Présentée au Salon de Genève en 1995, la Lamborghini Diablo Sv est la déclinaison plus sportive et plus dépouillée de la Lamborghini Diablo. Son sigle signifie Super Veloce et marque le retour d’une appellation historique de Sant’Agata Bolognese. Avec son V12 atmosphérique de 5,7 litres porté à 510 ch lors de son lancement, sa transmission aux seules roues arrière et son apparence plus agressive, elle propose une interprétation particulièrement directe de la supercar italienne.
La SV occupe toutefois une place plus complexe qu’une simple version allégée. Produite jusqu’en 1999, elle évolue sensiblement au cours de sa carrière. Les derniers exemplaires adoptent notamment la face avant modernisée de la Diablo, un moteur plus puissant et plusieurs évolutions techniques. Cette distinction entre la SV originelle et le millésime 1999 explique une partie des caractéristiques contradictoires parfois attribuées au modèle.
Le retour de l’appellation Super Veloce
Lorsque Lamborghini dévoile la Diablo SV en 1995, la Diablo est déjà installée depuis cinq ans au sommet de la gamme. Elle a succédé à la Countach, dont la Lamborghini Countach 25th Anniversary avait constitué l’une des dernières évolutions. La famille Diablo s’est entre-temps diversifiée, notamment avec la VT à quatre roues motrices et la très radicale SE30 conçue pour les trente ans de la marque.
Avec la SV, Lamborghini réactive surtout un nom chargé d’histoire. Super Veloce avait été associé au début des années 1970 à la Lamborghini Miura SV. Son retour traduit une philosophie claire : privilégier les performances et les sensations plutôt que transformer la Diablo en grand tourisme plus polyvalent.
Cette orientation se manifeste d’abord par le choix de la propulsion. Contrairement à la Lamborghini Diablo VT, qui transmet également une partie du couple au train avant, la SV conserve deux roues motrices. Lamborghini accompagne cette configuration d’un travail sur le poids, les suspensions, le freinage, le refroidissement et l’aérodynamique. La marque indique un gain d’environ 40 kg par rapport à la Diablo originelle.
Un V12 5,7 litres porté à 510 ch
La mécanique reste fidèle au spectaculaire V12 atmosphérique Lamborghini. Installé longitudinalement en position centrale arrière, ce moteur à 60 degrés affiche 5 707 cm3, avec un alésage de 87 mm et une course de 80 mm. Il possède quatre arbres à cames en tête, 48 soupapes et une injection électronique. Dans la SV présentée en 1995, Lamborghini annonce 510 ch, contre une puissance inférieure sur les premières Diablo de série.
Le V12 est associé à une boîte mécanique à cinq rapports. L’absence de transmission intégrale distingue profondément le comportement attendu de la SV de celui de la VT : toute la puissance passe par les imposants pneus arrière. Cette architecture correspond à la volonté de proposer une Diablo plus exigeante et plus étroitement liée aux supercars Lamborghini à propulsion qui l’ont précédée.
Lamborghini annonçait environ 4,5 secondes pour atteindre 100 km/h sur la première SV. Les performances publiées à l’époque ou mesurées par différentes sources ne sont cependant pas parfaitement homogènes, particulièrement pour la vitesse maximale et l’accélération. Une valeur d’environ 300 à 320 km/h est représentative des spécifications rencontrées pour les différentes SV, sans pouvoir être appliquée indistinctement à tous les millésimes.
Fiche technique de la Lamborghini Diablo Sv
| Caractéristique | Lamborghini Diablo SV 1995-1998 | Lamborghini Diablo SV 1999 |
|---|---|---|
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 5 707 cm3 | 5 707 cm3 |
| Alésage x course | 87 x 80 mm | 87 x 80 mm |
| Distribution | 48 soupapes, double arbre à cames par banc | 48 soupapes, double arbre à cames par banc, levée variable |
| Alimentation | Injection électronique | Injection électronique |
| Puissance | 510 ch | 529 ch annoncés par Lamborghini, généralement arrondis à 530 ch |
| Couple | Environ 580 Nm | 605 Nm |
| Implantation | Longitudinale, centrale arrière | Longitudinale, centrale arrière |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis tubulaire en acier, carrosserie en alliage léger et matériaux composites | Châssis tubulaire en acier, carrosserie en alliage léger et matériaux composites |
| Suspensions | Indépendantes à doubles triangles | Indépendantes à doubles triangles |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues | Disques ventilés aux quatre roues avec ABS |
| Roues | 17 et 18 pouces selon monte et millésime | 18 pouces |
| Longueur | Environ 4,46 m | Environ 4,47 m |
| Largeur | Environ 2,04 m | Environ 2,04 m |
| Hauteur | Environ 1,11 m | Environ 1,11 m |
| Empattement | 2,65 m | 2,65 m |
| Poids | Environ 1 530 à 1 650 kg selon norme de mesure | Environ 1 600 kg en ordre de marche selon certaines données européennes |
| 0 à 100 km/h | Environ 4,5 s annoncé par Lamborghini | Environ 3,8 à 4,0 s selon données publiées |
| Vitesse maximale | Environ 300 à 320 km/h selon spécification et source | Environ 320 km/h |
| Réservoir | Environ 100 litres | Environ 100 litres |
Comment reconnaître une Diablo SV
La silhouette reste immédiatement celle d’une Diablo, avec une carrosserie extrêmement basse et large, un pare-brise très incliné et les célèbres portes en élytre. Le dessin fondamental provient du travail de Marcello Gandini réalisé pour le projet Diablo avant les modifications apportées pendant le développement sous l’ère Chrysler. La SV reçoit toutefois des attributs qui lui donnent une personnalité nettement plus démonstrative.
