Apparue en 1913, la Bugatti Type 22 appartient à la première génération d’automobiles développées par Ettore Bugatti à Molsheim. Petite, légère et animée par un quatre cylindres, elle se situe au coeur de la famille issue de la Type 13, mais avec des dimensions et une vocation routière plus affirmées. Sa longue carrière, interrompue par la Première Guerre mondiale, explique aussi la diversité des Type 22 rencontrées aujourd’hui : les moteurs, les culasses, les carrosseries et certains éléments du châssis évoluent sensiblement entre les exemplaires d’avant-guerre et ceux du début des années 1920.
De la Type 13 à une Bugatti plus polyvalente
La Type 22 apparaît dans une gamme encore étroitement dérivée des premières créations d’Ettore Bugatti. Elle succède à la Type 15 et reprend les principes qui ont fait la réputation naissante du constructeur : faible masse, mécanique compacte et recherche d’efficacité plutôt que puissance brute. La Bugatti Type 13 représente la branche courte et particulièrement sportive de cette famille, tandis que la Type 22 offre davantage d’espace et se prête mieux à un usage routier.
Cette parenté rend l’identification des premières Bugatti délicate lorsqu’une voiture a changé de carrosserie ou de moteur au cours de son existence. La Type 22 ne doit pas être définie par une mécanique unique : son quatre cylindres évolue pendant sa carrière et certaines caractéristiques sont partagées avec d’autres modèles. La longueur du châssis et l’historique de l’exemplaire sont donc déterminants. La Bugatti Type 23 pousse encore plus loin cette logique avec un châssis plus long au sein de la même famille.
La production commencée en 1913 est rapidement bouleversée par la Première Guerre mondiale. Après le conflit, Ettore Bugatti retrouve Molsheim et relance son activité dans une Alsace redevenue française. La Type 22 poursuit alors sa carrière dans un contexte technique différent : les petits quatre cylindres Bugatti gagnent en cylindrée et surtout profitent du développement de la culasse à quatre soupapes par cylindre.
Un quatre cylindres qui évolue profondément
Les premières Type 22 utilisent un quatre cylindres en ligne refroidi par eau, installé longitudinalement à l’avant et associé à une transmission aux roues arrière. La distribution par arbre à cames en tête constitue déjà un choix sophistiqué pour une petite automobile du début des années 1910. La cylindrée initiale est d’environ 1,3 litre, mais elle ne reste pas constante pendant toute la carrière du modèle.
Les évolutions successives portent la cylindrée à environ 1,37 litre, puis 1,45 litre et finalement près de 1,5 litre sur certaines voitures tardives. Les deux Type 22 engagées aux premières 24 Heures du Mans en 1923 sont ainsi répertoriées avec un moteur de 1 495 cm3. Il serait donc incorrect d’attribuer une cylindrée ou une puissance unique à toutes les Type 22 produites entre 1913 et le milieu des années 1920.
L’évolution la plus importante concerne la distribution. Les premières configurations disposent de deux soupapes par cylindre. Bugatti travaille toutefois très tôt sur la technique multisoupape, et les moteurs les plus évolués reçoivent quatre soupapes par cylindre, soit seize soupapes au total. Ces mécaniques sont intimement associées à l’appellation Brescia, devenue l’un des noms les plus connus de la première période Bugatti.
La Type 22 reste néanmoins une automobile techniquement simple dans son architecture générale. Son châssis séparé, ses essieux rigides et sa suspension par ressorts à lames privilégient la légèreté. La boîte manuelle compte quatre rapports et la transmission s’effectue par arbre. Sur les premières voitures, le freinage agit essentiellement sur les roues arrière, les freins avant n’apparaissant que tardivement dans cette génération.
Fiche technique de la Bugatti Type 22
| Caractéristique | Données documentées |
|---|---|
| Production | 1913 à 1926 environ, avec interruption liée à la Première Guerre mondiale |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, refroidissement par eau |
| Distribution | Arbre à cames en tête, 2 puis 4 soupapes par cylindre selon période et moteur |
| Cylindrée | Environ 1 327 à 1 496 cm3 selon évolution |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Structure | Châssis séparé |
| Suspension | Essieux rigides, ressorts à lames, configuration variant suivant période |
| Freinage | Principalement sur les roues arrière sur les premières versions, freins avant disponibles tardivement |
| Empattement | Environ 2 400 mm généralement documentés, certaines configurations étant données à 2 250 mm |
| Voie | Environ 1 150 mm |
| Longueur | Environ 3 340 à 3 500 mm selon configuration et carrosserie |
| Largeur | Environ 1 350 mm selon configuration |
| Carrosseries | Principalement voitures ouvertes, roadsters et torpédos, carrosseries variables selon exemplaire |
La Type 22 Brescia et l’origine d’une appellation célèbre
Le nom Brescia demande une distinction importante. Il ne désigne pas simplement toutes les Bugatti Type 22. Il fait référence au succès obtenu par les petites Bugatti à seize soupapes lors du Grand Prix des Voiturettes disputé à Brescia le 8 septembre 1921. Quatre Bugatti Type 13 s’y classent aux quatre premières places, un résultat suffisamment marquant pour que Brescia devienne ensuite une appellation associée aux petites Bugatti équipées de cette mécanique.
