Présenté au Salon de Bruxelles en janvier 1986, le Lamborghini LM002 occupe une place à part dans l’histoire de la marque. Bien avant la généralisation des SUV de prestige, ce véhicule associait un véritable châssis de tout-terrain, une transmission à quatre roues motrices et le V12 d’une supercar Lamborghini. Sa silhouette massive, ses pneus spécialement développés et son habitacle luxueux contrastaient radicalement avec les coupés bas et effilés produits à Sant’Agata Bolognese.
Le LM002 n’était pourtant pas une simple Lamborghini surélevée. Il constituait l’aboutissement d’un programme expérimental commencé près d’une décennie auparavant et profondément remanié avant d’atteindre la série. Produit jusqu’en 1992, il resta extrêmement rare avec 301 exemplaires au total selon les données historiques communiquées par Lamborghini.
Du Cheetah au LM002, un long développement
L’histoire commence dans les années 1970 avec le Lamborghini Cheetah, un prototype destiné à explorer le marché des véhicules tout-terrain, notamment dans une perspective militaire. Son architecture à moteur arrière se révéla cependant peu convaincante pour ce type d’utilisation. Le LM001 présenté au Salon de Genève en 1981 conserva encore cette logique générale, avant que le programme ne change profondément de direction.
Giulio Alfieri, alors figure majeure de l’ingénierie Lamborghini, considéra qu’un moteur placé à l’avant permettrait d’obtenir un comportement mieux adapté au tout-terrain. Cette évolution conduisit notamment au LMA002, étape décisive puisqu’il associait désormais l’architecture à moteur avant au V12 Lamborghini. Des essais intensifs, y compris dans les environnements désertiques du Moyen-Orient, servirent à mettre au point la configuration destinée à la production.
D’autres études accompagnèrent cette période. Le Lamborghini LM004 appartient ainsi à la même famille expérimentale, mais ne doit pas être confondu avec le LM002 commercialisé. Lamborghini testa plusieurs solutions avant de retenir pour la série le V12 5,2 litres déjà éprouvé sur ses voitures de sport.
Le modèle définitif apparut publiquement à Bruxelles en janvier 1986. Lamborghini avait alors transformé un projet aux origines militaires en un véhicule de prestige spectaculaire. La carrosserie conservait une apparence fonctionnelle de tout-terrain, tandis que l’habitacle faisait largement appel au cuir, à la climatisation et à des équipements correspondant au positionnement très haut de gamme de la marque.
Un V12 de Countach dans un véritable tout-terrain
Le choix mécanique constitue la caractéristique la plus spectaculaire du LM002. Sous son immense capot avant prend place un V12 atmosphérique de 5 167 cm³ dérivé de celui de la Lamborghini Countach Quattrovalvole. Avec quatre soupapes par cylindre et une puissance généralement donnée pour 450 ch à 6 800 tr/min, ce moteur plaçait le tout-terrain Lamborghini dans un univers sans véritable équivalent au milieu des années 1980.
Sur les premières versions, l’alimentation repose sur six carburateurs Weber double corps. Les LM/American destinés au marché nord-américain adoptèrent ensuite une injection électronique multipoint, notamment pour satisfaire les exigences antipollution. Cette évolution ne changeait pas la philosophie du véhicule : un moteur de très haute performance installé dans une machine conçue pour affronter des terrains difficiles.
La transmission ne se limitait pas à une simple transmission intégrale routière. Le LM002 disposait d’une boîte manuelle à cinq rapports, d’un système permettant l’utilisation des quatre roues motrices et d’une gamme courte. Sa conception comprenait trois différentiels, avec des dispositifs destinés à préserver la motricité lorsque l’adhérence devenait précaire.
Cette architecture explique pourquoi le LM002 diffère profondément des SUV sportifs apparus beaucoup plus tard. Son châssis multitubulaire, sa garde au sol importante et ses suspensions indépendantes étaient pensés pour un usage réellement tout-terrain. Le freinage associait pourtant une solution étonnante compte tenu des performances et de la masse : disques ventilés à l’avant et tambours à l’arrière.
