Présentée au Salon de Genève en 1992, la Bugatti Eb110 Super Sport est la déclinaison la plus radicale de l’EB110 de route. Elle apparaît quelques mois seulement après le lancement de la Bugatti EB110 et pousse plus loin une architecture déjà spectaculaire pour son époque : monocoque en fibre de carbone, V12 à quatre turbocompresseurs, transmission intégrale permanente et boîte manuelle à six rapports. Plus puissante et allégée, la Super Sport vise ouvertement les performances maximales.
Une EB110 plus légère et plus puissante
La renaissance de Bugatti est orchestrée à la fin des années 1980 par Romano Artioli, qui installe Bugatti Automobili à Campogalliano, près de Modène. L’EB110 est dévoilée en septembre 1991, à l’occasion du 110e anniversaire de la naissance d’Ettore Bugatti. La version Super Sport suit dès mars 1992. Cette rapidité montre qu’elle n’est pas une évolution tardive destinée à prolonger la carrière du modèle, mais une interprétation plus sportive prévue très tôt dans le programme.
La différence essentielle avec l’EB110 GT tient à la recherche d’un meilleur rapport poids-puissance. Le V12 conserve sa cylindrée de 3,5 litres et ses quatre turbocompresseurs, mais sa puissance passe d’environ 560 à 610 ch. Dans le même temps, l’emploi accru de matériaux légers et la simplification de certains équipements permettent à la Super Sport de descendre autour de 1,4 tonne. Le chiffre exact varie suivant la méthode de mesure et les documents, avec environ 1 400 à 1 418 kg couramment indiqués.
La conception de l’EB110 résulte de plusieurs phases. Marcello Gandini intervient sur le dessin initial, tandis que Giampaolo Benedini, également architecte de l’usine de Campogalliano, participe à l’évolution du style vers la carrosserie définitive. Sur le plan technique, le programme est d’abord associé à Paolo Stanzani, puis Nicola Materazzi joue un rôle important dans son développement. La monocoque en fibre de carbone est fabriquée par Aérospatiale en France, une solution encore exceptionnelle sur une automobile de route au début des années 1990.
Un V12 quadriturbo de 610 ch
Le moteur constitue l’une des signatures de l’EB110 Super Sport. Ce V12 à 60 degrés de 3 499 cm3 possède quatre arbres à cames en tête et cinq soupapes par cylindre, soit 60 soupapes. Quatre petits turbocompresseurs sont préférés à un ou deux turbos de plus grande taille afin d’obtenir une réponse plus progressive. Dans la Super Sport, l’ensemble développe environ 610 ch à 8 250 tr/min et un couple généralement donné pour 650 Nm.
La puissance est parfois indiquée à 603 hp dans les publications anglophones. Il ne s’agit pas d’une autre évolution du moteur : 610 ch métriques correspondent à environ 602 hp. Les chiffres de 670 ch rencontrés à propos de certaines EB110 concernent pour leur part des dérivés de compétition et ne doivent pas être attribués à la Super Sport de série.
La puissance rejoint les quatre roues par une boîte manuelle à six rapports. La transmission intégrale permanente privilégie nettement l’arrière, avec une répartition nominale de 27 % vers l’avant et 73 % vers l’arrière. Cette architecture permet d’exploiter la puissance du V12 tout en conservant le caractère d’une sportive à moteur central. Elle préfigure aussi une formule que Bugatti reprendra, à une tout autre échelle de puissance, avec la Bugatti Veyron.
Fiche technique de la Bugatti Eb110 Super Sport
| Caractéristique | Bugatti Eb110 Super Sport |
|---|---|
| Présentation | 1992 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Architecture moteur | V12 à 60 degrés, central arrière longitudinal |
| Cylindrée | 3 499 cm3 |
| Distribution | 4 arbres à cames en tête, 5 soupapes par cylindre, 60 soupapes |
| Suralimentation | 4 turbocompresseurs avec échangeurs |
| Puissance | Environ 610 ch à 8 250 tr/min |
| Couple | Environ 650 Nm à 4 200 tr/min |
| Lubrification | Carter sec |
| Transmission | Intégrale permanente, répartition nominale 27 % avant et 73 % arrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspensions | Indépendantes à doubles triangles |
| Freins | Disques ventilés Brembo avec ABS |
| Jantes | 18 pouces en magnésium |
| Pneus avant | 245/40 ZR18 |
| Pneus arrière | 325/30 ZR18 |
| Longueur | Environ 4 400 mm |
| Largeur | Environ 1 940 mm |
| Hauteur | Environ 1 114 mm |
| Empattement | 2 550 mm |
| Poids | Environ 1 400 à 1 418 kg selon les références |
| 0 à 100 km/h | 3,26 s |
| Vitesse maximale | 351 km/h officiellement mesurés lors d’un record, valeurs publiées jusqu’à environ 355 km/h |
Comment reconnaître une EB110 Super Sport
La Super Sport conserve les proportions très basses et larges de l’EB110, son petit fer à cheval Bugatti placé au centre du nez et ses portes à ouverture verticale. Elle se distingue toutefois de la GT par une présentation plus fonctionnelle. Son élément le plus immédiatement identifiable est son aileron arrière fixe, alors que la GT emploie un dispositif mobile intégré à la carrosserie.