Des Type 22 d’après-guerre dotées du quatre cylindres à seize soupapes sont ainsi couramment désignées Type 22 Brescia. Cette dénomination ne doit pas être rétroactivement appliquée aux Type 22 de 1913 ou 1914 dans leur configuration d’origine. Entre une voiture primitive à moteur huit soupapes et une Brescia tardive proche de 1,5 litre, les différences techniques sont substantielles malgré une même désignation de type.
Cette évolution contribue à faire de la Type 22 une bonne illustration de la méthode Bugatti : perfectionner progressivement une architecture légère plutôt que repartir systématiquement d’une feuille blanche. Au début des années 1920, la marque développe parallèlement des mécaniques à huit cylindres et des automobiles plus ambitieuses, mouvement représenté notamment par la Bugatti Type 30.
La compétition et les 24 Heures du Mans 1923
La Type 22 n’est pas seulement une petite routière. Sa légèreté et son quatre cylindres performant lui permettent également d’être engagée en compétition. L’un des épisodes les mieux documentés intervient lors de la toute première édition des 24 Heures du Mans, organisée les 26 et 27 mai 1923. Bugatti y aligne deux Type 22 à moteur quatre cylindres atmosphérique de 1 495 cm3.
La voiture pilotée par Max de Pourtalès et Sosthène de La Rochefoucauld termine dixième du classement général et première de sa catégorie 1,5 litre. La seconde Type 22, confiée à Louis Pichard et René Marie, se classe vingt-deuxième. Ces résultats replacent le modèle dans une période où les mêmes principes de légèreté servent aussi bien aux automobiles routières qu’aux voitures engagées dans les épreuves d’endurance.
Bugatti bascule ensuite vers des voitures de Grand Prix beaucoup plus spécialisées. La Bugatti Type 35, apparue en 1924, devient rapidement l’emblème de cette nouvelle période sportive. La philosophie du petit quatre cylindres ne disparaît pourtant pas : elle se retrouve quelques années plus tard sur la Bugatti Type 37, conçue comme une voiture de compétition plus accessible.
Une silhouette façonnée par le châssis et le carrossier
Il n’existe pas une carrosserie Type 22 unique permettant d’identifier instantanément chaque exemplaire. Bugatti fournit des automobiles susceptibles de recevoir des carrosseries différentes, et plusieurs configurations ouvertes sont connues. Torpédos et roadsters dominent, avec des ailes séparées, un habitacle étroit et des roues à rayons. Certaines voitures ont également été recarrossées au cours de leur très longue existence.
Le radiateur constitue en revanche un élément important de l’identité visuelle de cette époque. La forme ovale employée par Bugatti précède la célèbre calandre en fer à cheval qui deviendra indissociable de la marque. Sur les Type 22 et Type 23 de cette période, elle accompagne un capot étroit et relativement long, posé sur un châssis aux proportions très compactes.
Parmi les survivantes précisément documentées figure le châssis 580 de 1914, doté d’une carrosserie Torpedo réalisée par Chauvet à Levallois. Ce type d’exemplaire rappelle pourquoi deux Type 22 authentiques peuvent présenter des différences visibles importantes : la définition du modèle repose autant sur son châssis et son historique que sur l’apparence de sa carrosserie.
Des survivantes à l’histoire parfois extraordinaire
La quantité exacte de Type 22 produites séparément des autres petites Bugatti de la même famille reste difficile à isoler, les chiffres publiés regroupant souvent Type 13, Type 22, Type 23 ou différentes variantes Brescia. Les exemplaires conservés sont en revanche particulièrement recherchés lorsque leur numéro de châssis, leur mécanique et leur provenance permettent de retracer clairement leur histoire.
Le cas le plus spectaculaire est celui d’une Type 22 Brescia de 1925 retrouvée au fond du lac Majeur. Le châssis 2461 avait passé plus de soixante-dix ans sous l’eau avant d’être remonté en juillet 2009. Conservée dans son état fortement dégradé plutôt que reconstruite comme une automobile neuve, elle est devenue un témoin inhabituel de l’histoire de Bugatti. Vendue 260 500 euros en 2010, elle a ensuite intégré la collection de Peter Mullin.
La fin de carrière de la Type 22, généralement située vers 1926, coïncide avec une gamme Bugatti désormais beaucoup plus diversifiée. Les huit cylindres occupent une place croissante et les quatre cylindres poursuivent leur évolution sur de nouveaux modèles. Dans cette continuité, la Bugatti Type 40 transpose à la route, à partir de la seconde moitié des années 1920, une nouvelle génération de mécanique quatre cylindres issue de l’expérience acquise par la marque.




