Apparue en 1997, la Jaguar Xj8 marque un changement mécanique majeur dans l’histoire de la grande berline britannique. Pour la première fois, une XJ adopte un moteur V8 et abandonne les six cylindres et V12 qui avaient jusque-là caractérisé la gamme. Cette appellation désigne ici la Xj8 de génération X308, produite jusqu’en 2002 et commercialisée comme millésime 2003 sur certains marchés. Elle associe une silhouette très proche de sa devancière à une mécanique AJ-V8 entièrement nouvelle et à un habitacle profondément remanié.
Cette précision est essentielle car le nom Xj8 a également été employé sur certaines versions de la génération suivante. La Jaguar XJ X308 constitue donc le cadre technique de la Xj8 lancée en 1997, tandis que les Xj8 plus récentes reposant sur une structure en aluminium appartiennent à une autre génération.
La XJ passe au moteur V8 en 1997
La Xj8 arrive dans une période de transformation profonde de Jaguar. La Jaguar XJ X300, lancée quelques années auparavant, avait modernisé la berline sans rompre avec ses moteurs traditionnels. Avec la X308, Jaguar conserve l’essentiel de cette architecture et de cette silhouette, mais renouvelle complètement la chaîne cinématique. L’appellation XJ6 disparaît ainsi au profit de Xj8 pour les versions atmosphériques.
Le changement repose sur la famille de moteurs AJ-V8 développée par Jaguar. Ce V8 en aluminium avait fait ses débuts en série sur la Jaguar XK8 en 1996 avant d’être adapté à la grande berline. Sur le marché européen, la Xj8 est principalement proposée avec deux cylindrées, 3,2 et 4,0 litres. Toutes deux utilisent une architecture V8 à 90 degrés, 32 soupapes et deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres.
La Xj8 reste une propulsion à moteur longitudinal avant. Jaguar ne propose pas de boîte manuelle sur cette génération : les versions atmosphériques sont associées à une transmission automatique à cinq rapports, notamment la ZF 5HP24. Cette orientation correspond au positionnement de la voiture, davantage tournée vers le silence, la souplesse et les longs parcours que vers une conduite ouvertement sportive.
Les premières générations du moteur AJ-V8 utilisent notamment un traitement Nikasil sur les surfaces des cylindres. Jaguar abandonne ensuite cette solution au profit de chemises en acier. Cette évolution est aujourd’hui un élément important dans l’identification et l’examen mécanique d’un exemplaire ancien, au même titre que l’historique d’entretien de la distribution et du circuit de refroidissement.
Une carrosserie classique, un habitacle profondément revu
Extérieurement, la Xj8 reste immédiatement identifiable comme une Jaguar XJ. Sous la direction du design de Geoff Lawson, Jaguar préserve les proportions devenues caractéristiques de la lignée : capot long, pavillon bas, surfaces vitrées relativement fines et poupe plongeante. Avec un peu plus de cinq mètres de longueur dans sa configuration à empattement standard mais seulement environ 1,31 m de hauteur, la X308 conserve une silhouette particulièrement basse pour une grande berline de luxe.
Les différences avec la X300 sont volontairement discrètes. Les boucliers sont plus arrondis, la partie basse de la face avant est redessinée et les clignotants adoptent une forme plus ovale. Les quatre projecteurs ronds et la calandre traditionnelle restent en place. À l’arrière, le traitement des blocs optiques évolue également. Ces détails permettent de reconnaître une X308 sans remettre en cause la continuité esthétique voulue par Jaguar.
La transformation est beaucoup plus évidente à bord. La planche de bord est entièrement redessinée dans un esprit proche de celui de la XK8. Trois grands cadrans circulaires remplacent la présentation de la X300, tandis que la console centrale devient plus arrondie. Bois, cuir et instrumentation analogique maintiennent l’atmosphère traditionnelle de Jaguar, mais l’ensemble paraît plus moderne que celui de la génération précédente.
Deux empattements sont proposés suivant les versions et les marchés. La berline standard mesure environ 5 024 mm avec un empattement de 2 870 mm. Les variantes longues atteignent environ 5 149 mm et portent l’empattement à 2 995 mm, les 125 mm supplémentaires profitant essentiellement aux places arrière.
