Alpine A470

Alpine A470

L’Alpine A470 est le prototype avec lequel la marque française aborde en 2017 la nouvelle génération du règlement LMP2. Développée techniquement sur la base de l’ORECA 07 et exploitée par Signatech Alpine, elle succède à l’Alpine A460, titrée en LMP2 en 2016. Son V8 Gibson atmosphérique de 4,2 litres, imposé à l’ensemble de la catégorie, marque une rupture avec la mécanique Nissan employée auparavant et porte la puissance annoncée à plus de 600 ch.

L’A470 devient surtout l’une des Alpine de compétition les plus titrées de la période moderne. Elle remporte sa catégorie aux 24 Heures du Mans en 2018 puis en 2019 et contribue au succès de Signatech Alpine dans le Trophée Endurance FIA LMP2. Après une première carrière achevée en 2020, elle reprend même du service en Championnat du Monde FIA d’Endurance en 2023.

Une nouvelle Alpine LMP2 pour la saison 2017

Le nom A470 s’inscrit dans un programme d’endurance relancé en 2013 avec l’Alpine A450. Après plusieurs saisons en prototypes et le titre obtenu en 2016, Alpine et Signatech doivent s’adapter à la profonde évolution réglementaire du LMP2 prévue pour 2017. Les nouvelles voitures sont plus puissantes et reposent sur un nombre restreint de constructeurs de châssis, tandis qu’un moteur Gibson commun équipe les concurrents engagés dans le Championnat du Monde FIA d’Endurance.

La réponse d’Alpine est l’A470, dévoilée officiellement en mars 2017. Sa parenté avec l’ORECA 07 est essentielle pour comprendre la voiture : il ne s’agit pas d’un prototype conçu intégralement et indépendamment à Dieppe. ORECA Technology assure la conception technique de cette base LMP2, tandis que Signatech porte l’exploitation sportive sous l’identité Alpine. Cette association poursuit une méthode déjà employée durant les premières années du retour de la marque en endurance.

L’A470 adopte une monocoque en carbone et nid d’abeille ainsi qu’une carrosserie en carbone et Kevlar. ORECA travaille notamment sur l’intégration du nouveau groupe motopropulseur et sur l’aérodynamique. Le résultat est un prototype fermé de 4,745 m de long pour seulement 1,045 m de haut, avec un empattement de 3,005 m et une masse réglementaire annoncée à 930 kg dans la spécification documentée pour 2018.

Un V8 Gibson de plus de 600 ch

Le changement mécanique est majeur. Le Gibson GK-428 est un V8 atmosphérique à 90 degrés de 4 200 cm3, capable d’atteindre 9 000 tr/min. Alpine annonce 603 ch. Le moteur utilise une lubrification par carter sec et une gestion électronique Cosworth. Le choix d’un moteur commun à la catégorie limite les différences entre constructeurs sur ce terrain et reporte une part importante de la performance sur le châssis, l’aérodynamique, les réglages et l’exploitation.

La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte Xtrac à six rapports, commandée par palettes au volant avec dispositif pneumatique. Les suspensions reposent sur des doubles triangles avec poussoirs et amortisseurs PKM. Le freinage fait appel à des disques carbone ventilés associés à des étriers monobloc à six pistons, une architecture conçue pour supporter les freinages répétés et les longues périodes de roulage propres à l’endurance.

L’aérodynamique distingue également l’A470 de la génération précédente. Sa silhouette reste immédiatement celle d’un prototype LMP2 fermé, avec cockpit central, ailes enveloppantes, passages d’air très travaillés, dérive longitudinale et grand aileron arrière. Sous ses livrées Alpine, elle demeure visuellement très proche de l’ORECA 07 dont elle dérive. Cette filiation explique pourquoi les deux appellations sont parfois rapprochées dans les archives de compétition.

Fiche technique de l’Alpine A470

CaractéristiqueDonnée
CatégoriePrototype LMP2
Année d’apparition2017
ChâssisMonocoque carbone et nid d’abeille
CarrosserieCarbone et Kevlar
MoteurGibson GK-428
Architecture moteurV8 atmosphérique à 90 degrés
Cylindrée4 200 cm3
Puissance annoncée603 ch
Régime maximal9 000 tr/min
LubrificationCarter sec
Gestion moteurCosworth
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesXtrac, 6 rapports plus marche arrière, commande pneumatique par palettes
SuspensionDoubles triangles à poussoirs, amortisseurs PKM
DirectionAssistée électrique
FreinsDisques carbone ventilés, étriers monobloc à 6 pistons
Jantes avant12,5 x 18 pouces
Jantes arrière13 x 18 pouces
Pneus avant, spécification 2018Dunlop 30-68/R18
Pneus arrière, spécification 2018Dunlop 31-71/R18
Longueur4 745 mm
Largeur1 895 mm
Hauteur1 045 mm
Empattement3 005 mm
Voie avant1 570 mm
Voie arrière1 550 mm
Poids, spécification 2018930 kg
Réservoir, spécification 201875 litres