Fiche technique de la Lamborghini Lm002
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Période de production | 1986 à 1992 |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60° |
| Implantation | Avant longitudinale |
| Cylindrée | 5 167 cm³ |
| Alésage x course | 85,5 x 75 mm |
| Distribution | 4 soupapes par cylindre, double arbre à cames en tête par rangée |
| Alimentation | 6 carburateurs Weber double corps, injection électronique multipoint sur LM/American |
| Puissance | Environ 450 ch à 6 800 tr/min |
| Couple | Environ 500 Nm à 4 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Transmission | Propulsion ou quatre roues motrices, gamme courte |
| Structure | Châssis multitubulaire en acier |
| Suspension | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Direction | Assistée |
| Freins avant | Disques ventilés |
| Freins arrière | Tambours |
| Pneumatiques | Pirelli Scorpion 345/60 VR17 |
| Longueur | Environ 4,8 à 4,9 m selon spécification |
| Largeur | Environ 2,00 m |
| Hauteur | Environ 1,85 m |
| Empattement | Environ 2,95 à 3,00 m selon documentation |
| Poids à vide | Environ 2 600 à 2 700 kg selon spécification |
| Réservoir | Environ 290 litres |
| Vitesse maximale | Plus de 200 km/h, environ 210 km/h couramment annoncé |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,8 s couramment cité |
| Production | 301 exemplaires au total |
Des pneus Pirelli conçus spécialement pour le LM002
Faire passer une puissance de supercar sur le sable et les pistes avec un véhicule de près de trois tonnes nécessitait des pneumatiques inhabituels. Pirelli développa spécifiquement pour le LM002 d’énormes Scorpion en 345/60 VR17. Leur conception devait supporter à la fois la masse, la vitesse et les températures rencontrées dans les régions désertiques où le véhicule avait été longuement testé.
Ces pneus participent directement à l’identité visuelle du LM002. Les passages de roue très développés, la largeur de deux mètres et la garde au sol généreuse donnent à la carrosserie une assise immédiatement reconnaissable. La silhouette est dominée par un long capot horizontal, une cabine à quatre portes et une partie arrière ouverte faisant davantage penser à un pick-up de luxe qu’aux SUV actuels.
Malgré son gabarit, le V12 permettait de dépasser 200 km/h, avec environ 210 km/h fréquemment annoncés. Une telle vitesse était exceptionnelle pour un véritable tout-terrain de cette époque. Elle s’accompagnait logiquement d’une consommation considérable, souvent mesurée ou estimée au-delà de 30 l/100 km, ce qui explique le réservoir d’une capacité proche de 290 litres.
301 exemplaires et une version LM/American
La rareté du LM002 est parfois compliquée par des chiffres de production contradictoires. Les informations historiques publiées par Lamborghini permettent de retenir 301 véhicules : 300 exemplaires auxquels s’ajoute un unique LM002 à conduite à droite. La production s’est achevée en 1992, même si certaines sources secondaires mentionnent 1993, notamment en raison de véhicules commercialisés ou immatriculés après leur fabrication.
Le marché américain prit une importance particulière à la fin de la carrière. Le LM002 y fut officiellement introduit en 1989. La variante LM/American reçut notamment une injection électronique multipoint à la place des six carburateurs Weber afin de répondre aux contraintes d’émissions. Lamborghini indique une production de 60 exemplaires de cette spécification.
Le LM002 fut également associé à quelques épisodes sportifs. Lamborghini développa un véhicule destiné au rallye-raid et lié à Sandro Munari, mais le projet d’engagement au Paris-Dakar n’aboutit pas comme prévu. Des LM002 furent néanmoins vus dans d’autres épreuves et des exemplaires privés participèrent au Dakar. En 1989, Munari parcourut également le One Lap of America au volant d’un LM002 correspondant à la spécification homologuée pour les États-Unis.
Du LM002 à l’Urus
Lorsque la production cessa, Lamborghini ne donna pas immédiatement de successeur au LM002. Pendant près de deux décennies, la marque se concentra de nouveau sur ses voitures de sport. Le retour vers l’idée d’une Lamborghini haute et polyvalente se matérialisa avec le Lamborghini Urus Concept, dévoilé en 2012, avant le passage à un modèle de série.
Le Lamborghini Urus appartient toutefois à une époque et à une philosophie technique très différentes. Là où l’Urus combine performances routières, transmission intégrale moderne et architecture de SUV, le LM002 demeure beaucoup plus proche d’un tout-terrain traditionnel extrêmement puissant. Leur filiation tient surtout à l’idée d’appliquer les performances et le prestige Lamborghini à un véhicule capable de sortir du cadre de la supercar classique.
C’est précisément cette combinaison qui rend le LM002 identifiable sans ambiguïté dans l’histoire de Sant’Agata Bolognese : un châssis de tout-terrain, des pneus développés pour les conditions désertiques, une transmission avec gamme courte et, sous le capot avant, le V12 5,2 litres issu de l’univers de la Countach. Avec seulement 301 exemplaires produits, cette formule resta une singularité dans la gamme Lamborghini jusqu’à l’arrivée des SUV modernes.




