Bugatti Eb112

Bugatti Eb112

Présentée au Salon de Genève en 1993, la Bugatti EB112 devait transformer la renaissance de Bugatti en véritable gamme automobile. Après la spectaculaire Bugatti EB110, cette grande berline quatre portes associait un V12 atmosphérique de près de 6 litres, une transmission intégrale, une structure en fibre de carbone et une carrosserie en aluminium. Son développement fut interrompu avant toute production en série, faisant de l’EB112 l’une des Bugatti les plus rares de l’époque Romano Artioli.

Une grande berline pour élargir la gamme Bugatti

Au début des années 1990, Bugatti Automobili ne voulait pas se limiter à une supercar. Romano Artioli, qui avait relancé la marque et inauguré l’usine de Campogalliano, envisageait une gamme capable de faire revivre différentes facettes de l’histoire Bugatti. Après l’EB110 et sa déclinaison EB110 GT, une grande routière de prestige constituait une extension logique.

Le projet EB112 fut confié à Giorgetto Giugiaro et Italdesign. La voiture fut dévoilée au Salon international de Genève en mars 1993. Elle n’était pas simplement une maquette de salon: Bugatti indique que l’exemplaire présenté était fonctionnel et avait rejoint le stand par ses propres moyens.

L’EB112 devait réunir deux univers rarement associés à ce niveau au début des années 1990. Son habitacle et ses quatre portes répondaient aux exigences d’une grande voiture de luxe, tandis que son architecture technique empruntait des solutions dignes d’une supercar. Bugatti préfigurait ainsi une catégorie de berlines très rapides à silhouette de coupé qui deviendrait beaucoup plus courante au cours des décennies suivantes.

Le dessin de Giorgetto Giugiaro entre passé et futur

Avec une longueur d’environ 5,07 m et un empattement proche de 3,10 m, l’EB112 possède les proportions d’une grande routière, mais Giugiaro évite la silhouette traditionnelle d’une limousine à trois volumes. Le pavillon se prolonge vers un arrière fastback très incliné, tandis que les surfaces lisses et arrondies donnent à la voiture une apparence étonnamment fluide pour ses dimensions.

Le lien avec les Bugatti historiques est volontaire. La petite calandre en fer à cheval est intégrée à une proue basse, tandis qu’une arête centrale parcourt le capot, le pavillon et l’arrière. Cette nervure partage notamment la lunette arrière et constitue une référence évidente à la Bugatti Type 57 Atlantic, dont la carrosserie à arête dorsale reste l’une des créations les plus reconnaissables de la marque.

L’EB112 ne cherche pourtant pas à reproduire littéralement une automobile ancienne. Giugiaro reprend certains codes de la famille Bugatti Type 57 et les intègre à une carrosserie dépouillée typique du début des années 1990. Les optiques avant fines, les surfaces presque dépourvues d’ornements et les roues largement intégrées aux ailes donnent au prototype une identité différente de celle de l’EB110.

Un V12 atmosphérique de 6 litres et quatre roues motrices

L’architecture mécanique distingue nettement l’EB112 de la supercar de Campogalliano. Son V12 est installé longitudinalement à l’avant, mais suffisamment en retrait pour obtenir une implantation avant-centrale favorable à la répartition des masses. Sa cylindrée atteint 5 994 cm3 et il utilise cinq soupapes par cylindre, soit 60 soupapes au total.

Le moteur appartient à la même famille technique que le V12 de l’EB110, mais la recette change profondément. La cylindrée passe d’environ 3,5 à près de 6 litres et les quatre turbocompresseurs de la supercar disparaissent. Sous cette forme atmosphérique, Bugatti annonçait 460 ch à 6 300 tr/min et 590 Nm à 3 000 tr/min. Le choix privilégiait ainsi la disponibilité et la souplesse attendues d’une grande routière tout en conservant un niveau de performances exceptionnel.

La transmission intégrale permanente répartissait le couple à raison de 38 % vers l’avant et 62 % vers l’arrière, donnant donc la priorité au train arrière. La spécification officielle du prototype comprend une boîte manuelle à six rapports. Certaines descriptions des voitures achevées après la faillite mentionnent des configurations différentes, raison pour laquelle il convient de distinguer le prototype de 1993 des exemplaires terminés ultérieurement.