Fiche technique de la Jaguar Xj8
| Caractéristique | Xj8 3.2 | Xj8 4.0 |
|---|---|---|
| Période | 1997-2002, selon marché et millésime | 1997-2002, selon marché et millésime |
| Carrosserie | Berline 4 portes | Berline 4 portes |
| Structure | Monocoque en acier | Monocoque en acier |
| Moteur | V8 AJ-V8 à 90 degrés, 32 soupapes, DOHC | V8 AJ-V8 à 90 degrés, 32 soupapes, DOHC |
| Cylindrée | 3 248 cm3 | 3 996 cm3 |
| Alésage x course | 86 x 70 mm | 86 x 86 mm |
| Alimentation | Injection électronique multipoint | Injection électronique multipoint |
| Puissance, catalogue Jaguar allemand 1998 | 174 kW, 236 PS à 6 350 tr/min | 209 kW, 284 PS à 6 100 tr/min |
| Couple, catalogue Jaguar allemand 1998 | 310 Nm à 4 350 tr/min | 375 Nm à 4 250 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique à 5 rapports | Automatique à 5 rapports |
| Suspension | Roues indépendantes, doubles triangles | Roues indépendantes, doubles triangles |
| Direction | Crémaillère assistée | Crémaillère assistée |
| Freinage | 4 disques, dimensions variables selon millésime et équipement | 4 disques, dimensions variables selon millésime et équipement |
| Longueur, empattement standard | 5 024 mm | 5 024 mm |
| Largeur | 1 799 mm | 1 799 mm |
| Hauteur approximative | 1 314 mm | 1 314 mm |
| Empattement standard | 2 870 mm | 2 870 mm |
| Longueur, version longue | Environ 5 149 mm | Environ 5 149 mm |
| Empattement, version longue | 2 995 mm | 2 995 mm |
| Réservoir | 81 litres | 81 litres |
| Vitesse maximale, catalogue Jaguar allemand 1998 | 225 km/h | 240 km/h |
| 0 à 100 km/h, catalogue Jaguar allemand 1998 | 8,5 s | 7,3 s |
3.2 ou 4.0, deux caractères pour la Xj8
Le V8 3.2 constitue l’accès à la gamme. Avec une course courte de 70 mm, il conserve une cylindrée relativement modeste pour un huit cylindres et privilégie une montée en régime progressive. Le 4.0 adopte au contraire des cotes carrées de 86 x 86 mm et fournit davantage de couple. La différence se traduit clairement dans les performances, tout en conservant le caractère feutré recherché sur une berline de prestige.
Les valeurs de puissance rencontrées dans les documentations ne sont pas toutes identiques. Un catalogue Jaguar allemand de 1998 indique 236 PS pour le 3.2 et 284 PS pour le 4.0, alors que certaines homologations et bases françaises mentionnent environ 243 ch et 294 ch. Le marché américain affiche également 290 hp pour son 4.0. Ces écarts résultent des spécifications de marché et des normes utilisées : il n’est donc pas pertinent d’attribuer une puissance unique à toutes les Xj8 produites.
Le châssis conserve une coque en acier et des suspensions indépendantes à doubles triangles. Certaines configurations peuvent recevoir le système d’amortissement piloté CATS. Le freinage évolue également au cours de la carrière, avec notamment l’adoption de disques avant plus grands sur les voitures produites après certaines modifications de série. La définition exacte dépend donc du millésime et de l’équipement.
Xj8, XJR et finitions de la génération X308
La Xj8 existe dans plusieurs niveaux de finition, dont Executive, Sport et Sovereign selon les pays et les millésimes. Les versions à empattement long complètent l’offre pour les clients privilégiant les places arrière. Cette diversité explique que deux Xj8 de même cylindrée puissent présenter des équipements, des roues ou une décoration extérieure sensiblement différents.
Il faut surtout distinguer la Xj8 atmosphérique de la Jaguar XJR X308. Cette dernière utilise une déclinaison compressée du V8 4,0 litres, associée à une définition plus sportive. Elle ne constitue donc pas simplement une finition de Xj8. Des Daimler et Vanden Plas dérivées de la même architecture complètent encore la famille suivant les marchés.
Cette hiérarchie permet à Jaguar de conserver deux personnalités au sein de sa grande berline. La Xj8 reste centrée sur le luxe et la souplesse du V8 atmosphérique, tandis que la Jaguar XJR représente le versant haute performance de la gamme.
De la X308 à la X350
La production de la X308 débute à Browns Lane, à Coventry, en 1997. Elle se poursuit jusqu’en 2002, même si des voitures sont commercialisées comme millésime 2003 sur certains marchés. Les chiffres généralement publiés évoquent environ 126 000 X308 toutes variantes confondues. Ce total ne correspond pas aux seules Xj8 : il englobe notamment les différentes cylindrées, empattements, finitions, XJR et dérivés Daimler ou Vanden Plas.
La X308 représente la dernière évolution de l’architecture traditionnelle développée à partir de la XJ40. Sa remplaçante, la Jaguar XJ X350, constitue une rupture bien plus importante qu’une simple évolution esthétique. Elle adopte une structure monocoque en aluminium, gagne en hauteur et en espace intérieur et reçoit une nouvelle génération de motorisations, dont des V8 de 3,5 et 4,2 litres sur certains marchés.
Jaguar conserve cependant le nom Xj8 pour certaines X350, ce qui explique pourquoi l’appellation apparaît aujourd’hui sur des voitures techniquement très différentes. La Xj8 de 1997 se reconnaît précisément à son appartenance à la génération X308 : carrosserie basse en acier issue de la X300, intérieur à trois grands cadrans circulaires et moteurs AJ-V8 atmosphériques de 3,2 ou 4,0 litres. Elle occupe ainsi une position particulière dans la chronologie Jaguar, à la fois dernière évolution de la XJ classique en acier et première représentante de la lignée à moteur V8.




