Apparue en 1967, la Jaguar 240 représente l’ultime évolution de la petite berline sportive que Jaguar développait depuis la fin des années 1950. Elle ne constitue pas une génération entièrement nouvelle : elle reprend la structure et la silhouette de la Jaguar Mark 2, mais reçoit une présentation simplifiée et surtout une évolution intéressante du six cylindres XK de 2,4 litres. Produite pendant moins de deux ans, elle accompagne la transition entre les berlines Jaguar traditionnelles et la nouvelle gamme XJ.
De la Mark 2 à la Jaguar 240
La filiation de la 240 remonte aux premières berlines compactes de Coventry. La Jaguar Mark 1 avait ouvert cette voie dans les années 1950 avant que la Mark 2, lancée en 1959, ne perfectionne la formule. Cette dernière associait une caisse monocoque relativement compacte, quatre portes, une propulsion et le six cylindres XK, avec plusieurs cylindrées disponibles.
À la fin des années 1960, cette gamme commençait toutefois à vieillir et coexistait avec plusieurs autres berlines Jaguar. Le constructeur entreprit donc de rationaliser son catalogue en attendant l’arrivée de sa nouvelle génération. En septembre 1967, les dernières évolutions de la Mark 2 abandonnèrent cette appellation au profit de deux désignations numériques : 240 pour le moteur 2,4 litres et Jaguar 340 pour le 3,4 litres.
Le changement allait au-delà d’un simple badge. Jaguar cherchait à rendre ses berlines plus compétitives en prix tout en modernisant certains éléments mécaniques. La 240 adopta donc une finition moins coûteuse, mais son moteur fut simultanément amélioré. Cette combinaison lui donna une personnalité assez différente de celle de l’ancienne Mark 2 2.4 Litre.
Un six cylindres XK de 2,4 litres revu
Sous le capot reste le célèbre six cylindres en ligne XK à double arbre à cames en tête. Sa cylindrée de 2 483 cm3 est inchangée, mais la 240 bénéficie d’une alimentation par deux carburateurs SU ainsi que d’évolutions de la culasse et de l’admission. Jaguar annonçait 133 bhp selon la méthode de mesure de puissance employée à l’époque. Ce chiffre ne doit donc pas être assimilé directement à 133 ch DIN.
Ces modifications sont essentielles pour distinguer la 240 de la précédente Mark 2 2.4. Le petit XK, longtemps considéré comme le choix tranquille de la gamme, gagne sensiblement en vigueur. Avec la boîte manuelle, la vitesse maximale annoncée atteint environ 106 mph, soit 171 km/h, tandis que le 0 à 60 mph se situe autour de 12 secondes. Des essais et bases techniques donnent des valeurs légèrement différentes, mais convergent vers une vitesse de pointe voisine de 170 km/h.
La mécanique est installée longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Une boîte manuelle à quatre rapports constitue la configuration traditionnelle, avec overdrive disponible, tandis qu’une transmission automatique pouvait également être choisie. L’architecture générale reste celle de la Mark 2, avec roues avant indépendantes et essieu arrière rigide suspendu par ressorts semi-elliptiques. Les quatre freins à disque participent au caractère sportif de cette famille de berlines.
Fiche technique de la Jaguar 240
| Caractéristique | Jaguar 240 |
|---|---|
| Production | 1967 à avril 1969 |
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Places | 5 |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | Jaguar XK, 6 cylindres en ligne |
| Distribution | Double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 2 483 cm3 |
| Alésage x course | 83 x 76,5 mm |
| Rapport volumétrique | 8:1 |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Puissance annoncée | 133 bhp à 5 500 tr/min |
| Couple | 146 lb-ft, environ 198 Nm, à 3 700 tr/min |
| Boîte manuelle | 4 rapports |
| Overdrive | Disponible |
| Boîte automatique | Disponible |
| Structure | Caisse monocoque |
| Suspension avant | Roues indépendantes, triangles superposés |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts semi-elliptiques |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Pneumatiques d’origine | Dunlop 6.40 H15 |
| Longueur | Environ 4,55 à 4,57 m |
| Largeur | Environ 1,69 à 1,70 m |
| Hauteur | Environ 1,46 à 1,47 m |
| Empattement | Environ 2,72 m |
| Poids | Environ 1 440 kg selon configuration |
| Vitesse maximale | Environ 170 à 171 km/h |
| 0 à 60 mph | Environ 12 à 12,7 s selon mesure |
Une Mark 2 reconnaissable à quelques détails
Visuellement, la Jaguar 240 conserve presque intégralement les proportions qui avaient fait le succès de la Mark 2 : pavillon arrondi, grandes surfaces vitrées, calandre verticale, ailes avant galbées et poupe compacte. La transformation de 1967 se repère surtout dans les détails. Les volumineux pare-chocs de la Mark 2 sont remplacés par des éléments plus fins, proches dans leur esprit de ceux employés sur d’autres berlines Jaguar contemporaines.
