Rolls-royce Corniche V

Rolls-royce Corniche V

Dévoilée en 2000, la Rolls-royce Corniche V marque le retour d’un nom absent du catalogue depuis le milieu des années 1990. Cette ultime Corniche est pourtant bien davantage qu’une évolution de la génération précédente. Elle repose sur l’architecture technique du grand cabriolet Bentley Azure et reçoit le traditionnel V8 Rolls-Royce de 6,75 litres suralimenté. Produite à seulement 384 exemplaires jusqu’en 2002, elle occupe aussi une place particulière dans l’histoire de Crewe : sa disparition accompagne la fin de la production des automobiles Rolls-Royce dans l’usine historique de la marque.

Le retour de la Corniche en 2000

Le nom Rolls-royce Corniche possède alors près de trois décennies d’histoire. Les premières voitures portant officiellement cette appellation apparaissent en 1971, dans la continuité des coupés et cabriolets dérivés de la Silver Shadow. Au fil des évolutions, la Corniche devient l’un des grands cabriolets emblématiques de Rolls-Royce.

La Rolls-royce Corniche Iv quitte le catalogue en 1995. Lorsque l’appellation revient cinq ans plus tard, la filiation est donc essentiellement historique. La nouvelle voiture adopte une base beaucoup plus récente issue de la famille Bentley Continental R et Azure. Elle apparaît en outre dans une période industrielle singulière : Volkswagen contrôle alors Rolls-Royce Motors et l’usine de Crewe, tandis que les droits nécessaires à la future exploitation de la marque Rolls-Royce automobile doivent revenir à BMW.

Présentée en janvier 2000, la Corniche V devient ainsi la seule nouvelle Rolls-Royce lancée pendant cette courte période de transition. Des exemplaires et carrosseries avaient toutefois déjà été réalisés en 1999. Pour cette raison, 2000 correspond bien à son lancement commercial, même si l’histoire industrielle du modèle commence légèrement auparavant.

Une carrosserie spécifique sur une base Bentley Azure

La Corniche V est un imposant cabriolet deux portes à quatre places. Sa parenté technique avec la Bentley Azure est essentielle pour comprendre le modèle : sous une présentation propre à Rolls-Royce, les deux automobiles appartiennent à la même famille technique. La Corniche ne doit donc pas être considérée comme une simple version découvrable de la berline contemporaine.

Son style établit néanmoins volontairement un lien avec la Rolls-royce Silver Seraph. La grande calandre verticale surmontée du Spirit of Ecstasy, le traitement des optiques et les volumes arrondis de la face avant donnent au cabriolet un air de famille avec la berline. La mécanique est en revanche radicalement différente : la Silver Seraph utilise un V12 BMW, tandis que la Corniche conserve le V8 historique développé à Crewe.

Le dessin est attribué à Graham Hull, alors responsable du style Rolls-Royce, avec une collaboration de Geoff Mathews Design rapportée dans la documentation consacrée au modèle. Pininfarina intervient dans le programme industriel lié aux carrosseries et au système de capote des Azure et Corniche, mais cela ne signifie pas que le dessin complet de la Corniche V puisse être attribué au carrossier italien.

Avec 5,405 m de long et un empattement dépassant trois mètres, la Corniche privilégie des proportions majestueuses plutôt que la compacité. Sa capote textile électrique disparaît entièrement dans la carrosserie une fois ouverte, laissant une ligne particulièrement dégagée. Ce dispositif distingue nettement cette génération des anciennes Corniche.

Le V8 6,75 litres turbo de Crewe

Sous le long capot se trouve l’un des éléments qui définissent le mieux cette Corniche : le V8 Rolls-Royce à 90 degrés de 6,75 litres. Contrairement au moteur atmosphérique des anciennes générations, il reçoit un turbocompresseur Garrett et un intercooler. La puissance communément documentée est de 325 hp, soit environ 329 ch DIN, pour un couple proche de 738 Nm disponible à bas régime.

Cette mécanique est associée à une boîte automatique General Motors 4L80-E à quatre rapports et entraîne les roues arrière. Avec une masse à vide voisine de 2,7 tonnes, la Corniche V n’a évidemment pas été conçue comme une sportive. Le couple considérable du V8 suralimenté lui permet néanmoins d’atteindre 100 km/h en environ 8 à 8,5 secondes et une vitesse maximale de l’ordre de 220 à 225 km/h.

La philosophie reste celle d’un grand cabriolet de luxe : direction assistée, suspension indépendante, contrôle automatique de l’assiette, ABS et contrôle de traction privilégient une conduite stable et progressive. Le moteur, très généreux en couple, évite de devoir rechercher les hauts régimes et correspond au caractère de la transmission automatique.

