Présentée sous forme de prototype en 1971 puis produite en série à partir de 1974, la Lamborghini Countach transforme radicalement l’image de la supercar. Sa silhouette en coin dessinée par Marcello Gandini, ses portes en ciseaux et son V12 installé longitudinalement derrière l’habitacle rompent avec les formes de la Lamborghini Miura. Déclinée pendant seize années de production, la Countach évolue du très pur coupé LP400 aux versions élargies et plus spectaculaires des années 1980.
Du prototype LP500 à la Countach de série
Au début des années 1970, Lamborghini prépare la succession de la Miura sans chercher à simplement moderniser cette dernière. Paolo Stanzani dirige le développement technique tandis que Marcello Gandini, alors chez Bertone, imagine une carrosserie extrêmement basse et anguleuse. Cette rupture esthétique s’accompagne d’une nouvelle implantation mécanique destinée à faire du futur modèle le porte-drapeau de la marque.
Le premier résultat est la Countach LP500, dévoilée au Salon de Genève en mars 1971. Ce prototype possède un V12 expérimental de 4 971 cm³ et une structure différente de celle finalement retenue pour la production. Son style contient pourtant déjà l’essentiel de l’identité de la Countach, notamment le profil cunéiforme, le pare-brise très incliné et les portes à ouverture verticale.
Le développement se poursuit notamment avec le pilote-essayeur Bob Wallace. Le cinq litres expérimental est abandonné au profit du V12 de 3 929 cm³ déjà éprouvé par Lamborghini, tandis qu’un treillis tubulaire en acier remplace la structure du prototype. Les besoins de refroidissement conduisent également à modifier la carrosserie. La LP500 originale sera finalement utilisée pour des essais d’homologation et de collision en 1974, puis détruite.
La production en série commence en 1974 avec la Countach LP400. Le sigle LP, pour Longitudinale Posteriore, décrit la disposition du V12. La transmission est particulièrement originale : la boîte manuelle à cinq rapports se trouve devant le moteur, entre les sièges, tandis qu’un arbre transmet le mouvement vers le différentiel arrière. Cette disposition contribue à concentrer les masses au centre de la voiture.
Un dessin de Marcello Gandini devenu emblématique
La Countach mesure à peine plus d’un mètre de haut dans sa première configuration. Gandini abandonne les courbes de la Miura au profit de surfaces planes, d’arêtes franches et d’une silhouette extrêmement tendue. Le pare-brise prolonge presque visuellement le capot, les phares principaux sont escamotables et les prises d’air nécessaires au V12 deviennent progressivement des éléments essentiels du dessin.
Les portes en ciseaux constituent sa caractéristique la plus célèbre. Articulées près des montants avant, elles basculent vers le haut au lieu de s’ouvrir latéralement. La solution contribue autant à la personnalité visuelle de la Countach qu’à son adaptation à une carrosserie particulièrement large. Elle deviendra ensuite une signature des Lamborghini V12 à moteur central.
La LP400 initiale est la forme la plus dépouillée de la voiture. Ses ailes restent étroites et elle ne possède pas encore les extensions, les imposantes roues arrière et les appendices associés à l’image populaire des Countach des années 1980. Les premiers exemplaires sont également connus sous le surnom de « Periscopio », en référence à la rainure caractéristique aménagée dans le pavillon.
À partir de la LP400 S, apparue en 1978, la silhouette devient beaucoup plus agressive. Des extensions d’ailes enveloppent les larges pneumatiques Pirelli P7, les jantes adoptent leur dessin caractéristique et un spoiler apparaît à l’avant. Le spectaculaire aileron arrière proposé sur certaines voitures participe fortement à l’iconographie de la Countach, même s’il ne constitue pas un élément universel de toutes les versions.
Fiche technique de la Lamborghini Countach
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60°, moteur central arrière longitudinal |
| Cylindrée LP400 | 3 929 cm³ |
| Distribution LP400 | 4 arbres à cames en tête, 24 soupapes |
| Alimentation LP400 | 6 carburateurs Weber double corps |
| Puissance LP400 | Environ 375 ch à 8 000 tr/min |
| Couple LP400 | Environ 361 Nm à 5 500 tr/min |
| Cylindrée 5000 S | Environ 4,8 litres |
| Cylindrée Quattrovalvole | 5 167 cm³ |
| Distribution Quattrovalvole | 48 soupapes, 4 par cylindre |
| Puissance Quattrovalvole | 455 CV avec carburateurs, 420 CV avec injection selon spécification |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure de série | Treillis tubulaire en acier, carrosserie principalement en aluminium |
| Suspensions | Indépendantes, architecture à triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs |
| Direction | À crémaillère |
| Freins LP400 | Disques ventilés aux quatre roues |
| Longueur LP400 | 4 140 mm |
| Largeur LP400 | 1 890 mm |
| Hauteur LP400 | 1 070 mm |
| Empattement | 2 450 mm |
| Voie avant LP400 | Environ 1 500 mm |
| Voie arrière LP400 | Environ 1 520 mm |
| Pneus LP400 | 205/70 R14 avant, 215/70 R14 arrière |
| Réservoir LP400 | Environ 120 litres |
| Vitesse maximale LP400 | Environ 290 km/h dans les mesures et estimations les plus réalistes, valeurs annoncées parfois supérieures |
| Production totale | 1 999 exemplaires selon Lamborghini |
| Production | 1974 à 1990 pour les voitures de série |
| Site de production | Sant’Agata Bolognese, Italie |
De la LP400 S au V12 5,2 litres Quattrovalvole
La transformation amorcée avec la LP400 S ne se limite pas à l’esthétique. L’adoption de pneus beaucoup plus larges modifie le comportement et l’apparence de la voiture. Cette évolution est liée aux Countach spéciales commandées auparavant par Walter Wolf, qui avaient montré la voie vers une Countach plus puissante, chaussée de pneumatiques à profil bas et dotée d’ailes élargies.