Deux victoires LMP2 aux 24 Heures du Mans

Dès sa première participation mancelle en 2017, l’A470 démontre son potentiel. La voiture numéro 35 termine troisième de la catégorie LMP2 et quatrième du classement général, résultat remarquable pour un prototype de la seconde catégorie. La numéro 36 rallie également l’arrivée. Cette première campagne permet à Signatech Alpine d’acquérir l’expérience nécessaire avec une réglementation et un groupe motopropulseur entièrement renouvelés.

En 2018, la numéro 36 confiée à Nicolas Lapierre, André Negrão et Pierre Thiriet termine cinquième au classement général des 24 Heures du Mans. Elle est finalement classée première en LMP2 après les décisions techniques touchant des concurrents initialement placés devant elle. Alpine retrouve ainsi une victoire de catégorie quarante ans après le triomphe absolu de l’Alpine A442 aux 24 Heures du Mans 1978.

La saison 2018-2019 confirme que ce succès ne constitue pas un épisode isolé. Lapierre, Negrão et Thiriet remportent de nouveau le LMP2 au Mans en 2019, cette fois avec une sixième place au classement général. Signatech Alpine décroche également le Trophée Endurance FIA des équipes LMP2. La même A470 numéro 36 et le même trio de pilotes signent ainsi deux victoires consécutives dans leur catégorie lors de l’épreuve la plus importante de la saison.

Ces résultats prolongent une histoire mancelle bien plus ancienne. Avant les prototypes turbo de la fin des années 1970, des voitures comme l’Alpine A210 avaient déjà construit la réputation de la marque en endurance autour de la légèreté, de l’aérodynamique et des performances obtenues avec des cylindrées relativement modestes. L’A470 évolue dans un contexte technique radicalement différent, mais rétablit cette continuité dans la compétition internationale.

De la fin du programme LMP2 au retour de 2023

L’A470 poursuit sa carrière jusqu’en 2020. Aux 24 Heures du Mans de cette année-là, l’équipage composé de Thomas Laurent, André Negrão et Pierre Ragues termine quatrième de la catégorie LMP2 et huitième au classement général. Cette saison clôt la première période d’exploitation du prototype, Alpine préparant alors son accession au niveau supérieur de l’endurance.

En 2021, l’Alpine A480 prend le relais dans la catégorie reine du WEC. L’A470 disparaît alors des grilles pendant plus de 800 jours. Ce retrait aurait pu marquer définitivement la fin de sa carrière, mais le calendrier du nouveau programme Hypercar d’Alpine conduit à une situation particulière en 2023.

Dans l’attente de sa nouvelle voiture destinée à la réglementation LMDh, Alpine revient temporairement en LMP2 et réactive l’A470. Deux exemplaires, portant les numéros 35 et 36, sont engagés en Championnat du Monde FIA d’Endurance. Cette dernière campagne intervient six ans après les débuts du modèle, dans une catégorie devenue extrêmement compétitive et soumise à des ajustements réglementaires depuis 2017.

Une Alpine étroitement apparentée à l’ORECA 07

L’identité de l’A470 demande enfin une précision importante. Contrairement à une Alpine routière ou à certains prototypes historiques développés dans un cadre technique propre à la marque, l’A470 appartient directement à la famille de l’ORECA 07. Son moteur Gibson est lui aussi standardisé par le règlement LMP2. La désignation Alpine A470 correspond donc à une voiture de compétition engagée dans le cadre du partenariat entre Alpine, Signatech et ORECA, et non à un modèle de série dérivé d’une automobile de route.

Cette réalité n’enlève rien au rôle sportif de la voiture. Le travail de préparation, les réglages, la stratégie, la fiabilité et les équipages restent déterminants dans une catégorie où plusieurs concurrents disposent de matériels très proches. Les succès de 2018 et 2019 illustrent précisément la capacité de Signatech Alpine à exploiter cette base sur des courses de longue durée.

L’A470 se distingue ainsi davantage par son palmarès et son rôle dans la chronologie sportive d’Alpine que par l’exclusivité de sa conception. Arrivée après le titre LMP2 de 2016, elle accompagne la montée en puissance du programme jusqu’à deux victoires consécutives de catégorie au Mans, puis connaît une seconde carrière en 2023 avant le basculement définitif d’Alpine vers sa nouvelle génération de prototypes.