Jaguar Xj40

Jaguar Xj40

Lancée en 1986, la Jaguar XJ40 marque une rupture profonde dans l’histoire de la grande berline britannique. Son nom correspond d’abord au code interne du projet, tandis que les voitures sont commercialisées sous différentes appellations, notamment XJ6, Sovereign et Daimler. Après près de quinze ans de développement, elle apporte une nouvelle carrosserie, les moteurs AJ6, une suspension arrière repensée et une électronique beaucoup plus présente. Elle constitue ainsi une étape essentielle dans l’évolution de la Jaguar XJ.

Un projet lancé dès les années 1970

Jaguar commence à réfléchir au remplacement de la XJ originelle dès 1972. Le développement de celle qui devient la XJ40 s’étire toutefois sur une période exceptionnellement longue. Les crises pétrolières, les difficultés financières de British Leyland et les investissements limités retardent le programme. Lorsque Jaguar retrouve davantage d’autonomie puis est privatisé en 1984, le constructeur peut enfin mener sa nouvelle berline vers la production.

La XJ40 n’est donc pas un simple restylage de la XJ Series III. Sa coque autoporteuse est nouvelle et pensée pour une fabrication plus rationnelle, avec moins de panneaux. Jaguar revoit également les trains roulants, le freinage et l’installation électrique. Jim Randle, alors figure importante de l’ingénierie de la marque, joue notamment un rôle majeur dans le développement du châssis et de la nouvelle suspension arrière.

La mise au point est particulièrement intensive pour l’époque. Jaguar construit environ 250 prototypes et véhicules de développement, qui accumulent plus de cinq millions de miles d’essais. Un exemplaire de préproduction est déjà construit en 1985, avant la présentation publique de la voiture au salon de Birmingham en octobre 1986.

Une Jaguar XJ au style volontairement plus moderne

Visuellement, la XJ40 rompt avec les courbes classiques de ses devancières. Sa carrosserie adopte des lignes plus rectilignes, un capot bas, une poupe carrée et une surface vitrée généreuse. La silhouette conserve néanmoins les proportions d’une grande Jaguar à moteur longitudinal avant et propulsion, avec un long capot et un habitacle relativement bas.

La face avant permet aussi de distinguer certaines finitions. Les versions XJ6 sont notamment associées aux quatre projecteurs ronds, alors que les Sovereign et Daimler reçoivent couramment de grands blocs optiques rectangulaires. Les équipements et détails évoluent toutefois selon les marchés et les millésimes. À bord, Jaguar conserve le cuir et les boiseries attendus dans cette catégorie, mais introduit une présentation nettement plus contemporaine et, sur les premières voitures, une instrumentation électronique ambitieuse.

La gamme reflète cette hiérarchie. À côté des XJ6 figurent des Sovereign plus richement dotées ainsi que des déclinaisons Daimler, qui prolongent la tradition des grandes berlines de prestige de la marque. Cette organisation rappelle le positionnement historique de modèles tels que la Jaguar Daimler Sovereign, même si les appellations et spécifications varient suivant les époques et les marchés.

Des moteurs AJ6 de 2,9 à 4,0 litres

Au lancement, la XJ40 est proposée avec deux six-cylindres en ligne AJ6. Le 2,9 litres développe environ 165 ch dans sa spécification européenne courante. Le 3,6 litres, doté d’une culasse à 24 soupapes, atteint environ 221 à 225 ch suivant la norme et le marché. Cette nouvelle famille mécanique permet à Jaguar de tourner progressivement la page de l’ancien six-cylindres XK utilisé pendant plusieurs décennies.

La gamme évolue ensuite sensiblement. Le 3,6 litres cède la place à un 4,0 litres de 3 980 cm3 développant environ 223 ch, tandis que le 2,9 litres est remplacé par un 3,2 litres d’environ 200 ch. Les performances dépendent naturellement du moteur et de la transmission, mais les versions les plus puissantes permettent à cette grande berline de dépasser largement les 200 km/h.

Jaguar propose des boîtes manuelles à cinq rapports sur certaines versions, mais la transmission automatique constitue un choix particulièrement important sur la XJ40. Sa commande adopte la célèbre grille en J, ou J-Gate, permettant de conserver une sélection classique des positions principales tout en donnant un accès distinct aux rapports inférieurs.

La suspension reste indépendante aux quatre roues, mais Jaguar abandonne l’ancienne architecture arrière avec freins accolés au différentiel. Les disques arrière sont désormais placés près des roues, ce qui simplifie notamment leur entretien. La direction assistée à crémaillère, les quatre freins à disque et les évolutions successives de l’électronique participent à la modernisation technique de la XJ.

