La Mazda Rx-9 est une appellation méconnue de l’histoire du moteur rotatif, bien différente de la sportive moderne régulièrement imaginée sous ce nom. Elle apparaît à la fin des années 1970 dans l’univers de la Mazda Luce Legato de série LA4, une grande propulsion proposée avec des moteurs conventionnels mais aussi avec les célèbres mécaniques rotatives de Mazda. Les sources historiques associent le nom RX-9 aux versions rotatives destinées à certains marchés d’exportation, tandis que les variantes à pistons sont notamment connues sous l’appellation Mazda 929.
Cette identité explique la principale difficulté entourant le modèle. La RX-9 de 1977 n’est ni un coupé sportif succédant à la RX-8, ni le nom officiel d’un concept récent. Il s’agit d’une automobile issue de la grande famille Luce, développée à une époque où Mazda installait son moteur Wankel dans des véhicules aux vocations très diverses.
Une grande Mazda rotative apparue en 1977
La troisième génération de Luce est introduite au Japon à l’automne 1977 sous le nom Luce Legato. Identifiée par le code de série LA4, elle adopte une présentation plus imposante que celle de sa devancière et vise le segment des grandes berlines. Mazda ne réserve alors nullement le moteur rotatif à ses voitures les plus sportives. La marque cherche au contraire à démontrer que cette architecture peut convenir à une automobile confortable et statutaire.
La RX-9 s’inscrit dans une gamme rotative déjà particulièrement étendue. Des modèles comme la Mazda Rx-4 avaient auparavant associé le moteur Wankel à des carrosseries plus polyvalentes qu’un pur coupé sportif. Mazda avait également utilisé cette technologie sur des automobiles plus prestigieuses, notamment la Mazda Cosmo. La Luce LA4 poursuit donc une stratégie déjà bien établie plutôt qu’elle n’inaugure une nouvelle famille de sportives.
La documentation disponible impose toutefois une distinction entre l’existence certaine des Luce LA4 à moteur rotatif et l’utilisation commerciale exacte du nom RX-9. Plusieurs sources historiques attribuent cette appellation aux versions rotatives d’exportation. D’autres éléments indiquent qu’une commercialisation internationale sous ce nom avait été préparée, notamment avec des emblèmes et de la documentation, sans permettre d’établir précisément son déploiement selon les marchés. Il serait donc excessif de présenter RX-9 comme une désignation mondiale et parfaitement uniforme de la Luce rotative.
12A et 13B dans une berline à propulsion
La famille LA4 est proposée avec deux moteurs rotatifs à deux rotors, les Mazda 12A et 13B. Le premier possède une cylindrée nominale d’environ 1,1 litre, généralement arrondie à 1,2 litre dans la nomenclature commerciale, tandis que le 13B atteint 1 308 cm3. Les codes LA42 et LA43 permettent respectivement d’identifier les variantes associées à ces deux mécaniques. Les sources historiques indiquent que le 12A a notamment été employé au début de la carrière du modèle, tandis que le 13B accompagne la gamme rotative LA4 plus durablement.
Le moteur est placé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Cette disposition correspond à l’architecture classique des grandes Mazda de cette période. Des transmissions manuelles à quatre ou cinq rapports ainsi qu’une boîte automatique à trois rapports apparaissent dans la gamme LA4, leur disponibilité dépendant de la motorisation, de la carrosserie et du marché.
L’intérêt de cette mécanique tient moins à une recherche de performances extrêmes qu’à son caractère inhabituel dans une grande berline. Le moteur Wankel est compact, fonctionne sans pistons alternatifs et se distingue par sa capacité à prendre des régimes élevés avec une grande douceur mécanique. La RX-9 illustre ainsi l’une des périodes où Mazda exploitait le plus largement cette technologie, avant que les contraintes de consommation et l’évolution du marché ne conduisent progressivement à la concentrer sur des modèles plus spécialisés.