En 1982 apparaît la Countach LP500 S, également connue sous l’appellation 5000 S. Son V12 passe à environ 4,8 litres. Visuellement, elle reste proche de la LP400 S, mais cette augmentation de cylindrée répond à la nécessité de retrouver davantage de couple et de performances sur une Countach devenue plus lourde et plus équipée que les premières LP400.
L’évolution mécanique la plus importante arrive avec la Countach 5000 Quattrovalvole au milieu des années 1980. La cylindrée atteint 5 167 cm³ et les nouvelles culasses utilisent quatre soupapes par cylindre, soit 48 au total. La version à carburateurs développe 455 CV selon Lamborghini. Certains marchés, notamment les États-Unis, reçoivent une alimentation par injection associée à une puissance inférieure, donnée à 420 CV par le constructeur.
Ces différences de spécification expliquent pourquoi une puissance ou une performance unique ne peut pas décrire correctement toute la carrière de la Countach. Il en va de même pour la vitesse maximale : les chiffres publiés pour les premières LP400 dépassent parfois 300 km/h, alors que les valeurs effectivement mesurées se situent généralement plus près de 290 km/h. Le poids varie lui aussi fortement selon la version, l’équipement et la définition retenue entre poids à sec et voiture en conditions d’utilisation.
La Countach 25th Anniversary et la fin de production
En 1988, Lamborghini célèbre ses vingt-cinq ans avec la Countach 25th Anniversary. La base mécanique reste celle du V12 5,2 litres de la Quattrovalvole, mais la carrosserie reçoit de nombreuses modifications aérodynamiques et fonctionnelles. Les prises d’air, bas de caisse et différents éléments de carrosserie donnent à cette ultime évolution une apparence immédiatement identifiable.
La 25th Anniversary devient aussi la variante la plus produite. Lamborghini comptabilise officiellement 152 LP400, 235 LP400 S, 323 5000 S, 631 Quattrovalvole et 658 Anniversary. Le total atteint ainsi 1 999 exemplaires de série entre 1974 et 1990. Les chiffres parfois arrondis à 2 000 voitures ne correspondent donc pas au décompte détaillé actuellement publié par le constructeur.
Cette longévité est remarquable pour une automobile dont le dessin remonte au début des années 1970. Lorsque la production s’arrête en 1990, la Lamborghini Diablo reprend le rôle de supercar V12 de la marque. Elle conserve plusieurs principes associés à sa devancière, notamment le moteur central longitudinal et les portes en ciseaux, tout en entrant dans une nouvelle génération technique et stylistique.
Production artisanale et particularités des différentes Countach
La Countach reste étroitement associée à l’usine de Sant’Agata Bolognese. Sa construction fait largement appel au travail manuel, notamment pour les panneaux de carrosserie en aluminium. Avec ce modèle, Lamborghini internalise davantage d’opérations liées à la carrosserie et à l’assemblage, ce qui contribue au caractère artisanal des exemplaires produits durant les années 1970 et 1980.
Les différences entre séries sont suffisamment importantes pour éviter de considérer « la Countach » comme une fiche technique unique. Une LP400 étroite de 1974, une LP400 S chaussée de Pirelli P7, une Quattrovalvole de 5,2 litres et une Anniversary de 1990 partagent une architecture fondamentale, mais leur moteur, leur masse, leurs pneumatiques, leur aérodynamique et certains détails de carrosserie diffèrent sensiblement.
La Countach a par ailleurs connu quelques prolongements inhabituels. La Quattrovalvole figure notamment dans les archives d’homologation de la FIA en Groupe B à compter de janvier 1988. Cette homologation n’a cependant pas débouché sur une grande campagne sportive officielle : contrairement à certaines supercars devenues des machines de compétition, la Countach a construit sa réputation essentiellement comme automobile routière.
Une Countach historique distincte de la LPI 800-4
Le nom Countach réapparaît officiellement en 2021 sur la Lamborghini Countach LPI 800-4. Malgré ses références stylistiques évidentes au modèle de Gandini, cette automobile n’est ni une nouvelle série de la Countach historique ni la continuation directe de sa production. Il s’agit d’une supercar moderne à transmission intégrale et motorisation V12 hybride, développée plusieurs décennies après l’arrêt du modèle original.
La Countach historique reste donc la famille née avec le prototype LP500 de 1971 et industrialisée avec la LP400 en 1974. Ses différentes évolutions illustrent presque deux décennies de transformation de la supercar Lamborghini : d’une LP400 relativement pure et légère à une 25th Anniversary beaucoup plus démonstrative, tout en conservant le V12 atmosphérique, l’architecture à moteur central longitudinal et les portes en ciseaux qui définissent immédiatement le modèle.