Les prises d’air et éléments aérodynamiques sont également adaptés aux besoins de la version la plus performante. Les jantes de 18 pouces en magnésium chaussent des pneumatiques particulièrement larges, jusqu’à 325 mm à l’arrière. Le carbone est davantage mis à contribution et certains équipements de confort sont supprimés ou simplifiés afin de réduire la masse. Toutes les voitures ne présentent cependant pas une configuration strictement identique, notamment lorsque l’on compare prototypes, exemplaires de développement et voitures livrées aux clients.
La Super Sport ne doit pas davantage être confondue avec les EB110 de compétition. Celles-ci dérivent du même ensemble mécanique mais peuvent atteindre environ 670 ch et recevoir des modifications adaptées à la course. De même, les voitures assemblées ou transformées par Dauer après la disparition de Bugatti Automobili constituent un chapitre distinct de l’histoire de l’EB110.
351 km/h et une apparition aux 24 Heures du Mans
Les performances de l’EB110 Super Sport la placent parmi les automobiles les plus rapides du début des années 1990. Bugatti documente un 0 à 100 km/h en 3,26 secondes. Une Super Sport de 610 ch atteint 351 km/h lors d’une tentative de record, établissant alors une référence pour une voiture de sport de série. Des publications donnent également 348, 355 km/h ou leurs équivalents en miles par heure, mais ces valeurs correspondent à des mesures, annonces ou conversions différentes. Le résultat de 351 km/h constitue le repère historique le mieux identifié.
Cette recherche de vitesse deviendra durablement associée au nom Super Sport. Bien plus tard, la Veyron Super Sport, puis la Chiron Super Sport reprendront cette logique de déclinaisons particulièrement performantes. L’EB110 SS représente ainsi la première utilisation moderne de cette philosophie dans la lignée des hypersportives Bugatti.
L’EB110 connaît aussi une brève carrière en compétition. Une Super Sport est engagée aux 24 Heures du Mans 1994 dans la catégorie GT1. Pilotée par Éric Hélary, Jean-Christophe Boullion et Alain Cudini, elle se qualifie 17e et remonte jusqu’aux avant-postes avant de rencontrer des problèmes mécaniques. Un accident à moins d’une heure de l’arrivée met définitivement fin à sa course. D’autres EB110 de compétition apparaissent ensuite dans différentes épreuves internationales.
Une production dont le nombre exact reste discuté
La carrière commerciale de la Super Sport est courte. Bugatti Automobili cesse ses activités en 1995, trois ans seulement après la présentation de la version. Le nombre exact de voitures produites dépend surtout de ce que les différents décomptes considèrent comme une Super Sport : voitures clients, prototypes, véhicules de développement et exemplaires de compétition ne sont pas toujours séparés de la même manière.
Environ 30 voitures de série constituent l’ordre de grandeur le plus fréquemment retenu pour les Super Sport destinées à la clientèle. Les totaux historiques montent toutefois à 32, 36 ou jusqu’à environ 39 exemplaires lorsque sont intégrées d’autres voitures liées au programme. Cette distinction est plus pertinente qu’un chiffre unique présenté comme une production définitivement établie.
La rareté est renforcée par le prix initial de l’EB110 : Bugatti évoquait 550 millions de lires italiennes en 1992. Parmi ses propriétaires les plus connus figure Michael Schumacher, qui choisit en 1994 une EB110 Super Sport jaune. La présence du champion de Formule 1 contribue alors à exposer la jeune Bugatti à un public bien plus large.
De Campogalliano à la Centodieci
La faillite de Bugatti Automobili interrompt brutalement le programme EB110, sans qu’un véritable successeur puisse être développé à Campogalliano. Lorsque Bugatti renaît une nouvelle fois sous l’égide du groupe Volkswagen, plusieurs principes de l’EB110 réapparaissent dans une formule profondément renouvelée : moteur à forte suralimentation, transmission intégrale, performances extrêmes et volonté d’associer technologie de pointe et exclusivité.
La filiation devient explicite avec la Bugatti Centodieci, dévoilée en 2019. Son nom signifie 110 en italien et sa carrosserie multiplie les références à l’EB110, notamment dans le traitement de ses prises d’air et de sa silhouette. Produite à seulement dix exemplaires, elle rend directement hommage à la supercar conçue à Campogalliano et à cette période singulière de l’histoire de Bugatti.