Les antibrouillards qui participaient à la physionomie de certaines Mark 2 ne font plus partie de l’équipement standard. De petites grilles chromées occupent leurs emplacements, tandis que de nouveaux enjoliveurs et les badges 240 permettent d’identifier la version. Ces changements donnent à la voiture une apparence légèrement plus dépouillée sans modifier sa carrosserie fondamentale.
L’habitacle traduit plus nettement la recherche d’économies. Jaguar remplace notamment le cuir standard par de l’Ambla, un matériau synthétique, le cuir restant disponible en option. La finition est simplifiée par rapport aux Mark 2 les plus richement équipées. Cette stratégie permet de réduire le prix sans remettre en cause les éléments essentiels de l’architecture de la voiture.
240, 340 et rationalisation de la gamme Jaguar
La 240 doit être replacée dans une gamme Jaguar alors particulièrement dense. Aux côtés des anciennes Mark 2 figuraient des berlines plus grandes ou plus puissantes, notamment la Jaguar 3.8s. En 1967, Coventry cherche à rendre cette offre plus lisible tout en préparant une rupture beaucoup plus importante.
La nomenclature 240 et 340 s’inscrit dans ce mouvement et rejoint le principe déjà adopté pour la Jaguar 420. La différence entre les deux nouvelles versions est d’abord mécanique : la 240 utilise le XK de 2 483 cm3, tandis que la 340 dispose du 3 442 cm3. Le moteur 3,8 litres, emblématique des Mark 2 les plus performantes, disparaît de l’offre régulière de cette carrosserie.
La 340 quitte elle-même le catalogue lorsque Jaguar lance sa nouvelle grande berline en 1968. La 240 bénéficie d’un sursis grâce à son positionnement plus accessible et reste fabriquée jusqu’en avril 1969. Elle constitue ainsi la dernière représentante produite en série de la carrosserie issue de la Mark 2.
Une carrière courte de 4 446 exemplaires
Jaguar a construit 4 446 exemplaires de la 240. Ce volume limité s’explique d’abord par sa courte carrière : lancée alors que sa remplaçante conceptuelle était déjà proche, elle devait maintenir une offre abordable plutôt qu’ouvrir un nouveau cycle commercial. Les séries de châssis utilisent le préfixe 1J, avec des productions distinctes pour les voitures à conduite à droite et à gauche.
Au Royaume-Uni, son prix neuf était de 1 365 livres, inférieur à celui de la 340. Cette politique tarifaire permettait à Jaguar de prolonger une automobile dont les coûts industriels étaient largement amortis tout en offrant des performances supérieures à celles de l’ancienne 2.4 Litre. La 240 occupe ainsi une position inhabituelle : plus économique dans sa finition, mais mécaniquement plus aboutie que le modèle qu’elle remplaçait.
La chronologie explique aussi pourquoi la 240 est parfois éclipsée par la Mark 2 dans l’histoire de Jaguar. Sa silhouette en est presque indissociable et sa production ne couvre qu’une fraction de la carrière de cette carrosserie. Pourtant, ses doubles carburateurs SU, ses détails extérieurs simplifiés et son badge spécifique permettent de l’identifier comme une version à part entière plutôt que comme une simple Mark 2 rebaptisée.
La fin des petites berlines Jaguar de première génération
En septembre 1968, Jaguar dévoile la Jaguar XJ, dont la conception rend rapidement obsolète l’organisation complexe de l’ancienne gamme. Plus moderne dans son architecture générale et destinée à réunir plusieurs rôles jusque-là répartis entre différentes berlines, la XJ ouvre une nouvelle période pour la marque. La 240 reste néanmoins au catalogue quelques mois supplémentaires.
Sa production s’arrête en avril 1969. Jaguar conserve aujourd’hui dans sa collection patrimoniale une 240 Warwick Grey construite en mars de cette année-là, châssis 1J/4585-DN, équipée de l’overdrive. Cet exemplaire appartient aux dernières voitures produites et illustre la configuration finale d’une lignée de berlines compactes commencée plus d’une décennie auparavant à Coventry.