Fiche technique de la Jaguar Xj40

CaractéristiqueDonnées
Production1986 à 1994
CarrosserieBerline 4 portes, 5 places
StructureCoque autoporteuse en acier
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Moteurs principauxSix cylindres en ligne essence AJ6, 2 919 à 3 980 cm3
2.92 919 cm3, environ 165 ch, environ 234 Nm
3.23 239 cm3, environ 200 ch
3.63 590 cm3, environ 221 à 225 ch, environ 337 Nm
4.03 980 cm3, environ 223 ch, environ 377 Nm
BoîtesManuelle 5 rapports ou automatique 4 rapports selon version
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreIndépendante
DirectionCrémaillère assistée
FreinsQuatre disques, avant ventilés
LongueurEnviron 4 988 à 4 989 mm
Largeur de carrosserieEnviron 1 793 à 1 801 mm
HauteurEnviron 1 378 à 1 380 mm
Empattement2 870 mm sur la berline standard
PoidsEnviron 1 700 à 1 800 kg pour de nombreuses versions six cylindres, selon équipement et transmission
Roues et pneusVariables selon version et millésime, notamment 220/65 VR390 sur certaines premières versions
RéservoirEnviron 86 litres
Production totale XJ40208 733 exemplaires

XJR, Insignia et versions de fin de carrière

Au fil de sa carrière, la XJ40 se diversifie largement. Les versions sportives développées dans l’environnement JaguarSport et TWR donnent une dimension plus dynamique à la berline. La XJR 4.0 atteint environ 248 ch dans certaines spécifications, avec une présentation plus agressive et des modifications adaptées à son positionnement. Elle participe à l’émergence de la lignée Jaguar XJR, appelée à prendre davantage d’importance sur les générations suivantes.

Jaguar propose également le programme Insignia, destiné aux clients souhaitant une personnalisation particulièrement poussée des couleurs, des cuirs, des boiseries et de certains équipements. Environ 319 berlines XJ40 auraient été commandées dans ce cadre. La Majestic constitue une autre variante rare : cette version à empattement allongé apparaît en fin de carrière et sa production est donnée à 270 exemplaires.

Les derniers millésimes bénéficient de nombreuses améliorations accumulées depuis 1986. Les versions 3.2S et 4.0S apportent notamment une présentation plus sportive. L’instrumentation évolue elle aussi, Jaguar s’éloignant progressivement de certains choix électroniques très ambitieux des premières voitures au profit de solutions plus conventionnelles.

Le cas particulier du V12 et de la XJ81

Le V12 mérite une distinction importante. La XJ40 avait été développée autour des nouveaux six-cylindres AJ6 et la grande berline à douze cylindres de l’ancienne génération reste donc temporairement en production. Cette continuité concerne notamment l’univers de la Jaguar Daimler Double Six. Jaguar finit cependant par modifier profondément la nouvelle plateforme afin de pouvoir y installer son V12.

La version qui en résulte apparaît en 1993 avec un V12 de près de 6,0 litres développant environ 318 ch dans sa spécification européenne. Elle reçoit le code interne XJ81. Dans l’usage courant, cette voiture est souvent intégrée à la famille XJ40 en raison de sa carrosserie et de sa parenté évidente, mais XJ40 et XJ81 ne sont pas des désignations techniques strictement interchangeables. La XJ81 reçoit notamment une transmission automatique GM 4L80-E adaptée au couple du V12.

Cette arrivée tardive explique pourquoi la XJ40 ne remplace pas immédiatement toutes les anciennes XJ lors de son lancement. Elle montre également l’ampleur des transformations apportées à la plateforme pendant ses huit années de production, depuis les premières 2.9 et 3.6 jusqu’aux versions 4.0 et aux dérivés les plus sophistiqués.

De la XJ40 à la X300

La production s’achève en 1994 après 208 733 XJ40. La voiture qui lui succède, la Jaguar XJ X300, ne repart pas d’une feuille blanche. Elle reprend une base technique profondément issue de la XJ40 tout en adoptant une carrosserie plus arrondie, dont les quatre projecteurs et les formes sculptées renouent volontairement avec les codes traditionnels de Jaguar.

Cette continuité se prolonge ensuite avec la Jaguar XJ X308, qui conserve une parenté structurelle avec cette architecture tout en introduisant les moteurs V8. La XJ40 occupe ainsi une position particulière dans la généalogie des grandes Jaguar : elle est à la fois la rupture technique avec la XJ des années 1960 et le socle sur lequel la marque fait évoluer sa grande berline pendant une bonne partie des années 1990.