Fiche technique de la Rolls-royce Corniche V

CaractéristiqueDonnée
Période de production1999-2002, lancement commercial en 2000
CarrosserieCabriolet 2 portes, 4 places
Architecture moteurV8 essence à 90 degrés, 2 soupapes par cylindre
CylindréeEnviron 6 750 cm3
Alésage x course104,1 x 99,1 mm
AlimentationInjection, turbocompresseur Garrett et intercooler
Puissance325 hp, environ 329 ch DIN à 4 000 tr/min
CoupleEnviron 738 Nm à 2 100 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesAutomatique GM 4L80-E à 4 rapports
SuspensionIndépendante, avec contrôle automatique de l’assiette
DirectionCrémaillère assistée
FreinsDisques ventilés aux quatre roues, ABS
Pneumatiques255/55 R17 selon les spécifications les mieux documentées
Longueur5 405 mm
LargeurEnviron 1 910 mm hors rétroviseurs
HauteurEnviron 1 475 mm
Empattement3 061 mm
VoiesEnviron 1 549 mm avant et arrière
Poids à videEnviron 2 735 kg
0 à 100 km/hEnviron 8 à 8,5 s
Vitesse maximaleEnviron 220 à 225 km/h
Consommation mixteEnviron 18 à 19 l/100 km suivant la norme de mesure
RéservoirEnviron 100 litres
Production384 exemplaires

Un cabriolet produit à seulement 384 exemplaires

La Corniche V reste extrêmement confidentielle. Le total de 384 exemplaires est le chiffre le mieux étayé par les registres de production détaillés : 25 carrosseries sont recensées en 1999, 250 en 2000, 67 en 2001 et 42 en 2002. D’autres totaux apparaissent parfois dans les bases consacrées au modèle, mais ils concordent moins bien avec cette ventilation annuelle.

Cette faible diffusion doit être replacée dans le positionnement exceptionnel de la voiture. Aux États-Unis, son prix de base atteignait environ 359 900 dollars au lancement, ce qui la plaçait parmi les automobiles les plus coûteuses disponibles. L’habitacle associait cuir, boiseries, sièges à réglages électriques, climatisation automatique et équipements de confort dans la tradition des Rolls-Royce fabriquées à Crewe.

Une série finale accompagne l’arrêt du modèle en 2002. Un programme de 56 voitures avait été envisagé en référence aux 56 années de production Rolls-Royce à Crewe depuis 1946, mais les registres spécialisés font état de 45 exemplaires effectivement réalisés. Ces Corniche de fin de production possèdent aujourd’hui un intérêt particulier en raison de leur place dans la chronologie de l’usine.

La dernière Rolls-Royce de Crewe

L’arrêt de la Corniche V dépasse celui d’un simple modèle. À partir de 2003, Bentley reste à Crewe sous le contrôle de Volkswagen, tandis que Rolls-Royce Motor Cars, contrôlé par BMW, inaugure une nouvelle organisation industrielle autour de Goodwood. La Corniche se retrouve ainsi à la frontière entre deux époques de la marque.

Le dernier exemplaire connu porte le châssis SCAZK28E72CH02079. Sa fabrication est associée au mois d’août 2002 et il est identifié comme la dernière automobile Rolls-Royce produite à Crewe. La cérémonie marquant la fin de cette longue période industrielle intervient à la fin du même mois, mettant un terme à 56 années de production Rolls-Royce sur le site.

La Corniche V n’a donc pas de successeur immédiat. Il faut attendre la nouvelle génération de modèles développée sous BMW pour revoir un grand cabriolet dans la gamme. La Rolls-royce Phantom Drophead Coupé reprend à partir des années 2000 cette fonction de découvrable prestigieuse au sommet du catalogue, mais avec une architecture entièrement nouvelle.

Une Corniche très différente de ses devancières

Le nom peut donner l’impression d’une continuité technique qui n’existe pas réellement. Les premières Corniche trouvent leurs racines dans la Rolls-royce Silver Shadow, puis la lignée évolue progressivement avec les transformations techniques de la gamme de Crewe. La cinquième génération rompt avec cette évolution directe en utilisant la base beaucoup plus moderne de la Bentley Azure.

Visuellement, elle se reconnaît à sa carrosserie plus arrondie, à sa face avant inspirée de la Silver Seraph, à ses doubles optiques, à ses jantes de 17 pouces et à sa capote totalement escamotable. Ses dimensions généreuses et son long empattement produisent une silhouette sensiblement différente de celle des Corniche classiques des années 1970 à 1990.

Cette rupture explique aussi pourquoi la Corniche V constitue un cas à part dans la généalogie Rolls-Royce. Elle associe une appellation remontant à 1971, l’architecture développée durant l’ère commune avec Bentley, le V8 6,75 litres suralimenté de Crewe et un langage stylistique annonçant visuellement la fin des années 1990. Lorsque sa production cesse en 2002, cette combinaison disparaît définitivement du catalogue Rolls-Royce.