L’EB112 utilisait également une monocoque en fibre de carbone issue de l’expérience acquise avec l’EB110, complétée par une carrosserie en aluminium. Une telle construction était particulièrement ambitieuse pour une grande quatre-portes en 1993. Bugatti annonçait une vitesse maximale de 300 km/h et un 0 à 100 km/h en 4,3 secondes, des chiffres communiqués pour le programme plutôt que des performances issues d’une production de série.

Fiche technique de la Bugatti Eb112

CaractéristiqueBugatti EB112
Année de présentation1993
CarrosserieBerline quatre portes à profil fastback
MoteurV12 atmosphérique essence
Cylindrée5 994 cm3
Distribution60 soupapes, 5 par cylindre
Puissance460 ch à 6 300 tr/min
Couple590 Nm à 3 000 tr/min
ImplantationLongitudinale avant-centrale
TransmissionIntégrale permanente
Répartition du couple38 % avant, 62 % arrière
Boîte de vitessesManuelle à 6 rapports
StructureMonocoque en fibre de carbone
CarrosserieAluminium
SuspensionRoues indépendantes, architecture à doubles triangles documentée par les fiches techniques d’époque
FreinsDisques ventilés aux quatre roues
Roues17 pouces
LongueurEnviron 5 070 mm
LargeurEnviron 1 960 mm
HauteurEnviron 1 405 mm
EmpattementEnviron 3 100 mm
PoidsEnviron 1 800 kg
0 à 100 km/h4,3 s annoncées
Vitesse maximale300 km/h annoncés

Une production interrompue par la faillite de Bugatti

Le destin industriel de l’EB112 bascula avec les difficultés financières de Bugatti Automobili. La société fit faillite en septembre 1995 avant que la grande berline puisse entrer dans une production normale. Il est donc impropre de parler de trois exemplaires issus d’une série classique: les trois EB112 complètes connues n’ont pas été construites dans les mêmes circonstances.

Le châssis 39001 correspond au prototype original associé à Italdesign et à la présentation de 1993. Deux autres voitures, portant les numéros 39002 et 39003, avaient été engagées dans le programme mais restèrent inachevées lors de la disparition de Bugatti Automobili. Elles furent ensuite récupérées dans le cadre de la liquidation et terminées par Monaco Racing Team pour l’homme d’affaires et pilote monégasque Gildo Pallanca Pastor.

Cette histoire explique les dates parfois contradictoires attribuées à l’EB112. 1993 reste l’année de première apparition du modèle, mais les deux voitures supplémentaires furent achevées plusieurs années après le prototype. Le châssis 39003 est notamment répertorié comme une automobile de 1999. Il ne s’agit pas pour autant d’une seconde génération ou d’une évolution officielle de série.

L’extrême rareté du modèle rend chaque transaction significative. En avril 2026, le châssis 39003, affichant seulement 388 km au moment de sa mise en vente, a été adjugé 1 692 500 euros à Monaco. Ce résultat illustre le statut particulier de l’EB112, à la frontière entre prototype historique et automobile utilisable.

De l’EB112 aux grandes Bugatti modernes

La faillite de Campogalliano empêcha l’EB112 de démontrer commercialement la pertinence d’une Bugatti quatre portes. L’idée ne disparut toutefois pas. Sous l’ère Volkswagen, plusieurs études explorèrent à nouveau une Bugatti de très grand luxe offrant davantage de places qu’une supercar, jusqu’au concept Bugatti Galibier présenté en 2009.

L’EB112 occupe aussi une position intéressante dans l’évolution stylistique de la marque. L’utilisation d’éléments historiques clairement identifiables sans copier directement une Bugatti ancienne deviendra une caractéristique des créations ultérieures. La calandre en fer à cheval et l’arête longitudinale inspirée de l’Atlantic trouveront ainsi de nouvelles interprétations sur les Bugatti du XXIe siècle.

La continuité n’est pas mécanique: la Bugatti Veyron adoptera une architecture et une motorisation radicalement différentes. Elle prolongera néanmoins l’ambition déjà visible dans l’EB112, celle de réunir luxe, solutions techniques exceptionnelles et performances normalement associées aux automobiles les plus exclusives, sans se limiter aux conventions d’une sportive traditionnelle.