Fiche technique de la Mazda Rx-9
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année d’apparition | 1977 |
| Famille | Mazda Luce Legato, série LA4 |
| Carrosseries associées | Berline 4 portes et hardtop 4 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs rotatifs | Mazda 12A et 13B, birotor |
| Cylindrée du 13B | 1 308 cm3 |
| Puissance documentée du 13B | 127 PS, environ 93 kW |
| Couple documenté du 13B | 187 Nm |
| Codes associés | LA42 pour le 12A, LA43 pour le 13B |
| Boîtes disponibles dans la famille LA4 | Manuelles 4 ou 5 rapports, automatique 3 rapports |
| Empattement | 2 610 mm |
| Longueur de la berline | 4 625 mm |
| Largeur | 1 690 mm |
| Hauteur de la berline | 1 385 mm |
| Poids indicatif de la berline LA4 | Environ 1 235 kg selon configuration |
Un style typique des grandes berlines japonaises de la fin des années 1970
La première Luce Legato LA4 possède une silhouette très anguleuse, avec un long capot, une ceinture de caisse rectiligne et d’importantes surfaces vitrées. Sa face avant est particulièrement reconnaissable. Une large calandre chromée occupe le centre, encadrée par des projecteurs rectangulaires disposés verticalement. L’ensemble donne à la voiture une présence très différente de celle des Mazda rotatives sportives.
La gamme comprend notamment une berline traditionnelle et un hardtop quatre portes à la silhouette plus élancée. Ce dernier se distingue par son traitement latéral plus fluide et son absence de montant central apparent lorsque les vitres sont abaissées. Dans les deux cas, la RX-9 reste une grande automobile conçue autour du confort et de l’espace plutôt qu’un dérivé de compétition.
Une évolution stylistique intervient à la fin de la décennie. La face avant devient plus conventionnelle, avec de grands projecteurs rectangulaires et une présentation moins singulière. Cette transformation rapproche visuellement la Luce des grandes berlines européennes et japonaises du début des années 1980, tout en conservant l’architecture générale de la LA4.
Pourquoi la RX-9 historique est souvent oubliée
L’appellation RX-9 est aujourd’hui beaucoup plus fréquemment associée à un hypothétique coupé sportif Mazda qu’à la Luce des années 1970. Cette interprétation paraît intuitive lorsqu’on observe la succession des noms RX, mais elle crée une chronologie artificielle. La Mazda Rx-7, lancée à la même période, est une véritable sportive compacte à deux portes, alors que la RX-9 historique appartient à une famille de grandes berlines. Les deux modèles répondent donc à des usages très différents malgré leur mécanique rotative.
La confusion s’est renforcée après l’arrêt de la Mazda Rx-8. Le chiffre 9 semblait constituer un nom logique pour sa remplaçante et la presse automobile a régulièrement employé RX-9 pour désigner des projets supposés de nouvelle sportive rotative. Aucun de ces usages modernes ne permet cependant de transformer rétroactivement la RX-9 historique en ancêtre direct d’un coupé RX-8 de nouvelle génération.
La présentation de la Mazda Rx-vision en 2015 a donné une nouvelle ampleur à ces spéculations. Ce concept était bien une sportive Mazda utilisant explicitement l’identité RX et annonçait les ambitions de la marque autour d’une nouvelle génération de moteur rotatif. Il n’a pourtant pas été présenté officiellement comme une RX-9 de série.
Le phénomène s’est reproduit avec la Mazda Iconic Sp, concept dévoilé en 2023 autour d’une chaîne de traction électrifiée faisant intervenir un moteur rotatif. Là encore, sa proximité avec l’histoire sportive de Mazda a favorisé l’utilisation du nom RX-9 dans les commentaires et projections, sans établir un lien d’identité avec la voiture de 1977.
La RX-9 dans l’histoire du moteur rotatif Mazda
La véritable singularité de la RX-9 historique vient finalement de son positionnement. Durant les années 1970, Mazda ne considère pas le moteur rotatif comme une mécanique réservée à quelques voitures de niche. Le constructeur l’installe dans des coupés, des berlines et différents modèles haut de gamme, avec l’ambition d’en faire une alternative crédible au moteur à pistons. La Luce rotative représente l’une des expressions les plus luxueuses de cette politique.
Cette stratégie change progressivement au tournant des années 1980. La consommation élevée des moteurs rotatifs devient un handicap important, particulièrement après les crises pétrolières, tandis que Mazda rationalise son offre. La génération LA4 disparaît des berlines en 1981 et la technologie Wankel se concentre ensuite davantage sur des véhicules dont le caractère sportif permet de mieux valoriser ses qualités particulières.
C’est précisément ce contexte qui rend la Mazda Rx-9 de 1977 intéressante. Son nom est aujourd’hui associé à l’idée d’une sportive encore hypothétique, alors que son origine renvoie à une période presque inverse de l’histoire de Mazda : celle où un moteur rotatif pouvait prendre place sous le capot d’une grande berline de prestige à propulsion.




