellement la version de série en février 2002. Les commandes ouvrent en mars et les livraisons débutent quelques mois plus tard. La production est limitée dès l’origine à 2 000 voitures, chacune identifiée par un numéro individuel. Techniquement, la Crossblade appartient à la famille de première génération aujourd’hui couramment désignée Smart Fortwo 450, même si l’appellation Fortwo n’est adoptée par Smart qu’en 2004.
Une Smart sans toit, sans portes et presque sans pare-brise
La silhouette conserve immédiatement les proportions de la petite Smart, mais la partie supérieure de la carrosserie est métamorphosée. À la place des portes se trouvent des barres latérales relevables. Le pare-brise disparaît presque entièrement au profit d’un petit déflecteur transparent, tandis que toit, capote et vitres latérales sont tout simplement absents.
La comparaison avec la Smart Fortwo Cabrio, dont la Crossblade est techniquement dérivée, permet de mesurer l’ampleur des modifications. Dans un cabriolet traditionnel, les occupants peuvent remettre une capote et fermer l’habitacle. Ici, aucune protection de ce type n’est prévue : conducteur et passager restent directement exposés au vent et aux intempéries.
Cette particularité impose un habitacle adapté à l’eau. Smart emploie des matériaux synthétiques hydrofuges, protège les éléments électriques concernés et prévoit l’évacuation de l’eau. La présentation associe notamment le rouge et le noir, tandis que la carrosserie Jet Black contraste avec des éléments gris titane. Les jantes à trois branches et les pneumatiques de 16 pouces, nettement plus larges à l’arrière, participent également à l’identité du modèle.
La sécurité structurelle reste fondée sur la cellule Tridion, renforcée pour cette application particulière. Des éléments en acier à haute résistance et un arceau intégré compensent en partie la disparition des éléments supérieurs de carrosserie. Les occupants disposent également d’airbags frontaux, de prétensionneurs de ceinture et de limiteurs d’effort.
Un trois cylindres turbo de 70 ch
La mécanique reste fidèle à l’architecture caractéristique des premières Smart. Le trois cylindres essence turbo de 599 cm3 est installé transversalement à l’arrière et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte robotisée à six rapports. Smart annonce 52 kW, soit 70 ch, pour cette version.
Avec seulement 740 kg à vide, la Crossblade n’a pas besoin d’une forte puissance pour conserver le caractère vif attendu d’un véhicule de loisir. Sa vitesse maximale est néanmoins limitée électroniquement à 135 km/h. Les données publiées concernant le 0 à 100 km/h sont trop divergentes pour constituer une mesure de référence unique, avec des valeurs d’époque et de bases techniques s’étendant approximativement de 15 à 18,5 secondes.
La Crossblade n’est donc pas conçue comme une sportive pure. Son intérêt réside davantage dans les sensations produites à des vitesses ordinaires : l’absence de pare-brise conventionnel et de protections latérales modifie radicalement la perception de la vitesse. Peu après, le Smart Roadster proposera une autre interprétation du plaisir de conduite selon Smart, cette fois avec une véritable carrosserie fermable et une orientation sportive plus traditionnelle.
Fiche technique de la Smart Crossblade
| Caractéristique | Smart Crossblade |
|---|---|
| Année de lancement | 2002 |
| Production | 2 000 exemplaires numérotés |
| Carrosserie | Biplace entièrement ouverte |
| Structure | Cellule de sécurité Tridion renforcée |
| Moteur | 3 cylindres en ligne essence turbo |
| Cylindrée | 599 cm3 |
| Alimentation | Injection électronique, turbocompresseur |
| Puissance | 52 kW, 70 ch |
| Couple | 100 Nm selon la documentation constructeur |
| Implantation | Moteur arrière transversal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Robotisée à 6 rapports |
| Pneus avant | 195/40 R16 |
| Pneus arrière | 215/35 R16 |
| Longueur | Environ 2,62 m |
| Largeur | Environ 1,62 m |
| Hauteur | Environ 1,51 m |
| Empattement | Environ 1,81 m |
| Poids à vide | 740 kg |
| Vitesse maximale | 135 km/h, bridée électroniquement |
| Réservoir | 33 litres |
| Consommation mixte publiée | Environ 5,7 l/100 km |
Une production de seulement 2 000 exemplaires
La Crossblade est pensée dès son lancement comme une série spéciale à diffusion restreinte. Smart fixe la production maximale à 2 000 unités et la fabrication spécifique est assurée avec Binz sous la responsabilité de Bertrandt. Cette méthode diffère donc de celle d’une Smart standard produite en grande série à Hambach.
Le tarif reflète le caractère artisanal et exclusif de l’opération. Les données françaises d’époque font état d’environ 25 116 euros TTC, somme particulièrement élevée pour une automobile aussi petite et volontairement dépouillée. Ce positionnement s’explique moins par son équipement que par le faible volume, les modifications structurelles et le processus spécifique de fabrication.
La rareté est encore plus marquée sur le marché français : les informations publiées lors du lancement faisaient état d’une allocation de seulement 50 exemplaires. Il faut par ailleurs distinguer la période de fabrication de l’écoulement des stocks. Des Crossblade ont continué à apparaître dans les catalogues ou à être immatriculées après la réalisation de la petite série, ce qui explique que certaines bases automobiles lui attribuent une période commerciale plus longue.
La Crossblade numéro 0001 de Robbie Williams
Smart utilise aussi la Crossblade comme automobile d’image. Le 18 avril 2002, avant le déploiement commercial ordinaire, l’exemplaire portant le numéro 0001 est remis au chanteur Robbie Williams. L’association entre une célébrité internationale et la première voiture numérotée donne une visibilité importante à un modèle qui, par sa diffusion très limitée, ne pouvait de toute façon jouer qu’un rôle marginal dans les volumes de la marque.
La Crossblade ne remplace aucun modèle et ne fonde pas non plus une lignée durable. Au début des années 2000, Smart étend plutôt son univers avec des véhicules moins radicaux, notamment le Roadster et le Smart Roadster Coupé. La Crossblade demeure ainsi une proposition isolée dans la gamme : un concept de salon suffisamment abouti pour devenir une automobile homologuée, numérotée et effectivement vendue au public.




