Présentée en août 2019 à The Quail, pendant la Monterey Car Week, la Bugatti Centodieci est une hypersportive produite à seulement dix exemplaires. Son nom signifie « cent dix » en italien et renvoie à la fois aux 110 ans de Bugatti et à la période italienne de la marque. Sous une carrosserie entièrement spécifique, elle reprend l’architecture de la Chiron et porte le W16 8,0 litres quadriturbo à 1 600 ch.
La Centodieci n’est pourtant pas une simple série spéciale habillée différemment. Bugatti a profondément retravaillé son aérodynamique, son refroidissement et ses proportions pour évoquer l’EB110 des années 1990 sans reproduire littéralement son dessin. Dévoilée en 2019, elle n’entre réellement en production qu’en 2022, après un long programme de développement.
Un hommage moderne à la Bugatti EB110
La Centodieci trouve son origine dans l’histoire récente de Bugatti. Pour son 110e anniversaire, la marque choisit de célébrer la Bugatti EB110, dévoilée en 1991 sous l’ère Romano Artioli. Cette supercar construite en Italie avait relancé le nom Bugatti plusieurs décennies après l’arrêt de la production automobile historique de Molsheim.
Le choix du nom italien Centodieci rappelle directement cette période. Le projet ne cherche cependant pas à recréer une EB110 avec des techniques contemporaines. L’équipe de design dirigée par Achim Anscheidt doit adapter les références esthétiques des années 1990 à une architecture beaucoup plus large et puissante, avec les contraintes thermiques considérables du W16 quadriturbo.
Cette démarche s’inscrit dans la stratégie des créations Bugatti à très faible diffusion. La Bugatti Divo avait déjà montré qu’une base mécanique issue de la Chiron pouvait recevoir une identité et un comportement spécifiques. La Centodieci pousse le principe plus loin avec seulement dix voitures destinées aux clients et une carrosserie directement inspirée d’un chapitre précis de l’histoire de la marque.
Le modèle est présenté publiquement le 16 août 2019 à The Quail, en Californie. Son développement se poursuit ensuite pendant plusieurs années. Bugatti construit notamment un prototype de validation et mène des essais aérodynamiques, climatiques, routiers et sur circuit. Plus de 50 000 km sont parcourus dans le cadre des essais d’endurance avant le passage à la fabrication des exemplaires clients.
Une carrosserie spécifique inspirée de l’EB110 Super Sport
L’influence la plus visible vient de la Bugatti EB110 Super Sport. Sur chaque flanc de la Centodieci, cinq ouvertures circulaires placées derrière l’habitacle rappellent les prises d’air caractéristiques de cette version. La ligne de toit, le vitrage et la silhouette en coin réinterprètent également le langage graphique de l’EB110.
À l’avant, la traditionnelle calandre en fer à cheval devient particulièrement petite par rapport à celle de la Chiron. Elle est encadrée par de grandes prises d’air et par des projecteurs LED extrêmement fins. La proue basse et horizontale accentue visuellement la largeur de la voiture, tout en répondant aux besoins de refroidissement et d’appui aérodynamique.
Le profil constitue l’une des différences les plus importantes avec la Bugatti Chiron. La grande courbe en C qui structure les flancs de cette dernière disparaît. Bugatti redessine également la ligne de toit et les surfaces arrière afin de concilier l’évocation de l’EB110 avec la monocoque et le groupe motopropulseur de la Chiron.
L’arrière est tout aussi spécifique. Une vaste ouverture permet d’évacuer l’air chaud du compartiment moteur, tandis que huit éléments lumineux très fins constituent la signature lumineuse. Un grand aileron fixe et un diffuseur imposant dominent la partie basse. Les quatre sorties d’échappement sont regroupées par paires superposées, une disposition immédiatement reconnaissable.
Un W16 porté à 1 600 ch
Le moteur est le W16 de 7 993 cm3 à quatre turbocompresseurs, installé en position centrale arrière. Pour la Centodieci, Bugatti porte sa puissance à 1 600 ch, soit 1 117 kW, avec 1 600 Nm de couple. La transmission intégrale permanente et la boîte à double embrayage à sept rapports permettent d’exploiter cette puissance sur les quatre roues.
Les performances annoncées placent la Centodieci parmi les Bugatti W16 les plus rapides en accélération : 0 à 100 km/h en 2,4 secondes, 0 à 200 km/h en 6,1 secondes et 0 à 300 km/h en 13,1 secondes. Sa vitesse maximale est toutefois limitée électroniquement à 380 km/h. Contrairement à la Bugatti Chiron Super Sport, son développement n’est donc pas centré sur la recherche d’une vitesse de pointe maximale.
Le châssis conserve une suspension à doubles bras transversaux à l’avant comme à l’arrière et un amortissement piloté. Quatre programmes, Lift, EB, Autobahn et Handling, modifient notamment la hauteur de caisse et les réglages dynamiques. Le freinage repose sur des disques de 420 mm à l’avant et 400 mm à l’arrière, associés respectivement à des étriers à huit et six pistons.