Le plus évident est l’immense graphisme SV appliqué sur les flancs de nombreux exemplaires. Cette décoration n’était toutefois pas une caractéristique absolument systématique, puisqu’une voiture pouvait en être dépourvue. Un grand aileron arrière réglable, des prises d’air spécifiques et différentes adaptations destinées au refroidissement et à l’aérodynamique complètent l’ensemble. L’habitacle privilégie également une présentation sportive, avec notamment l’emploi d’Alcantara sur certaines configurations.
La première SV conserve les projecteurs escamotables caractéristiques des Diablo des débuts. C’est un point essentiel pour distinguer visuellement cette phase de celle de 1999. Malgré son orientation plus radicale, la SV demeure une voiture de route deux places et ne doit pas être confondue avec la Diablo SV-R développée pour la compétition à partir de 1996.
La Diablo SV change profondément en 1999
Le millésime 1999 constitue une rupture suffisamment importante pour qu’il soit préférable de distinguer ses caractéristiques de celles de la SV lancée quatre ans auparavant. Lamborghini modernise alors la Diablo sous l’impulsion de sa nouvelle période Audi. Le restylage est associé au designer Luc Donckerwolke, qui intervient sur une voiture désormais débarrassée de ses phares escamotables.
Les projecteurs fixes transforment la physionomie de la face avant, tandis que l’habitacle est revu et que des roues de 18 pouces accompagnent cette évolution. Le V12 reste à 5,7 litres mais progresse à 529 ch selon les données Lamborghini, valeur couramment arrondie à 530 ch. Son couple atteint 605 Nm. La mécanique reçoit également un système de variation de levée des soupapes.
Le freinage évolue lui aussi avec l’adoption de l’ABS. Cette évolution est particulièrement significative dans l’histoire de Lamborghini, qui avait longtemps privilégié une approche mécanique très traditionnelle de ses supercars. La SV 1999 associe ainsi le principe de la propulsion et du V12 atmosphérique à des équipements techniques plus modernes.
Ces modifications expliquent pourquoi une fiche technique unique peut induire en erreur. Une Diablo SV à phares escamotables de 1995 et une SV à phares fixes de 1999 appartiennent bien à la même déclinaison, mais elles ne possèdent ni exactement la même puissance, ni la même présentation, ni tous les mêmes équipements.
Une Diablo radicale sans être une voiture de course
La SV se situe dans une zone particulière de la gamme. Elle reprend une partie de la philosophie radicale recherchée avec la SE30, mais reste une version régulière de la Diablo plutôt qu’une série anniversaire. Elle n’est pas non plus une homologation routière de la SV-R : cette dernière est une véritable déclinaison de compétition, avec une préparation spécifique destinée au Lamborghini Supertrophy.
À la fin de la décennie, Lamborghini pousse encore plus loin le développement de sa supercar avec la Lamborghini Diablo GT. Cette évolution ne transforme pas rétroactivement la SV en version intermédiaire : lors de son apparition en 1995, celle-ci constitue déjà l’une des interprétations les plus performantes de la Diablo routière.
La production totale de la Diablo SV est généralement établie à 346 exemplaires pour la période 1995-1999. Les ventilations précises entre millésimes sont moins solidement établies, ce qui rend préférable de conserver ce total plutôt que d’attribuer arbitrairement un volume à chacune des deux phases. À cela s’ajoutent quelques réalisations particulières, dont de très rares SV Roadster, qui ne doivent pas être comptées comme la configuration standard du coupé.
La SV dans la lignée des V12 Lamborghini
La carrière de la Diablo se poursuit après la disparition de la SV, notamment avec les dernières VT et la VT 6.0. La famille est finalement remplacée au début des années 2000 par la Lamborghini Murciélago, qui conserve le principe du V12 central arrière tout en faisant entrer Lamborghini dans une nouvelle génération technique et stylistique.
L’appellation Super Veloce ne disparaît pas pour autant. Elle revient notamment sur la Lamborghini Murciélago LP670-4 SV, puis sous des formes apparentées sur les V12 plus récents de la marque. La Diablo SV occupe ainsi une position précise dans cette chronologie : elle est la voiture qui a remis en circulation en 1995 un nom apparu sur la Miura plus de vingt ans auparavant et qui deviendra ensuite l’un des principaux marqueurs des Lamborghini les plus radicales.