Fiche technique de la Bugatti Centodieci
| Caractéristique | Bugatti Centodieci |
|---|---|
| Présentation | 2019 |
| Production des exemplaires clients | 2022 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Moteur | W16 essence quadriturbo |
| Cylindrée | 7 993 cm3 |
| Puissance maximale | 1 600 ch (1 117 kW) à 7 050-7 100 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm de 2 250 à 7 000 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage, 7 rapports |
| Suspension avant | Doubles bras transversaux |
| Suspension arrière | Doubles bras transversaux |
| Amortissement | Piloté |
| Freins avant | Disques 420 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Disques 400 mm, étriers 6 pistons |
| Jantes avant | 10J x 20 ET55 |
| Jantes arrière | 13,5J x 21 ET71,5 |
| Pneus avant | 285/30 R20 ZR (Y)-BG |
| Pneus arrière | 355/25 R21 ZR (Y)-BG |
| Longueur | 4 665 mm |
| Largeur avec rétroviseurs | 2 183 mm |
| Hauteur | 1 215,5 mm |
| Empattement | 2 711 mm |
| Voie avant | 1 749 mm |
| Voie arrière | 1 666 mm |
| Poids à vide DIN | 1 995 kg |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s |
| 0 à 200 km/h | 6,1 s |
| 0 à 300 km/h | 13,1 s |
| Vitesse maximale | 380 km/h, limitée électroniquement |
| Accélération latérale maximale | 1,6 g en mode Handling |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation WLTP combinée | 21,47 l/100 km |
| Programmes de conduite | Lift, EB, Autobahn, Handling |
| Production | 10 exemplaires clients |
De la présentation de 2019 à la production de 2022
La date de 2019 peut prêter à confusion lorsqu’elle est associée à la Centodieci. Il s’agit de l’année de sa première apparition publique, et non de celle de la livraison des voitures de série. Entre le show car de Monterey et les exemplaires clients, Bugatti doit transformer un projet spectaculaire en automobile homologuée et reproductible à dix unités.
Le travail concerne notamment l’aérodynamique et la gestion thermique. La nouvelle carrosserie modifie les flux d’air autour d’une mécanique particulièrement exigeante en refroidissement. Les ingénieurs valident donc le comportement de la voiture en soufflerie puis dans différentes conditions d’utilisation, des parcours urbains aux roulages à haute vitesse. Le programme d’endurance dépasse 50 000 km avant le lancement de la fabrication.
Le premier exemplaire client est achevé et livré en juin 2022. Il reçoit une carrosserie Bugatti Blue associée à des roues argentées, une configuration faisant écho à une EB110 appartenant au même collectionneur. La dixième et dernière Centodieci est terminée en décembre 2022, clôturant ainsi une production concentrée sur une seule année.
Dix exemplaires à partir de huit millions d’euros
Bugatti fixe le tarif initial à huit millions d’euros hors taxes. Les dix exemplaires trouvent acquéreur avant même la présentation publique du modèle. À ce niveau de production, la Centodieci se situe davantage dans une logique de coachbuilding moderne que dans celle d’une série limitée traditionnelle. Chaque client peut choisir sa configuration, la teinte blanche utilisée lors du dévoilement de 2019 n’étant pas imposée à la série.
L’assemblage est effectué à la main dans l’Atelier de Molsheim. Le contrôle final comprend un essai routier de plus de 300 km, suivi des éventuelles corrections, de la préparation finale puis d’un parcours supplémentaire d’environ 50 km. Chaque voiture accumule ainsi au minimum quelque 350 km avant sa remise au propriétaire.
La Centodieci appartient à une période où Bugatti multiplie les créations extrêmement exclusives autour de son architecture W16. La Bugatti La Voiture Noire explore parallèlement le principe de la pièce unique, tandis que la Centodieci démontre qu’une micro-série peut disposer d’une identité historique et stylistique propre malgré une base technique existante.
Une place particulière parmi les dernières Bugatti W16
La Centodieci occupe une position singulière dans la généalogie moderne de Bugatti. Elle ne remplace ni la Chiron ni la Divo et n’ouvre pas une lignée destinée à une production régulière. Son rôle consiste à relier trois époques : l’héritage de la marque historique, la renaissance italienne symbolisée par l’EB110 et l’ère du W16 développée à Molsheim.
Cette filiation explique pourquoi son dessin ne doit pas être réduit à celui d’une Chiron recarrossée. Les cinq ouvertures latérales, la petite calandre, les optiques très fines, le profil en coin et la poupe profondément remaniée constituent un ensemble cohérent spécifiquement développé autour de l’évocation de l’EB110 Super Sport. Dans le même temps, ses 1 600 ch illustrent l’évolution atteinte par le W16 avant la fin de cette architecture chez Bugatti.
Après la livraison de la dernière Centodieci en décembre 2022, l’Atelier de Molsheim poursuit la fabrication des ultimes modèles utilisant ce moteur. Parmi eux, la Bugatti Mistral prolonge l’histoire du W16 sous la forme d’un roadster, dans les dernières années de cette mécanique emblématique de la Bugatti moderne.




